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Interview   

Body Count : l’instinct de tueur


Depuis son retour en 2009 et d’autant plus depuis l’album Manslaughter (2014), Body Count profite d’une belle dynamique, quasi inespérée après des années en demi teinte. Est-ce un hasard si les crises religieuses, politiques, sociétales que nous connaissons aujourd’hui coïncident avec les retours en force des Body Count mais aussi Stuck Mojo ou autres Prophets Of Rage ? « L’humeur du pays a un peu dicté cet album » affirme le guitariste Ernie C au sujet du nouvel opus Bloodlust, répondant ainsi par la négative à la question.

Nous avons discuté avec celui qui fonda le groupe en 1990 avec son pote de lycée, un certain Ice-T, de cet élan dont profite aujourd’hui Body Count, avec un album qui confirme ce retour gagnant, revenant sur le message que le groupe souhaite aujourd’hui véhiculer, mais aussi sur son évolution, son état d’esprit vingt-cinq ans après la controverse de « Cop Killer », et sur quelques épisodes de son propre parcours, comme sa collaboration en tant que producteur avec Black Sabbath.

« Lorsque nous avons démarré le groupe, nous étions sombres mais nous n’étions pas sombres comme le diable, nous étions sombres comme les rues de Los Angeles. C’est ça Bloodlust. […] Une vraie obscurité à laquelle tu peux t’identifier, qui est vraiment effrayante, car ça peut t’arriver à tout moment. »

Radio Metal : Bloodlust paraît musicalement plus lourd et peut-être même plus dramatique que ne l’était Manslaughter. De façon générale, quel était votre état d’esprit lors de la conception de cet album ?

Ernie C (guitare) : Le groupe a eu l’occasion de devenir meilleur ! Lorsque Manslaughter est sorti, le fait de rejouer ensemble était nouveau. Nous avons enregistré Manslaughter, ensuite nous sommes partis en tournée pendant deux ans, donc nous avons eu le temps de nous souder. Et notre producteur, Will Putney, c’était la première fois que nous travaillions avec lui. Et puis, avant ça, nous avions une longue période en chômage technique où nous ne faisions pas de musique. Donc maintenant, sur cet album, nous avons pu tout consolider. Le résultat est vraiment bien, je trouve ! Nous avons été enregistrer en Arizona et nous voulions faire un album vraiment lourd, dur, sur lequel nous pouvions jouer. Nous voulions vraiment montrer que nous sommes de bons musiciens. Je sais qu’avec les années, Body Count n’a jamais été… Les gens ne disaient pas que nous étions de supers musiciens. Alors que nous sommes vraiment de bons musiciens ! Nous sommes un groupe très divertissant, les gens nous aiment pour cet aspect, mais cette fois, nous voulions dire : « Nous pouvons également très bien jouer ! » Nous voulions le mettre en évidence sur cet album. C’était ça l’idée de cet album, car les gens nous voient, nous nous éclatons à jouer, et je pense qu’ils nous voyaient plus comme le projet parallèle d’Ice, mais il est vraiment à fond dans le groupe ! Il fait ce groupe depuis vingt-sept ans ! Donc ce n’est plus comme un projet parallèle.

Irais-tu jusqu’à dire que vous aviez quelque chose à prouver ?

Ouais, nous le voulions. Par exemple, je joue de la guitare avec Dave Mustaine sur cet album, donc je voulais que vous sachiez que nous jouons dans la même division, nous sommes dans la même division que tous ces autres groupes, nous pouvons trainer avec eux.

Ice T a déclaré que « faire des albums est un processus très intéressant. Tu travailles très dur sur quelque chose, tu le finis et ensuite tu es là, ‘Yo, ça sonne comme l’album de quelqu’un d’autre.’ Ou, ‘Hey, n’a-t-on pas fait cet album il y a trois ans ?’ » Essayez-vous de rester conscients de ces choses-là ?

Ça arrive effectivement que tu écrives la chanson de quelqu’un d’autre ; j’ai déjà écrit « Stairway To Heaven » par le passé [petits rires]. Nous allons simplement dans une pièce et nous trouvons des trucs, mais Body Count a son propre son, nous ne sonnons vraiment pas comme d’autres groupes, mais sur cet album, nous avons repris Slayer, pas que nous sonnons comme Slayer mais ils écrivent des chansons plus ou moins comme nous les écririons. J’aime le groove de certaines de leurs chansons, j’aurais pu écrire certains des grooves qu’ils ont. C’est pourquoi nous avons fait « Raining Blood », nous aimons énormément ce groove et cette chanson.

Plus globalement, comment se déroule le processus dans Body Count aujourd’hui ?

Nous avons fait les deux derniers albums un peu selon la même formule. Nous avons loué un studio de répétition, le groupe vivait ensemble dans une maison et nous allions au studio travailler la journée, et il se peut que nous composions de dix heure du matin à neuf heure du soir, et puis nous rentrions chez nous, allions dormir et le jour suivant nous retournions au studio. Nous enregistrons des choses, nous en faisons des démos, Ice chante sur des mélodies et nous arrangeons des parties. Ca a fonctionné pour cet album et ça a fonctionné pour Manslaughter. Le fait d’être ensemble nous aide à rester concentrés. Je veux dire que sur les albums que nous avons fait pendant les années 2000, Ice était à New York et nous étions à Los Angeles, nous jouions en salle de répétition, nous lui envoyions des morceaux et il disait « changez ci, changez ça » et nous changions, mais c’était très pénible de procéder par échange comme ça. Et puis, lorsque nous avons fait le dernier album, nous avons dit : « Il faut que nous soyons ensemble ! On veut faire un très bon album, alors on doit être ensemble. » Donc nous avons trouvé le moyen de réserver un mois et demi pour être ensemble et s’envoyer des ondes positives, car ça fait aussi partie de la musique, la camaraderie et les échanges entre membres. Je crois fermement que ça a permis une meilleure alchimie. Lorsque nous avons fait les premiers albums avec le groupe original, nous avions pour habitude de trainer ensemble et jouer tous les jours et avoir un bon rapport. Alors que plus tard, avec le genre d’entente que nous avions dans le groupe, les gens ne faisaient que venir et nous ne trainions pas ensemble, nous n’étions pas vraiment de bons amis. Ce groupe, là aujourd’hui, est composé de très bons amis. Si nous ne jouions pas de musique, nous serions probablement quand même en train de trainer ensemble, donc c’est mieux, ça fait que la musique prend mieux forme.

L’une des forces de Body Count est vraiment la relation étroite entre les riffs et le chant d’Ice-T. Comment obtenez-vous cette alchimie entre vous deux ?

Tu sais, Ice et moi jouons ensemble depuis plus de trente ans ! Nous faisons de la musique ensemble depuis 1982. Donc ce n’est pas si étonnant. Il ne joue pas d’instrument mais il fredonne et j’ai appris au fil des années à traduire ce qu’il fait en riff de guitare. Il peut avoir un riff, il peut le mimer à voix haute, et je suis capable de jouer le riff en le connaissant depuis si longtemps. On en revient au fait de trainer avec quelqu’un et tout pour être vraiment soudé. Et ensuite, je peux avoir un riff, je le joue au groupe et le groupe se l’approprie immédiatement. Voilà grosso-modo d’où ça vient. Jouer avec quelqu’un depuis trente ans, ça fait un sacré bout de temps, donc tu sais à peu près ce qu’il se passe. Je lui raconte toujours que nous sommes comme Keith Richards et Mick Jagger ou Jimmy Page et Robert Plant, nous sommes dans le même genre de formule, ils se connaissent. Lorsque nous jouons quelque chose, je peux entendre ce qu’il dit et je sais quelle est sa tessiture vocale, j’arrive à comprendre où il veut aller quatre-vingt-dix pour cent du temps.

Comme tu l’as mentionné, vous avez une nouvelle fois travaillé avec le producteur Will Putney. Qu’est-ce qui vous a poussé à poursuivre avec lui ? Qu’apporte-t-il à votre son ?

Will est lui-même guitariste et donc, étant moi-même guitariste, j’aime travailler avec des guitaristes. Il nous aide à arranger des trucs et le son qu’il nous donne est vraiment bon. Nous l’aimons. Nous aimons la façon dont il enregistre la voix d’Ice. Simplement, nous aimons travailler avec lui ! Ça fait longtemps que nous faisons ça, et donc nous l’écoutons, en quelque sorte. Il convient bien au groupe, il est comme le cinquième Beatles. A ce stade, je ne vois pas de raison de changer. L’album est bien ressorti, tout le monde l’aime bien et nous apprécions toujours Will ! Je pense que c’est l’une des figures montantes de la production, il est jeune, il va aller loin.

« Nous sommes sans filtre, nous sommes sans censure, nous pouvons dire ce que nous voulons dire, et Ice dit ce qu’il dit sans tenir compte de ce qui se passe, qu’il soit en train d’essayer de conserver un boulot ou peu importe, il dit ce qu’il veut dire ! »

Une chose que l’on peut remarquer, c’est que cet album contient beaucoup de leads et solos de guitare mélodiques. Penses-tu que l’art du solo est un art qui est en train de se perdre ?

J’ai voulu marquer un point : je voulais pouvoir rendre la guitare digeste ; je voulais que les gens puissent fredonner les lignes de guitare. Parfois la guitare se perd dans des sweepings, des arpèges et ce genre de choses, je voulais un peu revenir à une manière simple de jouer, de façon à ce que les gens puissent le digérer et que les guitaristes disent « tu sais quoi ? Je peux jouer ça ! » Voilà ce que nous avons essayé de faire sur cet album, simplifier, faire que ça reste simple, ne pas se perdre dans des milliers de notes. Je l’ai fait auparavant, jouer plein de notes, mais cette fois, j’ai juste dit : « Respirons un peu » et j’ai joué des trucs mélodiques, pas blues mais avec un feeling blues. Ça fonctionne mieux à l’oreille parce qu’avec tous ces groupes de rock, tu es bombardé, avec tout le monde qui essaie de jouer ceci, jouer cela, jouer vite… Donc ça fait du bien que cet album respire, se pose un peu, et que tu puisses l’écouter et dire « c’est un peu différent. » Car la voix d’Ice est mélodique, il ne rappe pas, en fait il chante les chansons, et c’est tout mélodique, c’est tout sur le temps, donc on peut rester sur quelque chose de carré, de façon à ce que les gens puissent s’y retrouver et chanter dans leur tête. Et tant que tu peux bouger la tête de haut en pas en l’écoutant, c’est que nous faisons ce qu’il faut.

Quelle est ton approche des solos de guitare ? Comment procèdes-tu ?

Lorsque j’étais plus jeune, j’avais pour habitude d’essayer de faire tout plein de types de solos de guitare différents. Je l’abordais d’une façon et ensuite il se peut que je commençais grave pour monter dans les aigues, etc. mais maintenant, je l’écoute et je dis : « C’est exactement ce qu’il faut ici, » et je n’en fais que trois variantes. Je ne fais pas dix, douze ou quatorze solos de guitare pour ensuite me poser essayer de décider lequel je veux alors qu’ils sont tous bons. Tu sais, lorsque je produisais des albums, j’ai fait ça avec Tony Iommi. J’ai fait faire à Tony tout un tas de solos de guitare et je me suis posé et j’ai dit : « Ils sont tous bons ! Je peux choisir n’importe lequel, ils conviendront tous ! » Donc à ce moment-là, j’ai dit : « On va commencer à restreindre ce que je fais, rien que deux ou trois solos et cantonnons-nous à ça. » Et c’est aussi ce que Will Putney fait très bien, étant guitariste, il fait en sorte que je reste concentré sur les parties de guitares, sans surjouer.

Ice-T chante à propos de problèmes sociaux-politiques difficiles et tout le monde semble s’accorder sur le fait que nous vivons des moments sombres en ce moment. En tant qu’artiste et compositeur, te sens-tu stimulé par tous ces sujets lorsque tu écris de la musique et des riffs ?

Nous écrivons simplement ce que nous ressentons sur le moment. Nous ne commençons pas en disant : « Nous allons écrire à propos de ça et ça. » Ca se produit, c’est tout. Tu sais, Body Count, depuis le début, c’est comme ça. Dans les années 90, lorsque nous écrivions « Cop Killer » et « Momma’s Gotta Die Tonight », ce sont vraiment les mêmes sujets sur lesquels nous avons écrit au fil des années. Ça n’a pas changé. Nous nous retrouvons et nous commençons à écrire et c’est ça qui ressort. Nous vivons une époque étrange aujourd’hui, nous venons d’élire ce mec excentrique pour être notre président après huit années vraiment sereines – Obama est vraiment quelqu’un de serein et maintenant nous avons quelqu’un d’hyper stressant. Donc l’humeur du pays a un peu dicté cet album. Nous ressentions l’an dernier que tout le monde était en train devenir à cran et stressé, donc l’album arrive juste à temps pour ce qui arrive dans ce pays et, en gros, dans le monde.

Cet album s’appelle Bloodlust (Soif De Sang, NDT), qui vient de la chanson éponyme qui parle de l’instinct meurtrier de l’homme. L’album précédent s’appelait Manslaughter (Massacre Humain, NDT), celui d’avant Murder 4 Hire (Meurtre à Louer, NDT)… Penses-tu que le meurtre soit tout simplement dans notre ADN et que nous n’y pouvons rien ?

Ça, c’est Ice ! Ice adore les films d’horreur, il en regarde vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, comme si c’était un job. Il adore Halloween… Nous allions faire une chanson basé sur [le thème d’]Halloween sur cet album ! Mais ça coûte trop cher de l’utiliser. Mais c’est le truc d’Ice, il aime les films d’horreur, et ça fait que ça reste sombre, ça reste metal. Et il y a beaucoup de violence de rue dans cet album, il n’y a pas juste le diable. Lorsque nous avons démarré le groupe, nous étions sombres mais nous n’étions pas sombres comme le diable, nous étions sombres comme les rues de Los Angeles. C’est ça Bloodlust. C’est une obscurité réelle qui vient plus de la rue que celle des groupes qui vénèrent le diable, Satan et toute ce type d’obscurité ; nous sommes un autre genre d’obscurité. Une vraie obscurité à laquelle tu peux t’identifier, qui est vraiment effrayante, car ça peut t’arriver à tout moment. Il y a énormément de drame et de tension dans la musique.

On a vu dernièrement des scandales impliquant des policiers tuant des noirs. Même en France en ce moment on a des scandales sur de la brutalité policière aux informations. Et ceci est un grand sujet dans Bloodlust. Dirais-tu que « Cop Killer » soit plus que jamais d’actualité ou bien aurais-tu quand même tendance à modérer le message violent de cette chanson qui a créé la controverse à l’époque ?

Cette chanson est maintenant sortie il y a vingt-cinq ans – elle a vu le jour le 10 mars, donc ça fera vingt-cinq ans le 10 mars. Aujourd’hui, comme tu le sais, aux Etats-Unis, il y a une résurgence de tueries policières, mais ça n’a pas changé avec les années. Nous avons joué « Cop Killer » l’année dernière et plein de gamins sont venus me voir et ont dit : « C’est vraiment une super chanson ! Vous devriez la sortir ! » Car je me suis rendu compte qu’ils pensaient que notre premier album était Manslaughter ! [Rires] « Non, non, on a d’autres albums avant ça ! » [Rires] Et ils pensaient que « Cop Killer » n’était qu’une chanson que nous jouions là et ils la trouvaient cool ; ils s’y identifiaient. Elle est toujours pertinente après vingt-cinq ans ! Cette chanson tape toujours dans le mille.

« Le rock est censé secouer le système […]. J’aimerais qu’il y ait de plus jeunes groupes qui soient davantage pertinents par rapport aux sujets politiques et polémiques sur lesquelles ils devraient s’exprimer. Ils n’ébranlent pas le système. »

Vingt-cinq ans après avoir dû retirer « Cop Killer » du premier album, faites-vous plus attention à votre discours afin de ne pas vous retrouver dans le même genre de situation ?

Apparemment pas ! [Rires] Si tu écoutes cet album, apparemment non [petits rires]. Tu sais, j’ai envoyé quelques chansons à Tom Morello, qui est un bon ami à moi, et il a dit : « Ça fait du bien qu’il existe une voix sans filtre ! » Donc nous sommes sans filtre, nous sommes sans censure, nous pouvons dire ce que nous voulons dire, et Ice dit ce qu’il dit sans tenir compte de ce qui se passe, qu’il soit en train d’essayer de conserver un boulot ou peu importe, il dit ce qu’il veut dire !

Penses-tu que Bloodlust a le potentiel pour créer la controverse comme « Cop Killer » l’a fait ?

Ça serait possible. Tout pourrait arriver aujourd’hui ! [Petits rires] Ca se pourrait mais ce n’est pas ce que nous recherchons. Ce n’est pas ce que nous essayons de faire. Nous voulons que les gens puissent accéder à l’album. Lorsque cette chanson a été interdite, ça a empêché les gens qui voulaient l’album de l’obtenir. Donc ce n’est pas ce que nous essayons de faire. Nous essayons de faire en sorte que nos fans se procurent l’album. Nous ne visons pas ça, mais tout peut arriver.

Ces dernières années, on a vu le retour de plusieurs groupes de rap metal et de groupes engagés, comme Body Count mais aussi Stuck Mojo ou les musiciens de Rage Against The Machin avec Prophets Of Rage. Penses-tu qu’on a particulièrement besoin que de tels artistes s’expriment en ce moment ?

Je pense que c’est bien parce qu’une partie des nouveaux groupes ne se focalise pas tellement sur ce qui se passe vraiment, ils sont juste… Je ne sais pas sur quoi ils se focalisent. Le rock est censé secouer le système, c’est comme ça qu’il a commencé. Nous essayons de secouer les choses, nous essayons de secouer les gens, leur apporter de la connaissance et, dans le processus, leur faire passer un bon moment. Donc c’est bien que tous ces groupes ressortent. J’aimerais qu’il y ait de plus jeunes groupes qui soient davantage pertinents par rapport aux sujets politiques et polémiques sur lesquelles ils devraient s’exprimer. Ils n’ébranlent pas le système. Je ne sais pas si c’est de la technique musicale dont ils se soucient ; la technique, c’est bien, tu sais, essayer de jouer, c’est une chose, mais il faut trouver un parolier et chanteur singulier qui a en lui cette conscience, et il faut trouver tous les éléments qui constituent le groupe et tout. Mais ça viendra, il y en a aura un qui émergera.

Manslaughter a été très bien reçu et Bloodlust est l’un des albums de metal les plus attendus cette année. Penses-tu que c’est le contexte et climat actuels qui font que Body Count est si pertinent aujourd’hui ?

Nous revenions de huit ans de pause lorsque Manslaughter est sorti. C’était un peu notre album pour faire comprendre aux gens que nous étions de retour et que nous refaisions ça. Après que cet album ait été si bien reçu, ce nouveau est très attendu, donc nous savions lorsque nous le composions que nous avions un grand poids sur nos épaules. Nous le savions. C’est presque comme lorsque nous avions fait notre premier album, nous avons fait notre second album et nous l’avons un peu fait dans la précipitation – je parle d’il y a vingt ans. Mais pour cet album, nous nous sommes assurés que nous composions un bon album. Je pense que si tu aimes Manslaughter, tu trouveras que cet album représente la bonne progression pour le groupe ; le groupe ne tombe pas en arrière ou à plat, il tape dans le mille. Je veux dire que notre single « No Lives Matter » est sorti aujourd’hui et des gens dont je n’ai pas entendu parler depuis des années sont en train de m’envoyer des textos et m’appeler pour dire : « Les mecs, vous tapez dans le mille ! » C’est ce que nous voulions faire, nous voulions avoir une chanson et un album qui pousseraient les gens à dire : « Voilà une chose derrière laquelle nous pouvons nous rallier. »

Tu viens de mentionner le clip de « No Lives Matter » qui vient de sortir. Cette chanson renferme un message très fort. Dans l’intro de cette chanson, Ice-T dit « ils n’en ont rien à foutre de qui que ce soit » et ensuite chante « maintenant, c’est eux contre nous. » Mais qui sont « eux » et qui sont « nous » ?

Qui sont « eux » ? « Eux » sont la riche élite. Je veux dire que ça peut être la mauvaise police, mais c’est plus la riche élite. Notre pays aujourd’hui est dirigé par la riche élite. Si tu regardes notre président, c’est un milliardaire et il a placé des milliardaires dans son conseil des ministres. Ce sont des gens qui, de toute leur vie, n’en ont jamais rien eu à foutre des autres et qui soudainement entrent dans la fonction publique pour se soucier des gens… Il y a un truc qui cloche ! Un homme qui a dans les soixante-dix ans, qui n’a rien fait pour aider qui que ce soit d’autre que lui, tout d’un coup décide d’aider le monde… Non, ça sonne mal. Donc « eux », c’est ce mec, c’est les gens de l’autorité qui ont le pouvoir. Voilà de qui nous parlons.

Il dit aussi dans la chanson qu’ils ne « vont pas nous diviser. » En fait, n’est-ce pas une manière de diviser les gens que de dire ça, mettant les riches d’un côté et les pauvres de l’autre ?

Eh bien, ils ne vont pas nous diviser, « nous » était les gens pauvres [petits rires]. Nous sommes le groupe de gens dont nous parlons. « Ils » veulent rester divisés, « ils » ne veulent pas faire partie de « nous ». Non, nous n’essayons pas de diviser les gens, nous essayons de nous unir tous. Et nous parlons en fait de quatre-vingt-dix pour cent des gens.

Mais penses-tu que tous les riches soient mauvais ?

Non, pas du tout. Pas du tout. Ce sont ceux qui ont soif de pouvoir et d’argent, qui vivent sur l’avidité – tu sais, cette chose dont la bible parle comme étant un péché mortel. Ce sont d’eux dont nous parlons. Nous ne parlons pas des gens qui font vraiment quelque chose pour le monde et qui font le bien.

« Lorsque nous avons débuté, des gamins noirs venaient aux concerts parce qu’ils pensaient que c’était Ice-T, ils pensaient que c’était un concert de rap, et les gamins blancs savaient ce que c’était et ils venaient au concert, et tout le monde s’éclatait ! […] Voilà comment nous aimons le monde. »

Votre musique résonne comme un appel à la révolution mais penses-tu que les gens ont suffisamment de rage pour la faire ?

Eh bien, c’est aussi du divertissement. Nous n’essayons pas de pousser les gens à mettre le feu au gouvernement. C’est du divertissement. Mais ça pousse les gens à penser. Et même si tu écris une simple lettre au membre du Congrès qui te représente, c’est déjà un pas. Tu n’es pas toujours obligé de sortir et brandir le drapeau. Mais tu peux faire de petites choses, tu peux passer un coup de téléphone et laisser un message, juste quelque chose pour faire savoir aux gens que nous sommes là, pour que tout le monde sache que nous sommes là.

Ice-T a déclaré : « Je chante pour mon public blanc et je leur fait savoir que je les voit comme un allié, et je chante pour mon public noir et je leur dit de juger le diable par son action. » Est-ce important aujourd’hui de dire quelque chose comme ça, d’unir les gens, de montrer que Body Count est indifférent à la couleur de peau ?

Body Count est indifférent à la couleur de peau ! Nous avons toujours été comme ça. Lorsque tu vas à nos concerts, il y a surtout des blancs. Il n’y a donc aucune couleur dans Body Count. Nous sommes noirs, donc les gens regardent ça mais nous essayons d’unir les gens. Lorsque nous avons débuté, des gamins noirs venaient aux concerts parce qu’ils pensaient que c’était Ice-T, ils pensaient que c’était un concert de rap, et les gamins blancs savaient ce que c’était et ils venaient au concert, et tout le monde s’éclatait ! Nous avions pour habitude de faire le concert de metal et le concert de rap dans la même soirée ; Ice-T rappait pendant un moment et ensuite nous arrivions et nous faisions Body Count à la fin, et ça marchait bien ! Et donc voilà comment nous essayons… voilà comment nous aimons le monde. Même s’il y a différents types de musique, nous nous entendons tous. La musique a toujours été quelque chose qui rassemble les gens. Comme notre musique, nous parlons, en gros, de ce qui se passe ici aux Etats-Unis, mais les gens partout dans le monde ont toujours compris notre message. Où que nous allions, ils comprennent le message parce que c’est la même chose de l’Amérique du Sud à l’Australie à la France… Où que nous allions, tout le monde comprend notre message parce que c’est un message universel.

Vous avez plusieurs invités sur l’album : Dave Mustaine, Randy Blythe et Max Cavalera. Comment ça s’est fait ?

Tout d’abord, je connais Dave Mustaine depuis 1988. Je l’ai rencontré lorsque je travaillais pour une société. Je livrais quelque chose pour la société de management, je l’ai vu, je l’ai rencontré. Et dans les années 80, il allait me mettre avec Ice sur un album de Megadeth, avant que nous ne fondions Body Count ! Mais ça ne s’est pas fait. Et avec le temps, Ice et Dave ont pris contact sur Twitter et donc ils ont commencé à parler, et peu de temps après, Ice nous a dit que Dave voulait être sur une chanson ! J’étais là : « C’est cool ! » Voilà comment c’est arrivé. Randy, je le connais depuis un moment, donc je lui ai demandé : « Peux-tu être sur l’album ? » Il était là : « Fais-moi passer un morceau ! » Donc c’était facile. Max est venu à notre concert, car il vit en Arizona et nous avons donné un concert en Arizona pendant que nous travaillions sur l’album, il est venu sur scène avec nous et a chanté « Cop Killer ». Mais nous le connaissons depuis Sepultura, car dans les années 90, nous avons fait quelques concerts avec Sepultura. Nous lui avons dit : « Ça te dis de venir aux répétitions demain ? » Et il est venus à nos répétitions avec un piste de chant et… Pour tous ceux qui apparaissent sur l’album, ça s’est fait sans stress. Ca semblait à chaque fois la bonne chose à faire. Ce n’est pas comme si nous recherchions quelqu’un et avons dit : « Ton manageur a parlé à notre manageur et nous a donné ton contact… » C’était juste : « Envoie-moi le morceau, je suis partant ! » C’était très simple ! Et maintenant, je suis sidéré de tous les avoir sur mon album ! [Petits rires] Je lis les crédits et je me dis : « Wow ! » Car nous n’avons jamais vraiment eu d’invité sur les albums de Body Count. Et j’ai regardé les crédits et j’étais là : « C’est vraiment cool ! » En plus du fait que ce soit un album vraiment cool ! [Rires] Je suis surexcité par cet album, tu sais ! J’ai pu jouer de la guitare avec Dave ! Je ne me suis pas posé dans une pièce avec lui mais je fais le solo de guitare qu’il fait… Il fait un gros solo sur l’album ! Et lorsque nous l’avons reçu, nous l’avons écouté et Ice était là : « Bon, tu peux faire un autre solo. » « Je ne vais pas faire un autre solo ! Dave a joué, laissons le solo de Dave dessus. J’apprendrai son solo et je le jouerais lorsque nous jouerons en concert. »

Vous avez un medley de Slayer sur l’album. Dans l’introduction, Ice-T raconte que c’est l’un de ses groupes préférés et que ça le restera toujours, mais qu’en est-il pour toi ? Qu’est-ce que Slayer représente à tes yeux, surtout en tant que guitariste ?

C’est l’un de mes groupes préférés aussi ; en tant que groupe, je les adore. Donc lorsqu’il a dit « faisons la chanson », j’ai écouté les solos de guitare, je les ai déchiffrés et ai fait mon propre truc… Mais ouais, c’est l’un de nos groupes préférés. Lorsque je grandissais, j’écoutais toujours Led Zeppelin, Deep Purple, Rush… Donc Slayer n’est en fait qu’une suite logique par rapport à ces groupes. Ça a été une inspiration en tant que guitariste, mais pas autant que les plus vieux guitaristes. Je les considère plus comme un groupe. En tant que groupe, nous nous sommes pas mal calqués sur Slayer, mais individuellement, j’écoute plus des choses de guitaristes, avec plus de notes, comme Ritchie Blackmore, Jimmy Page, Hendrix, Van Halen. Et j’aime le jazz rock, j’aime Al Di Meola, John McLaughlin et ce genre de choses. Lorsque j’apprenais à jouer, j’écoutais des guitaristes, en allant jusqu’à Stevie Ray Vaughan – je me souviens de l’avoir vu en concert, j’étais là : « Oh, il est parfait ! »

Ayant ce discours introductif sur le medley, parlant des débuts du groupe, est-ce important de ne jamais oublier d’où vous venez et comment tout ça a commencé ?

Ça fait partie de ce qu’est Body Count. Nous n’avons jamais oublié où nous avons commencé et les gens que nous connaissons. En gros, nous chantons comme si nous vivions toujours là où nous avons commencé – ce qui n’est pas le cas mais nous nous identifions toujours à ça. Donc il est très important de savoir d’où on vient. Par rapport à Slayer et le fait de mettre ça sur l’album et mettre Suicidal Tendencies sur le dernier album, ça correspond à là d’où nous venons, donc nous ne l’avons pas oublié.

« [Tony Iommi] a amené la guitare qu’il a utilisé sur ‘Iron Man’ pour que je joue avec un soir et j’ai joué dessus toute la nuit, j’ai joué ‘Iron Man’ de plein de façons différentes devant un miroir [petits rires]. »

Et j’imagine que la suite logique serait d’avoir une chanson de Black Sabbath sur le prochain…

[Petits rires] Tu sais quoi ? Quelqu’un d’autre m’a demandé et j’ai dit : « J’ai produit Black Sabbath ! Donc c’est déjà pas mal pour l’instant… » [Rires] Il pourrait y avoir une chanson de Black Sabbath… Mais tu sais, Ice, lorsqu’il a débuté, il a samplé « War Pigs » sur son premier album. Donc lorsque Tony Iommi a entendu « War Pigs », il a bien aimé la façon dont il l’a samplé et voilà comment j’ai fini par produire un album de Black Sabbath ! Donc sait-on jamais, nous pourrions reprendre une chanson.

D’ailleurs, comment était ton expérience à travailler avec Black Sabbath sur l’album Forbidden ?

C’était une bonne expérience. Ce que j’en ai retenu était que je ne voulais pas produire d’album. Ils étaient un peu figés dans ce qu’ils voulaient faire. Ils avaient le son qu’ils voulaient, ils ne voulaient vraiment pas de quelqu’un comme Will Putney qui vient et à qui on donne les rênes. J’ai appris en traitant avec Black Sabbath, par la façon dont ils ne voulaient pas changer, à dire : « Will, tu es aux commandes, que veux-tu qu’on fasse ? » Au lieu de : « Tu es aux commandes mais voilà ce que je vais faire. » C’était une bonne expérience pour moi, ça fait bien sur le CV de dire que tu as produit un album de Black Sabbath. Peu de gens ont eu l’occasion de faire ça. J’ai eu l’opportunité de jouer avec Tony Iommi ; je me suis vraiment posé pour jouer de la guitare avec lui. Tu sais, je suis gaucher, il a amené la guitare qu’il a utilisé sur « Iron Man » pour que je joue avec un soir et j’ai joué dessus toute la nuit, j’ai joué « Iron Man » de plein de façons différentes devant un miroir [petits rires]. Donc c’était super marrant ! J’ai aussi pu travailler avec Cozy Powell. C’était une bonne expérience, tu sais, mais c’était quelque chose que je ne veux plus faire. C’était super stressant ! Voilà pourquoi j’ai arrêté. Je me suis dit « c’est pour ça que Tony ne produit pas d’albums, » j’ai appris ça de lui, il disait : « Je me pose et je dis aux gens quoi faire. » J’ai donc appris ça de lui mais j’ai pris une approche moins interventionniste. Je suis là : « Ok, Will, voilà mes pistes de guitare, je te laisse voir ce qu’il faut faire avec, je reviendrais plus tard écouter. » C’était donc une bonne expérience, ça a aidé mon groupe à être là où il en est aujourd’hui, et nous sommes bien aujourd’hui.

N’es-tu pas un peu déçu que cet album soit un peu négligé dans la carrière de Black Sabbath ?

Ouais. Bon, c’était une époque étrange. En plus Tony Martin chantait et il essayait toujours de se comparer à Ozzy et Dio. Il avait de grands souliers à chausser. L’album est correct. Je veux dire que ce n’est pas le meilleur album mais ce n’est pas non plus le pire. C’est un album de Black Sabbath standard. Pas de haut, pas de bas, ça reste au milieu.

Tu as grandi pas très loin de Compton et Body Count est arrivé à l’époque où le gangsta rap explosait là-bas. Comment t’es-tu retrouvé à jouer du metal dans ce contexte ?

Nous avons grandi à South Central, à Los Angeles, Compton est un peu plus loin, et nous avons grandi bien avant que le gangsta rap n’apparaisse. J’écoutais du metal ; comme je l’ai dit, j’écoutais Led Zeppelin et des choses comme ça lorsque j’étais au lycée, donc voilà ce qui s’est passé. Et puis, plus tard, Ice a été à l’armée et lorsqu’il est revenu, il est venu me voir et a dit : « T’as entendu parler de rap ? » J’ai dit : « Ouais, j’en ai entendu parler. » Il a dit : « Je veux faire une chanson un peu comme Run DMC. » Donc nous avons commencé à faire des choses comme ça. Voilà comment ça s’est fait. Ensuite il a fait son premier album en 86, qui est Rhyme Pays.

Toi et Ice-T vous êtes rencontrés au lycée. Comment tu vous comparerais maintenant aux adolescents que vous étiez à l’époque ?

Tu sais, c’est vraiment marrant, lorsque tu connais quelqu’un pendant si longtemps… Nous avons un autre ami, Sean, qui joue en quelque sorte des samplers dans le groupe, nous avons été au lycée avec lui, et notre tour manageur a été au lycée avec nous aussi… Lorsque nous sommes tous ensemble, c’est comme si le temps ne s’était pas écoulé. On dirait que nous parlons des mêmes choses, nous parlons toujours des histoires de lycées, et lorsqu’il y a de nouveaux membres dans l’équipe et tout, ils viennent et nous parlons de ces choses. Je veux dire que je ne sais pas comment nous changeons parce que nous semblons rester les mêmes. On dirait qu’Ice est comme à l’époque du lycée, il aime les voitures et ci et ça, et moi je joue encore de la guitare… A mes yeux, on dirait que rien n’a changé ! Même si ça fait presque quarante ans ! C’est ce qu’il se passe lorsque tu traines avec les mêmes personnes.

Parfois on peut avoir l’impression qu’il y a vraiment deux Ice-T, la star de télévision et le chanteur de rap metal furieux. Puisque tu es si proche de lui, comment comparerais-tu ces deux Ice-T ?

Eh bien, il n’y a qu’un Ice. Je veux dire que celui que tu vois à la télé, c’est celui qui joue un rôle ; c’est celui que je connais qui fait l’acteur. Il ne peut trop faire ce qu’il veut parce qu’il a un script qu’il doit suivre. Donc il n’y a qu’un Ice. Le Ice que tu entends sur ces albums, dans Body Count, c’est le vrai Ice que je connais, c’est ça son attitude, c’est comme ça qu’il a vécu au cours des quarante dernières années. C’est le vrai Ice qui, comme je l’ai dit, regarde plein de films d’horreur, le voilà, tout juste là dans Body Count !

C’est marrant comme avec Body Count il chante toutes ces choses dures à propos de la police et ensuite joue dans une série policière…

Ouais mais il joue un rôle ! Ils l’ont embauché pour faire l’acteur ! Ils pourraient l’embaucher pour jouer un médecin. Ça n’a pas d’importance qu’il ait été embauché pour être un flic, il pourrait être dans une série hospitalière, tu sais ! [Petits rires] Alors on dirait : « Bon, il joue un médecin à la télé. Comment peut-il être dans Body Count ? » [Rires] C’est comme ça, il joue le rôle d’un flic.

Interview réalisée par téléphone le 17 février 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel de Body Count : bodycountband.com

Acheter l’album Bloodlust.



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  • une des plus grosses erreurs de BLack Sabbath a été de produire Forbidden avec ce type . un des plus mauvais son que j’ai entendu . La version brute instrumentale disponible sur You Tube est bien meilleure et surtout exempt du fameux passage horrible rap de ice t sur le premier titre The Illusion of Power. Cela n’enlève rien au talent de Tony Martin qui avait la voix complètement cramée déjà à l’ époque . Pour l’ anecdote Martin ne s’est jamais pris pour Ozzy ou Dio . C’est toujours un multi-instrumentiste de talent qui effectivement avait une place quasiment intenable dans le groupe . Son manque évident de présence scénique n’empêche pas qu’il ait sa propre personnalité , le projet The Cage avec Dario Mollo est là pour le prouver, entre autres .
    Dommage , Forbidden avait un très gros potentiel pour devenir une suite digne de Cross Purposes. Le mixage de la batterie de Cozy Powell est notamment une catastrophe . Heureusement , l’ album se bonifiera avec le temps .
    A noter aussi un des artworks les ignobles de la carrière du groupe.
    Tony Iommi bosse actuellemnt a

    [Reply]

    Pat

    … suite : Tony Iommi bosse actuellement avec Tony Martin pour ressortir leurs albums restants de Black Sabbath de l’ époque IRS en version DeLuxe , à savoir Headless Cross , Tyr , Cross Purposes et Forbidden .
    il y aura des inédits et Forbidden est attendu avec l’ espoir d’un nouveau son digne de ce nom .

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