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Chronique   

Blue Öyster Cult – The Symbol Remains


Dix-neuf ans, presque vingt. C’est le nombre d’années qui nous sépare du dernier Blue Öyster Cult en date, Curse Of The Hidden Mirror (2001). Depuis le groupe s’est contenté de tourner en prenant soin de ne pas s’enfermer dans un rythme effréné. Les nouvelles de Blue Öyster Cult coïncidaient avec l’annonce de nouveaux enregistrements live : pour le studio, rien en vue. Pourtant le groupe bénéficie d’une réputation extrêmement solide, une des figures de proue du rock made in USA. Paradoxalement, Blue Öyster Cult a toujours conservé une identité légèrement marginale. Sa versatilité a toujours fait sa spécificité, quitte à l’éloigner d’une recette plus sûre. Aujourd’hui, Blue Öyster Cult a eu envie de prendre du recul sur une carrière amorcée en 1967, portée par des singles retentissants tels que « (Don’t Fear) The Ripper », « Burnin’ For You » ou l’incontournable « Godzilla ». The Symbol Remains, quinzième album studio du groupe, joue presque le rôle de l’historien. Blue Öyster Cult restitue le déroulé de l’évolution de sa musique avec une inspiration renouvelée. The Symbol Remains fait ainsi office de best of qui ne contiendrait que des inédits.

Du line-up original ne subsistent que les chanteurs et guitaristes Eric Bloom et Donald Roeser alias Buck Dharma. Ils sont accompagnés du guitariste-claviériste-chanteur Richie Castellano qui a intégré le line-up live du groupe en 2004 (en tant que bassiste), du batteur Jules Radino arrivé la même année et du bassiste Danny Miranda, membre entre 1995 et 2004 et occasionnellement présent depuis. Quoi qu’il en soit, les principales têtes pensantes du groupe sont restées les mêmes et The Symbol Remains conserve à la fois l’identité sonore propre au groupe et ses méthodes de composition. « That Was Me » embrasse la facette la plus agressive avec un heavy aux guitares appuyées et au rythme entraînant. Blue Öyster Cult parvient à conserver son cachet old-school sans devenir désuet. Surtout, le groupe régale par la fluidité de ses enchaînements guidés par un Eric Bloom inoxydable. The Symbol Remains balaye vingt ans d’absence en quelques secondes. Blue Öyster Cult cherche toujours à s’amuser avec les codes et l’auditeur : le heavy de « That Was Me » se voit entrecoupé d’une plage de reggae aussi incongrue qu’efficace pour la dynamique du titre. « Box In My Head » s’aventure quant à elle sur le terrain d’une pop-rock de la fin des années 80 portée par des accroches simples. Le riffing saccadé finit par se libérer en suivant les phrasés de Buck Dharma avec un naturel déconcertant. L’anthem-rock tubesque à la Toto de « Tainted Blood » (chanté cette fois par Richie Castellano) et le rock sixties sautillant de « Nightmare Epiphany » et ses arrangements de chœur complètent le panorama que propose Blue Öyster Cult, sorte d’anthologie du rock et de ses transformations.

The Symbol Remains fait partie de ces albums à l’empreinte qui croît progressivement. Rien de particulièrement impressionnant ou marquant au premier abord mais une philosophie d’écriture qui incite à laisser l’album tourner jusqu’à le connaître par cœur. C’est parce que Blue Öyster Cult aime emprunter les petits chemins qui empêchent la monotonie du sentier touristique. Si le rock sixties n’emporte pas l’adhésion d’un auditeur, il pourra se rabattre sur le blues énergique de « The Machine » et ses leads à la ZZ Top. « The Return Of St. Cecilia » illustre justement tout le talent guitaristique des membres Blue Öyster Cult qui parviennent à s’illustrer dans une multitude de genres au sein d’une même composition sans massacrer sa cohérence, entre accroches blues, solos rock et accélérations légèrement heavy. Quand il le faut, Blue Öyster Cult est prêt à alourdir son propos : « Stand And Fight » emprunte grandement au « For Whom The Bell Tolls » de Metallica avec un riffing pesant, presque martial (la réponse de Blue Öyster Cult à la reprise d’« Astronomy » par Metallica ?). Une parenthèse brutale qui côtoie la douceur de « Florida Man » et son groove de guitare folk ou l’élégance de « Secret Road » et de ses phrasés de guitare déliés. « The Alchemist » incarne quant à lui le Blue Öyster Cult plus « horrifique » et théâtral avec une certaine éloquence. Seul bémol, les puristes regretteront peut-être le pan psychédélique moins présent dans la musique de The Symbol Remains, qui trouve son expression essentiellement lors du solo de « Edge Of The World » ou de la conclusion « Fight » et ses nappes de clavier cosmiques.

The Symbol Remains est une prouesse de la part d’un groupe qui s’est absenté vingt ans des studios. Il communique le plaisir qu’ont eu les membres à composer de nouvelles musiques, sans chercher à acter un retour marquant. Le rock de Blue Öyster Cult est millimétré sans être intellectuel : tout est naturel, fluide, sans complexes ou appréhension, et conserve la variété qui fait tout son caractère. Le genre d’opus qui nous fait dire « long time no see » avec un plaisir non dissimulable dans la voix.

Clip vidéo de la chanson « Tainted Blood » :

Clip vidéo de la chanson « Box In My Head » :

Clip vidéo de la chanson « That Was Me » :

Album The Symbol Remains, sortie le 9 octobre 2020 via Frontiers Music srl. Disponible à l’achat ici



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  • Je suis entièrement d’accord avec cette chronique aussi brillante que l’album. joli l’expression un best of d’inédits.

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  • Bravo pour la qualité de la chronique du groupe inspiré et d une longévité rare

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  • J’adore en effet cette expression « best of fait d’inédits » mais c’est exactement ça ! Une telle inspiration, une telle envie de jouer après tant d’années, ça force le respect. Décidément, j’adorerai toujours ce groupe

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  • Moribon le hamster sans dent dit :

    « The Symbol Remains fait ainsi office de best of qui ne contiendrait que des inédits. » => j’avais encore jamais lu un compliment plus beau que celui-là sur un nouvel album

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