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Song For The Deaf   

Bologna Violenta : Objet sonore non-identifié


Comment en est-on arriver là ? Ha oui, tout commence avec le projet Menace, mené par le guitariste Mitch Harris de Napalm Death, entouré de noms connus (son complice Shane Embury ou Frédéric Leclercq de Dragonforce) ou d’autres particulièrement méconnus (voire pas connus du tout) comme Nicola Manzan… Partant de ce dernier, on se retrouve avec, coincé dans les oreilles, une douceur transalpine, made in Italia, du nom de Bologna Violenta, dont il est la tête et le seul membre.

Et voilà le nom qu’il faudra retenir (au moins en attendant d’en entendre plus de Menace). Pourquoi ? Car en plus d’être un artiste qui plaira de toute évidence aux amoureux d’étrangetés musicales, de musiques alternatives, expérimentales ou totalement « What-the-fuckesques », l’un des passe-temps à but éminemment artistique du Bolonais est de condenser en un seul et unique titre l’ensemble de la discographie d’un groupe ou d’un chanteur. Soit tous les morceaux de tous les albums sortis par un tel. Et qu’importe l’avis de notre directeur des programmes à l’oreille affutée, ce bon Spaceman (lui-même) qui nous déclarait sans ambages que cela « n’avait aucun intérêt ce que l’on écoutait », il fallait poursuivre l’aventure auditive avec la discographie de Bathory réduite à 14 minutes (« C’est déjà trop ! », hurle un vil Animal, qui nous a pourtant amené là). Puis avec celle d’Abba, Nirvana, Pink Floyd ou encore, The Doors.

Outrage ? Approche réductrice ? Pour le moins, oui. Quoique le principe, ici développé par Nicola Manzan, s’appuie sur l’une des choses basiques qui font la musique. L’une des plus simples, à première vue, mais des plus essentielles : la superposition. Car, osons le dire ainsi, la musique est aussi superposition de sonorités, de notes, de pistes qui, regroupées avec cohérence (sur une partition ou via un logiciel) – forment des pièces musicales. Et bien que la démarche de Manzan accouche d’un brouhaha inaudible (puisque incohérent musicalement parlant), la volonté artistique est poussée à son extrême par ce qui s’avère donc être une superposition de superpositions.

La démarche prend d’ailleurs tout son sens au fil des minutes. Car en combinant tous les titres d’un répertoire il est évident que tous n’ayant pas la même durée, la musique finira par s’épurer d’elle-même. Ainsi seuls les titres les plus longs viennent à se superposer, en dernier, le bruit du tout peu à peu se laisse éplucher pour ne laisser place qu’à trois, puis deux, puis un seul et unique titre, pour atteindre le fruit ultime de l’œuvre d’un artiste. Enfin, on pourrait aussi parler de compressions sonores, à l’image de celles, plus matérielles, de César (le sculpteur français, hein !). Un acte d’appropriation qui se veut être un défi à la société de consommation. En un sens, la démarche de Manzan peut tisser un véritable parallèle avec l’œuvre du sculpteur tant il est vrai que dans une société de consommation, telle qu’elle est connue aujourd’hui, où il est bon (notamment en musique) de réduire la masse (tout en produisant en masse) pour en ingurgiter le plus, et ce au détriment de la qualité, critiquer cette approche « commerciale » et non plus musicale ne s’avère pas dénuée de sens.

Et pour aller avec : les superpositions de pochettes. Ci-dessus : tout Pantera en un artwork… assez psychédélique.

D’ailleurs, tout cela n’a, évidemment, pas vocation à être commercialisé (il reste quand même dur de vendre du bruit, même quand il y a une idée derrière). Ainsi, l’artiste propose ses compiles « The Sound Of… » en libre téléchargement sur son Bandcamp. Tout comme une majeure partie de son catalogue musical, tel que son très bon album éponyme (qui a pour particularité, lui, de s’inspirer pour chacun de ses 26 titres, tous d’une durée égale à 26 secondes, de polars italiens des années 70). De la sorte, les moins convaincus par la démarche de ses Sound Of pourront peut-être y entendre un véritable artiste.

Violoniste de formation, le musicien expérimente aux frontières de la noise, souvent animé en arrière-plan par une imagerie cinématographique. Tel son « Squadra Antiscippo » qui reprend un dialogue du long-métrage d’Umberto Lenzi, « Milano odia, la polizia non può sparare » (en français : « La rançon de la peur »). Une approche musicale à la fois angoissante, dérangeante et pressante (« Running to the airport », ci-dessous). Ici, le terme cinématographique italien « Giallo » (venant de la littérature policière), genre cinématographique un peu fourre-tout puisque permettant de regrouper le cinéma d’horreur et fantastique, le thriller, le policier, voire parfois avec une pointe d’érotisme, colle parfaitement bien à l’œuvre générale de Manzan. Sa musique bruyante et dérangée – provocatrice d’angoisses -, par son dynamisme et par la mise à l’épreuve des sens qu’elle nécessite, démontre que Manzan est, à l’instar d’un David Lynch (lui-même passionné par la noise), de ces artistes obscurs, aux œuvres particulièrement personnelles mais qui mérite que l’on s’attarde sur leur cas pour leur faculté à croître en dehors de tous sillages et de toutes bornes artistiques conventionnelles.



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