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Chronique   

Body Count – Bloodlust


On peut dire qu’en 2014, lorsque Body Count sort Manslaughter, on ne les a pas vus venir. Après deux périodes successives de près de dix ans d’absence discographique chacune et deux albums qui ne feront pas date, on avait presque oublié la bande à Ice-T et Ernie C. Et pourtant les voilà qui revenaient sans crier gare avec ni plus ni moins que leur meilleur album depuis le premier de 1992 et son controversé « Cop Killer », avec des « Talk Shit, Get Shot » et autre « Bitch In The Pit » à rendre fou. Alors maintenant que le combo est remis sur de bons rails, la pression est sur leurs épaules car il s’agit de ne pas gâcher ce nouvel élan, cette seconde jeunesse.

Mais Bloodlust, successeur de Manslaughter donc, n’est pas tout à fait le même animal. Il en a les traits principaux, certes. Cette grande gueule d’Ice-T qui débite sans prendre de pincette ses paroles punchy, amères, tout sauf politiquement correctes, avec une certaine forme de sagacité sous la provoc’ qui lui évite de complètement tomber dans les poncifs du rock engagé (« Le racisme est réel mais n’est pas tout, ils baisent tous ceux qui ne peuvent pas riposter […] Quand il s’agit des pauvres, aucune vie n’a d’importance »), associé à ce sens du riff heavy-hardcore d’Ernie C à fracasser les murs. La recette de base est là, efficace, galvanisante.

Pourtant dès « Civil War », on se retrouve avec un titre d’ouverture lourd et sombre qui pose la base d’un album moins frontal dans l’énergie qu’il cherche à déployer. Pas d’inquiétude, les accélérations et tabassages en règles ont encore bien lieu, en témoigne le final épique de ce même premier titre qui peut évoquer les plus belles envolées de Metallica, grâce notamment à ce long et classieux solo de Dave Mustaine (Megadeth), ou le furieux « Walk With Me… » sur lequel éructe Randy Blythe (Lamb Of God), avec un passage blasté qui fait carrément basculer Body Count dans le metal extrême. Sans parler des brûlots hardcore (« All Love Is Lost », avec cette fois Max Cavalera qui vomit sa haine ou « Black Hoodie » et sa batterie explosive qui laisse l’auditeur sonné à la fin de l’album) et plein de groove (« Bloodlust » et son accélération Slayerienne). Mais le tableau général offre un visage tout particulièrement dramatique et empreint de tension, d’une atmosphère pesante et grave, avec un sentiment de danger façon coupe-gorge à tous les tournants. Black Sabbath n’est jamais très loin, à l’instar de « Here I Go Again » aux ambiances horrifiques, à coups de monologue de tueur en série et cris terrifiants. On peut aussi parfois penser aux titres plus ambiants de Suicidal Tendencies dont Body Count semble avoir découvert et intégré le secret de fabrication : « This Is Why We Ride » en est le plus bel exemple, allant entrecouper la relative quiétude des couplets par des déflagrations de riffs heavy (dont la rythmique est renforcée par des tirs de mitraillettes).

Mais la force de Bloodlust, c’est avant tout une intelligence dans la composition. Body Count met un point d’honneur à travailler sa mélodie, dégainant pléthore de solos et leads chantants, inspirés, qui se retiennent instantanément (l’interlude « God, Please Believe Me »), mais aussi des refrains qui jouent parfaitement leur rôle cathartique (« The Ski Mask Way », « Walk With Me », « No Lives Matter »). Et s’il prend le temps de poser le tempo et certaines rythmiques, ce n’est que pour mieux établir des contrastes et surprendre, voilà comment on passe en un clin d’oeil du doom au thrash-death sur « Walk With Me », gardant constamment l’auditeur en haleine, chaque partie et riff renforçant l’impact et l’efficacité des suivants.

Alors certes, le medley « Raining In Blood / Post Mortem » de Slayer et son préambule où Ice-T évoque les débuts du groupe apparait des plus anecdotique, mais ce n’est qu’un moindre défaut quand on voit la cohésion et le savoir-faire acquis par Body Count et dont les chansons se font le porte étendard. Un terreau fertile pour y cultiver les frustrations, exaspérations et angoisses d’un monde occidental en crise, Bloodlust en est un reflet éclatant. Car il est clair qu’en vingt-cinq ans Body Count ne s’est pas assagi, et les mots d’Ice-T ont plus que jamais cette force et sincérité qui prennent à la gorge. Le doute n’est plus possible : Body Count est de retour pour de bon.

Chanson « The Ski Mask Way » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « No Lives Matter » :

Album Bloodlust, sortie le 31 mars 2017 via Century Media. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Christophe dit :

    Putain j’ai découvert ce groupe aujourd’hui et leur album envoie du lourd!
    Super production ! !

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  • Mattintxo dit :

    Très bonne galette ! Super production, la batterie claque énorme. Encore la rage qui colle très bien à notre époque (de merde). Bref je kiffe autant qu’à la sortie de Born Dead, c’est comme le bon vin, faut laisser vieillir et c’est encore meilleur.
    BC in da houz ! Mozafucka !

    [Reply]

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