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Interview   

Brainstorm : la peur du noir


S’il reste fier de la carrière de Brainstorm, Andy avait à cœur de faire franchir une nouvelle étape au projet avec son nouvel album Midnight Ghost. Il ne s’agissait pas seulement de franchir un cap musical, mais surtout d’atteindre un plein accomplissement. Et cela ne signifiait pas seulement prendre plus de temps, être plus minutieux et plus intransigeant lors de l’écriture et l’enregistrement, mais aussi s’aérer l’esprit et s’accorder des temps de pause pour gagner du recul. Cette démarche est donc au centre de l’entretien qui suit.

Nous avons évidemment aussi abordé le thème principal de l’album, les peurs de l’enfance, thème d’autant plus intéressant pour le chanteur qu’il pouvait le traiter de plusieurs perspectives différentes : celle de l’enfant qu’il a été, celle de l’adulte qu’il est avec ses peurs plus actuelles et celle du père qui voit ses enfants vivre des expériences similaires. Ainsi, nous vous invitons à lire cette interview et à découvrir quels monstres se cachent sous le matelas de Brainstorm…

« Nous étions vraiment furieux contre nous-mêmes durant ces dernières années, nous pensions : ‘Ah, on n’aurait pas dû sortir l’album dans cet état, on aurait dû prendre un peu plus de temps…’ Et c’est ce que nous avons fait cette fois, car plus jamais nous ne voulons avoir ce sentiment. »

Radio Metal : La biographie promotionnelle de l’album décrit les processus de composition et d’enregistrement comme très méticuleux. En plus, tu as déclaré que vous avez investi beaucoup de temps et d’énergie dans le développement des morceaux et vous êtes totalement concentrés sur la production. Peux-tu nous expliquer le niveau de travail qu’il a fallu pour aboutir à cet album ?

Andy B. Franck (chant) : Nous avons essayé de faire quelque chose de différent cette fois, parce que normalement, quand nous avons sorti un album et que nous partons en tournée, après disons trois ou quatre mois, nous sommes assis dans notre bus à écouter le dernier album et puis nous discutons de tout un tas de choses, et nous commençons à penser à ce que nous aurions pu changer ici, ou faire différemment là. C’est ce que Torsten [Ihlenfeld] et moi avons fait sur la dernière tournée. Et nous étions vraiment furieux contre nous-mêmes durant ces dernières années, nous pensions : « Ah, on n’aurait pas dû sortir l’album dans cet état, on aurait dû prendre un peu plus de temps… » Et c’est ce que nous avons fait cette fois, car plus jamais nous ne voulons avoir ce sentiment. Nous avons écrit les chansons, nous les avons arrangées, j’ai écrit les lignes de chant, pas avec de véritables paroles mais juste en yaourt, et ensuite nous les avons enregistrées. Puis nous nous en sommes détachés pendant trois ou quatre mois, après quoi nous nous sommes réunis pour réécouter nos propres chansons avec des oreilles neuves. A ce moment-là, on entend plein de choses très différemment et avec beaucoup d’attention. Ensuite, nous avons commencé à réarranger des parties, à en virer, à en écrire de nouvelles, à écrire de nouvelles mélodies pour le chant, et ainsi de suite. Là, nous avons pris notre temps pour ne pas composer, enregistrer et sortir les chansons d’une traite, afin de faire une pause entre et de ne pas se retrouver, au final, après la sortie de l’album, à avoir des regrets. C’est pour ça que ça a pris tant de temps et que nous sommes désormais à cent pour cent satisfaits de la moindre note et du moindre mot contenus dans l’album. Car nous avons eu le temps de revérifier chaque mot, chaque chanson en studio avec Seeb, et c’était génial ! Nous avons passé beaucoup de temps dans le processus de composition, d’arrangement, etc. C’est ce qui nous avait manqué ces dernières années, et c’est ce qui rend cet album si différent. C’est incroyable pour nous.

Qu’est-ce que vous n’aviez pas aimé dans vos albums précédents ? As-tu des exemples ?

Ce n’est rien de particulier où on pourrait dire « cette chanson n’est pas bonne ». Evidemment, je trouve que tous nos albums possèdent de grands moments, de super chansons, mais sur certaines parties, je me dis « ah, j’aurais dû changer les lignes de chant ici, ça aurait sonné plus sympa ». Mais ce sont des choses qui nous sont venues en tête après plusieurs mois, parce que nous avions ce cycle classique : tournée, écriture des chansons, studio, sortie de l’album, tournée, écriture des chansons… Nous voulions sortir de ça. On ne peut pas dire spécifiquement que telle chanson était mauvaise, c’est juste au niveau de certaines parties, parfois c’est le chant, parfois ce sont les arrangements, parfois c’est la batterie, peu importe. Parfois ce sont les petites choses qui changent une chanson du tout au tout. Donc voilà comment nous avons procédé cette fois, en particulier en compagnie de Seeb à la fin : nous avons changé des petites choses mais pour de grands résultats. Mais je suis toujours content de tous nos autres albums, bien sûr, ça ne fait aucun doute ! [Rires]

Quels étaient les paramètres sur lesquels vous vous êtes concentrés ?

Je crois que le plus important était d’emmener Brainstorm à un autre niveau, et aussi de ne pas se copier soi-même. Quand on regarde bien les réactions envers l’album, on dirait que nous avons surpris pas mal de fans et de critiques de façon très positive, ce qui est un bon signe pour moi, parce que c’est le douzième album et nous sommes toujours capables de surprendre nos fans. Le but que nous partagions le plus était évidemment de composer le meilleur album possible et de ne pas se perdre dans trop de détails, d’être focalisés sur la chanson, sur une super ligne vocale, sur un bon refrain, et tout le reste. C’est aussi très important que chaque chanson ait un feeling live. Chaque chanson devrait pouvoir être jouée en concert. C’est aussi ce qui nous manquait sur quelques chansons par le passé. Dans le cas présent, inutile de chercher quelles chansons dans Midnight Ghost nous pouvons jouer : nous pouvons toutes les jouer en concert. C’était l’objectif principal, avoir ce feeling live et pouvoir jouer les chansons en concert, et savoir exactement comment ça fonctionnerait en concert. Nous verrons dans deux semaines, mais je suis assez convaincu que ça marchera [petits rires].

On dit souvent que le fait d’être méticuleux se fait au détriment de la spontanéité. Quelle est ton opinion là-dessus ?

Ça dépend. On ne peut pas dire qu’il soit plus important de faire quelque chose de manière spontanée ou de prendre son temps. Dans notre cas, ça a été bénéfique de prendre plus de temps pour faire l’album afin de se focaliser davantage sur certains détails, d’arranger certaines parties, et ainsi de suite. Je pense qu’il est important de prendre son temps pour l’album mais sans pour autant perdre ce sentiment qui fait que ça sonne spontané. C’est ce qu’il faut obtenir sur un album : ça sonne parfait mais ça sonne quand même spontané, c’est à la fois sérieux et dingue, d’une certaine façon [rires]. C’est ce qu’on veut obtenir : être adulte tout en conservant cette part enfantine en soi.

« Je pense toujours qu’il existe des phénomènes paranormaux. J’y crois toujours. Je crois toujours aux fantômes et ce genre de choses, pour être honnête. Mais bien sûr, je n’ai plus aussi peur que quand j’étais enfant. Je ne regarde pas sous mon lit vingt fois par nuit [rires]. »

La bio promotionnelle qualifie la conception de Midnight Ghost d’« avalanche créative ». Qu’est-ce qui, selon toi, a déclenché cette avalanche ?

C’était déjà arrivé sur des albums passés, évidemment, mais ce n’est pas le genre de chose pour laquelle on peut dire : « D’accord, aujourd’hui on commence à écrire une chanson. » Ça vient tout seul quand ça veut. Parfois on peut avoir un élan créatif alors qu’on est pleine tournée ! Dans ce cas-là on se retrouve sur scène durant les balances, et on commence à écrire des chansons. Cette fois, il n’y avait rien, ensuite nous sommes retournés à notre salle de répétition et avons commencé à écrire de nouvelles chansons. Dans le cas de Brainstorm, tout dépend de Torsten et Milan qui écrivent les riffs de guitare, mais on ne peut pas déterminer s’ils vont commencer aujourd’hui ou dans cinq semaines, c’est vraiment quelque chose qui vient quand ça vient. Mais il y avait aussi le fait que nous savions que nous voulions atteindre un autre niveau, et nous avons un nouvel illustrateur pour la pochette, nous avons un nouveau producteur, nous ne voulions pas les décevoir, nous ne voulions pas décevoir nos fans, et nous voulions les surprendre positivement. C’était le principal, pour dire : « D’accord, rassemblons toutes les idées, enregistrons-les toutes, et ensuite voyons ce qui est sympa. » Evidemment, c’était un peu un défi, mais personne n’a vraiment dit explicitement que l’album devait être un défi spécial, je pense juste que tout le monde avait en tête que « d’accord, sur le prochain album, il faudra qu’on repousse nos limites ».

Tu as déclaré que le producteur Sebastian « Seeb » Levermann « n’était pas seulement [votre] producteur durant trois mois d’enregistrement, il était pratiquement [votre] sixième membre du groupe ». A quel point a-t-il joué un rôle clé pour emmener ces chansons à un autre niveau ? Quelle était son implication en tant que « sixième membre du groupe » ?

Effectivement il est devenu plus ou moins comme un sixième membre. La première fois que je lui ai parlé d’enregistrer le nouvel album ensemble, il a dit : « D’accord, on peut le faire mais on ne va pas juste enregistrer un autre album de Brainstorm, essayons d’enregistrer le meilleur album de Brainstorm possible en 2018. » C’était notre objectif principal pour cet album. Mais Seeb n’a pas changé les chansons, il a juste arrangé des parties avec nous. Il a essayé de faire ressortir le meilleur de nous. Par exemple, ça ne le satisfaisait pas que je me contente de chanter une partie quatre ou cinq fois et qu’il choisisse, « ouais, je trouverais une bonne version ». Non, il disait : « Tu dois chanter la partie jusqu’à ce que je sois à cent pour cent sûr que c’est la partie que je recherchais. » Voilà ce qu’il a vraiment fait. Il m’enfermait dans la pièce et disait : « Refais-le. Refais-le. Refais-le. » Parfois je m’énervais [petits rires], parce que j’étais là : « Oh mon Dieu, ça fait une demi-heure que je chante la même chose ! » Il disait : « Ouais, tout ça c’est bien, c’est à quatre-vingt-dix-neuf pour cent, mais moi je veux cent pour cent ! » Ça a pris beaucoup de temps. Après une demi-heure, par exemple, j’étais énervé et j’ai hurlé dans le micro, et alors il s’est écrié : « Oui ! Maintenant on est très proches ! » [Rires] Alors j’ai dit : « En fait, tu voulais que j’ai l’air furieux ? » « Ouais, ça a marché sur cette partie de la chanson ! » Et c’est ce qu’il a fait avec chacun d’entre nous. Il nous a poussés dans nos retranchements. Il ne se satisfaisait pas de la première ou seconde prise, il disait : « Tu peux faire mieux, essaye autre chose ici, essaye autre chose là. » C’est vraiment ce que nous voulions depuis des années. Tous les autres producteurs ont fait du bon boulot aussi, évidemment, mais Seeb est une super personne, un super musicien et un producteur fantastique ; c’est du tout en un. Aussi il aime beaucoup le groupe, ce qui est très important pour nous. Comme je l’ai dit, il ne voulait pas juste enregistrer un autre album de Brainstrom, il voulait enregistrer le meilleur album de Brainstrom possible, et il l’écoute lui-même, ce qui est un bon signe.

Il y a un fil rouge thématique dans l’album : les peurs que nombre d’entre nous avons depuis notre enfance. C’est marrant parce que votre précédent album parlait de « créatures effrayantes » : on dirait que cette idée de peurs imaginaires est très présente dans ton esprit. Quelle marque ont laissée ces peurs d’enfance, de fantômes et autres créatures imaginaires effrayantes ?

Ça peut paraître semblable mais c’est différent, parce que Scary Creatures parlait des gens en politique et ceux qui effraient le monde, par exemple, comme dans un grand théâtre, ils jouent avec nos vies, ils jouent avec les gens, et ainsi de suite. C’était un truc plus politique. Dans le cas de Midnight Ghost, c’est plus en rapport avec moi personnellement. Je me suis demandé : « A propos de quoi devrais-je écrire pour les textes du nouvel album ? » Et puis j’ai commencé à me dire : « Bon sang, là j’ai lu des livres, j’ai regardé des documentaires, et j’ai lu des journaux… » Puis je me suis assis et j’ai commencé à écrire pour parler de choses dont j’avais peur étant enfant, et ça venait tout seul. Je n’ai même pas eu à y réfléchir une seule seconde. Ça renvoie à quand j’avais entre cinq et six ans jusqu’à treize à quatorze ans, j’étais un enfant très apeuré, j’avais peur de tout. Ecrire sur ce sujet, ce n’est pas quelque chose dont j’avais besoin ou quoi mais c’était marrant à faire, pour être honnête ! Maintenant, j’ai moi-même des enfants et il y a quelques années, quand ils étaient tout petits, j’ai vu qu’ils avaient peur des mêmes choses que moi il y a quarante ans. Ce sont des peurs que tous les enfants ont: « Qu’est-ce qu’il y a sous mon lit ? Qu’est-ce qu’il y a derrière le rideau ? » C’est normal, j’imagine. Les enfants ont peur de l’obscurité, par exemple, évidemment. C’est quelque chose qui nous concerne tous. Ce n’est rien de spécial, rien de très dramatique ou quoi. Mais j’ai trouvé ça cool d’écrire à ce propos. Ce n’est pas très profond. Si vous voulez lire les paroles et y trouver un message ou une histoire, vous pouvez le faire. Sinon, vous pouvez ouvrir une bouteille de bière et balancer votre tête en rythme avec la musique, c’est tout ! [Rires] C’était juste marrant et ça avait du sens, d’une certaine façon. Mais ce n’est pas un album conceptuel, c’est un petit fil rouge qui le traverse, mais seulement sur quelques chansons.

« Quand j’avais, disons, vingt-quatre ou vingt-cinq ans, j’étais sur scène et j’ai vu sur une autre scène un groupe qui jouait avec un gars devant qui faisait des growls, il ne chantait pas. J’étais complètement déçu, je me disais : ‘Bon sang, il est incapable de chanter la moindre note et pourtant on l’applaudit pour ça !’ [Rires] »

Penses-tu que ces peurs d’enfance jouent un rôle pour façonner l’adulte qu’on devient plus tard ?

Oui, je le pense. Je crois que c’est très important que les enfants aient des peurs. C’est très important, par exemple, que les parents ne soient pas tout le temps à dire « non, tout va bien ». C’est très important que les enfants puissent rire de plein de choses, faire des trucs idiots et avoir peur. Dans mon cas, j’avais peur de plein de trucs mais ça m’a aidé plus tard dans la vie, en prenant certaines choses avec beaucoup de précaution, etc. Je pense que c’est très important pour nous, dans la vie, d’avoir parfois peur de certains trucs. Dès qu’on ouvre une porte, autant s’assurer que de l’autre côté se trouve quelqu’un d’amical [rires].

Est-ce que ces peurs se sont totalement arrêtées à un moment donné ou bien as-tu toujours peur, disons, de fantômes ou autres phénomènes paranormaux ?

Pas comme j’avais peur des choses quand j’étais enfant, bien sûr. Mais je pense toujours qu’il existe des phénomènes paranormaux. J’y crois toujours. Je crois toujours aux fantômes et ce genre de choses, pour être honnête. Mais bien sûr, je n’ai plus aussi peur que quand j’étais enfant. Je ne regarde pas sous mon lit vingt fois par nuit [rires]. Mais je suis toujours convaincu qu’il y a quelque chose là-dehors et ça m’effraie, mais tout va bien, je peux vivre avec ça [rires].

Peux-tu nous parler de certaines histoires en particulier que tu as abordées dans cet album et nous dire pourquoi les avoir choisies ?

Par exemple, il y a la chanson « Jeanne Boulet 1764 ». J’ai été inspiré par un film qui s’appelle « Le Pacte des loups » de Christophe Gans. Depuis que ce film est sorti, je le regarde au moins trois ou quatre fois par an. J’étais totalement fasciné par l’histoire et tout, et ensuite j’ai découvert que plein de gens ne connaissaient pas cette histoire. Puis Milan [Loncaric] est arrivé avec une idée à la guitare, et du moment où je l’ai entendue, j’ai su qu’il fallait qu’on entende de la pluie et le tonnerre au loin, une cloche, et puis j’ai visualisé la scène introductive du film. J’ai dit à ma femme : « C’est sur cette chanson que je dois écrire au sujet du Pacte des loups », car vraiment, j’étais stupéfait, et j’avais ça en tête. J’avais cette image en tête et puis j’ai commencé à faire quelques petites recherches, et Jeanne Boulet était la première victime sur une centaine qui a été tuée par cette bête et on ne sait toujours pas ce que c’était. J’ai donné plein d’interviews avec des gens, de jeunes journalistes, et ils n’ont jamais entendu parler de ça, et c’est étrange de se dire que le monde entier connaît Jack l’Eventreur, qui a tué environ quatre ou cinq personnes, alors que cette bête en a tué une centaine ! C’est une histoire française mais le reste du monde ne la connaît pas vraiment, et c’est sympa de voir que je reçois tant d’mails et messages de journalistes disant : « Wow ! C’est une super histoire ! Maintenant j’ai fait des recherches, je me suis acheté des livres, j’ai regardé le film, c’est excellent ! Merci de me l’avoir fait connaître. » C’est sympa [rires], parce qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ce film avant. Mais pour moi, c’était quelque chose de personnel, j’adore vraiment ce film, cette histoire, c’est très effrayant, très mystérieux, d’une certaine façon. Je suis très content. Je pense que c’est l’une des choses les plus cool que j’ai faites jusqu’à présent.

Tu as déclaré que « Midnight Ghost est l’album auquel [vous voulez] être mesurés à l’avenir ». As-tu l’impression qu’il surpasse même certains de vos plus grands classiques comme Metus Mortis ou Soul Temptation ?

Ceci est Brainstorm en 2018. Selon moi, surtout ces albums, Metus Mortis, Soul Temptation, Liquid Monster, et même Downburst d’une certaine façon, représentent une époque très, très spéciale et sympa pour nous. Ceux-ci étaient des albums très importants pour nous ; ils nous ont à chaque fois emmenés à un autre niveau. Mais on ne peut pas atteindre de nouveaux fans si on joue toujours le même album et qu’on se copie soi-même. Donc je pense qu’il était important d’atteindre un autre niveau, et ensemble avec Seeb, je crois que nous l’avons fait, mais nous sonnons toujours comme Brainstorm. Ce qu’il se passe aujourd’hui est que Midnight Ghost contient dix chansons et nous n’étions pas sûrs laquelle devrait être le single, laquelle ferait l’objet d’un clip vidéo, lesquelles nous jouerions en live, etc. C’est quelque chose qui n’était jamais arrivé auparavant. Donc les fans ont décidé. Nous avons fait venir un paquet de fans dans notre salle de répétition, ils ont pu écouter l’album trois ou quatre fois, et puis ils ont décidé quelle chanson serait la meilleure pour en faire un clip, par exemple, et quel serait l’ordre des chansons sur l’album, car nous n’étions plus en mesure de décider nous-mêmes. Pour moi, c’était un sentiment très étrange, pour être honnête, mais d’un autre côté, ça m’a rendu très fier de voir que « wow, on a créé dix chansons et on trouve qu’elles sont toutes au même niveau ». Nous n’avions jamais ça par le passé. Nous disions toujours : « Ça penche un peu plus par ci, un peu plus par là. » Mais je trouve toujours que tous nos albums sont super ; certains étaient fantastiques, certains étaient très bons. Mais là, c’est un album que j’aime vraiment et c’est le premier depuis de nombreuses années que j’ai écouté après être sorti du studio [petits rires], parce que normalement, je ne le fais pas !

Cet album contient des riffs heavy et beaucoup de mélodies, mais il a aussi beaucoup de groove. Le groove n’est pas forcément l’aspect sur lequel les groupes de power metal mélodique se concentrent le plus. Quelle est votre approche en ce qui concerne les patterns rythmiques et le groove ?

Quand on est musicien, si on monte sur scène et qu’on joue face à plein de gens, on joue, par exemple, des chansons très rapides, c’est cool, les gens ont tendance à beaucoup aimer ça. Mais les moments les plus sympas sont lorsqu’on est sur scène et que les gens peuvent taper des mains en rythme avec la musique. Dès qu’on a ce genre d’image en tête, on est debout sur scène et on voit devant nous toutes les têtes et toutes les mains, ce moment reste ancré éternellement dans notre esprit. Surtout grâce à de vieilles chansons, comme « Shiva’s Tears », nous savons depuis maintenant quinze ans que c’est quelque chose que les gens aiment dans nos concerts, ils agissent et interagissent avec nous, et ensuite ils commencent à taper des mains. Nous savons que nous pouvons écrire de super chansons avec un super rythme et ces chansons fonctionneront très bien en concert. C’est tellement génial à jouer, à chanter, et voir les gens bouger en rythme, et ainsi de suite. C’est un moment extraordinaire, pour être honnête. Je pense que n’importe quel musicien te dira que c’est ce qu’il y a de mieux. Ce ne sont pas les applaudissements à la fin d’une chanson, ça aussi c’est sympa, mais ce sont les mains qui frappent pendant la chanson. C’est pour ça que nous avons pris grand soin de créer de super rythmes dans les chansons ; pas trop rapides. Il y a aussi des chansons rapides, bien sûr, mais nous avons aussi besoin de chansons dans nos albums qui permettent aux fans de taper des mains. C’est une image que j’adore !

« De nos jours, je trouve que certains chanteurs et musiciens dans d’autres groupes sautent de groupe en groupe, de droite à gauche, de haut en bas. C’est un petit peu trop pour moi. Je pense qu’il est aussi important pour de nombreux fans de croire en un line-up stable. »

Est-ce aussi ce que tu préfères en tant qu’auditeur toi-même, des chansons mid-tempo qui te permettent de taper des mains ou bouger la tête ?

Je suis bien plus dans le metal extrême. J’écoute plutôt In Flames ou Soilwork. Mais je pense que c’est normal, quand tu es quelque part, tu écoutes une chanson et tu commences à taper du pied en rythme, c’est un bon signe ! Ça signifie que la chanson t’accroche, d’une certaine façon, et ça t’accroche grâce au rythme. Mais à titre personnel, je préfère les chansons rapides, c’est ce que j’aime le plus quand il s’agit de l’énergie que me procurent les chansons d’autres groupes.

Comment cette influence du metal extrême que tu viens de mentionner ressort dans la musique de Brainstorm ?

Ça ressort toujours, car je suis un grand fan des parties très heavy et sombres, et je pense que le son de Brainstorm, au cours des quelques dernières années, est surtout le résultat de Milan, Torsten et moi. Milan et Torsten se concentrent plus sur les trucs metal classiques des années 80 et 90, et moi je suis plus influencé par le metal extrême. Donc c’est évidemment un mélange. Parfois Milan et Torsten trouvent un riff de guitare, ensuite je leur dis : « Ah, oubliez ces notes entre, suivez juste le rythme et ‘pam, pam, pam’, rendez ça aussi agressif que possible » [rires], et c’est ce qui ressort à la fin !

Est-ce qu’on pourrait s’attendre à ce que tu ailles plus dans le metal extrême, d’un point de vue vocal, sur un album ?

J’adorerais mais je ne peux le faire qu’en studio, je ne peux pas le faire en live [rires] ; peut-être sur un concert ou maximum deux… J’ai parfois fait ça sur l’album Ambiguity, par exemple sur une chanson bonus qui s’appelle « Revenant », et sur certains albums de Symphorce, j’ai fait ce genre de growl profond ; j’adore ça mais je suis un très mauvais vocaliste pour les growls. C’est juste que j’ai grandi avec de vrais chanteurs. Quand j’avais, disons, vingt-quatre ou vingt-cinq ans, j’étais sur scène et j’ai vu sur une autre scène un groupe qui jouait avec un gars devant qui faisait des growls, il ne chantait pas. J’étais complètement déçu, je me disais : « Bon sang, il est incapable de chanter la moindre note et pourtant on l’applaudit pour ça ! » [Rires] Mais j’adorerais le faire, pour être honnête. Par exemple, Soilwork est extraordinaire. Peut-être un jour. Ce serait un autre défi à relever et un autre grand projet, ce serait très sympa.

Tu as décidé de quitter Almanac plus tôt cette année en raison de « problèmes d’emploi du temps persistants ». Ne pouvais-tu pas le voir venir avec, d’un côté, toi étant dévoué à Brainstorm, et d’un autre côté, Victor Smolski qui a de grandes ambitions pour Almanac ?

J’ai fait plein de choses à côté de Brainstorm. Par exemple, j’ai tourné pendant des années avec Symphorce aussi et tout fonctionnait. Pour être tout à fait honnête, je ne ressentais pas le genre d’alchimie dont j’ai besoin pour jouer dans un groupe. Dans le cas de Brainstorm, c’est un paquet d’amis, il y a une amitié entre nous, il y a une confiance qui nous lie, et je ne ressens pas ça… J’ai essayé au fil des années, j’ai essayé sur deux albums, pensant que ça allait venir, mais ça n’est pas venu dans mon cœur et mon âme. Donc c’était la décision parfaite pour moi de quitter le groupe, les laisser tranquilles. La raison pour laquelle il y a un, deux, trois, quatre, cinq, six membres qui ont déjà quitté le groupe depuis le début… Enfin, ça se passe de commentaire. Je n’en sais rien pour ça, mais… Pour moi, personnellement, c’était la bonne décision au bon moment, de ne pas rester en travers de leur chemin et que eux ne soient pas en travers du mien. J’en suis très content, pour être honnête. Ça me va bien !

Tu avais arrêté Symphorce en 2011, maintenant tu arrêtes Almanac. On a quand même l’impression que Brainstorm ne laisse pas beaucoup d’espace dans ta vie pour d’autres groupes…

Non, tout va bien, tout fonctionne ! Mais les raisons pour Almanac sont assez claires et les raisons pour Symphorce sont également assez claires après sept albums. J’ai grandi à une époque où c’était normal qu’il y ait un groupe et qu’il y ait un chanteur dans ce groupe, et s’il chante dans un autre groupe pendant une période de temps, il faut que ce soit très spécial. Je trouve que ce n’est pas génial de chanter dans dix ou douze autres groupes. On devrait se concentrer sur un groupe qui devrait être notre groupe principal. Par exemple, Bruce Dickinson chante dans un groupe ; évidemment, il tourne toute l’année avec ce groupe, donc il ne reste plus de temps pour autre chose ! Mais de nos jours, je trouve que certains chanteurs et musiciens dans d’autres groupes sautent de groupe en groupe, de droite à gauche, de haut en bas. C’est un petit peu trop pour moi. Je pense qu’il est aussi important pour de nombreux fans de croire en un line-up stable et savoir que « d’accord, voici le groupe en lequel je crois, et dès que je vais à un concert de Brainstorm, je peux être à cent pour cent sûr que ces cinq membres seront sur scène ». C’était ma décision personnelle de ne plus rien faire avec Almanac ou de quitter Symphorce après sept albums et plusieurs tournées. Mais je n’ai aucune idée de ce que le futur a en réserve. Je suis ouvert d’esprit, bien sûr, et j’ai du temps pour ça, assurément, ce n’est pas le problème, mais il faut que ça touche mon cœur, c’est ce qui est le plus important. Brainstorm, évidemment, est mon groupe ; c’est mon groupe principal.

Interview réalisée par téléphone le 14 septembre 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Brainstorm : www.brainstorm-web.net

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