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Chronique   

Borknagar – True North


Borknagar est l’un des groupes les plus atypiques de la scène norvégienne, parmi l’un des premiers à mélanger des éléments folks et progressifs au sein d’une identité black metal. Il est aussi l’un des plus résilients, palliant sans cesse des changements de line-up. Depuis Winter Thrice (2016), le chanteur Vintersong a quitté le groupe ainsi que le guitariste Jens F. Ryland et le batteur Baard Kolstad (Leprous). Borknagar a en partie remplacé ses membres par le batteur Bjørn Dugstad Rønnow et le nouveau guitariste Jostein Thomassen. Le groupe a dû se réorganiser, déportant sur le bassiste Simen « I.C.S. Vortex » Hestnæs et le clavieriste Lars A. Nedland le chant lead – qu’ils partageaient déjà auparavant avec Vintersorg, le premier héritant également les growls comme à l’époque des albums The Archaic Course (1998) et Quintessence (2000). Un grand chantier en somme, qui a amené à l’écriture du onzième opus True North. Ce grand remaniement n’a en rien altéré l’esthétique unique du groupe, pas plus que ses ambitions. Pour le guitariste-leader Øystein G. Brun, c’est simplement l’album le plus « grandiose » de Borknagar. Il faut lui accorder en partie raison : si True North ne propose pas de rupture avec la discographie passée du groupe – au contraire –, il bénéficie d’une grande variété et d’une dynamique hors du commun.

True North est en partie issu de cette volonté de regarder en arrière de la part du groupe pour retrouver une forme d’authenticité présente sur le premier album de 1996. L’artwork, simple photo de montagne, incarne à la fois ce rapport à la nature et aux vastes étendues nordiques qu’a toujours entretenu Borknagar, ainsi que ce désir de mettre en valeur l’émotion dans sa forme la plus pure, sans la noyer dans les artifices, y compris quand celle-ci s’avère complexe. La démarche se retrouve en outre dans les paroles, moins conceptuelles et plus explicites qu’à l’accoutumée (résultat d’un processus collaboratif). Surtout, derrière l’orientation musicale de Borknagar se trouve une production limpide, œuvre de Jens Bogren (Opeth, Katatonia, Ihsahn) qui permet d’apprécier la richesse instrumentale de True North. Car si le propos se veut plus ciblé, à certains égards (en témoigne le démarrage abrupt de « Thunderous »), Borknagar n’a pas abandonné son esprit de synthèse des genres. « Thunderous » propose ainsi un black mélodique avec le retour du growl de Simen Hestnæs – qui, s’il conserve son grain old-school d’antan, a gagné en consistance et en intensité avec les années –, nuancé par un refrain entêtant aux arrangements folks ; une fresque de près de neuf minutes dans laquelle il est pourtant impossible de se perdre, car parfaitement balisée. « Up North » réussit le tour de force de rendre la musique progressive aussi entraînante et enjouée que le plus simple des morceaux rock. Le chant clair parfois acrobatique de Simen Hestnæs élève la composition et crée une atmosphère de grandeur, évoquant sans peine les immenses territoires qui inspirent le groupe, en particulier lors d’un pont dont l’effet de latence fait monter le sentiment d’exaltation. « The Fire That Burns » et « Mount Rapture » forment quant à eux une synthèse de ce qu’est Borknagar en premier lieu : un groupe soucieux de contrebalancer la violence par des lignes mélodiques affirmées et prêt à trancher dans ses structures, à l’instar du pont de « Mount Rapture » et de ce break de basse.

On appréhende très vite les propos de Brun lorsqu’il évoque la dynamique de True North. Chaque titre contient pléthore de mouvements qui ne brisent pas la cohérence, prouesse que Borknagar réalise systématiquement sur True North. Le groupe conserve en outre son audace, prêt à proposer une véritable ballade avec « Wild Father’s Heart ». Lancinante et langoureuse, elle est construite autour d’un enchevêtrement d’éléments atmosphériques et de leads de guitare supportés par la performance à fleur de peau des deux chanteurs. « Lights » se démarque et pourrait faire office de « hit » rock, par la concision de sa construction, essentiellement basée sur une sorte de double voire triple refrain offrant un festival mélodique plein d’extase, et la batterie sans fioritures de Bjørn. La phrase « Freedom exists on a greater scale » (« la liberté existe à une plus grande échelle »), répétée à l’envie sur le final de la chanson, résume à elle seule l’aspiration à l’évasion des norvégiens. « Voices » démarre quant à elle de la même façon qu’un titre du groupe de rock indé Alt-J, guidée par les motifs répétitifs de la voix de Lars A. Nedland, tantôt quasi a capella, tantôt supportée par un riff massif. Le titre brode autour de ces motifs, modulés au fur et à mesure, intégrant des arrangements de violons et un jeu de batterie de plus en plus franc, avant d’en revenir à la mélodie initiale pour clôturer l’œuvre : une démonstration de maîtrise et de subtilité.

Borknagar ne souffre aucunement des changements de line-up et de l’absence de son chanteur lead qui en résulte – il officiait pourtant depuis près de vingt ans. True North pourrait bien être l’œuvre la plus entraînante de sa discographie, fort de la richesse de ses éléments blacks, progressifs, folks et rock. L’ADN de Borknagar, et en particulier de ses dernières œuvres, Winter Thrice et Urd (2012), est toujours présent, avec néanmoins une écriture plus efficace qui parvient à rendre compte de ce que le groupe veut dessiner : une trajectoire mouvante qui prend des dimensions épiques à de nombreuses étapes. A l’écoute de True North, on s’évade dans les méandres de paysages à la fois froids et majestueux, avec pour boussole ce sens mélodique, intangible. Au bout du chemin, la vue qui s’offre à nous impose un constat : un sommet semble bel et bien atteint.

Clip vidéo de la chanson « Up North » :

Chanson « The Fire That Burns » en écoute :

Album True North, sortie le 27 septembre 2019 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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