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Chronique   

Blues Pills – Holy Moly!


Blues Pills aurait pu s’arrêter en plein essor. Un peu comme si la magie s’arrêtait brusquement, sous le coup de la fatigue due à un rythme de tournée effréné, des impératifs personnels que chacun des membres a à gérer et du départ du guitariste lead Dorian Sorriaux très apprécié des fans. Lady In Gold (2016) n’était pas loin d’être le dernier effort du groupe. Il faut croire que l’énergie du live et le soutien du public jouent sur la faculté de résilience. Blues Pills a décidé de prendre du repos et de digérer le départ de Dorian. Pour ce faire, c’est l’ancien bassiste Zach Anderson qui a décidé de changer de rôle et de lui succéder, lui-même remplacé par Kristoffer Schander à la basse. Le processus créatif de Blues Pills est ainsi resté intact. Holy Moly!, troisième opus des Suédois, est un exutoire bienvenu pour un groupe désormais plus sage dans sa tête, revenu des préjugés juvéniles sur la vie de groupe de rock, mais pas forcément sur ses instruments…

Holy Moly! est le premier album autoproduit par le groupe, assisté d’Andrew Scheps au mix (Red Hot Chili Peppers, Iggy Pop, Black Sabbath, Adele, Rival Sons…). Blues Pills cherche ainsi a récupérer une forme d’indépendance musicale. Holy Moly! est essentiellement écrit par Elin Larsson, Zack Anderson et André Kvarnström, nourris de leurs expériences depuis Lady In Gold. En résulte un opus qui revient à l’essentiel : un rock énergique toujours inspiré, évidemment, des années 70 sans pour autant sombrer dans le mimétisme marketing. Si Lady In Gold introduisait des éléments soul très marqués, Holy Moly! privilégie une énergie plus directe. Certes la voix d’Elin Larsson joue toujours ce rôle de catalyseur et permet à Blues Pills de se détacher du lot des groupes « revival ». Il suffit d’entendre les envolées façon Aretha Franklin (l’idole d’Elin) de « California » pour être convaincu que la frontwoman de Blues Pills est une exception au sein d’une scène qui tend à saturer. Comme un symbole, « Proud Woman » ouvre le bal et Elin n’hésite pas à adopter un timbre plus agressif, supporté par un riffing tranchant et un groove rappelant l’Arctic Monkeys de l’époque Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not (2006). Blue Pills en revient à ses conclusions relevées, à ces sautes d’humeur et ces décharges d’énergie qui font tout le sel de son rock vintage. « Low Road » ne perd pas une seconde à entrer dans le vif du sujet, Holy Moly! est peut-être l’album le plus sportif pour le batteur André Kvarnström. Cette immédiateté d’Holy Moly! se ressent dans la manière dont Blues Pills amorce ses compositions. Le groupe a tendance à ne pas s’embarrasser d’introductions, à l’instar d’un « Dreaming My Life Away » ou de « Low Road » justement, comme pour signaler l’urgence de la catharsis qu’est ce nouvel effort.

C’est du moins le cas d’une partie de l’album. Blues Pills n’a pas perdu son sens de la construction mélodique et ne manque pas l’occasion d’injecter d’autres influences. « Rythm In Blood » a des accents de boogie-rock avec son groove acid/funky ininterrompu. « Dust » ralentit le jeu en jouant à la fois sur un rock aux accents psychédéliques et un blues sensuel. Surtout, le recours à ces chœurs discrets en arrière-plan crée une parenté avec la soul qui est loin d’avoir disparu de l’équation. Blues Pills a l’intelligence de se reposer sur la versatilité de sa chanteuse. Les ballades « Wish I’d Known » et « Song From A Mourning Dove » sont aussi classiques que touchantes, avec ce timbre féminin hypnotique. Preuve que les formules sont intemporelles quand l’interprétation est présente. Blues Pills délivre en outre des titres qui jouent sur les deux tableaux, à l’image de « Bye Bye Birdie » qui prend soin de faire évoluer une accalmie en déferlante d’énergie. Blues Pills jongle entre les registres avec aisance, se payant le luxe de conclure par le très doux « Longest Lasting Friend » qui permet à l’auditeur d’atterrir confortablement.

Holy Moly! est sans doute le remède le plus efficace pour Blues Pills. Il transmet cette sensation de libération, l’affranchissement vis-à-vis d’une colère et d’une frustration qui rongent ses membres depuis au moins deux ans. Blues Pills a toujours les mêmes affects qu’il ne copie pas, justement parce qu’il ne les force pas. Holy Moly! l’emporte avant tout pour une chose : on se retrouve dans ce quatuor qui a clairement vidé son sac.

Clip vidéo de la chanson « Kiss My Past Goodbye » :

Clip vidéo de la chanson « Low Road » :

Chanson « Proud Woman » :

Album Holy Molly!, sortie le 21 août 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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