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Chronique   

Boris – Noise


Stoner, doom, sludge, noise, drone, hardcore… Les Japonais Boris n’appartiennent à aucun genre, qu’à eux-mêmes, qu’à la musique qui peut se faire écrasante comme un bulldozer sonore, ou légère comme le goût d’un fruit exotique (avec pour cela ce chant en japonais qui frappe avec délice l’imaginaire de l’Occidental). C’est ce qui fait qu’ils ne sont jamais limités dans leur créativité, multipliant des œuvres dont le public ne sait jamais la nature à l’avance mais aussi des collaborations qui sont autant de nouvelles zones d’expérimentations en plus des leurs. Et le titre de leur nouvel album (le dix-neuvième, dix-huit ans après leurs débuts discographiques), Noise, ne doit pas tromper le premier venu : Boris ne réduit pas sa carte à un domaine, il la concentre presque tout entière sur un disque.

Concentrée mais pas compartimentée. Comme « Melody » offre un décollage zen avant d’ériger son mur de son, « Vanilla », après un départ râpeux, couple sa vigueur hardcore à des solos planants dans une lourdeur doublée d’un chant tout sauf brutal – c’est pas de la rage, c’est de l’amour ! Une urgence hardcore qui se retrouvera sur les presque dix minutes (long pour du hardcore !) de « Quicksilver », aux paroles soit hystériques, soit plus langoureuses sur une énergie punk qui ne s’apaise qu’épisodiquement mais où couve toujours le même feu qui peut ainsi brûler longuement, puis s’effondrer dans une nappe de drone dans le dernier tiers. Tout ça étant à l’opposé de la douceur pop d’un « Taiyo No Baka » qui traverse le paysage comme une jeune fille aux cheveux roses après l’orage mais ne vient pas sans quelques riffs et une basse épaisse… Boris ne fait jamais un genre, il fait son genre.

Et son genre, c’est construire des châteaux dans le ciel, élever sur un tapis de soie des falaises de granite, roche volcanique dont les cristaux de quartz constituant sa masse luisent au contact de l’électricité. C’est ainsi que s’érige « Melody », que le space-rock pointe en filigrane dans « Quicksilver », qu’on se relève avec l’aide de la guitare sous-accordée après que, dans le sublime « Ghost of Romance », le feedback ait tracé, avec une seule et persistante note, un sillon de peine sur un tempo alangui. Retenue et finesse atteignent leur paroxysme avec « Angel », où le minimalisme se définit alors comme beauté par l’absence, avant que s’étendent ses ailes, prenant appui sur les courants produits par la distorsion, direction les sphères supérieures où les cordes se délient, puis la chute installant une boucle infinie. Et entre-temps vint la pluie fraîche (comme la voix de la guitariste Wata) de « Heavy Rain », coulant lentement le long des joues, creusant à travers la lourdeur palpable. Et quand l’eau se transforme en lourds grêlons tombant au ralenti, pas question de les esquiver, il faut les accueillir mains et visages tournés vers le ciel pour apprécier cette grâce céleste. Comme tout le reste de cet album en fait.

Ci-dessous le clip de « Vanilla » et le titre « Quicksilver » :

Album Noise, sortie le 17 juin 2014 chez Sargent House Records.



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