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Interview   

Brothers Of Metal : unis par les liens du metal


Ce qu’il y a bien dans le heavy metal, diront certains, c’est son sens de la surenchère : le style ne craint ni la démesure, ni le kitsch, ça fait même partie de son charme. Alors quand on voit débarquer un groupe de huit musiciens – dont trois chanteurs et trois guitaristes – baptisé Brothers Of Metal, avec des chansons comme « The Death Of The God Of The Light », « Fire, Blood And Steel » ou encore « We Believe In Metal », on se dit qu’un nouveau palier vient d’être franchi. Pour peu, on jurerait avoir affaire à un groupe parodique.

En réalité Brothers Of Metal n’est qu’amour. L’amour du heavy metal et de sa longue lignée, des hymnes au metal de Manowar aux sagas de Rhapsody Of Fire. L’amour aussi entre des potes qui, initialement, se réunissaient avant tout pour passer du bon temps, sans forcément songer à appeler ça un groupe de musique et à faire carrière.

Nous avons eu l’occasion d’échanger avec Ylva et Joakim Linbäck Eriksson, deux des trois chanteurs, pour qu’ils nous parlent de leur second album Emblas Saga, mais surtout des origines et des spécificités de Brothers Of Metal.

« Nous voulions juste faire de la musique parce que c’était marrant, et au final, nous avions suffisamment de chansons pour enregistrer un album, et ensuite, quand nous avions enregistré l’album, évidemment, pourquoi ne pas le sortir ? »

Radio Metal : Même si ceci est votre second album, vous n’êtes pas un jeune groupe. Vous avez d’ailleurs déclaré que vous faites ça « depuis très longtemps, mais sans être visibles ». Pouvez-vous nous parler des origines de ce projet et en particulier de cette partie « non visible » ?

Ylva Eriksson (chant) : Nous avons commencé à jouer ensemble il y a de nombreuses années et je pense que la partie invisible se trouve là, car nous n’avons pas beaucoup joué devant des gens. En gros, nous sommes juste un groupe d’amis qui aiment traîner ensemble, boire une bière et écrire de la musique pour s’amuser. Puis tout ça est arrivé, mais nous n’avions rien prévu. Je suppose que c’est pour ça que nous avons dit qu’il y a une partie invisible dans notre carrière, car beaucoup de temps a été passé à juste traîner, sans chercher à trouver des dates ou à jouer dans différents endroits.

Joakim Linbäck Eriksson (chant) : Je pense que les choses ont changé à partir du moment où nous avons sorti notre premier album tout seuls, et que nous l’avons fait nous-mêmes.

Ylva : Enfin, c’est difficile d’expliquer la chronologie, parce que vu que nous n’avons pas commencé à jouer en pensant que nous allions créer un groupe et devenir des rock-stars… Nous voulions juste faire de la musique parce que c’était marrant, et au final, nous avions suffisamment de chansons pour enregistrer un album, et ensuite, quand nous avions enregistré l’album, évidemment, pourquoi ne pas le sortir ? Puis, nous n’avons pas fait grand-chose avec, si ce n’est le sortir par nos propres moyens.

Quand le groupe a commencé à changer de dimension et à devenir plus sérieux, est-ce que tout le monde était partant ?

Joakim : Je pense que oui, tout le monde était partant, mais c’est dur pour tout le monde de trouver le temps. Nous avons tous de vrais boulots et aussi des familles, donc c’est dur d’avoir du temps libre pour le groupe.

Ylva : Oui, je pense que c’est quelque chose que nous apprendrons à faire au fur et à mesure, parce que comme il l’a dit, nous voulons tous jouer, il faut juste que nous trouvions la manière pour que ça fonctionne.

Joakim : Mais la seule différence aujourd’hui est que nous devons travailler en respectant des échéances.

Ylva : Et il faut commencer à voir ça comme du vrai boulot et pas simplement comme quelque chose qu’on fait pour s’amuser. Il y a des choses à faire, et il faut les faire dans un laps de temps donné. Je suppose que c’est ça le gros défi, mais je pense que nous relevons le défi !

Joakim : Oui, nous apprenons ! [Petits rires]

Comme vous l’avez dit, avant vous faisiez de la musique seulement pour vous. Du coup, comment ça a été quand ce processus intimiste est devenu quelque chose que d’autres gens pouvaient écouter ?

Ylva : C’était une expérience très étrange pour moi ! Je veux dire que nous venions de sortir la musique sur Spotify et nous n’avions qu’une page Facebook. Je peux me souvenir quand nous commencions à nous échanger des nouvelles, genre : « Bonté divine, regarde ça ! Regarde le nombre de vues qu’on vient d’avoir ! » Tout du long, nous étions super excités et surpris, parce que nous n’avions pas prévu tout ça.

Joakim : Je me souviens aussi quand Mats a uploadé une vidéo qu’il avait créée à partir du film Thor et c’était genre : « Oh mon Dieu, cette vidéo est en train de devenir virale ! » Nous l’avons retirée maintenant, mais c’était assez marrant au début !

Le nom du groupe semble être une référence directe à Manowar, et j’ai lu que quand vous avez écrit votre première chanson, vous avez dit : « Faisons une chanson qui rendrait fier Manowar. » Du coup, que représente Manowar pour vous ?

Le feu, le sang et l’acier ! [Rires]

Ylva : Je suppose que ce sont nos pères. Ce sont des légendes. Enfin, nous voulons faire de la musique à notre façon, la jouer et nous amuser avec, mais ce sont des légendes et nous voulons leur rendre hommage aussi. Donc évidemment leur musique signifie beaucoup pour nous.

« Il y a énormément d’obscurité dans ce monde, tellement de choses difficiles, et la communauté metal en particulier est un endroit où on peut rencontrer des gens et partager ça. Donc quand nous parlons de ‘guerriers’, c’est parce que les gens sont des guerriers dans la vie. »

D’un autre côté, on peut aussi penser à Rhapsody Of Fire, de par le côté cinématographique de votre musique et le fait que vous vous basiez cette fois sur une saga. Est-ce que vous vous êtes inspirés d’eux pour le côté narratif d’Emblas Saga ?

Joakim : Je crois qu’ils font partie de nos influences, bien sûr, mais c’est aussi le cas de tous les groupes classiques, comme Hammerfall, Stratovarius, Rhapsody…

Ylva : Quand nous écrivons les textes, pour nous, ce qui est important est que ce soit amusant, toujours. Et évidemment, il y a toujours un aspect de la mythologie nordique, non seulement pour s’amuser mais aussi en voulant raconter l’histoire aussi bien que possible. Parfois, les histoires s’écrivent presque toutes seules, vu qu’elles existent déjà, nous devons juste trouver notre propre manière de les raconter. C’est ça l’idée de la narration et c’est ce que de nombreux autres groupes font aussi : ils racontent des histoires et certains groupes le font vraiment bien. C’est aussi ce que nous essayons de faire !

Justement, quelle est l’histoire d’Emblas Saga ?

En fait, il y a plusieurs histoires dans Emblas Saga. Le dernier album traitait en grande partie des dieux et du Ragnarök, qui est grosso modo une prophétie sur la fin du monde. Et sur cet album, nous voulions aborder un autre aspect, c’est-à-dire la saga d’Emblas, qui sont les premiers êtres humains. Donc Emblas Saga parle un peu plus du commencement du monde. En fait, tout le morceau « Emblas Saga », c’est l’ensemble du mythe de la création qui est compilé en une seule chanson [petits rires]. C’est pourquoi c’est si… Je veux dire que cette chanson est très chargée en paroles parce que je voulais tout faire rentrer dedans. Ça parle donc de la création du monde et des humains.

Qu’est-ce qui vous fascine dans la mythologie nordique ?

Ces histoires sont géniales ! Elles sont tellement fantastiques. Ce qui, en partie, me fascine le plus, c’est que c’était une réalité pour les gens qui vivaient à l’époque et c’était une part importante de leur quotidien. Ce n’était pas juste… Je veux dire que leur vision des dieux n’était pas que les dieux sont très distants ou parfaits, en aucune façon. Ils étaient très humains, donc ils faisaient partie de la vie de chaque personne normale et ça m’inspire beaucoup, car les histoires sont très humaines et réelles, d’une certaine façon. C’est quelque chose qui m’intrigue chez l’espèce humaine, le fait que l’on veuille quelque chose de parfait et meilleur que nous, et pourtant, nous restons humains et faillibles. C’est ce qui rend ces histoires si intéressantes.

La dernière chanson sur votre premier album s’intitule « We Believe In Metal »… Pouvez-vous nous parler de votre foi dans le metal ?

Joakim : Nous avons généralement une à trois chansons qui sont purement un hommage au metal et au fait de jouer du heavy metal. Il faut aussi avoir ce type de chanson !

Ylva : Oui, c’est juste de l’amour à l’état pur ! [Rires] Mais le metal, c’est plus que de la musique, c’est un mode de vie, c’est une échappatoire… C’est aussi pourquoi nous appelons nos fans des guerriers, parce qu’il y a énormément d’obscurité dans ce monde, tellement de choses difficiles, et la communauté metal en particulier est un endroit où on peut rencontrer des gens et partager ça. Donc quand nous parlons de « guerriers », c’est parce que les gens sont des guerriers dans la vie. Nous sommes tous dans cette galère et la musique nous aide à établir des liens.

Joakim : Oui, c’est notre soi-disant boulot : nous nous tournons toujours vers le metal, nous nous réunissons et peut-être nous écrivons une nouvelle chanson pour dire à quel point nous croyons au metal [rires]. Mais oui, le metal est une forme de religion, je suppose.

Ylva : C’est sûr. La musique, globalement, est une religion. On en trouve dans chaque culture, c’est partout. Nous en avons besoin pour survivre. Donc bien sûr que c’est une religion [petits rires].

Brothers Of Metal est un groupe de huit musiciens, ce qui n’est pas banal dans le metal. Quelle est l’origine d’un tel line-up ?

Joakim : C’est parce que, comme nous l’avons dit, nous avons commencé en étant un groupe d’amis qui boit de la bière, écrit de la musique et s’amuse. Au final, je suppose que tout le monde devait en faire partie.

Ylva : Notre vision depuis le début était que nous voulions faire de la musique et nous éclater avec, et il n’y a aucune raison de virer quelqu’un juste pour ça [rires]. Ça n’aurait pas été drôle.

Joakim : Je pense que nous sommes à peu près tous sur la même longueur d’onde depuis le début, et ensuite, nous nous sommes adaptés et nous continuons à faire ça.

« C’est une force mais c’est aussi un challenge. Nous sommes huit personnes, et si chaque opinion doit compter autant, ça prendra pas mal de temps avant de se mettre d’accord, car nous allons commencer à discuter et ensuite il faudra voter, puis rediscuter, puis revoter… »

En ce qui concerne la composition, l’écriture des textes et les prises de décision, comment est-ce que ça fonctionne quand on est huit ?

Ylva : Plutôt bien, en fait ! [Rires] Je veux dire que j’ai choisi de voir le fait que nous soyons si nombreux comme étant notre force. Toutes les idées sont les bienvenues. Ça fait que c’est plus enjoué. Ça rend aussi les choses plus intéressantes, parce qu’on ne sait jamais ce qui va se passer. Généralement, c’est soit Johan [Johansson], le batteur, ou Dawid [Grahn], le guitariste soliste, ou Mikael [Fehrm], aussi un guitariste, qui écrit la base des musiques. Ensuite Joakim, Mats ou moi arrivons et écrivons les textes, en général. C’est très intéressant parce qu’on peut arriver à n’importe quel moment du processus et commencer à balancer des idées, et on ne sait jamais où ça va finir. C’est très excitant ! On ne peut pas se poser là et penser être en contrôle total de quoi que ce soit [petits rires].

Joakim : C’est pourquoi c’est si cool, parce que tu peux avoir une chanson qui ne sonne pas très bien au début [rires], mais une fois que certains d’entre nous sont passés dessus et ont balancé des idées, elle commence à devenir géniale.

Ylva : Oui, la chanson finit par trouver sa place d’une manière ou d’une autre !

La colonne vertébrale du rock, ce sont les guitares et la voix, or Brother Of Metal a trois guitaristes et trois chanteurs !

Joakim : Nous nous sommes aussi adaptés à ça, au fur et à mesure.

Ylva : Comme je l’ai dit, depuis le début, nous voyions ça comme quelque chose de marrant à faire ensemble, et à mesure que nous avancions, nous avons dû commencer à réfléchir à la façon dont nous composons la musique afin que tout le monde y trouve sa place. Donc nous expérimentons de plus en plus avec les possibilités qu’offrent les trois guitares, en laissant chaque guitare faire une partie différente afin d’apporter plus détails dans la musique. Ça vaut également pour le chant. Nous sommes trois chanteurs, mais nous avons des voix très différentes. Du coup, comment pouvons-nous expérimenter avec ça pour élargir notre son autant que possible ? Nous essayons aussi de faire en sorte que tout le monde ne soit pas obligé de chanter au même endroit tout le temps. Nous voulons varier afin de maximiser les différences entre les chansons aussi. C’est un défi qui est très amusant à relever !

Y a-t-il quand même quelqu’un dans le groupe qui est chargé de prendre les décisions finales ?

Joakim : Je ne crois pas que nous ayons quelqu’un qui…

Ylva : C’est une démocratie ! C’est une force mais c’est aussi un challenge. Nous sommes huit personnes, et si chaque opinion doit compter autant, ça prendra pas mal de temps avant de se mettre d’accord, car nous allons commencer à discuter et ensuite il faudra voter, puis rediscuter, puis revoter… Ces trucs ont tendance à prendre du temps, mais je pense que c’est un processus démocratique qui marche plutôt bien.

Joakim : Aussi, plus le temps passe, plus nous apprenons. Petit à petit, nous intégrons chacun notre rôle dans ce groupe.

Ylva : La solution, en partie, a toujours été de découper en plusieurs domaines, afin que chacun ait un domaine de responsabilité. Si tu es en charge d’un domaine, tu peux valider quelque chose sans avoir à tout passer à l’approbation de tout le monde tout le temps. Mais pour les grandes décisions, c’est toujours une démocratie.

Lars Ulrich a dit une fois qu’un groupe était une démocratie dirigée par un dictateur…

Joakim : [Rires] Bien vu !

Ylva : Oui. Mais nous n’avons pas un seul dictateur dans le groupe. Pas encore !

Vous avez déclaré avoir choisir AFM comme maison de disque parce qu’ils ont compris et respecté le fait que vous êtes huit et que les choses prennent vraiment plus de temps que dans un groupe traditionnel. Est-ce que ça veut dire que d’autres labels étaient réticents à l’idée de travailler avec vous pour cette raison ?

Je pense que l’idée, c’est que le monde de la musique est un monde difficile quand on veut y travailler. C’est la plupart du temps très exigeant. Généralement, quand on commence à travailler avec de gros labels et à devenir sérieux, il y a certaines choses qui sont attendues de nous, et souvent il est attendu de nous qu’on lâche tout afin de pouvoir aller partout à tout moment. Ce label a immédiatement respecté le fait que pour l’instant, nous ne pouvons pas faire ça parce que nous ne savons pas encore si ça va marcher. Surtout, nous avons eu un bon feeling avec tout le monde chez AFM. Ils sont très sympas, nous travaillons bien ensemble. Ce sont tous de très bons communicants, c’est facile de leur parler. Donc le choix était facile à faire.

Joakim : Nous étions en contact avec d’autres labels avant mais je pense les conditions, globalement, n’étaient pas bonnes. C’est aussi principalement pour ça que nous ne sommes pas partis avec un autre label.

Interview réalisée par téléphone le 29 novembre 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription, traduction & introduction : Nicolas Gricourt.
Photos : George Grigoriadi.

Facebook officiel de Brothers Of Metal : www.facebook.com/brothersofmetalofficial

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