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Chronique   

Body Count – Carnivore


Body Count a bel et bien repris son rythme de croisière. Depuis 1997 et Violent Demise : The Last Days, le groupe prenait son temps entre chaque opus, ce jusqu’à l’arrivée fracassante de Manslaughter (2014) qui marquait le retour à l’excellence. Bloodlust (2017) avait entériné l’état de forme de Body Count : la bande à Ice-T et Ernie C ne comptait pas vivre de coups d’éclat éparpillés dans le temps. Carnivore respecte désormais la méthodologie mise en place depuis 2014 : Body Count veut tout simplement enfoncer le clou. Carnivore leur donne tous les outils nécessaires et répondra amplement à un désir profond de tout tabasser.

La longévité de Body Count, au-delà du respect qu’elle inspire, crée une attente singulière autour du son de la formation. De ce point de vue Carnivore ne réinvente rien et c’est tant mieux : Body Count réitère la combinaison lignes rappées-grosses guitares héritées du hardcore. Aucune réelle surprise, à l’inverse d’un Bloodlust qui amenait des atmosphères plus sombres et moins frontales. Carnivore emprunte à ses deux prédécesseurs sans vraiment définir une orientation musicale singulière, si on excepte un sous-accordage plus prononcé pour un riffing encore plus pesant. Il y a évidemment toujours un certain sens de l’anticipation, à l’instar des sirènes de police et de la ligne de guitare anxiogène de l’introduction de « Carnivore ». Le tout finit par voler en éclats via le riffing massif et dissonant ponctué par un growl bestial. Ice-T a toujours ce sens du placement aux petits oignons, ses lignes sont en parfaite synergie avec le jeu de guitare syncopé. Ice-T n’interrompt jamais son flow, si ce n’est pour scander un « Carnivore » testostéroné. La thématique monstrueuse (parfaitement rendue par l’artwork de Zbigniew M. Bielak) est perpétuée par le plutôt thrash « Point The Finger » qui accueille la participation de Riley Gale de Power Trip et apporte une touche slayerienne bienvenue ; influence plus prégnante encore sur le sinistre « The Hate Is Real » qui clôture le disque. À eux seuls, les deux premiers titres font étalage de toute la verve de Body Count : Carnivore regorge d’agressivité avec ce sens de la punchline explicite (« they shoot first and ask questions last (…) and then they point the finger at you. How many more innocent people and kids got to get killed by these policemen? And then it’s always the victim’s fault. Some fucking bullshit »). Ice-T n’étoffe pas ses arguments, il n’en a pas vraiment besoin.

Surtout, Carnivore arrive à conserver une qualité de composition, qui ne doit pas être occultée par l’aspect plus primal de sa musique : si un titre comme « Carnivore » ou « Point The Finger » privilégie une agressivité plus frontale, le non moins énergique « Bum-Rush » et le rafraîchissement du classique d’Ice-T « Colors », en version metal avec la présence de Dave Lombardo, privilégient des rythmiques plus groovy, ainsi que des soli parfaitement mis en avant. Body Count parvient en outre à ciseler des morceaux plus nuancés, plus mélodiques, à l’image d’« Another Level » assisté par Jamey Jasta d’Hatebreed. « Another Level » est pesant, s’extirpant de cette lourdeur seulement lors du refrain scandé qui évoque les musiques d’accompagnement des boxeurs avant de monter sur le ring (« Beast » de Rob Bailey et The Hustle Standard vient en tête). C’est peut-être sur ce plan que se distingue Carnivore : les performances vocales sont plus variées et l’intervention d’autres chanteurs évite une certaine redondance dans la dynamique des compositions. L’exemple le plus marquant reste « When I’m Gone » supporté par Amy Lee d’Evanescence, sorte de retour au début des années 2000 et à l’explosion du néo, et hommage au rappeur Nipsey Hussle tué pendant l’écriture de l’album. Bloodlust en avait déjà donné plusieurs aperçus : Body Count sait composer des tubes. Il sait aussi démontrer une certaine classe : la reprise d’« Ace Of Spades » est certes un choix peu original, dont la revisite est fidèle sans être exaltante, mais elle est faite avec une révérence évidente et reste l’occasion de rappeler le bon souvenir de Lemmy.

Carnivore n’aura peut-être pas l’impact qu’ont eu ses deux prédécesseurs en raison d’une répétition inévitable des codes de Body Count et, il faut le reconnaître, d’un certain sentiment de lourdeur (dans le mauvais sens du terme) qui peut se dégager à la longue dans l’opus (« No Remorse »). Reste que toutes les principales vertus de Body Count sont présentes, avec une mise en avant des mélodies sur certaines compositions qui permet d’éviter l’asphyxie. Quoi qu’il en soit, Body Count ravira les habitués : il s’est procuré dix arguments de poids à défendre en live, terrain sur lequel il est difficile de contester sa domination.

Clip vidéo de la chanson « Bum-Rush » :

Chanson « Carnivore » :

Album Carnivore, sortie le 6 mars 2020 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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