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Interview   

Bodom After Midnight : Après la Faucheuse…


A croire que les destins de Children Of Bodom et Alexi Laiho étaient liés dans la vie comme dans la mort. En novembre 2019 était annoncée la séparation du groupe. A peine plus d’un an plus tard, alors qu’il avait fondé Bodom After Midnight qui se voulait poursuivre son œuvre, n’ayant légalement pas le droit d’utiliser le nom du groupe qu’il avait cofondé en 1997, on apprenait la disparition à l’âge de quarante et un ans du frontman. Parler de choc est un euphémisme. Il a tout de même eu le temps de jouer trois concerts et d’enregistrer trois titres avec sa nouvelle formation.

Daniel Freyberg, qui avait rejoint Children Of Bodom il y a cinq ans et avait suivi Alexi dans sa nouvelle aventure, est quand même là pour assurer la promotion de Paint The Sky With Blood, un EP présentant ces trois premiers – et trois derniers – titres. Forcément, dans ces circonstances, l’exercice de l’interview donne un sentiment étrange puisqu’on parle d’un groupe fraîchement créé mais qui, malheureusement, par la force des choses, n’ira pas plus loin. Mais c’est aussi un témoignage précieux des derniers instants de la vie d’Alexi Laiho et l’occasion de reparler d’un musicien ayant marqué toute une génération et laissé durablement son empreinte dans l’histoire du metal.

« Nous nous sommes embrassés et il a dit : « On se revoit bientôt, les gars. » C’était beau parce que nous étions tellement heureux et il était tellement excité par la musique que nous allions sortir. Cette dernière fois que je l’ai vu restera éternellement dans mon cœur. »

Radio Metal : Alexi nous a quittés il y a deux mois et te voilà déjà à faire de la promo pour le premier – et surement dernier – disque de Bodom After Midnight. N’est-ce pas trop difficile pour toi, vu que c’est encore très frais ?

Daniel Freyberg (guitare) : Oui, bien sûr. C’est très difficile et triste. Je vais un peu mieux maintenant. J’ai probablement passé le choc initial, mais j’ai encore du mal à l’accepter. Ça paraît tellement irréel. Ça nous a pris par surprise parce qu’on ne pouvait pas le prédire ; je crois que personne ne l’avait vu venir. Il est clair que c’est dur à avaler, mais que peut-on faire ? Il faut avancer, petit à petit, ou en tout cas essayer d’avancer.

Quand était la dernière fois que tu as vu Alexi ?

C’était neuf ou dix jours avant son décès. Nous venions de tourner un clip vidéo. Nous avons fait ce shooting et ensuite nous avons fait une petite after. C’était la dernière fois que je l’ai vu. Nous avons bu une bière et écouté de la musique, puis il a voulu rentrer chez lui un peu plus tôt que les autres. Nous nous sommes embrassés et il a dit : « On se revoit bientôt, les gars. » C’était beau parce que nous étions tellement heureux et il était tellement excité par la musique que nous allions sortir. Cette dernière fois que je l’ai vu restera éternellement dans mon cœur. C’est le souvenir que je garderai toujours de lui.

Bodom After Midnight est le nouveau groupe qu’a fondé Alexi après la séparation de Children Of Bodom. L’une des raisons derrière la séparation était que « les autres gars ont dit qu’ils ne voulaient plus faire ça », y compris pour des questions familiales, mais Alexi a aussi admis qu’il y avait des tensions dans le groupe depuis pas mal de temps. Comment décrirais-tu les dernières années au sein de Children Of Bodom ?

Je ne peux pas faire de commentaire sur les raisons de la décision des autres gars. Je ne sais pas ce qu’ils avaient en tête ou quel était leur problème. Au final, c’était un petit peu tendu, mais d’un autre côté, ce sont tous des professionnels. Nous sommes quand même parvenus à faire les concerts et à bien terminer le groupe. C’est à peu près tout.

Pourquoi as-tu choisi de suivre Alexi dans Bodom After Midnight ?

Les autres gars sont partis chacun de leur côté. Donc soit j’allais avec Bodom After Midnight, soit je restais chez moi. C’étaient mes options. Naturellement, quand nous en avons discuté avec Alexi, j’ai dit dès le départ que ce serait super que je continue avec lui, car nous avions une très bonne alchimie musicalement parlant et nous étions amis, tandis que les autres gars, pour je ne sais quelle raison, avaient d’autres intérêts, ils ne voulaient plus faire ça ou je ne sais quoi. C’était naturel pour moi de continuer avec Alexi. En plus, j’avais rejoint le groupe depuis peu de temps, donc j’avais encore de l’énergie en moi. Je pense que c’est aussi ce qu’il voulait. J’ai probablement apporté un regain d’énergie au groupe et j’aime croire qu’à lui aussi. Nous nous poussions mutuellement à jouer mieux.

Comment les autres membres ont-ils été choisis ?

En fait, nous connaissions les gars, Mitja [Toivonen] et [Waltteri Väyrynen]. Je connaissais Waltteri un peu mieux qu’Alexi, et Alexi connaissait un peu mieux Mitja que moi. Donc Alexi m’a présenté Mitja, il a dit qu’il pensait à lui pour être le bassiste du groupe, et j’étais là : « Ouais, pourquoi pas ? Ça serait cool. » Puis il m’a demandé si je connaissais un batteur. J’ai dit que oui et j’ai suggéré Waltteri. Au départ, il était là : « Ouais, c’est le batteur de Paradise Lost, mais est-ce qu’il peut faire des trucs comme ça, genre des blast beats ? » Il ne savait pas que Waltteri était un batteur super polyvalent et qu’il pouvait tout faire. Donc je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas. Il assurera à fond. » Puis nous leur avons demandé de faire une courte vidéo de « Needle 24/7 » ou quelque chose comme ça. Ils ont joué la chanson, ils nous l’ont envoyée et nous étions là : « Putain, ouais ! Allons à la salle de répétition » et ils ont assuré. C’était à peu près tout. Nous n’avions pas de plan B. Nous avons eu les gars que nous voulions. Ça a super bien marché. Dès le premier jour, Alexi avait l’impression d’avoir rajeuni de vingt ans grâce au line-up. Il était tellement excité, et je pense que ça l’a fait jouer encore mieux. Nous nous poussions à nous surpasser et nous nous inspirions mutuellement.

Il avait trouvé une seconde jeunesse…

Oui, c’est exactement ce qu’il a dit. Je pense qu’il a retrouvé l’envie qu’il avait quand il était plus jeune. Je trouve que les chansons qu’il a écrites étaient un retour à ses racines et il jouait mieux que depuis un moment. Je pense que c’est le nouveau line-up qui lui a donné une nouvelle énergie. Il n’y a même eu aucun processus pour apprendre à se connaître, c’était quasi instantané. Dès le premier jour, tout le monde a eu l’impression que nous nous connaissions depuis des années. En fait, je connaissais Waltteri depuis son adolescence et j’ai croisé Mitja deux ou trois fois au bar. Donc nous n’étions pas non plus de parfaits étrangers. Nous nous entendions tous très bien dans le groupe et hors du groupe.

« Dès le premier jour, Alexi avait l’impression d’avoir rajeuni de vingt ans grâce au line-up. Il était tellement excité, et je pense que ça l’a fait jouer encore mieux. »

Le groupe a été baptisé d’après le second morceau de l’album Follow The Reaper. Est-ce que cette chanson « Bodom After Midnight » avait un sens ou une importance particuliers pour Alexi ?

Je ne sais pas. C’est juste à cause du titre que nous avons opté pour ça. Nous n’avons vraiment pas réfléchi au type de chanson que c’était. Nous essayions de trouver un bon nom qui collerait. C’était très important pour Alexi que ce nom crée une continuité, et nous comprenons bien la raison derrière ça. Il fallait qu’il y ait le mot « Bodom » dans le nom, parce que c’est lié à Alexi et tout le monde sait de quoi il s’agit. Bodom After Midnight semblait parfait parce qu’il y a à la fois cette idée d’époque après COB et le mot « Bodom ». C’est un nom un petit peu plus long, mais d’un autre côté, c’est un nom un petit peu plus moderne aussi, car de nos jours les noms de groupes peuvent être un peu plus longs, pas juste un mot ou « quelque chose de quelque chose ».

Malgré la pandémie, vous avez fait quelques concerts en Finlande en octobre l’an dernier. Comment étaient ces premiers concerts – mais aussi les derniers d’Alexi – en tant que Bodom After Midnight ?

Ils étaient plutôt bons ! Si on ne compte pas les contraintes dues au coronavirus. Les capacités d’accueil étaient réduites de moitié. Il y avait moins de gens, mais nous, en tant que groupe, nous étions hyper bons. Dès la première chanson, j’avais l’impression que ce groupe jouait ensemble depuis une éternité. Nous avons beaucoup répété avant ces concerts – il n’y a pas de raccourci possible –, donc je n’étais pas du tout inquiet sur le fait que nous allions assurer. Les deux petits nouveaux ont été super dès le premier jour. C’était facile de jouer et je trouve que le groupe était vraiment solide. Ceci dit, l’alchimie était un petit peu différente sur scène : chacun avait une présence bien à lui sur scène, donc c’était un peu nouveau, mais de façon positive. C’est triste que nous n’ayons pu jouer que trois fois, mais je suis aussi content de ces trois concerts et que nous ayons même pu jouer sur scène.

En avez-vous enregistré un ?

Non, je ne pense pas.

Les chansons sur Paint The Sky With Blood ont été enregistrées en Finlande en novembre 2020. C’était prévu pour être un teaser en attendant l’album. Quel niveau d’attente y avait-il autour de Bodom After Midnight de votre part et de celle des fans ?

Il y avait de grandes attentes. C’était un tout nouveau départ, et aussi, d’une certaine façon, un nouveau groupe. Nous avions donc hâte de prouver au monde que ça allait être quelque chose de solide. Nous étions vraiment excités et nous avions faim à nouveau. Alexi était très focalisé là-dessus et il avait hâte de montrer au monde qu’il avait encore le truc en lui – et il l’avait ! Du côté des fans, je ne sais pas, je ne pense jamais vraiment aux attentes que peuvent avoir les gens en dehors du groupe envers nous, car ça ne me semble pas être la bonne manière de faire de la musique et même quoi que ce soit. Tant qu’on est content de soi, je pense que les fans seront aussi contents. Mais les retours que nous avons eus pour les concerts étaient plutôt excellents. J’ai entendu plein de commentaires disant que ça sonnait super bien, qu’Alexi jouait mieux que jamais et ce genre de chose. Si quelqu’un avait le moindre doute, je pense qu’après nous avoir vus jouer en concert, il n’en avait plus du tout !

Paint The Sky With Blood contient deux nouvelles chansons : comment s’est passé le processus ? Etait-ce Alexi qui a amené la musique ou bien c’était un travail de groupe ?

Généralement, il apportait les riffs et les mélodies en répétition – il ne faisait pas de démo au préalable – et nous partions de ça. Puis, en tant que groupe, nous assemblions les chansons. Parfois, il avait une structure en tête, donc il nous disait : « Ce riff est pour un couplet. » Et nous étions là : « Non, c’est tellement excellent que c’est pour un putain de refrain ! » Nous donnions notre avis sur ce genre de choses et sur des détails. Il écoutait beaucoup ce que nous avions à dire.

Ces deux nouvelles chansons ont un petit côté COB old school et en regardant la setlist des concerts donnés, si on excepte « Platitudes And Barren Words » tirés de l’album Hexed, toutes les chansons étaient issues des cinq premiers albums de Children Of Bodom. Etait-ce une envie consciente de revenir au vieux style de COB ?

Non, ce n’était pas planifié. C’est arrivé tout seul ! Ce serait une question pour Alexi s’il avait été encore parmi nous… Je ne sais pas. Je ne pense pas qu’il avait de la nostalgie ou je ne sais quoi, donc ce n’était pas délibéré. Il a juste composé ce type de chanson et il se trouve qu’elles ont un peu plus d’énergie, tandis que les nouveaux gars ont aussi apporté leur propre patte. Mais effectivement, il se pourrait bien que ça sonne plus comme les vieux morceaux de COB, surtout le premier titre avec le blast beat, ça me rappelle « Warheart » ou quelque chose comme ça, des trucs de Hatebreeder. D’ailleurs, nous avions plusieurs options pour l’intro de cette chanson, mais je crois que c’était Alexi qui a suggéré le blast beat – je n’en suis pas sûr, je ne me souviens pas exactement – et c’était une combinaison gagnante. La chanson est géniale, c’est Alexi dans ce qu’il peut offrir de meilleur !

« C’était un compositeur très spontané. C’était l’une de ses forces, il pouvait lancer une idée ou un riff juste comme ça, et ça sonnait toujours très classe. »

L’EP aussi contient une reprise de « Where Dead Angels Lie » de Dissection. A l’écoute de cette chanson, le lien entre Dissection et une partie du style mélodique d’Alexi est frappant…

Oui ! Je sais qu’il était influencé par Dissection, tout comme moi et Waltteri. Je crois que Mitja ne connaissait pas bien Dissection, mais c’est un groupe qui a été très important pour nous, y compris Waltteri malgré le fait qu’il soit bien plus jeune que nous. D’ailleurs, c’était une idée qui est initialement venue de Waltteri. Il a suggéré que nous pourrions faire une reprise de Dissection. Alexi et moi aimions tous les deux le groupe, mais je pense qu’au départ ça nous a fait un peu peur de toucher un tel chef-d’œuvre. Je crois que personne n’a jamais fait de reprise de cette chanson. Donc nous étions là : « Merde, est-ce qu’on peut toucher à ce morceau ? » Puis nous y avons un peu plus réfléchi et nous avons fini par prendre ça comme un nouveau défi. Nous nous sommes dit que si nous pouvions faire une reprise qui tue et la rendre encore meilleure, ce serait génial, mais nous avons aussi essayé de rester fidèles à la version originale. Evidemment, nous avions des claviers qu’on ne retrouve pas sur la version originale, donc c’était un petit plus. De même, elle a une production un peu plus moderne. Le résultat est plutôt bon, je trouve !

Sur la pochette de l’EP, on voit la faux de la Faucheuse à terre, sans la Faucheuse. Etait-ce l’illustration qui était prévue initialement ? Car autant c’est une transition très symbolique entre Children Of Bodom et Bodom After Midnight, autant on peut aussi voir ça comme la Faucheuse qui a enfin eu ce qu’elle attendait toutes ces années sur tous ces artworks…

[Petits rires] C’est une question à laquelle il est difficile de répondre, car c’est principalement Waltteri qui était en charge de communiquer avec Travis [Smith] qui a fait l’artwork, mais je crois que nous étions tous d’accord pour ne pas utiliser la Faucheuse, mais nous voulions quand même que la faux apparaisse. Le fait qu’elle soit par terre, je ne me souviens plus si c’était intentionnel ou pas, mais l’artwork a été réalisé quand Alexi était encore parmi nous. Il était prêt et avait été à cent pour cent validé par Alexi. Mais maintenant, avec le truc de la Faucheuse et la faux au sol, il est clair que ça revêt un autre sens à cause de ce qui s’est passé. On le voit forcément différemment maintenant.

Un album était prévu pour la fin 2021. Combien de chansons aviez-vous déjà composées ou même enregistrées ?

Le truc, c’est que c’est tout ce que nous avions ! Il n’y avait pas d’autre nouvelle chanson enregistrée, ni de nouveau riff ou de nouvelle chanson qu’Alexi nous avait apportés. J’ai bien peur qu’il n’y a plus rien. C’est triste, mais à la fois, nous avons la chance d’avoir pu enregistrer et sortir tout ce que nous avions. Ça aurait été dommage voire tragique s’il restait dix chansons qui traînaient quelque part et que nous n’avions pas pu finir. J’aime me dire que nous avons tout sorti. Celles-ci étant ses dernières chansons, nous ne pouvions pas être plus fiers. Il était clairement content de ces morceaux. Il n’aurait rien changé à ceux-ci. Ils représentent le parfait chant du cygne pour Alexi, car ils sont vraiment excellents.

Ces morceaux sont-ils représentatifs de la direction que vous auriez prise sur l’album ?

Absolument, mais c’est quelque chose qu’on ne peut pas prédire. Il est probable que même Alexi ne savait pas quel genre de chanson il aurait ensuite composé, parce que c’est quelque chose qui se faisait naturellement pour lui. Je crois qu’il n’a jamais réfléchi au préalable. Il faisait ce qui lui venait en tête à un instant donné. C’était un compositeur très spontané. C’était l’une de ses forces, il pouvait lancer une idée ou un riff juste comme ça, et ça sonnait toujours très classe.

Quel est l’avenir de Bodom After Midnight, le groupe ? Avez-vous l’intention de continuer avec peut-être toi en tant que leader, chanteur et guitariste, que ce soit sous ce nom ou un autre nom ?

Nous n’avons pas l’intention de continuer en tant que Bodom After Midnight, car comme je l’ai dit, le mot « Bodom » est tellement lié à Alexi que ce serait une imposture de continuer sans lui. Nous ne voulons pas utiliser ce mot si Alexi n’est pas à nos côtés. Pour ce qui est de continuer dans un autre groupe, ce n’est pas quelque chose qui est prévu pour l’instant, mais qui sait ce que le futur nous réserve ? Pour le moment, je ne sais pas. Ce n’est pas totalement impossible. Nous n’en avons pas encore discuté.

Peut-être que tu pourrais aussi te remettre sur Naildown…

Peut-être ! Je suis encore en train d’y réfléchir. Je ne sais pas, on verra ! Ceci dit, j’en ai fini avec le chant. J’ai pris la décision il y a longtemps que je ne continuerais pas en tant que chanteur lead, car ma voix ne le supportait pas et je n’ai jamais été aussi bon au chant que je le voulais, car j’ai commencé sur le tard. Je n’ai pas chanté depuis aussi longtemps que je joue de la guitare, de loin. J’ai fait dix ans de guitare avant de commencer à chanter. Je n’ai donc pas envie d’être le chanteur du groupe. J’aime bien chanter, j’aime bien produire du chant et écrire des mélodies vocales, mais ce n’est pas ma passion et je ne suis pas capable de le faire à un niveau professionnel. Je préfère être un compositeur et un guitariste. D’ailleurs, la composition me manque beaucoup. J’ai écrit plein de musique et j’ai de nouveaux projets qui se profilent à l’horizon, mais c’est encore un secret, rien n’a encore été annoncé, mais oui, je vais absolument continuer à faire de la musique ou à jouer dans un groupe.

« Alexi a placé la barre plus haut et m’a fait repenser à ce qu’on pouvait faire avec une guitare ou en matière de composition. […] Il mélangeait un tas de styles : classique, black metal, death metal, glam rock, etc. Ça avait l’air tellement simple quand il le faisait ! »

D’après toi, que restera-t-il de l’héritage d’Alexi désormais ?

Il nous a laissé un tout nouveau style de musique qu’il a créé avec Children Of Bodom. Son jeu de guitare, son style composition, ce sont des choses qui vivront éternellement. Il a été une grande influence pour moi quand j’étais adolescent et que j’écoutais les premiers albums de COB. Je veux dire qu’Alexi était un gars qui a débarqué de nulle part et j’étais là : « C’est quoi ce bordel ?! Ce gars joue mieux que certains musiciens très connus hors Finlande. » Je pense que COB et Sentenced étaient les premiers groupes finlandais que j’ai vraiment aimé. Alexi a placé la barre plus haut et m’a fait repenser à ce qu’on pouvait faire avec une guitare ou en matière de composition. La manière dont il composait, en particulier son sens de l’harmonie, était vraiment unique. De même, c’était le gars qui écrivait des chansons accrocheuses avec du chant growlé, c’était vraiment nouveau. Il mélangeait un tas de styles : classique, black metal, death metal, glam rock, etc. Ça avait l’air tellement simple quand il le faisait ! C’était vraiment un musicien et une personne extraordinaires. Je me sens chanceux d’avoir pu jouer avec lui, car j’ai énormément appris grâce à lui.

Il a reçu des hommages d’artistes rock et metal de divers horizons. Etais-tu surpris par certaines personnes qui ont réagi à son décès ?

Oui, c’était un petit peu surprenant que ces personnes que je qualifierais de légende – Steve Vai, Zakk Wylde, Dave Mustaine, etc. – ont toutes rendu hommage à Alexi. Là, on commençait vraiment à voir l’impact qu’Alexi a eu sur la scène musicale. Même certaines chaînes de télévision comme CNN ont parlé de lui aux infos. Quand tu passais du temps avec lui, tu n’y pensais pas toujours, c’était juste Alexi pour nous. On ne pensait pas vraiment : « C’est une rock star » car c’était aussi un ami et il nous ressemblait, mais ce qu’il a accompli, évidemment, c’est différent. Il ne faisait pas tout un foin sur lui-même. Il avait toujours les pieds sur terre. Donc le fait de voir tous ces hommages, ça paraissait assez incroyable. Même ses héros ont remarqué son talent.

Tu as parlé plus tôt de la dernière fois que tu as vu Alexi, mais te souviens-tu de la première fois que tu l’as rencontré ?

Oui ! C’était en 2004 ou 2005. Nous étions dans un bar. Nous étions sur le même label à l’époque ; COB était signé chez Spinefarm tout comme mon autre groupe, Naildown. Il y avait donc un bar juste à côté des locaux de Spinefarm Records et il s’est trouvé que nous y étions tous les deux au même moment. Le staff de Spinefarm avait aussi l’habitude de trainer souvent là-bas. Il était en train de boire avec une partie du staff et nous avec les autres gars. Puis il est venu nous voir : « Eh, comment était votre concert hier soir ? » car nous avions un concert à Helsinki. Nous étions là : « Comment sais-tu qu’on avait un concert ? Comment sais-tu même qui on est ? » [Rires] C’était drôle. Il connaissait notre groupe et, bien sûr, nous savions qui il était. Puis il est venu trainer avec nous et boire quelques shots et de la bière. Nous sommes restés en contact depuis.

Quand tu as rejoint COB, est-ce toi qui a offert tes services ou c’était lui qui est venu te chercher ?

C’est une histoire un peu plus longue. C’était début 2015 ou au printemps. Ils étaient en plein enregistrement d’I Worship Chaos. Ils avaient un enregistrement de cris de gang pour les chœurs, donc Alexi m’a demandé si je pouvais y participer, car il faut beaucoup de monde pour ça, plus que les cinq gars du groupe. J’étais là : « Je suis complètement partant. » Il est allé me chercher en voiture et m’a annoncé que Roope [Latvala] ne faisait plus partie du groupe et qu’Antti [Wirman] allait faire les concerts pendant l’été pour qu’ils aient le temps de trouver un membre permanent. J’étais là : « C’est cool. Si tu as besoin d’aide, je suis là. » Il a répondu : « Oh, d’accord. Je vais y réfléchir. » Puis six mois plus tard, je pensais qu’ils avaient toujours quelqu’un pour être leur guitariste, mais il m’a envoyé un texto : « Eh Dan, es-tu toujours intéressé ? Peux-tu nous faire une vidéo ? » J’étais là : « Putain ouais, carrément ! Et je suis intéressé. » Je me suis filmé en train de jouer « Needle 24/7 » ou quelque chose comme ça, quelques extraits d’autres chansons, j’ai envoyé ça à Alexi et il était là : « Ouais, on pourrait t’embaucher ! » Ça a été très rapide.

La dernière fois qu’on a parlé à Alexi, il nous avait dit : « Quand ça fait deux ans qu’on est sur la route, tout devient flou, c’est émotionnellement et physiquement éreintant, et on a de temps en temps l’impression que ça nous tue, mais à la fois, on adore ça, si bien qu’on ne peut arrêter ; tu sais toujours que tu vas y retourner. En tout cas en ce qui me concerne, je ne peux pas m’arrêter. Donc j’imagine que c’est une forme d’addiction. » C’était de toute évidence un homme très passionné. Penses-tu que, malheureusement, ce genre de personne qui vit aussi passionnément et intensément est souvent voué à mourir jeune ?

Je ne sais pas. Probablement, ça dépend. Regarde Keith Richards ! Mais absolument, Alexi était très passionné et intense, et ce qu’il dit sur les tournées, je peux te dire que c’est à cent pour cent vrai. Ça peut être très dur et ça te tue de l’intérieur, mais ça reste addictif. C’est très agréable et dur à la fois, c’est difficile à expliquer.

Interview réalisée par téléphone le 19 février 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marek Sabogal (1) & Terhi Ylimäinen (2, 4, 5).

Facebook officiel de Bodom After Midnight : www.facebook.com/bodomaftermidnightofficiali

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  • Je crois que je pourrais ne jamais me lasser de lire des anecdotes sur Alexi laiho, quelle immense perte !

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  • …c’est triste,j’avais découvert children avec la chanson bodom After midnight justement qu’elle gifle j’avais pris à l’époque. je venais juste de me remettre de l’album ecliptica de sonata arctica et c’est là que je me suis rendu compte que la Finlande c’est un autre level dans le métal RIP Alexis

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