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Chronique   

Blues Pills – Blues Pills


Après les vagues de groupes de stoner et de metalcore de ces dernières années, signés à tours de bras par les labels est venue celle des revivals (80’s, 70’s), du old-school érigé en valeur, du retour aux saveurs simples mais riches d’autrefois, pour retrouver un soupçon d’originalité. Mais avec cette renaissance rejaillissent les mêmes défauts que l’époque modèle : temps où l’inspiration se trouvait souvent dans le studio d’à côté, où chacun devient une copie d’une copie d’une copie… L’originalité en prenait donc déjà un coup, et revenir en bout de chaîne trente, quarante ans après les forgerons de ces styles, parmi d’autres émules contemporains déjà soumis à la comparaison, peut être un pari risqué… que prend Nuclear Blast. Après avoir misé ces deux dernières années sur des Witchcraft, Free Fall, Kadavar et The Vintage Caravan, le label allemand remet ça avec Blues Pills, très probablement le pinacle de cette série. Car l’originalité est bien là avec cette jeune formation. C’est d’abord l’une des rares fois où, dans ce style, le label fait confiance à un groupe avant d’avoir fait ses preuves dans une autre maison – l’autre exception étant Free Fall, mais avec des zicos avec vingt-cinq ans d’expérience derrière – en le signant avant même son premier album. Chez Blues Pills, la moyenne d’âge tourne autour de vingt ans et l’âme de la fin des 60’s y semble aussi jeune, intacte, pas une simple imitation, plutôt un cocktail d’éléments de cette époque qu’on n’aurait pas rêvé de voir assemblés jusque là.

Si on l’avait déjà remarquée précédemment, c’est évidemment la voix d’Elin Larsson qui saute en premier aux oreilles. Se démarquant déjà des voix féminines courantes dans le hard rock, elle ne cède pas non plus aux modèles déjà vus dans le revival 70’s, loin du style ésotérique des Purson et Blood Ceremony. Et si dans Blues Pills flotte un bout de Woodstock, avec les influences de Janis Joplin et Grace Slick (Jefferson Airplane), il y a aussi celle (avouée) d’Aretha Franklin (voire Tina Turner) avec ce cri qui propulse le cœur au bord des lèvres, ce cœur soul qui donne leur caractère unique à « Black Smoke » (alternant complainte soul et éruptions de rock solaire), au langoureux « River » et ce « Devil Man » déjà bien connu mais réenregistré, avec un tempo rehaussé, plus enflammé et même un peu plus de craquant dans la prod’.

Il serait inconvenant d’ignorer une moitié du groupe alors que la section rythmique en donne aussi pour les tympans, ayant toute place pour s’exprimer quand voix et guitare s’éteignent (la basse ne se contente pas d’être une sous-couche à la guitare), montrant ce solide escalier construit pour faire monter la transe et groover ce tétramorphe organique. Mais quand le chant ne vous prend pas par l’oreille, c’est Dorian Sorriaux (18 ans !), petit Hendrix français qui offre un vrai concentré d’Are You Experienced? sur « Gypsy » (évoquant autant « Can You See Me », « Fire » ou « Third Stone From The Sun », le tout accompagné de percussions latin-rock) ou « Jupiter » ; le spectre de Mick Ronson (David Bowie) flotte même dans la dernière minute de « No Hope Left For Me ». Enfin, c’est une espèce de décontraction qui ressort de tout cela : inutile d’en faire trop pour que ça vienne, comme ces petites touches de guitare psychédélique dans « River » pour que ça coule tout seul. De même, aucune retenue nécessaire quand ça vient : le quatuor déborde de feeling quand il faut ramener le rock à son état sauvage et l’auditeur peut donc jouir sans frein.

Ci-dessous la lyric-vidéo de « High Class Woman » :

Album Blues Pills, sortie le 25 juillet 2014 chez Nuclear Blast Records.



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