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Chronique   

Blut Aus Nord – Hallucinogen


On ne sait pas grand-chose de Blut Aus Nord. Basé en Normandie, mené par un Vindsval d’une impeccable discrétion, le groupe a choisi dès ses débuts – il y a vingt-cinq ans déjà – de s’effacer derrière son œuvre. Et quelle œuvre : treize albums dont deux trilogies et une flopée de splits et d’EP qui ont tracé en plus de deux décennies une esthétique unique et foisonnante, faisant de Blut Aus Nord un fleuron d’une scène black française qui se distingue par le caractère hétéroclite et singulier de ses productions. Si Vindsval ne se répète jamais, on distingue malgré tout deux axes majeurs dans son abondante discographie : une veine atmosphérique, épique, nostalgique et (donc ?) « traditionnelle » – celle de la trilogie Memoria Vetusta –, et une veine industrielle, anguleuse, sombre et plus moderne, qu’on retrouve dans la trilogie 777. Au tout début de 2019, avec son projet Yerûšelem, Vindsval et son acolyte de Blut Aus Nord W.D.Feld approfondissaient la voie industrielle avec un The Sublime qui allait chercher du côté de l’indus à la Coil, de la coldwave et même du trip hop. Est-ce qu’il faut donc s’attendre, avec Hallucinogen, à une nouvelle exploration des débuts du black mélodique et des mondes pré-chrétiens ? Pas tout à fait, comme on peut s’en rendre compte dès la première écoute : là où l’inquiétant Deus Salutis Meæ pouvait sonner comme une nouvelle variation sur un même thème, Hallucinogen, bien qu’immédiatement reconnaissable, explore de nouvelles contrées.

Avec « Nomos Nebuleam », c’est en effet avec un entrain vivifiant que l’auditeur est plongé dans l’album : un tremolo picking trépidant ouvre rapidement sur des chœurs aériens et lumineux. L’impression d’élévation est instantanée, et le contraste avec l’angoisse chthonienne de Deus Salutis Meæ frappant. En sept titres d’environ sept minutes (le fameux 777 n’est pas loin !), Blut Aus Nord crée un canevas de riffs purement black metal où se multiplient les percées de lumière – l’ouverture tambour battant de « Mahagma » en est une illustration parfaite. Des guitares très rock (à la fin de « Sybelius » par exemple), des voix célestes, du post-rock atmosphérique (au milieu de « Nebeleste ») ou encore des scintillements space rock étoffent un black metal à la fois épique et progressif remarquablement entraînant. Le résultat est cependant moins psychédélique que ce que le titre de l’album ou son artwork suggèrent : plutôt que rappeler les envolées franchement psychotropes d’un Oranssi Pazuzu par exemple (auquel l’orthographe fantaisiste et pseudo-finnoise de « Haallucinählia » fait penser), Hallucinogen fait le grand écart entre le black historique et volontiers mélodique de Dissection ou d’Emperor et celui, plus lumineux et hybride, d’un Alcest par exemple, dont on retrouve l’ivresse des cimes.

Il n’est peut-être pas question en effet de créer un monde radicalement nouveau : de manière plus subtile, Hallucinogen recouvre l’univers connu d’un voile d’étrangeté. Utilisant un black metal relativement conventionnel en toile de fond, il l’enrichit de potentialités nouvelles en utilisant des éléments extérieurs comme autant de prismes : l’agressivité devient intensité, la rapidité aspiration spirituelle, l’angoisse incertitude. Ces riffs très reconnaissables – on retrouve la patte de Vindsval comme l’élan de Bathory époque viking – deviennent porteurs de chaleur, de lumière ou d’ambiguïté. De la même manière, les titres de chansons semblent à la fois familiers et opaques. C’est là que le titre de l’album prend tout son sens : il s’y développe l’impression d’entre-deux qu’on retrouve dans certains états modifiés de conscience. Les musiciens font voyager l’auditeur quelque part entre la matérialité organique du monde et de leurs instruments, et l’impalpable de la musique, de la rêverie – ou de l’hallucination. En posant sur son passé un regard résolument neuf (Hallucinogen évoque tant les Memoria Vetusta dans la forme que 777 – Cosmophony dans l’esprit), Blut Aus Nord le revisite et le régénère dans un même mouvement. À quelques mois seulement du bien-nommé The Sublime, une nouvelle preuve que la créativité des Normands n’est pas près de tarir.

L’album en écoute :

Album Hallucinogen, sortie le 20 septembre 2019 via Debemur Morti Productions. Disponible à l’achat ici



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