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Chronique   

Brave Black Sea – Fragments


Il faut avouer que les gens du marketing chez les labels savent parfois trouver les bons arguments pour attirer l’attention. Après tout, ils sont payés pour ça. Par exemple ce premier album de Brave Black Sea et cette étiquette mettant en avant « des membres de Kyuss, Queens Of The Stone Age et Slo-Burn ». Avouons qu’en lisant ça, ça sent le super-groupe de desert rock à plein nez. On se prend alors à rêver d’une nouvelle collaboration entre John Garcia et, soyons fous, Josh Homme… Mais croyons bien que si ça avait été le cas, si le line-up du groupe avait été si historique, on en aurait davantage entendu parler et qu’ils n’auraient pas manquer d’expliciter les noms.

Non, c’est vraiment dans la confidentialité que Fragments voit le jour. Et pour cause, les membres en question sont plutôt des anonymes : le batteur Alfredo Hernández a brièvement œuvré chez Kyuss (de 1995 à 1996) et ensuite chez Queens Of The Stone Age le temps de l’album éponyme, mais lui, Damon Garrison et Chris Hale se sont avant tout rencontré chez Slo-Burn dont la vie, après seulement une démo et un EP, fut malheureusement de courte durée. Brave Black Sea est donc une manière pour les trois, s’adjoignant des services de Clint Cunningham à la basse – Garrison prenant la guitare et le micro -, de poursuivre, en quelque sorte, le travail commencé mais avorté il y a des années. Et s’ils ont pu côtoyer des artistes fondateurs et particulièrement influents du desert rock, ce n’est pas un hasard, c’est bien qu’ils ont ça en eux, qu’ils avaient ce qu’il faut pour porter leur pierre à l’édifice et en possèdent le talent. Le peu que Slo-Burn a produit en est la preuve éclatante et c’est en tout cas ce que confirme cet opus qui sent bon la poussière. Un opus dans lequel on reconnait immédiatement un savoir-faire, celui de l’artisanat rock des régions arides de l’ouest des Etats-Unis, à l’instar du hit d’ouverture « Running Away », imparable, qui permet immédiatement d’entrer dans le disque ou le très Queens Of The Stone Age « Ghost ».

Mais finalement, estampiller Brave Black Sea de desert rock par le simple curriculum vitae de ses membres s’avère un peu trompeur, ou tout du moins réducteur. Car ce sont avant tout des enfants des années 90. Une décennie qu’ils portent de toute évidence dans leurs gênes. Ainsi, le timbre vocal de Garrison, qui donne parfois la déroutante sensation de faire ressusciter Layne Stayley, renvoit directement à la scène grunge, mais aussi des chansons plus désabusées sur lesquelles l’ombre de Mad Season plane franchement (« The Five Visitors », « Silence Is Golden »). Le grunge, genre ayant parfois entretenu une certaine ambiguïté avec son cousin stoner, et d’ambiguïté il est question, par exemple, avec un « Abandon Ship » entre Nirvana et Alice In Chains sur une rythmique de couplet, encore une fois, typiquement Queens Of The Stone Age. Sans compter des racines punk qui ressortent sur l’énergique « This Is This ».

Fragments est un album suspendu dans le temps, renvoyant plus d’une vingtaine d’années en arrière, jusque dans la production claire mais authentique et sans chichis. Et c’est ainsi que Brave Black Sea s’abandonne, indécis, quelque part entre la sécheresse de Palm Desert et la grisaille de Seattle, emmenant l’auditeur à se perdre avec lui.

Regarder le clip de « Running Away » :

Album Fragments, sorti le 7 avril 2014 chez V2.



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