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Interview   

Bouffée de chaleur avec Buffalo Summer


Andrew & Jonny - Buffallo SummerÇa ne fait aucun doute, les Gallois de Buffalo Summer ont été élevés au bon vieux rock n’ roll des Led Zeppelin, Deep Purple et ces sudistes de Lynyrd Skynyrd, pour ne citer qu’eux. On retrouve dans leur musique cette authenticité, cette qualité de jeu et cette énergie qui avait permis à ces dinosaures encore aujourd’hui vénérés d’enflammer les années 70. Et cette authenticité dans laquelle beigne leur musique est tout sauf feinte, venant à la fois d’une enfance proche de la nature galloise et d’un environnement rural, simple, aux antipodes du star-system. Chez Buffalo Summer, la musique a une âme, et il n’est donc pas étonnant d’y trouver également des couleurs empruntées à la soul. Si bien que ce Second Sun, deuxième album du groupe, est une vraie bouffée de chaleur, un bain de soleil qui nous illumine les tympans, la bande-son parfaite à l’été qui se profile à l’horizon.

Nous nous sommes entretenus avec le chanteur Andrew Hunt et le guitariste Jonny Williams qui nous parlent de ce second opus, de l’état d’esprit du groupe et de ses influences, sans oublier leur collaboration avec le producteur Barrett Martin, connu pour avoir été un batteur de la scène de Seattle au groove monstrueux, au sein des Screaming Trees, Mad Season et autre Walking Papers.

Buffalo Summer

« Nous avons appris qu’à chaque fois que tu pensais que c’était suffisamment bien, ce n’était probablement pas le cas, et à y revenir et le refaire […] jusqu’à en arriver au stade où nous pensions que nous ne pouvions physiquement pas en faire plus sur ces chansons. »

Radio Metal : Tout d’abord, comment est-ce qu’un jeune groupe comme le vôtre a-t-il été influencé par un genre musical aussi vieille école, malgré toute la musique moderne qui est produite aujourd’hui ?

Andrew Hunt (chant) : Je pense que nous avons tous grandi en écoutant les disques de nos parents, c’est-à-dire beaucoup de disques de rock des années 1970. Et en dehors des albums de rock, nous avons aussi beaucoup écouté de Motown, de soul, de funk et ce genre de choses. En fait, nous écoutons de la musique venant de toutes les époques et de tous les styles, vraiment, mais le son de Buffalo Summer a ses racines dans le blues rock des années 1970 mais probablement avec un peu… Surtout le nouvel album, il aura un côté plus moderne.

Jonny Williams (guitare) : Oui, c’est pareil pour moi, ça vient juste de la collection de disques de mes parents, avec tous les classiques, [Led] Zeppelin, [Jimi] Hendrix, [Deep] Purple… J’ai écouté tout ça quand j’étais gamin et ensuite, lorsque nous avons monté le groupe, nous sommes tombés amoureux en écoutant les Black Crowes et ce genre de choses. Et tout ceci nous a mené où nous en sommes aujourd’hui.

Tous ces groupes de hard rock et blues rock sont connus pour avoir été des pionniers dans leur genre mais aussi pour avoir repoussé les limites. Est-ce pourquoi ces groupes vous ont tant influencés ?

Je crois juste que c’est l’honnêteté de la musique qu’ils faisaient. Il n’y avait pas de tricherie à l’époque.

Andrew : Ouais, c’était de la vraie musique, il n’y avait pas d’auto-tune, pas de sample ou quoi que ce soit de ce genre. On branche et on joue, c’est tout. Et à cette époque, les groupes étaient sincères avec ce qu’ils chantaient, aussi. Beaucoup de musique aujourd’hui est faite sur ordinateur et c’est un peu… ce sont juste des machines, ça n’a pas d’âme, d’une certaine façon. Mais comme beaucoup de musique qui était faite, même ce que l’on appelle le classic rock, les années soixante-dix, et si tu remontes plus loin encore, c’est le blues et puis Jerry Lee Lewis, des gens comme Chuck Berry… Tout vient d’un endroit authentique, c’est fait avec passion. Je trouve qu’il manque un côté humain dans plein de musiques électroniques et ce sentiment est absent de plein de musiques modernes. Je pense que c’est pourquoi nous étions attirés par plein de vieux albums en particulier et quelques supers chanteurs de la Motown et de soul, comme Marvin Gaye, Wilson Pickett, Stevie Wonder, Donny Hathaway, etc. Donc, au-delà d’écouter du rock, il y a beaucoup à dire sur ces artistes également.

Une chanson comme « Little Charles » a effectivement ce côté funky, surtout avec cet ensemble de cuivres. J’imagine donc que ça vient de ce background funk et soul…

Jonny : Oui, à cent pour cent.

Andrew : Ouais, nous avons écouté beaucoup d’albums de la Motown des années soixante et soixante-dix et nombre d’entre eux avaient de supers arrangements de cuivre. C’était vraiment le genre de musique qui nous a donné envie d’ajouter quelque chose. Ca confère à l’album une saveur différente. Donc au lieu que ce soit du pur rock n’ roll, ça donne un autre aspect, c’est quelque chose de différent.

Êtes-vous aussi influencés par des groupes plus récents ?

Ouais. En fait, même si nous sommes influencés par plein de groupes de classic rock des années 70, nous écoutons des groupes allant jusqu’à l’époque actuelle. L’un des albums les plus récents que j’ai beaucoup écouté ces dernières années, c’est l’album sans-titre de Ryan Adams, c’est un chanteur-compositeur, je ne sais pas si tu connais. C’est un super compositeur. J’écoute plein de choses différentes, en dehors du rock. J’ai aussi grandi en écoutant plein de groupes de grunge et je trouve que des groupes comme Soundgarden et Pearl Jam font encore des albums qui valent le coup et sont importants.

Vous avez tourné avec plein de groupes et artistes influents, comme Black Sabbath, Skid Row, Duff McKagan, Soundgarden ou Ugly Kid Joe. Chacun de ces groupes représente un parfum de rock différent. Qu’avez-vous appris de ces expériences et musiciens ?

C’est une bonne question.

Jonny : Ouais, c’est une très bonne question.

Andrew : L’une des choses que je peux dire… Nous n’avons pas rencontré Black Sabbath au festival mais plein de groupes, comme Skid Row, Ugly Kid Joe et Buckcherry, avec lesquels nous avons tourné étaient tous des gens qui nous ont très bien traité, s’assurant que nous avions à manger et ce genre de choses, ils faisaient attention à nous lorsque nous étions sur la route. Chaque soir en tournée, lorsque tu regardes tous ces groupes, ils ont tous différentes façons de faire les choses et je pense que tu apprends d’eux en prenant les meilleures choses. Par exemple, Wit Crane d’Ugly Kid Joe, c’est un incroyable frontman, il est brillant lorsqu’il s’agit d’interagir avec le public. Et des gens comme Skid Row, qui ont fait ça pendant des années et des années et des années… Nous avons juste été attentifs à ce qu’ils faisaient et ensuite retiré le meilleur en terme de comment mettre en place un bon concert de rock.

Jonny : C’est le professionnalisme.

Andrew : Ouais, le professionnalisme !

Jonny : Ils tournent tous constamment et travaillent dur. C’est comme ça qu’il faut être de nos jours, je pense.

Andrew : Ouais, ce n’est pas trop glamour. Je ne pense pas que ce soit comme c’était dans les années soixante-dix. Donc si tu veux faire ça à notre époque, tu dois être à fond et bosser.

Buffalo Summer - Second Sun

« Le fait de venir d’un milieu ouvrier fait qu’on reste modeste et ça donne toujours l’ambition et la motivation de faire quelque chose de sa vie. »

Et quelles leçons avez-vous retirés de votre premier album ?

Jonny : Bonne question.

Andrew : Ouais, très bonne question !

Jonny : Je pense qu’au niveau composition, nous avons appris qu’à chaque fois que tu pensais que c’était suffisamment bien, ce n’était probablement pas le cas, et à y revenir et le refaire, et refaire, et refaire, jusqu’à en arriver au stade où nous pensions que nous ne pouvions physiquement pas en faire plus sur ces chansons. Et donc c’est là que nous savons, lorsque nous sommes au studio, qu’elles sont prêtes.

Andrew : Ouais, la différence entre les deux premiers albums, c’est qu’avec le premier, nous venions littéralement de monter le groupe et lorsque nous avions des chansons écrites, nous allions simplement au studio pour les enregistrer sans trop réfléchir.

Jonny : Ce n’était qu’un paquet de riffs.

Andrew : Ouais, c’était juste comme des amis qui allaient en studio : « Faisons un album et voyons ce qu’il se passe. » Alors que pour le second album, nous avons bien, bien plus prêté attention à l’écriture des chansons, aux accroches, aux riffs, etc. Et le simple fait que nous ayons constamment tourné pendant probablement trois ans, ça a fait de nous tous de meilleurs musiciens et ça a donné une meilleure cohésion au groupe. Donc voilà un peu les différences. Et aussi, nous avions un producteur sur le second album. Je ne sais pas si ça fera l’objet d’une autre question…

Oui, il y aura une question à ce sujet un peu plus tard. Vous avez dit : « La beauté du premier album pour nous était que tout le processus était très organique et naturel. C’était un nouveau départ pour nous tous. Nous avons été dans une pièce et avons laissé les chansons s’écrire. » Comment compareriez-vous le processus d’écriture du premier album à celui du second ? Etait-ce aussi un processus très naturel ou bien est-ce que la pression a changé ça ?

Jonny : Je dirais que c’était encore très naturel.

Andrew : Je ne pense pas… Car nous n’étions signés sur aucun label à l’époque, donc il n’y avait aucune pression. La seule pression que nous avions était celle que nous nous mettions nous-même pour nous assurer d’écrire les meilleures chansons possible. Ouais, comme le disais Jonny, nous avons passé beaucoup plus de temps à démonter et reconstruire les chansons, simplement pour les amener à une forme que nous pensions être suffisamment bonne et convenable pour les sortir, vraiment.

Jonny : Ouais et nous avons utilisé le temps. S’il nous restait une demi-heure à passer sur des soundchecks, nous ne disions pas juste : « Ok, c’est bon, nous allons au pub. » Nous jammions. Disons que si quelqu’un avait écrit un riff dans une chambre d’hôtel la veille, le jour suivant, nous jammions dessus.

Andrew : Toujours en train de travailler !

Jonny : Toujours en train de travailler. Toujours en train d’essayer de… Ne jamais se contenter de ce qu’on a. Ce n’est jamais assez bien.

L’album s’appelle Second Sun. Quelle signification mettez-vous derrière ça, en dehors du fait que c’est votre deuxième album ?

Andrew : C’est Jonny qui a trouvé le titre. Nous avons trouvé plein de titres différents et celui-ci était celui qui semblait rester. Nous avons balancé plein de titre, et c’est celui qu’au final nous avons retenu. Second Sun, comme tu l’as déjà mentionné, c’est le second album et il y avait aussi un peu un jeu de mot avec le nom du groupe Buffalo Summer (L’Eté des Buffles, NDT). C’était juste un autre aspect auquel nous voulions le lier. Et aussi le concept des deux soleils dans le ciel : l’un est évidemment le vrai soleil et le second est une illusion. Tu sais, il y a beaucoup de poudre aux yeux dans l’industrie musicale [petits rires]. Nous trouvions que c’était un titre assez cool qui résumait un peu où nous en étions en tant que groupe aujourd’hui. Car il y a beaucoup de hauts et de bas et le second soleil, en tant qu’illusion, représente un peu certains de ces hauts et ces bas que l’on vit en tant que musiciens.

Est-ce que le rock n’ roll a été un genre de soleil pour vous, éclairant et réchauffant votre vie ?

Oui, c’est clair. Je pense que c’est le cas de chacun de nous. La musique, c’est ce que nous faisons dans la vie et je ne peux imaginer un monde sans musique, pour être honnête avec toi. Si tu as la passion de la musique, je crois que ça ne disparaît jamais. C’est sans doute l’une des premières choses auxquelles on pense en se réveillant le matin [petits rires]. La musique, jouer de la guitare, chanter une chanson et ouais, c’est juste la passion de la musique, tout type de musique, écouter de la musique, écrire de la musique, même si c’est juste écrire des paroles ou attraper une guitare, n’importe quoi.

Jonny : Je pense qu’il faut que [la passion] soit là, autrement tu n’aurais pas…

Andrew : Ouais, autrement tu t’es trompé de carrière. Tu ne tiendras pas longtemps [petits rires].

Jonny : Il faut que ce soit en toi et tu ne peux pas faire ça pour autre chose que tes buts personnels. Je ne pense pas que ça puisse fonctionner si tu dis : « Je vais jouer de la guitare parce que je veux une Lamborghini. » Tu dois vivre avec chaque jour.

Andrew : Ouais, c’est clair. C’est une bonne manière de le dire.

Buffalo Summer

« Tu peux te retrouver à jouer dans une petite ville perdue et parfois c’est là que nous faisons les meilleurs concerts. »

Comme vous l’avez dit, votre premier album était autoproduit. Cette fois, l’album a été produit par Barrett Martin. Pourquoi n’avoir pas continué dans l’autoproduction ?

Je pense que si nous nous étions à nouveau autoproduits, ça nous aurait limités dans ce que nous aurions pu accomplir afin de réaliser le meilleur album possible. Car si tu as une influence extérieure qui arrive dans le groupe, tu profites d’une opinion objective, alors que nous, nous ne sommes pas fermés d’esprits mais nous devenons très attachés à la façon dont les chansons sonnent et parfois, nous avons besoin de quelqu’un qui a un avis extérieur et qui n’est pas dans le groupe pour dire : « Bon, cette section marcherait sans doute mieux ici » ou « Ça, ce n’est pas bien. » Peut-être qu’en tant que membre du groupe, tu peux penser que ceci est un bon riff ou cela une bonne mélodie mais peut-être qu’en fin de compte ça ne l’est pas. Mais ça amène aussi plein de couleurs différentes parce qu’il te donne une autre palette à partir de laquelle travailler.

Jonny : Et des choses auxquelles nous n’aurions jamais pensé nous-même et il peut dire : « Oh, mettez un roulement de batterie ici. » Et tout d’un coup la chanson prend une nouvelle vie à laquelle nous n’aurions pas pensé nous-mêmes.

Andrew : Ouais, Barrett a trouvé des trucs vraiment sympas. Par exemple, nous avons une chanson sur l’album qui s’appelle « Levitate » et, pour moi, il lui manquait toujours quelque chose. Lorsque nous étions en studio, je crois que Barrett a amené un album d’Elton John, peut-être Goodbye Yellow Brick Road ou quelque chose comme ça. Nous écoutions comment Elton John avait arrangé certains chœurs, et ça nous a inspiré pour mettre ces harmonies qu’on entend dans les chœurs de cette chanson. C’était un peu la cerise sur le gâteau pour cette chanson. C’était ce genre de choses et puis aussi sa capacité à jouer de différents instruments : nous avons écrit une chanson qui s’appelle « Neverend » et lorsque nous l’avons écrite, je savais que… J’ai un album sur lequel Barrett joue d’un groupe dénommé Mad Season, qui est un genre de super-groupe de grunge du début des années 90. Il y avait Layne Staley d’Alice In Chains au chant et Mike McCready de Pearl Jam à la guitare. Barrett a joué du vibraphone sur cet album et [notre chanson] avait un peu ce genre de feeling. Et, encore une fois, j’aimais le fait qu’il puisse rajouter ça sur la chanson pour l’amener ailleurs. Donc ça valait vraiment le coup et je pense que si nous avons encore l’occasion de travailler avec Barrett, nous la saisirons à coup sûr, car c’était une très bonne collaboration et c’est un mec décontracté avec qui il est facile de travailler. Et lorsque tu travailles avec un producteur qui est, pas critique, mais constructif dans ce qu’il dit plutôt que de travailler avec quelqu’un qui déchire les chansons en lambeaux, si tout le monde est sur la même longueur d’onde, alors tu peux produire quelque chose de vraiment bon et faire des choses intéressantes ensemble.

Il est surtout connu pour être un batteur plein de groove. Pensez-vous que ça a un impact sur la façon dont il aborde la production ?

Jonny : Peut-être. Il a un swing naturel.

Andrew : Ouais, je pense que quand tu as joué avec des musiciens du calibre de ceux avec lesquels il a joué, même en dehors du rock n’ roll… Par exemple, il a voyagé en Afrique, en Amazonie, au Brésil et a vu toutes ces cultures différentes et il a adopté tous ces types de musique qu’ils jouaient, il a incorporé ces types de rythmes et de percussions dans son propre jeu de batterie. En fait, j’ai expliqué dans une interview plus tôt que quand tu fais ce genre de choses, le fait d’aller dans tous ces pays et le faire parce que tu es véritablement un musicien, ce n’est pas comme si tu étais là pour faire de l’argent et pour la gloire ou quoi que ce soit de ce genre. Son amour, c’est la batterie et je pense que s’il a fait cet effort et qu’il a pris du temps pour aller dans tous ces endroits et s’imprégner de toute cette sagesse, et qu’il nous en donne des bribes ici et là, ça ne peut être que positif.

Jonny : Et son swing…

Andrew : Ouais, c’est clair qu’il fait swinguer et qu’il cogne la batterie…

Barrett vient de Seattle et a été surtout actif dans les scènes grunge et stoner. Quelle relation avez-vous à ces scènes ?

Jonny est en fait probablement plus un fan de stoner que je ne le suis.

Jonny : Ouais, Kyuss, Fu Manchu, Sleep, tous les groupes classiques de stoner. Nous avons aussi eu la chance de tourner avec Kadavar.

Andrew : J’étais un énorme fan de grunge étant gamin, vraiment. J’ai écouté tous ces groupes. Donc le fait de travailler avec Barrett, c’était un rêve devenu réalité, car j’avais des albums des Screaming Trees, Mad Season et tous les vieux projets parallèles dans lesquels il a été impliqué. Ces groupes de grunge étaient l’une des raisons pour lesquelles j’ai pris une guitare à l’origine. Je ne joue pas de guitare dans Buffalo Summer mais ils m’ont effectivement inspiré pour vouloir devenir musicien, ainsi que quelques groupes gallois, comme Manic Street Preachers ou Stereophonics. Ils ne sont pas aussi heavy que les groupes de grunge mais la combinaison de ces groupes gallois et le fait de grandir avec la scène de Seattle fait probablement partie des raisons pour lesquelles je suis là à faire ce que je fais.

Vous avez dit que pour le premier album, « au niveau des paroles, de nombreuses chansons étaient inspirées par des expériences personnelles et le fait de grandir dans un environnement rural au Pays de Galles. » Pouvez-vous nous parler de ces expériences personnelles ?

Pour ce qui est des paroles – et ça vaut pour les deux albums – je pense que si tu dois chanter des chansons face à des gens, tu dois les chanter avec conviction et tu dois croire en ce que tu chantes. D’où nous venons, dans le sud du Pays de Galles, il y a plein de paysages et plein de mythologies associées, le pays a beaucoup d’histoire. C’est quelque chose que j’ai toujours reflété dans mes paroles parce qu’on vit là-dedans, ça nous inspire pour écrire une chanson et on peut au moins le chanter en donnant du sens. La dernière chose que je veux faire, c’est monter sur scène et chanter une chanson qui ne signifie rien pour moi.

Buffalo Summer

« Nous étions la dernière génération d’enfants qui jouaient encore aux poupées, jouaient au football, grimpaient dans des arbres, nageaient dans des lacs et rivières, alors que de nos jours plein de gamins ne font que rester chez eux à jouer sur l’ordinateur. Ils passent vraiment à côté de ce que l’enfance et le monde a à offrir. »

A quel point ça a été important pour vous de grandir dans un environnement rural au Pays de Galles ? Quel impact ça a eu sur l’homme que vous êtes devenus ?

Jonny : Enorme, je dirais ! C’est qui nous sommes !

Andrew : Ouais, c’est qui nous sommes. Nous venons de toutes petites communautés ouvrières. Nous avons grandi dans un endroit qui était très petit et où tout le monde se connaissait. Le fait de venir d’un milieu ouvrier, aussi, fait qu’on reste modeste et ça donne toujours l’ambition et la motivation de faire quelque chose de sa vie.

Jonny : Et peu importe ce que tu fais, tu as toujours les pieds sur terre parce que tu ne peux pas revenir et faire ta rock star [petits rires].

Andrew : Ouais, tu dois rester fidèle à toi-même et ne pas changer, ne jamais oublier d’où tu viens.

J’imagine qu’en tournant vous découvrez de nouveaux pays. Est-ce que ces voyages vous ont aussi inspirés ?

Assurément parce qu’avant que nous commencions à tourner, je n’avais pas vu grand-chose du monde, pour être honnête. Je n’ai pas été à beaucoup d’endroits mais le fait d’être dans un groupe, ça t’amènes dans des endroits sauvages et merveilleux [petits rires]. Nous avons voyagé en France, Belgique, Hollande, Suisse, Espagne, Irlande, Ecosse, Angleterre, Allemagne… Donc, plein d’endroits. Tu peux te retrouver à jouer dans une petite ville perdue et parfois c’est là que nous faisons les meilleurs concerts parce que peut-être que les groupes ne se rendent pas souvent dans ce lieu. Lorsque tu vas dans une petite ville, comme au nord de l’Espagne, en l’occurrence, qui est une destination qui sort des sentiers battus, tu passes généralement une bonne soirée parce que c’est plein de gens et ils sont là pour voir quelque chose de neuf et de frais.

L’album a son grand final avec « Water To Wine », qui est la plus longue chanson de l’album, elle se conclue avec un solo de guitare épique et résume bien l’album, dans la mesure où elle mélange accroche et maestria musicale. Or c’est l’une des marques de fabrique de groupes comme Led Zeppelin, Deep Purple et Lynyrd Skynyrd. Ils sont reconnus pour être de grands musiciens capables d’écrire des parties techniques ou élaborées sans sacrifier l’accroche et l’émotion de la chanson, comme « Free Bird » ou « Stairway To Heaven ». Est-ce le genre de groupe que vous aspirez à devenir ?

Ouais, carrément. Je veux dire que si nous pouvons arriver à faire ne serait-ce qu’à moitié aussi bien que ces groupes, alors nous aurons fait quelque chose de correct. Tant que tu joues la musique que tu apprécies et que tu restes fidèle à toi-même, je pense que tu n’iras jamais trop loin. Nous avions cette chanson et nous trouvions que de toute façon, toute l’atmosphère de la chanson serait… [Réfléchit] C’est rock n’ roll mais elle a presque un côté country rock. Nous avions tout l’arrangement et puis, un jour, nous jammions et nous avons explosé à la fin. Je pense que c’était effectivement un peu inspiré par « Free Bird » de Lynyrd Skynyrd, un peu comme un hommage. Il y a plein de façons différentes de clore un album et nous pensions que ce côté country rock avec un joli fade out serait peut-être… Surtout si tu l’écoutes sur un vinyle, installé confortablement… C’est juste que nous trouvions que ce serait une très bonne façon de terminer l’album si nous le faisions avec un fondu et un joli solo.

On peut aussi penser aux Beatles qui avaient terminé l’une de leur chansons avec le même riff en boucle jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de bande magnétique…

Ouais ! C’est cool que tu entendes les Beatles là-dedans. En fait, plein de groupes avaient l’habitude de faire ce genre de choses dans les années 70. Ce n’est plus quelque chose de très courant de nos jours parce que les gens veulent écrire des chansons qui sont dans les trois ou trois minutes trente pour passer à la radio. Nous avons quelques chansons comme ça aussi mais « Water To Wine » c’est vraiment un morceau fait pour être sur un album. C’est cool que tu aies vu des influences de [Lynyrd] Skynyrd et des Beatles. C’est bon de savoir que quelqu’un comme toi a entendu des choses et fait des comparaisons avec, par exemple, les Beatles que nous n’avions pas fait. Nous n’avons pas mis ceci pour que ce soit directement une influence, donc c’est cool que tu entendes d’autres choses là-dedans, des influences de groupes que nous aimons et qui sont peut-être un peu moins évidentes.

Au fait, pourquoi avoir choisi une référence chrétienne pour cette chanson ?

Elle n’a pas de connotation religieuse. Ce sont littéralement les mots « eau en vin » et, en gros, encore une fois, la chanson évoque combien les choses étaient plus simples durant notre enfance. Les paroles de « Water To Wine », c’est un genre de métaphore… [Réfléchit] Ouais, en l’occurrence, l’eau est quelque chose de pur, comme lorsque nous étions jeunes, et évidement le vin étant un alcool, ça fait référence au fait d’être adulte. Donc la chanson parle de ce voyage vers l’âge adulte depuis l’innocence de l’enfance, lorsque nous vivions une existence simple avant que la technologie ait envahie le monde. Je pense que nous étions la dernière génération d’enfants – je ne sais pas si c’est pareil avec vous en France – qui jouaient encore aux poupées, jouaient au football, grimpaient dans des arbres, nageaient dans des lacs et rivières, alors que de nos jours plein de gamins ne font que rester chez eux à jouer sur l’ordinateur. Ils passent vraiment à côté de ce que l’enfance et le monde a à offrir.

Dirais-tu que le plus grand talent d’un artiste, c’est de transformer les riffs, mélodies et rythmes en émotion, exactement comme transformer l’eau en vin ?

C’est une excellente façon de le présenter ! Ouais, nous sommes quatre dans le groupe et je pense que nous apportons tous quelque chose, nous contribuons tous et ensuite, ça rend le son global du groupe meilleur que la somme de ses parties. Je trouve que c’est une très bonne façon de tout résumer, ouais.

Interview réalisée en face à face le 21 avril 2016 par Valentin Istria.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Céline Hern.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Buffalo Summer : buffalosummer.net



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