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Live Report   

Brian May & Kerry Ellis : quels hérauts pour les animaux !


Vous avouerez que se produire dans une Cigale alors que le thème de votre concert est la protection des animaux est plutôt approprié. Protection des animaux ? Eh, oui, la tournée s’appelle le Born Free Tour, en rapport avec la fondation Born Free qu’elle soutient et qui est une organisation anglaise de protection des animaux (non, le fish’n’chips n’est pas concerné). Quoi ? Payer une place pour avoir des discours moralisateurs sur la planète, les pauvres bêtes et tout le toutim ? Pas pour vous car pas très rock’n’roll, vous dites-vous ? C’est votre droit.

Mais tout de même, Brian May : LE guitariste de Queen. Bon, d’accord, pourquoi pas ? Mais il est tout seul ? Pas du tout. Il est accompagné de Kerry Ellis, peu connue du public metal et même rock. Pour cause : sa réputation vient de ses performances dans diverses comédies musicales, dont We Will Rock You (et là, vous voyez mieux le rapport avec Sir Brian). La protection des animaux, une chanteuse de comédie musicale, c’est le Roi Lion qui débarque à nouveau à Paris ? RM n’avait rien à faire ce soir-là ? Vous vous demandez légitiment ce que ce duo va bien pouvoir produire d’intéressant ? Vous voulez du Queen sinon rien ? Vous devriez en avoir mais la soirée est principalement annoncée comme un concert intime, acoustique, livré sous l’éclairage tamisé des bougies. Vous êtes encore là ? Allô ? OK, vous avez lâché l’affaire, le Roi Lion à la bougie, sans même la Red Special, très peu pour vous. Sur le papier, ce n’est peut-être pas excitant pour tous les headbangers, mais tout de même, l’attrait de Brian May était plus fort que tous les préjugés sur cette soirée si riche qu’il est impossible de ne pas la conter en détails.

Artistes : Brian May & Kerry EllisJon Allen
Date : 8 juillet 2013
Salle : La Cigale
Ville : Paris

Pour donner encore quelques arguments aux sceptiques, la Cigale est en configuration assise. De beaux fauteuils qui donnent une allure de théâtre parisien à la salle, avec ses ouvreuses qui placent les spectateurs. Les espoirs d’une soirée à l’esprit rock’n’roll s’éloignent.

La scène encore déserte est flanquée sur les côtés d’énormes bougies prouvant que l’accroche « soirée à la bougie » n’était pas que pur argument marketing.

L’attente se fait au doux son de musique classique, le public s’installe, au moins trentenaire, habillé de manière classique, comme on va au théâtre. Aux antipodes des foules adolescentes, vêtues de l’uniforme metal de rigueur, que nous avons plutôt l’habitude de côtoyer. Mais l’habit ne fait pas le moine.

Jon Allen : un homme, une guitare, c’est bien de la folk.

20h00, le spectacle commence avec Jon Allen, chanteur folk anglais, dont la discographie se compose de deux albums, Dead Man’s Suit (2009) et Sweet Defeat (2011). Il se présente seul sur scène avec sa guitare et son harmonica. En introduction, il raconte qu’il est un énorme fan de Brian May qu’il vient de rencontrer il y a une heure et explique, avec humour, qu’il a tout de même réussi à garder son calme.

Le public a beau rester assis, il n’en accueille pas moins chaleureusement ce premier Anglais de la soirée qui est applaudi dès son premier titre. Malgré un temps limité en tant que première partie, Jon ne fait pas d’impasse sur le contact avec le public comme lorsqu’il introduit « In Your Light » en parlant de « lighter situation », en quelque sorte un titre qui devrait faire allumer les briquets, ou encore quand il meuble alors qu’il rencontre quelques difficultés pour accorder son instrument.

Tout seul, avec sa guitare, sa voix, son humour et avec comme seul effet, un spot fixe, l’homme capte toutefois l’attention de la salle avec son folk un peu rock, parfois bluesy ou très dylannien, comme sur « Dead Man’s Suit » sur lequel, sans se démonter, il invitera la salle à applaudir. Les spectateurs répondent, apprécient la prestation. L’affaire est pliée en vingt minutes, très court comme première partie mais Jon Allen aura sûrement conquis quelques fans au vu de la réaction du public qu’il invite à le rejoindre au stand de merchandising.

Il est 20h45 quand les spectateurs découvrent sur l’écran qui habille le fond de scène un dessin animé montrant des blaireaux volants puis des personnages, plutôt méchants chasseurs, qui débarquent en avion. Le film est un plaidoyer en faveur de l’arrêt de la traque des blaireaux. Un autre film diffusera un autre message en faveur du roi des animaux cette fois-ci, expliquant que si rien n’est fait, les générations futures ne verront jamais de lions en liberté en Afrique. L’accueil que réserve le public au film est logiquement timide, rien à voir avec l’ovation qui se déclenche quand les deux artistes arrivent enfin sur scène et qui semble surprendre les musiciens eux-mêmes.

Intime, qu’on vous disait.

« I Who Have Nothing » entame le concert pour un démarrage très solennel. Le titre, folk song épurée, impose l’écoute, le silence et permet de découvrir la puissance de la voix de Kerry sur le passage un peu plus appuyé du morceau. Ainsi que la qualité du son et de l’interprétation générales. La nuit dont se pare l’écran ajoute à l’ambiance intime du moment, la tête de lion qui apparaît ajoutant quant à elle une certaine beauté, voire majesté. Les applaudissements nourris qui saluent la fin du morceau obligent les musiciens à temporiser quelques instants.

Brian s’adresse enfin au public, qu’il remercie. Il explique qu’il s’agit de leur première date en terre non anglophone, s’exprime en français, en anglais, en franglais, s’amuse, fait preuve d’une grande classe. Il présente Kerry Ellis qui le présente à son tour, expliquant que son propre français est terrible et espère que les spectateurs sont meilleurs en anglais qu’elle en français. Le guitariste reprend la parole pour introduire le prochain titre, expliquant que le principe de cette soirée est de donner une tribune pour les animaux et qu’ils vont démarrer avec un petit animal, que l’on trouve dans les jardins. « Butterfly » issu de la discographie Queen avec Paul Rodgers continue dans le registre calme, toutefois un peu moins prenant et majestueux que le précédent.

Brian May, comme à la maison.

Un point notable avec cette introduction du titre est l’évidente simplicité des deux musiciens, la proximité qu’ils ont avec le public. On a vraiment l’impression d’être avec eux sur scène. Certes la taille de la salle joue dans cette impression mais l’attitude des musiciens y est aussi pour beaucoup. Elle est même essentielle dans cette sensation.

Très disert, non dénué d’humour, Brian explique ensuite qu’il a eu l’occasion de croiser de grands artistes pendant sa vie en tournée, avec ce groupe, Queen, auquel il a appartenu il y a longtemps. Parmi ces grands artistes, précise-t-il, il y eut Kansas dont ils proposent ce soir une version du superbe « Dust In The Wind », rejoint par un clavier. Côté musique, l’original atteint déjà de tels sommets qu’il est difficile de juger une reprise même si la voix de Kerry donne quand même quelques frissons. Le public apprécie et sa ferveur illumine les visages de Kerry et Brian.

Kerry introduit à son tour le prochain titre, leur version du morceau « Born Free », dont la vidéo qui passe sur l’écran les montre en Afrique du Sud, en compagnie de Virginia Mc Kenna, actrice anglaise et activiste écologiste qui a créé la Born Free Foundation que soutient la tournée. A noter que l’original de cette chanson faisait partie de la BO du film « Born Free » traitant de la vie animale et réalisé en 1966. Même s’il a une forte valeur symbolique, que le public apprécie, le titre touche quand même à la ballade un peu sirupeuse.

Arrive le premier moment intense du concert, un moment vraiment fort entre une salle et un artiste. Toujours très communiquant, Brian, taquin, interroge le public pour s’assurer que ce dernier est d’accord qu’il n’est pas vraiment utile de jouer des titres de Queen ce soir provoquant comme attendu une bronca dans la salle. Brian se range donc à l’avis des fans seulement si ceux-ci veulent bien chanter et lance l’excellent et fédérateur « Somebody To Love ». Brian chante le premier couplet, rejoint par Kerry sur le refrain, laquelle assure le second couplet. L’accueil est triomphal, les applaudissements claquent sur le refrain final. Quelle intensité ! Et quelle chaleur dans cette Cigale réchauffée autant par la ferveur du public que par la température revenue estivale sur la capitale.

Changement de guitare pour le guitariste de Queen avant le prochain titre, l’occasion de présenter Pete, le technicien guitare qui est salué par le public. Après Kansas, les Beatles sont mis à l’honneur avec « Tell Me What You See », morceau pas forcément le plus connu des Fab Four. Kerry explique même qu’elle ne le connaissait pas elle-même avant que Brian ne le lui fasse découvrir et qu’elle l’adore désormais. « Nothing Really Has Changed » offre une nouvelle plage calme, d’écoute, plutôt belle, qui démontre que même assis sans trop d’artifices, avec une voix, une guitare et un clavier, cela peut être magnifique. Il faut avouer que les musiciens ont une certaine classe, particulièrement Brian, qu’ils semblent particulièrement heureux de l’accueil qui leur est réservé. Sur l’écran des images de blaireau accompagnent le titre et rappellent le thème de la soirée.

« Le prochain morceau a été écrit par Freddie, qu’il a dédié à John Lennon » explique Brian avant de dédier le titre, « Life Is Real », à Freddie lui-même (vous voyez bien de qui on parle, n’est-ce pas ?). Sur l’écran, un portrait du défunt leader de Queen apparaît, applaudi par les fans. L’interprétation est très belle, Kerry prouvant une nouvelle fois quel coffre elle possède, Brian s’exprimant magnifiquement sur le solo. A la fin de la chanson, Brian aura un petit geste vers le ciel. Les applaudissements qui saluent ce nouveau morceau de Queen sont vraiment très très forts, montrant à nouveau le plaisir pris par ce public vraiment très présent. Toutefois, un morceau avec un rythme un petit peu plus enlevé serait bienvenu pour dynamiser l’ensemble. Cela ne sera pas pour tout de suite puisque, après avoir expliqué que le prochain morceau n’est pas issu du rock’n’roll mais qu’une grande chanson reste une grande chanson, le duo entame « The Way We Were » connue pour avoir été chanté par Barbara Streisand.

Un bonheur visible sur scène comme dans la salle.

« Voici quelque chose we have never done before », annonce mot pour mot le guitariste avant de poursuivre : « C’est du franglais. Spécialement pour vous les gens de Paris in France.
– Merci, dit un fan.
– De rien. »
répond spontanément Brian, en français, dans une décontraction et une proximité tout à fait exceptionnelles.

Ce quelque chose de spécial pour les Français est une reprise du « Can’t Help Falling In Love » du King Elvis Presley. Très beau moment, très émouvant. La voix de Kerry est vraiment très belle. « Was it OK ? » demande Brian à la fin de la chanson. La réponse du public est tellement intensément positive, fervente que Kelly en paraît sonnée.

Brian continue dans ses échanges expliquant que le prochain morceau est un morceau de science-fiction, un peu technique sur la relativité, la vitesse de la lumière. Le musicien autocritique en se disant qu’il parle peut-être un peu trop. Et de lancer le country et magnifique « ’39 » ! Enfin ce titre tant attendu au rythme un peu plus enlevé ! Le public applaudit tout du long, ovationne Brian et Kelly. C’est tout simplement monstrueux ! Et cela décontenance les musiciens que l’on sent très sincèrement ravis et surpris par cet accueil.

Les Beatles reviennent avec un titre plus populaire, « Something », dans une version à la fois douce et langoureuse, sur la pointe des pieds. Sur l’écran des images de cieux emplis de nuage. La voix se fait plus forte, monte en intensité. Des chevaux apparaissent sur l’écran. Puis le morceau se calme et les images montrent désormais un apaisant torrent. Brian place un solo de toute beauté, applaudi par un public aux anges, émerveillé.

Il est temps pour Brian de laisser Kerry un instant seule avec le public. Touchante, elle raconte que c’est la première fois qu’elle vient en France. Elle interprète « I’m Not That Girl », accompagnée du piano, titre issu de la comédie musicale Wicked dans laquelle elle a tenu le rôle d’Elphaba – d’où son allusion aux jours qu’elle a passé en vert ; le personnage est vert de peau. Quelle voix ! Impossible de rester insensible.

« Welcome back » accueille-t-elle Brian qui revient. Il explique que le prochain titre n’est pas issu du rock’n’roll mais qu’il devrait nous briser le cœur. Il s’agit de « If I Loved You », morceau un ton en-dessous de tous les autres – dispensable ? – mais que Brian dit avoir voulu jouer depuis longtemps sans trouver le bon arrangement jusqu’à maintenant. Et en plus, il a le bon public, ajoute-t-il. Quoi qu’il en soit, le public applaudit encore et toujours, énormément.

Kerry Ellis a les moyens de se faire remarquer au côté d’un géant.

C’est ensuite au tour de Kerry de s’éclipser pour laisser Brian face au public. Énorme ovation quand la Red Special, la guitare du maestro apparaît. « Does it still work ? » demande Brian avant de se lancer dans un solo tantôt spatial, tantôt heavy qui ravit le public qui scande le rythme et se lève finalement pour saluer son héros. « After that noise, something more contemplative » propose Brian en délaissant la Red Special. « Let you drift away » invite-t-il le public comme il lance « Knocking on Heaven’s Door » de Bob Dylan. Vous l’aurez compris maintenant, les spectateurs sont présents sur ce classique dont ils soutiennent le rythme et chantent le refrain à plein poumons. Brian propose ensuite « a yeehaa thing » de ce cri country que l’on entend chez les hommes de l’ouest lointain. Quelque chose donc de plus country que le guitariste justifie avec humour en expliquant que quand on devient vieux, on est plus attiré par ces choses calmes. Le public applaudit en rythme dès le début du morceau avec sa guitare acoustique très appuyée. C’est un classique de Queen : « Tie Your Mother Down » à la mode country. Surprenant ! Pendant le morceau, la Red Special revient et tout s’électrise. La chanson et son énorme final, l’ambiance et le public qui se lève pour ne plus jamais s’asseoir. On applaudit à tout rompre, on tape des pieds. La Cigale va exploser ! Brian ne peut littéralement plus en placer une. Et quand il y arrive, c’est pour dire qu’il n’a jamais vu un public pareil de toute sa vie ! Sacré hommage pour les fans présents quand on connaît les stades dans lesquels Queen s’est produit.

Arrive alors un moment magique, exceptionnel comme très peu s’en produisent, résultat de la fusion entre l’incandescence du public et l’énergie des artistes. Alors que « Tie Your Mother Down » est terminé, le public tape des pieds et secoue la salle. Brian s’accroche à cette vague et tape du pied pour marteler un rythme tant attendu, archi connu. « We Will Rock You » atteint des sommets. De ces sommets qui font dire « Il fallait y être ». Nous y étions et assurément la soirée a été rock’n’roll, développant une énergie phénoménale.

Il est 22h35, Brian et Kerry quittent la scène pour un intermède de piano ; il faut reprendre ses esprits après tant d’intensité et d’émotion. Kerry revient la première et son retour est chaleureusement salué. Elle entame « No One But You », accompagnée du piano. Là aussi, la performance est assez belle. Quelle voix ! Sur l’écran des dessins, assez soignés, d’un homme ailé, sorte d’Icare. Brian réapparait pendant le morceau et est évidemment salué. Il est revenu pour balancer quelques riffs acérés et heavy. Quelle intensité dans les échanges entre la voix et la guitare ! C’est assez bluffant.

« Crazy Litte Thing Called Love » achève en un bouquet final magistral cette soirée à la bougie qui aura été magique et magnifique. Évidemment, on regrette qu’avec de tels artistes, « We Are The Champion » n’ait pas trouvé sa place. Ou encore la ballade « Love Of My Live » qui aurait surement très bien rendu en acoustique ce soir. D’autant qu’ils auraient pu remplacer aisément un ou deux titres « moyens » de la setlist du jour. Mais après deux heures de show pleins et généreux, les sceptiques du début, ceux qui n’ont pas fait le déplacement, ne peuvent que nourrir des regrets de ne pas avoir été présents. D’autant que dans l’immédiat, le Born Free Tour ne fait qu’un passage éclair en Europe, hors Royaume-Uni, avec une date à Paris, et quelques-unes en Italie et en Autriche.

Et rappelons-le à toutes fins utiles : Brian May a irradié la soirée de sa classe naturelle.

Pas de doute, les animaux ont une belle tribune avec les meilleurs hérauts qui soient !

Setlist de Brian May & Kerry Ellis :

I Who Have Nothing
Butterfly
Dust in The Wind (Reprise de Kansas)
Born Free
Somebody To Love (Queen)
Tell Me What You See (reprise des Beatles)
Nothing Really Has Changed
Life Is Real (Queen)
The Way We Were (Reprise de Barbra Streisand)
Can’t Help Falling In Love (reprise d’Elvis Presley)
’39 (Queen)
Something (reprise des Beatles)
I’m Not That Girl
If I Loved You
Last Horizon
Knockin On Heaven’s Door (reprise de Bob Dylan)
Tie Your Mother Down (Queen)
We Will Rock You (Queen)
Kissing Me Song
No One But You (Queen)
Crazy Little Thing Called Love (Queen)

Photos : Lost

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Galerie photos du concert de Brian May & Kerry Ellis



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