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Chronique   

Bloodbath – The Arrow Of Satan Is Drawn


Bloodbath est un groupe de death metal jeune dans l’histoire du genre mais déjà légendaire, difficile d’aller à l’encontre d’un constat qui se légitime par une discographie extrêmement qualitative. Lorsque les Suédois annoncent leur retour quatre ans après Grand Morbid Funeral (2014), le monde de la musique extrême l’attend avec une certaine impatience. La violence de la musique de Bloodbath n’est plus à présenter, Grand Morbid Funeral avait des arguments de poids dans le domaine. Oubliez-les. The Arrow Of Satan Is Drawn, cinquième album de la formation, est un concentré de haine et de désespoir qui ne trouve que très peu d’équivalents au sein de la scène contemporaine.

Pour ce qui est de scander le désespoir, difficile de trouver porte-parole plus convaincant que Nick Holmes, frontman de Paradise Lost, qui une nouvelle fois éructe au micro de Bloodbath. The Arrow Of Satan Is Drawn se nourrit des problèmes de notre monde actuel, des leaders politiques inconscients de la crise climatique qui s’amplifie en passant par des technologies de plus en plus intrusives. En somme, une marche inexorable vers la chute de la race humaine. Beau programme. La production de Karl Daniel Linden a forgé un son unique, quelque chose de sourd et de sale mais d’indéniablement puissant et captivant. Certains déploreront l’absence de propreté mais c’est là tout le parti pris et le propos de Bloodbath s’en trouve magnifié. « Fleischmann » (qui peut se traduire par « massacreur ») ouvre les débats sur des riffs de guitare incontestablement black (le nouveau guitariste Joakim Karlsson, de Craft, n’y est probablement pas pour rien), avec un growl sinistre comme sorti d’outre-tombe. De quoi installer l’auditeur confortablement dans le déferlement qui va suivre. « Bloodicide » prend la forme d’un martèlement porté par un Nick Holmes incarné et caverneux (son growl a gagné en épaisseur depuis 2014), jusqu’à l’irruption d’un riff gargantuesque qui démontre une facette plus impressionnante encore de l’agressivité de Bloodbath et qui saura résonner très fort en live. On se laissera par ailleurs surprendre par un lead de clavier, certes noyé dans la mélasse, mais renforçant l’intensité du passage. De manière plus anecdotique et symbolique, le titre accueille plusieurs invités : Jeff Walker de Carcass, Karl Willetts de Bolt Thrower et John Walker de Cancer. « Wayward Samaritan » propose quant à lui, avec son feeling rock ‘n’ roll, un mélange incongru mais efficace entre lourdeur death et entrain à la Motörhead.

On pourrait reprocher à Bloodbath une forme de monotonie cependant. Une grande partie des titres peinent à se distinguer les uns des autres (« Leviator » et son introduction doom, « Deader », « March Of The Crucifiers », « Morbid Antichrist »). Ils obéissent tous à une formule similaire, quelques leads en arrière-plan, des riffs bien écrits et un Nick Holmes qui distille inlassablement des growls empreints de noirceur. Dommage que le « refrain » de « Deader » n’apparaisse qu’une seule fois, car il devrait faire un malheur scandé en live, à l’instar des leads typiquement « slayeriens » du titre. Il faut attendre « Warhead Ritual » pour être à nouveau surpris par un titre qui doit beaucoup au stoner, une sorte de Queens Of The Stone Age des premières heures vicié par la fibre putride de Bloodbath. Le titre apporte une variété bienvenue à la ligne droite qu’est The Arrow Of Satan Is Drawn. Bloodbath nous gratifie même d’un solo rock succinct qui confirme l’orientation singulière de la composition. « Only The Dead Survive », pour sa part, se distingue par un riff martial qui se mue en véritable machine à headbanguer. Il y a un sens du dramatique que Bloodbath maîtrise suffisamment pour le transformer et insuffler une énergie particulière à ses auditeurs. A certains moments, la composition peut faire penser à du Paradise Lost qui aurait définitivement abandonné toute bribe de lumière. « Chainsaw Lullaby » vient conclure l’album à grand coups de tronçonneuse, justement, de manière fédératrice et exaltante, grâce notamment à un refrain particulièrement punchy, faisant du morceau un véritable hit death.

The Arrow Of Satan Is Drawn impose une épreuve, celle du son. Si l’on ne peut apprécier la production atypique, avec ce son de distorsion HM-2 poussé dans ses retranchements, l’album sera une torture. En revanche, si celle-ci trouve son public, elle est extrêmement évocatrice et rend parfaitement justice à ce que cherche à véhiculer Bloodbath. Si l’on omet l’aspect légèrement monotone d’une partie de l’album, The Arrow Of Satan Is Drawn devient le parangon de la décadence mise en forme par la musique. On perçoit cette fin inévitable qui guette, l’effacement de toutes choses et notre perte irrémédiable dont nous sommes seuls responsables. Bloodbath sent le mal, évoque le mal, illustre le mal.

Lyric video de la chanson « Bloodicide » :

Album The Arrow Of Satan Is Drawn, sortie le 26 octobre 2018 via Peaceville. Disponible à l’achat ici



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