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Interview   

Brainstorm : le défi du heavy


Chez les artistes, il y a deux écoles : ceux qui font ce qu’ils veulent, expérimentent et ignorent les avis extérieurs, et ceux qui qui sont à l’écoute des fans. Brainstorm est plutôt de cette seconde catégorie. Il faut dire que ça leur a réussi avec un Midnight Ghost (2018) bien accueilli par les anciens et nouveaux fans. Il était donc logique de partir sur la même base – notamment avec l’expertise du producteur Seeb Leverann – pour concevoir son successeur Wall Of Skulls. Pour autant, pas question de faire une redite. L’idée était de pousser la philosophie de l’efficacité, en misant sur des tempos globalement plus rapides et des morceaux plus concis, en se focalisant sur l’essentiel, le temps libre « offert » par la pandémie les ayant bien aidés.

Le chanteur Andy B. Franck nous raconte ci-après cette conception, mais aussi la participation de Peavy Wagner de Rage et Seeb Levermann en tant qu’invités et la teneur des thématiques, très terre à terre et largement inspirées par ce qui « cloche » dans le monde d’aujourd’hui. Sans oublier d’autres sujets, qui vont des vingt ans de l’album Metus Mortis à la philosophie du chanteur vis-à-vis du groupe, en passant par sa vision de la scène heavy metal actuelle.

« Les gens l’entendent quand c’est vraiment fait avec le cœur ou quand c’est juste pour essayer quelque chose, et les fans ne veulent pas faire partie d’un truc que tu veux essayer. S’ils achètent un album, ils veulent que ça vienne de tes tripes. »

Radio Metal : Tu as qualifié votre précédent album Midnight Ghost de « probablement l’album le plus important dans l’histoire de Brainstorm » et ceci a été confirmé par la réaction des fans qui « ont célébré les nouvelles musiques avec autant d’enthousiasme que [vos] classiques ». Qu’est-ce qui a fait la différence ? Qu’est-ce que cet album avait que n’avaient pas les précédents ?

Andy B. Franck (chant) : Probablement que sur certains albums passés, juste avant Midnight Ghost, nous nous étions un peu perdus. Je pense que c’est normal, au bout d’un moment, quand on sort beaucoup d’albums, en tant que musicien on essaye des choses différentes et nouvelles, mais qui ne correspondent pas à ce pour quoi on est connu. Dans notre cas, nous avons sorti des albums tels que Soul Temptation, Liquid Monster et Downburst, ce sont les albums que les gens ont adorés, et ensuite nous avons essayé autre chose sur un album comme On The Spur Of The Moment, par exemple, que je trouve être un super album, mais il sonnait complètement différemment et nous avons perdu beaucoup de fans. Puis nous sommes progressivement revenus, mais Midnight Ghost était un moment spécial qui a ramené nombre des marques de fabrique que Brainstorm avait depuis longtemps et ça a fait revenir beaucoup de vieux fans. Ça nous a vraiment emmenés à un autre niveau. C’est aussi lié au producteur, Seeb Levermann, qui nous a fait passer un palier. Je pense que c’étaient le bon moment et la bonne décision. Nous avons commencé à enregistrer loin de chez nous, ce qui est aussi très important parce que ça permet de se concentrer sur la musique et l’enregistrement. C’est comme un puzzle, il y a plein d’éléments pour expliquer ça, mais nous jouons enfin le genre de musique pour lequel nous sommes connus. C’est la musique que nous aimons. C’est le genre de musique avec lequel nous avons grandi. Donc c’était parfait pour nous.

Est-ce que ça veut dire qu’aux yeux des fans, un groupe comme Brainstorm n’a pas le droit d’essayer quelque chose de différent ?

Prenons Kiss, par exemple, quand ils ont sorti il y a longtemps un album qui s’appelle The Elder, les fans étaient là : « C’est quoi ce truc ?! Ça sonne un peu différent. » Dans notre cas, avec On The Spur Of The Moment, il n’y avait pas beaucoup de chansons rapides, c’était très mid-tempo et ainsi de suite. Quand les fans ont découvert Brainstorm pour la première fois, ils l’ont identifié avec des chansons rapides, des trucs très mélodiques mais très puissants, pleins d’énergie, et donc si nous essayons de sortir quelque chose de trop différent, ce n’est pas terrible au final. Je pense que les fans sont ouverts d’esprit, mais s’ils veulent écouter Brainstorm, ils veulent écouter un album comme Midnight Ghost ou maintenant Wall Of Skulls. C’est ce qu’ils veulent qu’on leur donne et c’est aussi ce que nous voulons.

Du point de vue de l’artiste, ce n’est pas parfois frustrant de devoir se restreindre musicalement ?

Ça dépend. C’est un monde libre. On peut essayer ce qu’on veut, quand on veut. J’ai essayé de faire des choses différentes de temps en temps avec d’autres groupes, avec Symphorce ou plus tard Almanac et ainsi de suite. Ça aide à bien des égards parfois de se refocaliser encore plus qu’avant sur son groupe principal. Oui, parfois ce serait cool d’essayer quelque chose de complètement nouveau et différent, mais pour être tout à fait honnête, je pense que les gens l’entendent quand c’est vraiment fait avec le cœur ou quand c’est juste pour essayer quelque chose, et les fans ne veulent pas faire partie d’un truc que tu veux essayer. Ils veulent quelque chose qui te tient vraiment à cœur. S’ils achètent un album, ils veulent que ça vienne de tes tripes. Ils peuvent le ressentir. C’est pareil pour moi : je pouvais sentir quand un album était vraiment honnête ou pas, et j’adore les groupes qui enregistrent des albums avec le cœur. C’est pareil pour nos fans avec Brainstorm.

C’est important pour toi de prendre en compte l’opinion des fans ?

C’est très important. Surtout en cette période, on sait vraiment ce qui nous manque le plus : le contact avec les fans. Il ne s’agit pas juste de leur parler après un concert. Il s’agit aussi de leur parler via Facebook, Instagram et plein d’autres biais. Nous voulons toujours savoir ce qu’ils pensent d’un album. Est-ce qu’ils l’aiment ? Si la réponse est non, pourquoi ils ne l’aiment pas ? Parfois, nous laissons les gans décider quel genre de chanson nous devons jouer durant notre set. Je trouve que c’est très important. Ça fait des fans un genre de sixième membre du groupe. Je trouve que c’est cool, car quand je me remémore comment c’était il y a vingt-cinq ans, un groupe montait sur scène, commençait à jouer et il fallait que j’accepte ce qu’il jouait, peu importe ce que c’était. Aujourd’hui, vu qu’on a les réseaux sociaux à notre disposition, pourquoi ne pas laisser les fans choisir leurs armes, pour ainsi dire ? Nous leur offrons donc l’opportunité de nous dire ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas et ce qu’ils veulent entendre. Je trouve que ça fonctionne bien et Brainstorm a toujours été un groupe connu pour sa proximité avec les fans et le fait de partager avec eux. Nous avons besoin de ça en tant que groupe.

« Avec l’âge, tu découvres ce qui était bien et ce qui ne l’était pas, et si ça ne l’était pas, tu ne le refais pas. Quand nous étions jeunes, nous aurions probablement dit : ‘Ah, c’est les autres qui ont tort. J’ai raison. Je vais le refaire.’ Alors que maintenant, nous disons : ‘Non, les autres n’ont pas tort. On ne le refera pas.' »

A quel point votre expérience avec Midnight Ghost et la manière dont il a été reçu ont impacté votre état d’esprit et votre approche en vous mettant sur Wall Of Skulls ? A quel point Wall Of Skulls est-il la conséquence de Midnight Ghost ou la suite logique ?

La première chose dont nous étions sûrs était que nous ne voulions pas enregistrer Midnight Ghost seconde partie. Je pense que c’était la chose la plus importante pour nous. Il y avait une grosse pression derrière nous, évidemment, car la maison de disque nous disait tous les mois que Midnight Ghost continuait à se vendre, qu’il était toujours en haut des classements, etc. On peut voir que chaque mois, nous gagnons des fans. Avec Midnight Ghost, nous avons fait revenir plein de vieux fans et nous en avons gagné plein de nouveaux. Donc la pression était très élevée, mais c’était malgré tout très important pour nous de ne pas simplement enregistrer une redite. C’était important que Wall Of Skulls soit mémorable et qu’il soit la suite logique, comme tu l’as dit, et je pense que c’est ce que nous avons fait. Cette fois, nous avons fait très attention à retirer certaines parties de chansons que nous pensions n’être pas nécessaires. Après autant d’années, on a ses habitudes de composition, mais cette fois, nous avons aussi parlé avec Seeb, notre producteur, lui disant que nous voulions essayer de nouvelles choses par ci, par là. C’est pourquoi nous avons une chanson comme « Glory Disappears », par exemple, que nous n’aurions jamais écrite dix ou quinze ans en arrière. Elle est dans le style moderne de Brainstorm et elle montre exactement où nous en sommes aujourd’hui. Voilà pourquoi nous sommes si fiers de Wall Of Skulls : ce n’est pas un Midnight Ghost 2.0. C’est Wall Of Skulls et il a sa propre identité. Il a beaucoup plus de morceaux rapides. On y retrouve certaines marques de fabrique que nous n’avions pas sur l’album précédent. Nous avions pas mal de bonnes caractéristiques dans Midnight Ghost aussi, mais je pense qu’au niveau des chansons rapides, ça se rapproche plus de ce que nous avions dans des albums comme Soul Temptation ou Liquid Monster. Voilà pourquoi c’est un album spécial. Pour nous, il est parfait et c’est une étape logique.

D’un autre côté, tu as déclaré qu’« en mai 2020, [tu as] commencé à avoir l’impression de tourner en rond artistiquement ». Avais-tu des doutes à propos de l’album à ce moment-là ? Qu’est-ce qui n’allait pas ?

Je n’en ai aucune idée, pour être honnête. Je n’avais jamais connu ça avant. Normalement, on écrit des chansons, on les enregistre, on les sort et on part en tournée, puis ça recommence, composition, enregistrement, sortie, tournée, etc. C’est un cycle normal. En tant que musicien et groupe, c’est ce qu’on fait toujours. Probablement qu’il était temps de sortir de ce cercle, de cette course, car j’étais en panne, pour ainsi dire. Je suis toujours capable d’écrire des lignes de chant ou des paroles de manière standard. C’est exactement dans le même ordre d’idée que le fait de ne pas composer un second Midnight Ghost. J’étais sûr que les gens s’attendaient à plus, à quelque chose de spécial, et c’est la raison pour laquelle je n’étais pas si mécontent que ça qu’il y ait cette pandémie.

Ça peut paraître bizarre, mais quand on m’a dit que nous devions tout reprogrammer, j’ai tout de suite appelé le groupe pour leur dire que nous devions nous réunir à nouveau, reparler des chansons et probablement réarranger et virer certaines parties. C’est ce que nous avons fait à ce moment-là. Quelques jours plus tard, je suis retourné chez moi et je me suis demandé : « Toutes ces lignes de chant que tu as écrites jusqu’à présent sont-elles suffisamment bonnes pour le prochain album ? » J’ai décidé que non, elles n’étaient pas assez bonnes. Donc j’ai fait ce que je n’avais jamais fait avant : j’ai tout supprimé. Ma femme a pété un câble. Elle était là : « Ça fait des semaines et des mois que tu travailles dans cette satanée pièce, et maintenant tu as tout supprimé pour tout refaire de zéro ?! » C’est exactement ce que j’ai fait. Pour moi, c’était une sorte de renaissance, je ne sais pas. Ça a tout rafraîchi dans mon esprit avec de nouvelles versions des chansons. Je suis retourné dans ma pièce, j’ai commencé à écrire, et en quelques semaines, j’avais tout fini et tout était bien mieux. C’est très bizarre quand les gens me questionnent sur la situation avec la pandémie et tout, et que je dis que, d’une certaine manière, la pandémie a été un don pour Brainstorm ou pour moi car j’ai pu prendre plus de temps pour me concentrer sur le nouvel album et les nouvelles chansons, mais c’est véridique.

Vu que les groupes doivent de plus en plus se reposer sur les tournées pour en vivre, penses-tu que dans un contexte normal, l’intensité des rythmes de tournée peut nuire à la créativité ?

Oui, je pense. Je pense qu’il est parfois nécessaire de sortir de cette course. On n’est pas des ordinateurs ou des machines. Il faut du temps pour composer des chansons extraordinaires. Si on regarde certains groupes qu’on a découverts au moment où ils sortaient leur premier album, ce dernier était parfois vraiment génial, mais ces groupes ont eu au moins quatre, cinq ou six ans pour composer et mettre sur disque ces dix chansons. C’est une longue période pour écrire, arranger, réarranger et travailler sur ces morceaux, mais une fois qu’ils ont sorti leur premier album, la course a commencé. Avec le second album, ils n’avaient plus autant de temps pour composer et décider quelles seraient les dix chansons à mettre sur album. De temps en temps, c’est très important de sortir de cette course et de dire : « Ralentis un peu, concentre-toi sur autre chose et ensuite, reviens pour écrire des chansons quand tu es dans le bon état d’esprit, quand tu le sens bien. » Pour être tout à fait honnête, je pense que tous les fans veulent un album qui soit vraiment cool et honnête, et que ça vaut le coup d’attendre quelques mois de plus. C’est mieux d’attendre trois, quatre ou cinq mois pour obtenir un super album que de se retrouver avec juste quelques bonnes chansons tandis que le reste est nul – ça n’a aucun sens. On peut voir comment les groupes agissent pendant la pandémie. Enormément de groupes ont sorti un album l’an dernier et ils en sortent un nouveau cette année. Ils n’avaient rien à faire, ils sont retournés en studio pour enregistrer le suivant [rires], mais je suis très content que nous ayons fini de tourner et tout, donc nous avons pris le temps pour nous concentrer sur le nouvel album. Nous avions tout planifié, mais maintenant je trouve que c’était bien pour nous, c’était une bonne décision de s’éclipser pendant un temps. C’est pour ça que je suis beaucoup plus content de l’album.

« C’est un mur fait des crânes de chaque personne tuée dans un combat à cause de la religion, de problèmes politiques, de problèmes de voisinage, et ainsi de suite. Je pense que le monde a toujours connu ça, mais ça devient encore plus agressif et brutal aujourd’hui. »

N’est-ce pas difficile de se renouveler quand on a déjà fait douze albums et qu’on joue un genre aussi défini et codifié ? Est-ce l’un des grands défis d’un groupe de heavy metal, c’est-à-dire trouver le moyen de ne pas se répéter, surtout quand les fans veulent qu’on garde ses marques de fabrique ?

C’est parfois très dur, oui [rires]. De même, dans mon cas, il n’y a pas que les douze et maintenant treize albums que j’ai faits avec Brainstorm. Il y en a beaucoup plus avec d’autres groupes, comme Symphorce, Almanac, et ainsi de suite. Parfois, je suis assis là à me dire : « Bordel, qu’est-ce que je vais chanter maintenant ? Quelles paroles j’ai envie d’écrire ? » Puis quand tu essayes de trouver un titre de chanson, tu te dis : « Ça c’est un super titre ! » Puis ton propre collègue te rappelle : « Tu as déjà utilisé ce titre sur l’un de tes albums de Symphorce. » « Ah, d’accord… » [Rires] Parfois ce n’est pas facile d’avoir une vue globale de tout ce qu’on a fait. C’est difficile, oui, mais quand on aime faire de la musique, ce n’est pas trop difficile, pour être honnête. Si tu planches sur le titre d’un morceau ou un texte de morceau, c’est un défi à chaque fois, mais je pense que chaque chanson et chaque album présentent une forme de défi. C’est comme un sportif : s’il s’entraîne bien et qu’il a fait tout ce qu’il faut jusqu’à présent, il peut aspirer à sauter un centimètre plus haut, il peut essayer. Donc c’est pareil pour nous, nous essayons de composer de meilleures chansons et d’écrire à propos de sujets différents, parfois c’est plus personnel, parfois c’est plus historique ou politique. C’est toujours un défi et c’est bien là toute l’idée de ce genre musical. C’est un grand défi, et une course !

Wall Of Skulls est un album plus direct avec des chansons qui vont davantage droit au but, et comme tu as commencé à l’évoquer, c’était voulu. Dirais-tu que le fait de dégraisser est un signe de maturité ?

C’est exactement comme tu le dis. C’est ce que nous avons fait en studio et en salle de répétition : se concentrer davantage sur ce qui importe vraiment dans la chanson. Parfois nous avions des parties après un refrain [chante un riff basique] et rien ne se passe là-dedans. Parfois, tu composes ces chansons, tu les enregistres et ensuite tu commences à les jouer en concert. Au départ, tout est super, mais au bout de la cinquième ou sixième fois, tu te dis : « D’accord, cette partie arrive. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Il n’y a pas de solo. Pas de chant. Rien. Il n’y a que les fans qui nous regardent. Cette partie est-elle vraiment nécessaire ? » Dans certaines chansons, oui, mais dans d’autres, non. Nous avons viré plein de parties dans une chanson comme « Glory Disappears ». Sa première version devait durer, disons, sept ou huit minutes et nous l’avons réduite à quatre minutes. Ce qu’on obtient au final, c’est une chanson que nous n’avions jamais faite avant avec Brainstorm. Nous nous sommes donc vraiment concentrés sur le refrain, sur les lignes mélodiques et sur le caractère de la chanson. C’est quelque chose que nous avons surtout appris avec Midnight Ghost et que nous avons essayé de vraiment bien faire avec Wall Of Skulls. Ça a bien marché, surtout avec les morceaux rapides. Pour moi, ça rend l’album plus divertissant à l’écoute, car il n’y a plus aucune partie où on s’ennuie. Ça va droit au but. Les morceaux font juste trois, quatre ou cinq minutes et chaque seconde a quelque chose à dire. C’est le plus important à mes yeux.

Mais penses-tu que ce soit quelque chose qui vient avec l’âge, c’est-à-dire que lorsqu’on est jeune, on part un peu dans tous les sens, alors que quand on gagne en expérience, on se focalise plus sur l’essentiel ?

Donc ça veut dire que dans dix ans, les gens pourront s’attendre à des chansons de deux minutes de notre part, tout aura été dit après une minute et demie. Ça nous donnera plus de temps sur scène pour souffler et boire de l’eau, et appeler l’infirmière [rires]. Je pense que c’est un processus, bien sûr. A savoir si c’est lié à l’âge, certainement, mais après douze albums… Tu repenses toujours à ce que tu as bien fait et à ce que tu as mal fait. Après Midnight Ghost, nous avons facilement compris ce que nous avions mal fait dans le passé. Avec l’âge, tu découvres ce qui était bien et ce qui ne l’était pas, et si ça ne l’était pas, tu ne le refais pas. Quand nous étions jeunes, nous aurions probablement dit : « Ah, c’est les autres qui ont tort. J’ai raison. Je vais le refaire. » Alors que maintenant, nous disons : « Non, les autres n’ont pas tort. On ne le refera pas. »

Vous avez deux invités au chant sur cet album. D’abord, Peavy Wagner de Rage apparaît sur « Escape The Silence ». Tu l’as qualifié de « légende du metal allemand ». Qu’est-ce que Peavy et ses groupes, Avengers puis Rage, représentaient pour toi quand tu as débuté sur la scène allemande ?

J’ai grandi avec des groupes comme Rage. « Don’t Fear The Winter » était l’une des premières chansons d’un groupe de metal allemand que j’ai écouté. J’ai écouté des groupes allemands classiques comme Accept et Scorpions, bien sûr, mais ensuite j’ai découvert un autre groupe allemand qui s’appelait Rage et « Don’t Fear The Winter » a longtemps était un de mes morceaux préférés. Un jour j’ai rencontré Peavy, nous avons traîné et fait des fêtes ensemble, nous avons été en tournée ensemble et tout. J’ai toujours eu dans un coin de ma tête que j’aimerais inviter des chanteurs sur un album. Les autres gars disaient parfois : « On n’est pas sûrs si on veut faire ça et bla, bla, bla. » J’ai toujours dit : « Si le morceau colle parfaitement à une voix, il faut vraiment qu’on le fasse. » Puis j’en ai parlé à Seeb en studio. Nous avons évoqué plein de chanteurs différents, des Américains, des Anglais ou des Suédois. Il m’a regardé et a dit : « Tu viens de mentionner des gars venant de partout sur la planète, alors que tu as une icône allemande qui vit plus ou moins juste à côté du studio – il n’est qu’à dix ou quinze minutes d’ici – et c’est un bon ami à toi depuis longtemps. Pourquoi ne pas l’appeler ? Pourquoi ne pas lui demander ? » J’étais là : « En effet, c’est une question stupide, je suis d’accord. Pourquoi n’a-t-on pas fait ça avant ? » Nous avons facilement trouvé qu’il y avait une partie qui collerait parfaitement à la voix de Peavy sur le morceau « Escape The Silence ». Donc nous l’avons appelé.

Nous nous attendions à tout sauf à ce que Peavy soit comme dingue, genre : « J’en serais fier, ouais ! Génial ! J’adorerais participer à votre album ! » C’était incroyable et ça nous a rendus très fiers, pour être honnête. Ce qui en a résulté rend Wall Of Skulls encore plus spécial, selon moi, qu’il ne l’était déjà avant. Je trouve l’album extraordinaire, mais avec ces deux invités au chant, ça le rend encore meilleur parce que c’est quelque chose que nous n’avions pas encore fait depuis que je suis dans le groupe. Ce qui est aussi très spécial, c’est que tous les deux ne sont pas très connus pour chanter dans d’autres groupes ou projets. Ils décident vraiment sur quoi ils chantent et ce qu’ils veulent chanter. J’adore ça, c’est génial.

« Si je regarde un tas d’autres groupes de cette époque, ils sonnent différents, ça s’est adouci, etc. alors que Brainstorm a toujours cette énergie, il y a de la puissance. »

Dans le cas de Seeb, c’est votre producteur, et je sais que vous le considérez désormais plus ou moins comme le sixième membre du groupe. Il y a aussi que tu as chanté des chœurs sur le dernier album d’Orden Ogan, Final Days. J’imagine que c’était naturel qu’il chante sur votre album.

Ce n’était pas aussi naturel que ça, pour être tout à faire honnête. Il m’a demandé de chanter sur l’album d’Orden Ogan et ensuite, le jour où nous avons appelé Peavy, j’ai dit : « D’accord, maintenant nous avons une vieille icône du metal qui participe à l’album. Donc il nous en faudrait une moderne aussi. » Il m’a regardé et a dit : « A qui tu penses ? » J’ai dit : « Eh, allez, ne pose pas de question idiote si tu ne veux pas une réponse idiote. » Il m’a regardé et a commencé à rire. J’ai dit : « Pourquoi tu ne chantes pas sur l’album ? » Il a dit : « Tu ne m’as jamais demandé ? » J’ai dit : « J’ai besoin de te demander ? Tu es là, tu es en train d’enregistrer tout le truc ! Rentre là-dedans, enregistre-toi et balance la sauce mon pote. » Nous avons eu une courte discussion à ce sujet, puis il a dit : « A quel morceau tu penses ? » J’ai dit : « La partie sur ‘Turn Off The Light’ serait parfaite pour ta voix. » Nous l’avons écoutée et ce qui en est ressorti à la fin était extraordinaire.

Je ne peux pas m’arrêter d’écouter ces deux parties, celle avec Peavy et celle avec Seeb. Je les adore. Mais c’était drôle parce qu’au départ, il pensait pouvoir faire chanter Peavy et ensuite c’est moi qui l’ai fait chanter, et il était là : « D’accord, ce n’était pas ce que j’avais prévu » [rires]. Ce qui est cool, c’est que le résultat était quelque chose de très naturel. C’est né de nos amitiés. Ce n’est pas quelque chose que nous avons décidé pour vendre plus, pour avoir plus de clicks ou je ne sais quoi. Ça a pris forme grâce à la situation, à la musique, à notre amitié et tout le reste. Je pense qu’on peut entendre que nous nous amusons. Nous nous sommes éclatés à enregistrer cet album et c’est un album très divertissant à écouter maintenant. Pour moi, c’est de l’énergie pure, de la puissance pure et du plaisir pur à la fin.

« Solitude » a évidemment l’air d’une chanson de confinement et plusieurs autres chansons peuvent être interprétées à la lumière de ce que l’on a vécu avec la pandémie, mais aussi vis-à-vis de ce qui s’est passé dans le monde. Dans quelle mesure cette période a-t-elle impacté tes pensées et influencé tes textes ?

Brainstorm n’a jamais été connu pour être un groupe qui parle d’arcs-en-ciel, de guerriers, etc. Nous ne sommes pas un groupe de happy metal. Il y a toujours une forme de mélancolie dans nos chansons et c’est très mélodique, plein d’harmonies et tout. J’aime écrire des textes sur des thématiques réelles, parfois sur des choses historiques, comme dans « Where Ravens Fly », par exemple. Dans plein d’autres cas, je songe à la situation que nous avons dans le monde aujourd’hui. Parfois ce n’est pas facile de décrire une situation précise ici et là, mais dans le cas de Wall Of Skulls, ce n’est pas un album conceptuel, mais il y a un fil conducteur qui dit qu’il y a quelque chose qui cloche dans ce monde. Au départ, la pandémie a uni beaucoup de gens, puis les vaccins sont arrivés et ça a divisé plein de gens, il y a de l’incompréhension, et ce qui en ressort au final est parfois très bizarre. C’est plus ou moins de la haine, à nouveau. C’est quelque chose que je n’arrive pas vraiment à comprendre et qui ne va clairement pas dans ce monde. Tout le monde pense à soi, pas aux autres. Certains pensent aux autres mais ils subissent la haine d’autres gens, parce que ces derniers ne veulent pas que les premiers pensent aux pauvres ou je ne sais quoi. C’est difficile aujourd’hui, mais ça l’a toujours été. Je n’ai aucune idée où on va, mais j’ai essayé de saisir certaines situations dans les chansons. J’essaye d’utiliser certaines émotions que j’ai ressenties pendant cette pandémie et j’espère les avoir bien transcrites sur papier et sur CD.

Qu’est-ce que cette idée de « mur de crânes » symbolise pour toi à cet égard ?

Pour moi, un mur de crânes n’est pas vraiment un mur construit quelque part, mais plutôt dans notre tête à tous. Par exemple, si tu regardes au Moyen-Orient, Israël et Palestine s’envoient des bombes. Plein de gens ont un frère mort, une mère morte, un père mort, un fils mort, etc., et tous ces gens, leurs proches, leurs amis et ainsi de suite n’éprouvent que de la haine et un pur désir de vengeance pour l’autre côté. Il n’y a plus de discussion possible. Ils ne veulent plus se parler. Ils veulent que l’autre côté meure. A chaque personne qui se fait tuer, le mur dans leur tête s’élève de plus en plus. C’est un mur fait des crânes de chaque personne tuée dans un combat à cause de la religion, de problèmes politiques, de problèmes de voisinage, et ainsi de suite. Je pense que le monde a toujours connu ça, mais ça devient encore plus agressif et brutal aujourd’hui. Parfois, j’aime regarder ces rétrospectives de ce qui s’est passé l’année précédente, genre en 2010 ils parlaient de ce qui s’est passé en 2009, par exemple, et quand tu regardes ça, parfois tu te dis : « Bon sang, c’était une époque difficile. Voyons ce qui va se passer maintenant. » Mais après plusieurs années, tu te dis : « Oh mon Dieu, on vit une époque encore plus dure qu’il y a dix ans. » On pense toujours que ça ne peut pas être pire, mais parfois ça devient pire. C’est mon idée personnelle du mur de crânes qui s’érige dans nos têtes à tous.

« Tous les musiciens dans le groupe se sentent beaucoup plus acceptés et respectés pour leur travail. C’est quelque chose dont on a besoin en tant que musicien, on a besoin d’être respecté de ses collègues. C’est très important. »

Vous avez une chanson qui s’appelle « End Of My Innocence ». Y a-t-il un moment spécifique dans ta vie où tu peux dire que c’est celui où tu as perdu ton innocence ?

Evidemment, je suppose qu’il y a un soir où j’ai perdu mon innocence [rires]. C’est plus lié au fait que quand tu as des enfants, par exemple, arrive un moment où ils découvrent que le monde n’est pas tout rose. C’est le même genre d’histoire qu’on retrouve dans « Glory Disappears ». « End Of My Innocence » et « Glory Disappears » sont très proches du point de vue thématique. Quand on a des enfants, on voit facilement qu’ils ont une lueur dans les yeux quand ils ont entre deux et cinq ans, et en tant que père ou mère, on doit leur dire : « Non, ne parle pas aux étrangers, ne fais pas ci, ne fais pas ça. Autrement tu te blesseras. Autrement tu te feras attraper par la police, etc. » Il faut leur dire qu’il y a de mauvaises personnes qui ne font pas que nous faire les poches pour nous voler, qu’elles peuvent probablement aussi nous tuer, qu’il y a plein de problèmes dans le monde. Il faut le leur dire parce que sinon, le monde le leur dira. En tant que père ou mère, c’est mieux que ce soit nous qui leur disions qu’ils doivent faire attention à eux avant que quelque chose de mal se produise et qu’ils l’apprennent à leurs dépens.

Après un certain temps, une fois passé entre cinq et huit ans, on voit cette lueur dans leurs yeux qui disparaît. Quand l’innocence disparaît, la lueur dans leurs yeux disparaît aussi, et c’est exactement ce qui se passe quand on ouvre les yeux et découvre que l’on vit dans un endroit dangereux, qu’il faut faire attention à soi, etc. C’est très étrange. En tant que père de deux fils, je l’ai vu dans les yeux de mes enfants. J’ai vu qu’ils ont souvent été déçus quand certaines choses se sont produites pour la première fois à l’école, avec des amis, avec un travail, etc. Ils vivent dans un environnement sûr, évidemment, mais ils savent exactement qu’il y a des milliers d’endroits dans le monde qui sont très dangereux, et ça a raison de leur optimisme et de leur innocence.

L’album était censé sortir plus tôt mais il a été repoussé. AFM Records a expliqué que c’était « principalement dû au fait que le format vinyle redevient de plus en plus populaire et que les usines de pressage sont actuellement très occupées ». Qu’est-ce que ce nouvel intérêt pour le vinyle nous dit, d’après toi ?

C’est difficile à dire. Je pense que beaucoup de fans reviennent aujourd’hui à ce format vinyle. Je ne suis pas certain qu’ils ont une platine pour les lire [rires], mais si tu regardes un artwork comme ceux que nous avons pour Midnight Ghost ou maintenant Wall Of Skulls imprimés sur la pochette d’un vinyle, c’est parfait car c’est plein de détails. Ça a de la gueule, c’est en grand, on peut l’admirer. Si je repense à l’époque où j’avais dix-sept ans et où j’ai acheté l’album Powerslave, par exemple, je pouvais me poser devant la platine vinyle pour écouter les chansons et regarder la pochette pendant des heures. Je pense que c’est pareil avec Midnight Ghost et Wall Of Skulls : on peut se poser pour profiter de la pochette. Je ne sais pas si certains fans veulent juste le vinyle en tant qu’édition limitée – vinyle transparent, bleu, orange, rouge, peu importe – ou s’ils l’écoutent vraiment. Je n’en ai aucune idée, mais pour te dire la vérité, il y a un gros marché pour ça à nouveau.

C’est étrange, mais nous avons décidé de faire six versions différentes de l’album et quatre d’entre elles sont déjà épuisées. On est à deux mois de la sortie et je me dis que c’est nouveau, nous n’avions jamais connu ça avant. La maison de disques nous dit toujours que nous ne faisons pas un genre de musique que les fans achètent en vinyle, mais nous leur avons prouvé le contraire. Nous leur avons dit que nous avions des fans qui aimaient aussi acheter des vinyles et que si on a la bonne illustration sur la pochette, ça fait un bel objet à posséder. Je sors des CD depuis de très nombreuses années et je suis toujours nerveux quand un album sort. Je suis content quand je tiens pour la première fois le CD, le digipack ou peu importe entre mes mains, mais c’est étrange, quand je tiens la version vinyle, je la regarde d’un œil différent. Ça me rappelle le bon vieux temps et ce que je ressentais quand j’avais seize, dix-sept, dix-huit ans. Je suis très fier de sortir l’album en vinyle parce que je suis un énorme fan des vinyles, j’en ai plein chez moi. Il semblerait que nos fans les aiment aussi, mais c’est vrai que le marché ne cesse de grossir, donc nous avons dû replanifier la sortie.

Metus Mortis, l’un de vos albums classiques et l’un des préférés des fans, a vingt ans cette année. C’était ton second album avec Brainstorm. Quels sont tes souvenirs de cette époque ?

C’était une super époque. J’ai commencé avec Ambiguity. Il y a eu la première tournée avec Armored Saint et ensuite je me suis cassé le bras. Après la tournée, nous sommes retournés en studio pour enregistrer Metus Mortis. Metus Mortis était le premier album que nous avons enregistré en tant que groupe, parce que lorsque j’ai rejoint Brainstorm, la plupart des chansons d’Ambiguity étaient déjà écrites et j’ai simplement posé le chant dessus. Metus Mortis est le premier album que nous avons vraiment écrit en tant que groupe. Torsten [Ihlenfeld] et Milan [Loncaric] savaient exactement à quoi s’attendre de ma part. Je pense que c’était aussi un moment où le processus de composition a un peu changé, car ils savaient ce que je pouvais et ne pouvais pas chanter. Nous avons fait une super tournée à l’époque, nous étions jeunes et en ébullition. Nous voulions conquérir le monde, évidemment. Nous avions de longs cheveux bien épais [rires]. C’était fou. C’était une époque géniale. Nous avons toujours une chanson comme « Blind Suffering » dans notre set. De nouveaux fans découvrent nos vieux albums et les réactions sur une chanson comme « Blind Suffering » sont toujours énormes, pour être vraiment honnête. Tu montes sur scène, ça commence avec la batterie et ensuite tu vois les mains se lever, tu vois les cornes, les doigts et les poings, et tu te dis : « Ouah, il y a des gens là-dedans qui ne sont pas plus vieux que les albums ! » [Rires] C’est parfois très drôle, mais ça montre vraiment qu’ils ne s’intéressent pas qu’aux nouveaux morceaux. Ils s’intéressent à notre discographie passée et écoutent les vieux morceaux aussi.

« Si tu regardes les groupes comme Gamma Ray, Grave Digger, Rage ou autres, ils ont toujours atteint un certain niveau, mais ne sont jamais allés au-delà. Donc ils jouaient toujours devant mille ou mille cinq cents personnes, c’était probablement le maximum, alors que maintenant on a des groupes qui jouent devant dix mille personnes. C’est très positif. Le metal attendait ça depuis des années. C’est bon pour tout le monde. »

C’est un super album. J’en suis toujours très fier. Je trouve que c’était aussi le premier véritable bel artwork que nous ayons eu. J’en suis responsable, avec Jan Meininghaus à l’époque. C’était l’une des premières choses que j’ai regardées quand j’ai rejoint le groupe, j’ai dit : « Vos artworks sont vraiment nazes ! » Ils m’ont regardé genre : « Tu débarques dans le groupe, tu n’as rien fait pour l’instant et le premier truc que tu nous dis, c’est que nos artworks sont nazes ? » J’ai dit : « Oui, je pense qu’on peut faire mieux. » Nous avons sorti Ambiguity et après, Torsten est venu me voir et m’a dit : « D’accord, maintenant monsieur Grandegueule, à toi de jouer. » Mais au final, nous sommes très contents du résultat, car je trouve que l’artwork de Metus Mortis est superbe. C’était la bonne décision à l’époque.

Comment comparerais-tu Wall Of Skulls et Metus Mortis ?

Sur Wall Of Skulls en particulier, on retrouve la fraîcheur et les marques de fabrique que nous avions découvertes pour la première fois avec Metus Mortis. Comme je l’ai dit, c’était une époque où nous avons un peu changé le processus de composition et c’était la première fois depuis que j’avais intégré Brainstorm que nous travaillions en tant que groupe. Je pense vraiment que Wall Skulls inclut encore plus de caractéristiques de cette période que Midnight Ghost. C’est un album plus rapide et sa fraîcheur est héritée de Metus Mortis. Evidemment, on peut entendre que ce dernier est un album qui a vingt ans maintenant, mais ce dont je suis très fier, c’est que peu importe si on écoute Metus Mortis ou Wall Of Skulls, on voit facilement que c’est le même groupe qui joue. C’est le groupe il y a vingt ans et c’est le groupe aujourd’hui. Personnellement, j’adore ça, pour être honnête. Si je regarde un tas d’autres groupes de cette époque, ils sonnent différents, ça s’est adouci, etc. alors que Brainstorm a toujours cette énergie, il y a de la puissance. C’est vraiment ce que j’aime.

Dans la biographie promotionnelle de Wall Of Skulls, tu as déclaré que maintenant, tu ne t’es « jamais senti aussi à l’aise avec ton rôle dans Brainstorm ». Y a-t-il eu des moments où tu n’as pas été très à l’aise dans ce groupe ?

Je pense que c’était les moments où nous avons essayé de faire quelque chose de différent. Je ne savais pas trop où nous allions. Surtout, comme je l’ai dit, sur un album comme On The Spur Of The Moment, c’est là que nous avons commencé à composer des chansons avec la tête plutôt qu’avec les tripes. C’est là qu’on se demande si c’est la bonne direction, qu’on regarde ce que font les autres, etc. Ensuite, il faut un peu de temps et des albums comme Firesoul ou Scary Creatures pour revenir en arrière. Surtout depuis que nous travaillons avec Seeb, on dirait que ce n’est pas que grâce au groupe, mais aussi aux gens autour du groupe qui s’occupent de nous. En l’occurrence, Seeb est un véritable producteur, alors qu’il y a plusieurs années, nous avions des gens qui se qualifiaient de producteurs mais ils ne faisaient rien d’autre qu’enregistrer l’album. Il y a une grande différence entre quelqu’un qui enregistre ton album et quelqu’un qui produit ton album. Dans le cas de certains albums passés, parfois j’allais au studio et peu importe ce que j’enregistrais, le gars derrière la console disait : « Ok, c’est bon. Ok, c’est bon. Suivante. » Et je disais : « Non, ce n’est pas bon. On peut faire mieux. » « Si tu veux essayer, vas-y. » Ça ne nous donne pas l’impression d’avoir fait quelque chose de bien, de nouveau, de parfait.

Avec Seeb, depuis Midnight Ghost, tu as quelqu’un qui est assis derrière la console et qui te dit : « Non, tu peux faire mieux. Refais. Encore. Encore. Encore. » Après une heure à chanter trois mots, il te dit : « Maintenant c’est parfait. » Au départ tu te dis : « Quoi ? C’est la même chose que ce que j’ai fait durant les soixante dernières minutes, » mais ensuite il te fait écouter et tu découvres par toi-même que ça sonne très différemment. Ça te procure un autre sentiment. Quand tu sors du studio, après ça tu as vraiment l’impression d’avoir fait quelque chose de très bon, tu es très fier de ce que tu as fait. Ça fait une énorme différence, pour être vraiment honnête. Ça fait que tu te sens beaucoup plus à l’aise dans le groupe, car tu te respectes autrement, tu respectes ton travail différemment. Tu sais qu’il travaille tout aussi dur avec les autres musiciens et que vous n’êtes pas juste en train d’enregistrer un autre album de Brainstorm. C’est du travail. C’est vraiment dur. Et on ne sort pas du studio tant qu’on n’est pas satisfait. Grâce à ça, on est fier de chaque note enregistrée. C’est probablement la raison principale qui explique pourquoi je suis beaucoup plus à l’aise dans le groupe. Je pense que tous les musiciens dans le groupe se sentent beaucoup plus acceptés et respectés pour leur travail. C’est quelque chose dont on a besoin en tant que musicien, on a besoin d’être respecté de ses collègues. C’est très important.

« Tôt ou tard, il y aura trop de groupes [de « party metal »] et personne ne prendra notre style musical au sérieux. Ils nous regarderont, souriront et riront de nous, or le metal n’a jamais été une musique faite pour en rire. »

On a parlé du regain de succès que vous avez connu avec Midnight Ghost, mais on peut aussi mentionner le succès aujourd’hui de groupes tels que Sabaton et Powerworf, et même de la reformation d’Helloween. As-tu l’impression qu’il y a un nouvel élan actuellement dans le heavy metal ?

Oui et je pense que ça le propulse à un autre niveau. Les noms que tu as mentionnés sont ceux qui jouent dans les grandes salles maintenant. Il y a quelques années, on avait cette discussion dans le metal, à savoir quels groupes allaient pouvoir remplir les mêmes stades que Metallica ou Iron Maiden, mais maintenant on a Sabaton et surtout, en Allemagne, Powerwolf. Ils jouent à guichet fermé dans les grandes salles. C’est quelque chose qu’aucun des vieux groupes n’a fait en vingt ans. Si tu regardes les groupes comme Gamma Ray, Grave Digger, Rage ou autres, ils ont toujours atteint un certain niveau, mais ne sont jamais allés au-delà. Donc ils jouaient toujours devant mille ou mille cinq cents personnes, c’était probablement le maximum, alors que maintenant on a des groupes qui jouent devant dix mille personnes. C’est très positif. Le metal attendait ça depuis des années. C’est bon pour tout le monde.

La seule chose qui me chagrine, c’est qu’il y a trop de groupes de « party metal », car pour moi le metal a toujours été une sorte de musique un peu rebelle. J’ai aussi grandi avec ce mode de vie, et je suis parfois un peu frustré de voir des groupes jouer dans certains festivals qui ne font pas ça de manière honnête. Le metal a toujours été une musique très honnête et elle devrait être traitée comme une musique honnête aussi par les maisons de disques. Bref, c’est un autre sujet, mais dans le cas de groupes comme Sabaton, Helloween, Powerwolf et tout, ils font ce qui avait manqué à beaucoup de gens au fil des années. Ils jouent dans de grandes salles et ils font de super chansons et de super spectacles. J’ai grandi avec ces grands spectacles aussi. Quand j’allais voir un concert d’Iron Maiden, ça me divertissait de plein de façons, avec la musique et leur show, et c’est sans doute quelque chose qui a manqué aux gens. Donc oui, on est probablement en train de passer une étape.

Qu’est-ce que tu veux dire par groupe de « party metal » ? Penses-tu à des groupes comme Steel Panther ou Alestorm ?

D’une certaine façon. Il y en a plein d’autres, mais trop pour les nommer [rires]. Ils se rapprochent beaucoup de la pop et ce mélange, c’est ce que je n’aime pas beaucoup. Maintenant, il y a des gens qui n’ont rien à voir avec le metal et qui écoutent certains de ces groupes. Ils ne font que jouer de la pop avec une guitare électrique. C’est la différence. Tu retires cette guitare, tu as une pure chanson pop et c’est quelque chose dont je ne suis pas très fan, pour être honnête. Ça peut être du death metal, ça peut être du thrash, ça peut être n’importe quel type de metal, mais il faut que ce soit traité et respecté comme un genre musical vraiment honnête. Il y a des différences et des limites entre la pop et le heavy metal. D’accord, parfois c’est intéressant de voir des gens et des groupes franchir les limites, et les fusions c’est cool, mais il y en a trop. On dirait qu’il y a un grand marché pour ça. C’est un gros genre musical avec lequel ils gagnent un paquet d’argent, mais ce n’est pas bon pour l’avenir de la scène metal. Tôt ou tard, il y aura trop de groupes comme ça et personne ne prendra notre style musical au sérieux. Ils nous regarderont, souriront et riront de nous, or le metal n’a jamais été une musique faite pour en rire. C’est ce que je pense.

Pour revenir sur le sujet de Peavy Wagner, par le passé tu as fait partie du groupe Almanac et on sait à quel point la relation entre Victor Smolski et Peavy s’est dégradée aujourd’hui. Vu que tu les connais tous les deux, comprends-tu comment une relation aussi créative qu’a été la leur – ils ont fait certains des meilleurs albums de Rage ensemble – a pu prendre un aussi mauvais tournant ?

Oui, bien sûr je connais un tas d’histoire de coulisses [rires]. Je pense que c’était mieux pour les deux de se séparer. J’ai essayé de travailler avec Victor sur au moins deux albums, et ensuite j’ai quitté le groupe pour différentes raisons. Oui, ils ont sorti ensemble certains des albums les plus importants dans l’histoire de Rage, mais c’est toujours une question de respect. Plein de gens me demandent comment ça se fait qu’avec Brainstorm, nous soyons toujours ensemble après autant d’années ; ce line-up est en place depuis quinze ou seize ans maintenant, avec Antonio Leva à la basse, et moi je suis dans le groupe depuis plus de vingt-deux ans. Il n’y a qu’un mot pour décrire tout ça : l’amitié. Dans le cas de Rage, il y avait sans doute une forme d’amitié au départ, mais ensuite c’est devenu un genre de business, et c’est en ces termes qu’ils agissaient et travaillaient ensemble. Ils parlaient beaucoup d’argent, de qui devait décider quoi, et ils regardaient chacun leurs propres intérêts. Ça ne peut pas durer longtemps comme ça. Si tu parles à Peavy aujourd’hui, tu verras très vite qu’il est totalement content de la situation actuelle. Il me dit toujours qu’il a maintenant un groupe d’amis et qu’ils traînent et s’amusent ensemble. Je pense que ça lui avait manqué. Donc c’était la meilleure décision que les deux se séparent, crois-moi [rires].

As-tu toi-même rencontré ce genre de problème dans Almanac ?

Victor est le genre de gars à faire des promesses qu’il ne tient pas, à dire des choses sans qu’on sache si au final c’est vrai ou pas, et je ne pouvais pas accepter certaines décisions. J’ai donc décidé de partir après un certain temps. C’est probablement la raison pour laquelle de nombreux autres musiciens du groupe – comme David Readman – ont décidé de partir aussi. Pour nous, c’était la bonne décision au bon moment.

Interview réalisée par téléphone le 23 juillet 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Alex Kuehr.

Site officiel de Brainstorm : ww.brainstorm-web.net

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