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Interview   

Blurr Thrower : la rupture et le vide


« Je pense que j’ai terminé Blurr Thrower. » Après un EP et un premier album, l’artiste Guillaume Galaup derrière Blurr Thrower affirme être parvenu au terme de son entreprise diégétique et avoir achevé ce projet. Ne nous méprenons cependant pas, puisqu’il ne s’agit que de la fin d’un cycle qui en appellera irrévocablement un autre. Comme nous le confie le musicien lors de cet entretien, cette entreprise artistique est naturellement arrivée à son terme tandis qu’un chapitre de sa vie personnelle se fermait. Car derrière les concepts philosophiques notamment inspirés de Nietzsche, c’est avant tout une histoire qui nous est contée ici : son histoire.

En plus de la littérature et de la philosophie, véritables prismes pour percevoir le réel, l’œuvre autobiographique Blurr Thrower se construit autour de compositions black metal qui furent autant d’épreuves pour leur géniteur. Des épreuves que l’auditeur doit lui aussi partager, afin de percevoir et ressentir les étapes que le musicien a traversées. Car bien au-delà de la musique, c’est un projet d’art total qu’entend proposer Guillaume et auquel il nous invite ; la photographie, la poésie et la musique sont ses médiums et il propose, avec Les Voûtes, un objet unique, conceptualisé depuis plusieurs années.

Nous sommes revenus en profondeur sur cette entité singulière qu’il a créée, sur sa perception du black metal, de ses codes, de la sémantique qu’il convoque et de la spiritualité qui nimbe l’ensemble de cette création ambitieuse…

« Je ne vois pas Les Voûtes – tout comme Les Avatars Du Vide – comme étant exclusivement une œuvre musicale mais une œuvre la plus tautologique possible. »

Radio Metal : Nous aimerions te poser une question assez ouverte et générale pour commencer : qu’est-ce que Blurr Thrower pour toi, musicalement et personnellement, sur le fond et la forme ?

Guillaume Galaup : Blurr Thrower ce n’est pas qu’un projet musical, c’est un ensemble de choses. Je m’excuse par avance parce que cette interview va être extrêmement pompeuse [rires], mais c’est un peu obligatoire pour pouvoir parler du projet ! Je le vois presque comme une autobiographie plus que comme un simple projet musical. Comme j’aime bien essayer plein de trucs pour pouvoir m’exprimer, j’utilise plein de médiums différents pour pouvoir raconter ma vie. J’utilise des concepts philosophiques très pompeux, très complexes pour pouvoir raconter une diégèse qui m’est propre. D’un point de vue très simple, c’est ma vie que je raconte au travers de Blurr Thrower.

Peux-tu nous en dire plus sur la manière dont tu as construit cet album, Les Voûtes, et également l’EP précédent, Les Avatars Du Vide ? Qu’est-ce qui vient en premier lieu, les thématiques ou les instruments ? Et comment composes-tu avec tout ça ?

Ça varie en fonction des ressentis que je veux mettre dans la musique. En fait, je pense toujours Blurr Thrower comme une forme de pièce un peu longue, c’est-à-dire que je ne réfléchis pas par morceaux ou quoi. Je pose des riffs au fur et à mesure d’une maquette qui est très grande, qui est composée de l’album entier. En fonction du besoin, de l’envie, ça varie vraiment. Il y a des fois où je commence par des voix, par des textes, et il y a d’autres fois ou je commence par un riff ou une partie de batterie que je fais tourner pour ensuite jouer dessus… Ça dépend du moment, ça dépend du contexte, et ça dépend du niveau d’ivresse ou de ce que j’ai dans la gueule pour essayer de jouer ou d’écrire [rires]. Il n’y a pas de règle pour écrire ce que je tente de communiquer. Ça émane uniquement d’un ressenti que l’auditeur se doit de comprendre – ou pas –, de ce que j’aimerais que l’auditeur ressente à un moment donné.

C’est ça qui est important et, après, la façon dont je le communique, c’est différent. Il y a des fois ou ça ne passe pas que par la musique, et c’est ça qui est vraiment génial avec Les Voûtes. Je ne sais pas trop pourquoi c’est tombé sur ma gueule mais c’est extraordinaire ce qui m’arrive avec LADLO (Les Acteurs De L’Ombre, NDLR). Je ne vois pas Les Voûtes – tout comme Les Avatars Du Vide – comme étant exclusivement une œuvre musicale mais comme étant une œuvre la plus tautologique possible. C’est pour ça que le fait d’avoir écrit le bouquin, d’avoir bossé les graphismes avec Came [Roy de Rat], d’avoir pris toutes ces photos et d’avoir tout un concept autour, c’est extrêmement important pour moi, car il y a des ressentis que j’ai tenté d’exprimer avec la photo car ils n’étaient pas suffisants avec la musique. C’est vraiment une démarche la plus tautologique possible pour pouvoir exprimer un ressenti clé à différents moments. Alors, je ne dis pas du tout que j’y arrive, je n’ai pas du tout la prétention… Je ne suis pas une putain de drama queen, enfin pas autant [rires], qui dit : « Ouais, putain Blurr Thrower c’est comme ça, c’est comme si, machin »… C’est juste une tentative de communiquer quelque chose.

Pour parler purement de la compo, est-ce que tout est fait à partir de vrais instruments ou est-ce qu’il y a une part de programmation à l’ordinateur ?

Tous les instruments sont réels initialement. Après, ils ont été trafiqués dans tous les sens, comme on n’a pas idée, parce ce que je suis un très mauvais ingénieur du son, mais le but était d’avoir une démarche la plus analogique possible, parce que je suis un vieux con [rires]. Non, mais bien sûr que c’est important, de retrouver ce son d’antan, ce grain, ce genre de logique-là.

Puisque tu évoquais le bouquin, l’édition spéciale contient un poster, un livre, des photographies… Est-ce que multiplier les expressions artistiques ça t’a été proposé ou est-ce que c’était intentionnel ?

C’est carrément intentionnel et c’est le cas depuis Les Avatars Du Vide. Quand j’avais approché, à l’époque, Gérald [Milani] et LADLO avec l’EP précédent, j’avais déjà pour ambition de faire ce bouquin. J’avais fait un proto à l’époque qui s’appelait Adem (العدم en arabe, NDLR), que j’avais commencé il y a très longtemps, puisque les premiers drafts datent de 2012, et l’idée à la base était déjà un bouquin avec le CD dedans. L’ambition a toujours été là. Encore une fois, ça va faire ultra-pompeux, mais j’aime bien le côté Gesamtkunstwerk allemand, c’est-à-dire le côté œuvre d’art totale qui prend tous les sens et qui fait appel à énormément de médiums distincts, etc. Je ne dis pas que j’arrive à saisir tous les sens de l’auditeur ou du spectateur ou quoi que ce soit, mais il y a quelque chose qui me fascine à travers cette démarche artistique qui est de proposer le plus de mediums possible pour pouvoir raconter la même diégèse, le même propos, le même univers et pour pouvoir faire ressentir les mêmes textures, mais avec énormément de médiums différents.

« Il y a beaucoup de personnes qui disent qu’elles font du black metal pour pouvoir s’évader dans d’autres univers ou pour pouvoir être bien après ; je ne suis pas d’accord avec cette thèse. Faire du black metal c’est vraiment aller au tréfonds, c’est se mettre dans la merde, c’est Satan, c’est l’automutilation, c’est l’abus, c’est tout ça. »

Donc oui, c’est moi qui avais approché LADLO avec cette histoire de bouquin. Par chance ils ont eu l’air d’accrocher et ça a donné du coup ce que ça a fait. Il y a même LADLO qui a proposé d’autres choses. A la base, le tableau n’était pas prévu et c’est Gérald qui a approché et qui a fait un truc super. Il y a les badges aussi qui contiennent des fleurs qui ont été faites main, super bien faites d’ailleurs, c’est un travail d’orfèvre que j’aime beaucoup, très artisanal et qui va en ce sens aussi. C’est super, je suis vraiment comblé. Pour moi, nous avons été au bout de ce que nous pouvions faire à travers cet objet. Ca fait très promo de merde, mais ce n’est pas du tout le cas ! Si vous voulez juste acheter le CD, c’est très bien [rires]. Par contre, en tant qu’artiste, je suis très fier de pouvoir proposer la vision la plus complète possible de ce que j’avais en tête.

Il y a des artistes qui t’ont inspiré à ce niveau-là, dans la démarche de l’art total, dans le milieu du metal ? Je pense notamment au Hongrois Tamas Katai et à son projet Thy Catafalque qui présente un univers total comme ça ou à Dehn Sora plus proche de nous…

Dehn Sora, tous les jours ! Je veux porter ses enfants à ce mec ! [Rires] Bien sûr, Dehn Sora, évidemment. Mais tout le crew, Dehn Sora, William Lalcalmontie, c’est vraiment des personnes qui me butent car elles arrivent vraiment à toucher quelque chose et à se les approprier et à en faire quelque chose d’unique. Oui, c’est une influence, ce sont des modèles très forts pour moi, c’est clair. Il n’y en a pas que dans le metal non plus. Il y a un artiste de techno, par exemple, qui s’appelle Polar Inertia qui s’inspire énormément de la conquête du cercle Antarctique et qui fait énormément de musique en lien avec ça. C’est saisissant et ça fonctionne très bien, mais il fait aussi énormément de photos et il capture plein de samples qui sont extrêmement intéressants par rapport à ça. Il y en a vraiment beaucoup. Je vais faire un grand écart un peu merdique mais il y a Antoine d’Agata en photo qui lui aussi a cette espèce de vision très radicale, même s’il ne se concentre que sur les photos, pour lesquelles il y a quelque chose de très frontal auprès du spectateur qui est fascinant. Mais oui, les personnes qui me butent le plus, ce sont les Dehn Sora et William Lalcalmontie qui arrivent à retranscrire un univers rien qu’avec un grain d’image. Et puis Throane (le projet solo musical de Dehn Sora, NDLR) personne n’en sort indemne, j’imagine.

Pour en revenir aux inspirations musicales, tu avais déclaré que tu t’inspirais plus particulièrement de la scène Cascadian Black Metal. Puisque c’est ce qui semble avoir marqué le son de Blurr Thrower, qu’est-ce qui t’attire dans ces ambiances ?

Excellente question ! [Rires]. C’est une excellente question parce que quand je parle de Cascadian, j’ai l’impression que c’est moi qui ai une définition un peu pétée. Quand je parle de Cascadian, tout de suite on me renvoie des Wolves In The Throne Room, des Agalloch, ce genre de projets, et je me demande si ce n’est pas moi qui me suis trompé au travers de cette appellation. Car ce que j’entends dans le Cascadian c’est vraiment les classiques de l’USBM (scène black metal américaine, NDLR), donc c’est Fell Voices, Ash Borer, Yellow Eyes à la limite, Weakling d’une certaine manière. J’y vois à travers ce Cascadian quelque chose de très proche des premières vagues de black metal français, c’est-à-dire quelque chose avec un son pété, des ambiances qui sont très lancinantes, avec des atmosphères vraiment très sombres, énormément de questions sur l’occultisme et sur la mort, avec une preuve de nihilisme aussi. Pour moi, c’est ça qui m’inspire en partie au travers de Blurr Thrower, et c’est à ça que je tente de me « raccrocher ». C’est important parce que c’est vrai que cette partie Cascadian, on en parle beaucoup et, encore une fois, j’ai l’impression que c’est moi qui me suis complètement trompé au travers de cette appellation.

Le Cascadian reste une appellation très journalistique pour définir un ensemble, et il y a souvent ce mysticisme et cette approche des atmosphères sombres dont tu parles, mais qui sont souvent liées à un folklore local. Or on pouvait trouver ça intéressant que tu en parles car Blurr Thrower, en apparence, ne semble pas appeler un folklore local ou une ruralité mais davantage quelque chose de moderne et d’urbain.

Tu trouves qu’il y a quelque chose d’urbain à travers Blurr Thrower ? D’accord. C’est sûrement très vrai puisque j’habite à Paris, j’ai toujours habité en ville, etc. donc forcément [rires].

« J’ai toujours pensé Blurr Thrower comme un projet très pompeux, parce que j’utilise des méthodes de communication qui sont très chiantes, très lettrées, pour en réalité raconter une histoire de merde ! Une histoire qui est simplement la mienne. »

Cette impression vient aussi de ton univers visuel qui rappelle des formes d’urbanité. Tu parlais d’Antoine d’Agata, chez qui il y a des formes de contemplation de l’humain dans la ville, et tu avais cité dans une interview Takashi Homa qui est lui aussi un photographe de l’urbain…

Tout à fait, c’est très vrai, et ce sont des influences qui sont très fortes. Après, les images urbaines que j’ai communiquées au travers de Blurr Thrower sont très intimes pour moi. Ce sont des lieux qui sont très particuliers et qui, effectivement, sont très proches – et ton analogie est très bonne – des techniques qu’on peut voir exploitées par d’Agata ou Takashi Homa, effectivement. Je pense que le sens par contre est très différent. Les zones urbaines que je photographie, ce sont des zones qui m’évoquent un vide très fort. Ce sont des zones pour lesquelles j’ai romantisé énormément de trucs très forts et que j’ai capturés comme ça. Ça fait le lien justement avec cette idée de Gesamtkunstwerk, c’est-à-dire de l’œuvre d’art totale, parce que ce que j’ai pris en photo était l’illustration des avatars du vide, au sens strict.

Tu avais dit que Les Avatars Du Vide était arrivé au bout d’un épuisement personnel, qu’il fallait que ça sorte presque instantanément après l’enregistrement des derniers vocaux. Ce premier jet a-t-il, d’une certaine manière, débloqué des choses en toi, t’a-t-il montré une voie et poussé à continuer dans cette création artistique ? Est-ce que la bonne réception de cet EP t’a montré que tu étais capable de faire des choses grâce au black metal ?

En tout cas, il m’a rendu légitime ! Ça fait très longtemps que je compose du black metal, ça fait quinze ans maintenant, ou un peu moins, bref on s’en fout, ça fait longtemps. Par contre, cet EP m’a rendu légitime dans le fait que je pouvais faire un black metal qui pouvait toucher certaines personnes. Ça m’a vraiment débloqué sur plein d’aspects, ça a pu illustrer le fait que mes pensées ou mes propos n’étaient pas cons et que des gens pouvaient être intéressés par ces propos. Après, la musique je la fais vraiment pour moi en tant que médium de communication, exactement comme la photo, comme les poèmes, comme plein de choses. Mais oui, ça a vraiment permis de bloquer énormément de choses. J’ai mis énormément de temps avant de composer les morceaux des Avatars Du Vide, de pouvoir les coucher tels que je le souhaitais. D’ailleurs, encore aujourd’hui je n’en suis pas encore pleinement satisfait ; je pense que si je le réécrivais, ça ne serait pas pareil [rires]. Mais une fois que je les ai considérés comme terminés, tout est allé extrêmement vite, et c’est bien la preuve que je me suis débloqué sur plein d’aspects suite à la sortie de cet EP.

Je pense que c’est aussi énormément LADLO qui m’a aidé par rapport à ça. Il faut savoir qu’en sortant Les Avatars Du Vide, je ne connaissais absolument personne sur la scène, j’avais très peu de proches, juste deux amis qui écoutaient du black avec qui nous ne nous étions pas vus depuis longtemps. C’était vraiment un plaisir qui était très solitaire. Je n’évolue pas du tout dans les sphères black metal, j’ai très peu des proches là-dedans, même si j’en ai beaucoup plus aujourd’hui par le biais de LADLO et autres, mais ce n’est pas mon environnement principal. Ce n’est pas un environnement dans lequel j’ai baigné pendant très longtemps et du coup Les Avatars du Vide a été composé vraiment seul. Donc tout s’est enchaîné avec une brutalité énorme [rires].

Par rapport à cette vision de l’art total, qui passe par la réception du public et le contact avec les autres, est-ce que ça a changé ton regard sur ta propre œuvre et sur ce que tu voulais faire ou dire par Blurr Thrower ?

Honnêtement non. Ce que je voulais dire avec Blurr Thrower a toujours été très intime, et le contact du public et la vision des autres sur le projet n’ont jamais impacté ce que je voulais communiquer. Par contre, ça l’a peut-être renforcé sur plein d’autres aspects et ça l’a sublimé, j’ai envie de dire. Par exemple, il y a quatre ans, c’était impensable que je me fasse épauler par d’autres sur les aspects graphiques. Aujourd’hui, je suis extrêmement fier de pouvoir bosser avec Came sur la proposition graphique du sujet parce qu’il a parfaitement compris quel était le projet, quelles étaient ses grandes thématiques, et il les a vraiment sublimés. Je pense avoir toujours été extrêmement sincère, jusqu’à la naïveté d’ailleurs, sur ce que je voulais communiquer. Par contre je n’aurais pas été aussi loin, et je n’aurais pas été aussi satisfait sans les ressources que LADLO m’a proposées.

« Blurr Thrower n’est pas la vision fantasmée de moi-même, au contraire. Blurr Thrower est un projet qui a énormément de part de naïveté, de pédanterie, de doutes et d’erreurs. D’ailleurs, il y a des fautes d’orthographe dans le texte et c’est parfait, c’est moi ! »

C’est vrai qu’à l’époque de l’EP tu parlais d’une forme de « pollution » de ta vision personnelle pour évoquer la collaboration avec d’autres personnes, or avec cet album tu as complètement changé ce rapport-là puisque tu n’as pas hésité à t’entourer d’autres artistes, et notamment Gaetan Juif de Cepheide qui participe à l’album.

Il faut savoir que Gaetan est vraiment un très bon ami. Ma grande peur ça aurait été de porter Blurr Thrower en live avec des gens qui ne le comprennent pas, par exemple, ce qui fait qu’il y aurait cette notion de pollution qui aurait pu être impactante et douloureuse. Après, c’est peut-être là que mon point de vue a changé, peut-être qu’avec le temps j’ai compris que d’autres personnes pouvaient m’accompagner pour pouvoir alimenter mes thèses, pour pouvoir renforcer certains propos tout en restant le plus sincère possible. Effectivement, c’est un très bon exemple : Gaetan a pour le coup parfaitement compris où je voulais aller. Je pense qu’il est très sensible aux thèses de Blurr Thrower, sur certains aspects. Du coup ce n’était pas du tout une pollution, ce n’était pas une tentative de corruption du projet, mais une proposition d’alimentation, et ça marche ! Je reconnais Blurr Thrower et je reconnais la proposition initiale au travers des performances de Gaetan sur cet album. Tu as sûrement raison en disant que j’ai évolué par rapport à cet aspect.

Cette évolution a-t-elle pu t’amener à constituer un line-up live, puisqu’à l’époque tu avais l’air plutôt réfractaire, alors que tu es actuellement annoncé au LADLO Fest ?

Non. Et je n’ai pas forcément envie d’en dire plus aujourd’hui parce que c’est encore un peu le chaos, mais j’aimerais bien pouvoir jouer Blurr Thrower seul en live. Je ne sais pas encore comment, je ne sais pas encore pourquoi, je ne pas encore qui va pouvoir m’aider sur ces aspects et comment ça peut se passer dans le futur, mais ça serait vraiment beau que j’arrive à porter Blurr Thrower seul sur scène.

On peut ressentir une continuité entre Les Voûtes et Les Avatars Du Vide puisque, dès les premiers sons, on retrouve les mêmes ambiances. Est-ce que ça fait partie du fait que tu as gardé ta ligne directrice et que Blurr Thrower est une entité dont tu as déjà les contours et que tu souhaites perpétuer ?

Les Voûtes est vraiment la suite directe des Avatars du Vide. Même au niveau du son il y a des consonances – en tout cas nous avons essayé, même si je pense que le son est bien meilleur sur Les Voûtes que sur Les Avatars du Vide parce que j’ai appris à mixer un peu mieux ! [Rires] Il y a encore beaucoup à faire mais je pense que c’est un album un peu mieux mixé et qui, surtout, a un mastering professionnel. D’ailleurs, on peut aussi faire cette analogie-là : j’ai fait appel à quelqu’un pour masteriser, ce qui était impensable il n’y a pas si longtemps. Ce qui s’est passé, c’est qu’en 2012, j’ai lancé les prototypes de Blurr Thrower, et j’ai rencontré une personne qui a été très importante pour moi. Durant le processus de réalisation des Voûtes, la personne qui était devenue ma femme et moi avons rompu. Je pense que ça se ressent beaucoup sur Les Voûtes parce qu’il y a un processus d’écriture qui a été brutalement changé. Ça se sent parce que c’est arrivé pile-poil au milieu de l’album. Après ça, j’ai vraiment tenté d’écrire une forme de conclusion qui se retrouve dans les deux derniers morceaux des Voûtes et je pense que j’ai terminé Blurr Thrower. Je pense qu’aujourd’hui, j’ai besoin d’exprimer d’autres choses, même si ça va être très proche d’un point de vue artistique. Mais la diégèse de Blurr Thrower est terminée et elle se termine par la fin des Voûtes.

Tu es donc arrivé au terme du projet initial que tu avais en tête.

Oui, parce que c’était un projet qui était intimement lié à une autre personne pour des raisons personnelles et, suite à cette séparation, je pense que j’ai fait le tour et que j’ai communiqué tout ce que j’avais. Je ne sais pas comment les autres fonctionnent, composent, ni rien, mais pour moi composer du black metal, c’est difficile. Ce n’est pas cathartique. C’est pareil, ça fait très pompeux et je m’en excuse, mais il y a beaucoup de personnes qui disent qu’elles font du black metal pour pouvoir s’évader dans d’autres univers ou pour pouvoir être bien après ; je ne suis pas d’accord avec cette thèse. Faire du black metal c’est vraiment aller au tréfonds, c’est se mettre dans la merde, c’est Satan, c’est l’automutilation, c’est l’abus, c’est tout ça. Je pense que j’ai terminé la diégèse de Blurr Thrower non pas par vision artistique mais par compétence physique. Ça fait vraiment ultra-condescendant de dire ça, et encore une fois je m’en excuse, mais écrire du black metal qui est le plus vrai possible… putain ça fume quoi ! Tu en ressors lessivé, tu es crevé, tu ne crois plus en rien. Je pense qu’aujourd’hui j’ai besoin d’explorer d’autres aspects parce que physiquement, faire Blurr Thrower, je n’en peux plus. Enfin, « je ne peux plus », j’ai besoin de travailler avec des gens, j’ai besoin de faire des splits, etc. [rires].

« Je suis trop premier degré à l’égard du black metal et de toute la philosophie qui peut en retourner. Je me considère comme étant croyant et du coup, quand on parle de Satan, c’est important. Ce n’est pas uniquement du folklore. »

Si Blurr Thrower est autobiographique, il parle donc davantage d’une période particulière de ta vie ?

Absolument ! Dans Blurr Thrower, il y a un parallèle très important entre ce que je tente de communiquer et ce qui m’arrive. J’espère que l’auditeur qui écoute Blurr Thrower comprendra qu’il y a une rupture entre la première face du vinyle et la deuxième. Parce que la rupture est matérielle, elle est réelle, elle est véridique. J’espère vraiment qu’elle se sent. Et j’espère – et ça serait vraiment un grand souhait – qu’elle est pénible pour l’auditeur, c’est-à-dire qu’il comprenne que j’en ai chié pour pouvoir accoucher ça ! S’il ne le comprend pas, ce sera ma faute, ce sera mon échec et il n’y aura pas de soucis. Je n’accuserais jamais un auditeur de ne pas comprendre ce que je tente de faire. Je ne suis pas du tout en mode : « Si jamais tu ne comprends pas ça, t’es qu’une merde, tu n’as rien compris. » Je ne me considère pas comme un grand artiste. Je suis juste un connard qui compose en slip comme un milliard d’autres [rires], mais ce que j’ai tenté de communiquer c’est vrai, c’est moi, c’est ce que j’avais dans la gueule au moment où je l’ai composé. C’était des périodes de crises, c’était des périodes d’hallucinations, c’était des périodes vraiment très sombres – pas que, mais en tout cas, sur la deuxième partie. Je n’ai pas envie que ce soit mou. Qu’il y ait des personnes qui détestent, aucun problème, je le respecterai toujours, mais qu’une personne se fasse chier en écoutant mon disque, ça, ça me soûlerait !

C’est une approche particulière car d’un côté il y a le pathos qui est mis extrêmement en avant – ce côté sensible et très personnel – et en même temps, on a l’impression que Blurr Thrower est aussi une dialectique du vide où tu dis une aliénation et une hostilité envers soi-même que tout le monde peut s’approprier et qui n’est pas propre à toi.

Oui, parce que j’ai la prétention de penser que mon histoire est assez commune. On a tous vécu des ruptures amoureuses, des moments de vide à différents degrés, etc. – c’est le côté Virgo (le signe astrologique de la Vierge, BDLR), les personnes sensibles aux signes astrologiques comprendront [rires]. Pendant très longtemps, et je pense jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à la sortie des Voûtes, j’ai tenté de camoufler une histoire par le spectre d’égéries et de notions extrêmement complexes. C’est-à-dire au travers de propos philosophiques, au travers de textes nietzschéens, au travers de ce genre de chose. Je comprends aujourd’hui à quel point c’est une histoire, que j’ai tenté de communiquer, qui est très commune et pour laquelle il n’y a pas besoin de se cacher derrière quatorze philosophes pour pouvoir l’exprimer. C’est pour ça que j’ai toujours pensé Blurr Thrower comme un projet très pompeux, parce que j’utilise des méthodes de communication qui sont très chiantes, très lettrées, pour en réalité raconter une histoire de merde ! Une histoire qui est simplement la mienne. C’est-à-dire un mec qui a été profondément amoureux, qui a cru, qui se pose plein de questions, et qui parfois échoue vraiment bas. C’est juste ça en fait qui est dépeint. Je pense que pour Les Avatars du Vide, aujourd’hui, si jamais je devais revenir sur énormément d’interviews que j’avais données ou sur certains préceptes ou même des textes – le texte de « Par-Delà Les Aubes » par exemple – c’est un truc qui est très « méta » alors que ça n’a pas forcément lieu d’être en réalité. C’est une échelle qui est beaucoup plus humaine que je ne voulais l’imaginer, je pense, quand je regarde derrière aujourd’hui.

Comment expliques-tu t’être raccroché à des grandes figures et à des postures philosophiques pour exprimer et expliquer un ressenti qui t’était propre ?

Je pense qu’en premier lieu c’est par condescendance. Je ne voulais pas passer pour la moitié d’un con, parce que « je me suis cassé le cul à lire du Nietzsche, donc vous allez tous bien comprendre que j’ai lu du Nietzsche, bande de fils de pute » ! [Rires]. C’est un premier point. Le deuxième c’était aussi profondément pour me protéger. Encore aujourd’hui, je pense que j’ai des barrières romantiques qui sont très aiguisées. Je pense notamment par rapport aux questionnements sur la mort, sur mes croyances, sur la religion. Je pense que j’ai vraiment besoin de ça pour pouvoir me sauvegarder, tout simplement. Encore une fois, ça fait très pompeux, mais je pense que c’est essentiel pour moi et ça pour le coup je ne l’ai pas encore lâché à cent pour cent. A l’époque, la philosophie m’aidait profondément à pouvoir mettre les mots sur ce qui n’allait pas, sur énormément de questionnements qui m’habitent encore aujourd’hui.

« Je suis croyant parce que j’ai peur de l’enfer si jamais je me bute. C’est une composante qui est essentielle, parce que ça fait que ma foi est une barrière romantique au suicide. »

C’est intéressant parce que j’ai beaucoup parlé de la deuxième partie des Voûtes qui était très pessimiste, mais la première partie est extrêmement lumineuse ! Quand je l’écoute encore aujourd’hui, je la trouve rayonnante, elle est très dansante, il y a beaucoup de rythmiques qui sont au final assez positives. Parce que c’était ma rencontre avec Gaetan, justement, et on en parlait tout à l’heure. Ça a été un moment où j’ai été compris, et ça a été un moment où le morceau « Silences » [sur Les Avatars Du Vide] était obsolète ! Parce que la fin de « Silences » c’était le fait que le cri restait sans réponse. Ce qui n’a pas été le cas ! Ce qui n’a pas été le cas dans un premier temps avec LADLO, et dans un second temps grâce à Gaetan qui m’a dit : « Mec, t’inquiète, je comprends le côté solitude, misanthropie et dépression chronique, je connais ! » Et il y a eu aussi Mick de Time Lurker qui a fait exactement le même effet à une autre époque. On change tous, on évolue, et c’est ça qui est intéressant et qui est bien, je pense.

Par rapport à cette approche romantique que tu décris et qui a quelque chose de très baudelairien, est-ce que tu penses que c’est davantage une posture artistique, une posture postromantique, ou est-ce que toi-même tu essayes d’assimiler les influences philosophiques et littéraires, qu’on sent assez fortes ?

Pour moi, ce n’est vraiment pas une posture, c’est vraiment ce que je suis. Je pense que je les ai énormément assimilées par protection et aussi par total amour des propos. Ce n’est pas une armure…

Ce n’est pas Blurr Thrower qui nécessitait cette dialectique, c’était toi qui étais déjà imbibé là-dedans…

Oui, exactement. Blurr Thrower en est juste le témoignage. Putain, ça fait ultra-pompeux et condescendant ! [Rires] Mais c’est vraiment ça ! Ce que je tente avec Blurr Thrower, c’est d’illustrer ce que je pense et ce que je tente de communiquer auprès du monde, aussi réduit soit-il – ce que je suis, en somme. C’est pour ça qu’il a quelque chose qui n’est pas cathartique, c’est-à-dire que je n’ai pas de masque, je n’ai pas de maquillage, je n’ai pas de corpse paint ! Blurr Thrower n’est pas la vision fantasmée de moi-même, au contraire. Blurr Thrower est un projet qui a énormément de part de naïveté, de pédanterie, de doutes et d’erreurs. D’ailleurs, il y a des fautes d’orthographe dans le texte et c’est parfait, c’est moi ! C’est moi et d’une certaine manière c’est aussi Came – le graphiste – à travers d’autres aspects. C’est vraiment une mise à nu la plus totale et complète possible. Pour moi, c’est très similaire à un essai de Rousseau. C’est-à-dire qu’il y a vraiment cette philosophie de pouvoir balancer à la gueule de Dieu : « Ça c’est moi et toutes les tares que ça comporte ! » J’aime bien cette idée artistique, ce côté mise à nu totale.

C’est nécessaire pour toi la mise à nu totale pour faire un art total ?

Oui ! Même pour faire de l’art tout court, je pense, même s’il est pourri. Aujourd’hui, j’ai un énorme problème par exemple avec le black metal moderne qui emprunte à l’imagerie sataniste sans être croyant. C’est quelque chose que je ne comprends pas !

Pour toi, pour utiliser des symboles, il faut les avoir assimilés.

Bien sûr ! Si jamais tu te fais un pentacle sur la gueule, mais putain ce n’est pas rien comme message ! Je ne vais pas dire que c’est de l’appropriation culturelle parce que ce n’est pas le cas… Enfin, on ne va pas forcément partir là-dessus tout de suite ! [Rires]. Il y a cette espèce de truc qui me gêne dans l’assimilation de trucs qui sont forts… En fait, je suis trop premier degré à l’égard du black metal et de toute la philosophie qui peut en retourner. Je me considère comme étant croyant et du coup, quand on parle de Satan, c’est important. Ce n’est pas uniquement du folklore. C’est un vrai phénomène, c’est une sensation qui a ses textures, qui a ses couleurs, qui a ses parfums et je le vois facilement profané par rapport à d’autres trucs. J’ai envie de dire tant mieux, parce que si jamais les personnes s’éclatent à faire ça, je n’ai aucun problème avec ça. Par contre, c’est mon rôle de pouvoir tenter de communiquer autre chose avec ce que je tente de produire, car la part cléricale de Blurr Thrower est très importante aussi. Il y a une composante religieuse qui, j’espère, est forte et qui, j’espère, est comprise, notamment par les jeux de reverb. J’ai envie que l’auditeur se sente dans une église et ce n’est pas pour rien.

« Le vide est tout ce qui a trait à Satan. Le flou est une illusion de Dieu sous drogues. »

Puisqu’on parle de ça, Blurr Thrower résulte d’une souffrance mais présente aussi un aspect très occulte, selon tes dires. Comment lies-tu la souffrance et l’occultisme ? En quoi est-ce complémentaire ?

C’est complémentaire, car je pense que je suis croyant parce que j’ai peur de l’enfer si jamais je me bute. C’est une composante qui est essentielle, parce que ça fait que ma foi est une barrière romantique au suicide. Mon psy vous tiendrait la jambe pour vous expliquer pendant trois plombes quel est le processus qui amène à ça [rires]. Je pense que c’est très lié au fait que le flou que je tente de communiquer – en tout cas ma vision conceptuelle du flou – est en réalité une vision religieuse, une vision pieuse, lumineuse, blanche, une sorte de salvation face au reste qui est facilement merdique et que j’interprète comme étant le vide qu’on a tous connu. On a tous connu des grosses phases à un moment ou à un autre – encore une fois, on a tous connu une rupture amoureuse, les grosses phases à trois heures du matin, les excès, les moments où t’es bourré et ça ne va pas, où tu dégueules… tout. J’y vois une vision, pas facilement occulte, mais en tout cas une vision très parfumée de ce que peut être quelque chose qui est très dramaturgique. Or c’est facile de trouver de la dramaturgie dans la religion. C’est pour ça que ça me touche.

On a aussi l’impression que, dans ta démarche, il y a une volonté de mettre du sens derrière tout élément artistique, en même temps qu’une quête de sens. Par rapport à ce double mouvement, que représente le « vide » pour toi ? L’absence de sens ou est-ce le sens inaccessible ?

Je pense que ça peut être les deux, en fonction du moment. Parfois ça peut être une confusion totale, d’autres fois ça pourra être une espérance qui ne pourra pas être assouvie. Mais ce n’est pas compliqué, le vide est tout ce qui a trait à Satan. Le flou est une illusion de Dieu sous drogues. J’aime bien résumer ça aujourd’hui. J’aime bien cette idée de penser qu’il y a quelque chose qui est lumineux, qui est flou, qui est fluo… qui est très bien communiqué par le mec de Diapsiquir, Damien [Guimard] ! Il l’illustre incroyablement bien à travers 180° et A.N.T.I. qui sont pour moi deux albums de chevet et qui marchent du feu pour pouvoir illustrer cette vision-là.

Comme tu accordes une très grande importance aux symboles, le bouquet de fleurs, que représente-t-il pour toi sur cet artwork ?

Ça dépend lequel. En fait, l’artwork a vraiment été pensé comme une tentative de piéger l’auditeur. Je trouve qu’il y a beaucoup d’apaisement qui est traduit au travers de cet artwork. D’ailleurs, il est intéressant de voir qu’il y a beaucoup de Japonais qui ont précommandé Les Voûtes en particulier, parce qu’il y a quelque chose qui est très zen, très sensible, au travers de la démarche que nous avons tenté de faire. Le but était vraiment de pouvoir illustrer, un petit peu à l’antithèse des Avatars du Vide, une vision très positive qui recelait certains aspects très sombres. Par exemple, le récipient des lys blancs de l’artwork, c’est ma pipe à opium ; que j’ai pétée d’ailleurs, je suis vraiment dégoûté [rires]. Le but était vraiment de piéger l’auditeur à travers certains signes qui, en premier lieu, paraissaient comme étant très apaisés, très sains, très calmes, pour en faire quelque chose de beaucoup plus hostile à la réécoute ou à l’immersion. C’est pour ça d’ailleurs qu’on avait remplacé le sang par du lait d’amande ou ce genre de choses.

Vous êtes-vous donné le mot avec Clément Flandrois de Hyrgal et sa fleur de lys sur Fin De Règne ?

Pas du tout ! [Rires] Mais c’est très drôle, quand j’ai vu la fleur de Lys sur l’album d’Hyrgal, je me suis dit : « Ah putain, c’est marrant » ! C’est intéressant qu’on ait pensé à la même chose. J’en étais presque honoré parce que je me suis dit : « Putain, pour que Clément y pense, c’est que ce n’est pas une idée de merde » !

Tu disais tout à l’heure que Blurr Thrower était terminé : composes-tu une suite qui porterait un autre nom ?

Oui, exactement. Ce serait sous le nom de Limbes, qui au final reprend les mêmes clichés que Blurr Thrower, on ne va pas se mentir, les limbes étant extrêmement proches de la diégèse de Blurr Thrower. Mais oui, ce serait sous un autre nom. Encore une fois ça serait sous un autre nom car je pense que la diégèse de Blurr Thrower est terminée, et elle se termine avec la séparation avec ma femme. Je trouve ça assez poétique et assez beau de le terminer ainsi. J’en suis content, ça fait un joli diptyque, ça colle avec l’univers et la sortie du bouquin. Les astres s’alignent avec toutes ces démarches-là.

Interview réalisée par téléphone le 27 janvier 2021 par Jean-Florian Garel & Eric Melkiahn.
Retranscription : Jean-Florian Garel & Eric Melkiahn.

Facebook officiel de Blurr Thrower : www.facebook.com/BlurrThrower

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