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Interview   

Bruce Dickinson (Iron Maiden) : la générosité dans l’âme


Bruce Dickinson

Bruce Dickinson, bavard ? Si peu ! Au moins, une chose est certaine, celui qui il n’y a encore pas si longtemps nous faisait une belle frayeur en annonçant avoir été diagnostiqué en décembre dernier comme étant atteint d’un cancer de la langue, traité en début d’année et totalement guéri depuis peu, tient étonnamment la forme. Pour tout dire, lorsqu’on nous a fait savoir que ce serait le célèbre chanteur de la vierge de fer qui allait venir faire un tour de promo à Paris pour parler de The Book Of Souls, le nouvel album des Anglais prévu pour le 4 septembre prochain, nous étions quelque peu surpris. Mais force est de constater que Bruce a bonne mine et a clairement retrouvé toute sa tchatche. Si bien que le questionnaire bien fourni que nous lui avions à l’origine concocté a considérablement fondu sous ses longues tirades. Mais qu’importe, comme dans sa musique, Bruce est un conteur, il répond aux questions comme il raconte des histoires. Et, en sa sympathique compagnie, le temps défile sans s’en rendre compte.m

Au final, trois sujets principaux se détachent de notre entrevue. Le récit de son combat contre le cancer, et la façon dont il l’a vécu psychologiquement, qu’il nous raconte en détail. La conception du copieux nouvel album d’Iron Maiden qui bat plusieurs records dans la discographie du groupe. Deux disques pour plus de 90 minutes de musique, ce qui fait de ce seizième opus le plus long de sa carrière. Mais aussi avec la présence d’ « Empire Of The Clouds », qui écope du titre de la plus longue chanson jamais enregistrée par le groupe, supplantant de cinq minutes « Rime Of The Ancient Mariner » sur l’album Powerslave (1984) qui, jusqu’ici en détenait le record. Et justement, cette épopée musicale, narrant l’histoire tragique du dirigeable britannique R101, et entièrement composée et écrite par le frontman fana d’aviation, est notre troisième sujet.

The Book Of Souls, comme vous l’aurez compris à la lecture de notre titre à titre, est un album des plus généreux, à l’image des réponses de Bruce Dickinson à nos questions qui se découvrent ci-après.

Iron Maiden

« [Si] je me retrouvais – Dieu m’en garde ! – à ne pas pouvoir chanter sur la tournée, que ferions-nous ? Tu sais quoi ? Je recruterais un autre chanteur, juste pour que je puisse quand même être sur cette putain de tournée ! En tant que mascotte ! »

Radio Metal : Tu as été diagnostiqué avec une tumeur à la langue l’année dernière. En mai, tes médecins t’ont dit que tu étais totalement guéri. Comment vas-tu aujourd’hui ?

Bruce Dickinson (chant) : En fait, je vais bien ! Je veux dire, tu vois ça [il montre un abricot], c’est ce que j’avais sur ma langue !

Aussi gros ? Mon Dieu !

Ouais, exactement, aussi gros ! Et j’en avais une autre qui faisait soixante pour cent la taille de ça juste à côté. Et maintenant c’est parti grâce aux radiations ! Espérons que ça reste ainsi. J’attends juste que les derniers petits bouts guérissent. Certains trucs prennent un peu de temps parce que des choses doivent repousser. Certaines des cellules saines qui ont été tuées par les radiations doivent repousser, et pour certaines ça prend du temps. Tu n’as rien d’autre à faire que de poser ton cul sur une chaise et attendre.

Steve Harris a dit qu’ « on a toujours l’impression que chaque concert est sacré de nos jours, […] d’autant plus maintenant, après la frayeur qu’on a eue avec ce qui est arrivé à Bruce. » Est-ce en fait quelque chose qui a changé, pour toi et pour les autres dans le groupe ? Je veux dire, êtes-vous d’autant plus conscients que vous tenez quelque chose de spécial avec Iron Maiden ?

Je suppose, oui. Je pense qu’à mesure que tu fais un album comme celui-ci et que tu te rends compte de ce que tu as créé, qui est selon moi quelque chose de très spécial, tu as des moments où tu te dis : « Wow, nous n’avons jamais rien fait de tel ! » Donc, à ce stade dans notre carrière, être capable d’innover sur notre propre terrain, c’est plutôt rare ! Et que ce soit compris de notre public est aussi une très bonne chose. Car, tous les groupes disent toujours : « Oh, ouais, le nouvel album est tout neuf, on n’a jamais rien fait de tel auparavant ! » Et les gens se disent : « Oh, ouais, bien sûr… Ils disent toujours ça. » Mais dans ce cas, je crois sincèrement que c’est probablement vrai. Donc, vis-à-vis de ça, je trouve que c’est incroyable d’être assis là aujourd’hui. Mais aussi par rapport au fait de repartir pour une autre tournée… Si nous faisons une autre tournée, tu sais, si quelque chose se passait et que pour une quelconque raison je me retrouvais – Dieu m’en garde ! – à ne pas pouvoir chanter sur la tournée, que ferions-nous ? Tu sais quoi ? Je recruterais un autre chanteur, juste pour que je puisse quand même être sur cette putain de tournée ! En tant que mascotte ou quelque chose dans le genre. Un troupeau de chevaux sauvages ne pourrait m’empêcher de partir en tournée aujourd’hui, parce que c’est quelque chose de spécial qui s’est produit, tu sais.

Je suis sûre que tu pourrais être sur scène et faire semblant de chanter les mots et laisser le public chanter à ta place. Ça pourrait aussi bien marcher…

Certains artistes font ça de toute façon ! [Grand rire] C’est vrai, en fait !

Ta maladie est survenue en plein milieu du processus du nouvel album d’Iron Maiden. Comment toi et le groupe avez-vous géré ça ? Comment vous êtes-vous organisés ?

En fait, nous avions fini l’album. Je veux dire que je suspectais qu’il y avait peut-être un truc bizarre qui se passait à peu près cinq ou six semaines avant d’aller voir le médecin. Je suis un hypocondriaque qui scrute Wikipedia et qui s’est diagnostiqué comme étant atteint exactement de ce que j’avais, et ensuite je l’ai ignoré. Je me suis dit : « Ça serait ridicule. Et de toute façon, même si j’avais raison, qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas finir l’album, n’est-ce pas ? Ouais, je vais finir l’album. » J’aurais dû dire : « Je vais finir l’album même si ça doit me tuer ! » [Rires] Peu importe. Lorsque le chant sur l’album était terminé, nous venions tout juste de terminer le mixage et tout, j’ai été voir un médecin français dans le coin pour jeter un œil à la grosseur dans mon cou, et à partir de ce qu’il m’a dit et recommandé de faire, je me suis dit : « Ce n’est pas qu’une piqûre de moustique. » Moins de dix jours plus tard, j’étais assis en face de mon oncologue qui m’expliquait ce qui allait se passer le 5 janvier, qui est la date à laquelle j’ai commencé mon traitement.

Nous avions une tournée de prévue sur toute l’année et l’album serait déjà sorti depuis deux mois aujourd’hui, et j’aurais dû être en tournée quelque part en Amérique, j’imagine. Mais nous ne pouvions rien faire de tout ça parce que mon médecin a dit : « Ecoute, ça va prendre au moins une année complète avant que tu sois rétabli à cent pour cent. » Il a donc fallu annuler toute la tournée, mais personne ne savait que nous allions partir en tournée, à part les promoteurs. Donc, mon manager a dit : « Oh, je vais dire à tout le monde que tu débutes un traitement contre le cancer. » J’ai dit : « Non ! Ne fais pas ça ! Laissez-moi simplement faire mon traitement ! Peux-tu ne pas dire à tout le monde que je suis malade avant, au moins, que j’aie terminé ? Car autrement, tout le monde sur terre va m’envoyer des cartes de bon rétablissement ou des gens vont venir camper devant l’hôpital… Oh mon Dieu… Laisse-moi juste traverser ça. » Je demandais : « Est-ce qu’on a vraiment besoin de le dire à qui que ce soit ? » Il a répondu : « On y est un peu obligé, car nous allons annuler diverses choses. Il faut que je leur donne une raison. Si nous mentons à ce sujet, ils le découvriront, ou pire, ils devineront et le prendront mal, et alors ça sera encore pire. » J’ai dit : « Ok, peu importe… » J’ai donc terminé ma dernière radiothérapie le 19 février et cette semaine-là, le vendredi ou quelque chose comme ça, nous l’avons dit à tout le monde. Pour le reste des gens, je venais toujours d’être diagnostiqué mais, en fait, j’ai été diagnostiqué en décembre et j’avais terminé mon traitement, et maintenant j’entrais dans la pire phase, grosso-modo à rester assis à la maison.

Iron Maiden - The Book Of Souls

« Il ne fallait pas être un génie en mathématiques pour dire : ‘Tout ceci ne rentrera pas dans un seul album.' »

Lorsque j’ai fini la radiothérapie, c’est là que les radiations ont un effet maximum, c’est-à-dire dix jours après le dernier traitement. Donc tu restes simplement à la maison, genre : « Awh, awh, awh… Je vais boire mon milk-shake – qui est la seule chose qui peut te nourrir -, je ne peux pas parler, je suis fatigué et je suis sous morphine. Et je n’ai même pas d’incroyables visions, je n’ai pas envie de me couper l’oreille. Merde ! » Je me sentais juste constamment fatigué ! J’aurais dû doubler la dose de morphine pour voir ce qu’il se passait… Et c’était comme ça presque jusqu’au jour où l’infirmière a dit : « Ça va empirer pendant dix jours et ensuite, après ces dix jours, vous allez commencer à vous sentir mieux. » Et quasi à la seconde près, je me suis dit : « Mon Dieu, elle a raison ! » Et alors j’ai pensé : « D’accord, c’est fini ! » J’ai donc, ce même jour, balancé la morphine à la poubelle. Et j’ai dit : « Voilà, c’est fini, tous les médicaments, terminé ! » De toute façon je n’avais presque pas eu à en prendre. Je les ai donc tous balancés et j’ai dit : « J’imagine que ça commence à aller mieux maintenant. » Ça a pris un bon bout de temps. J’ai fait quelques trucs un peu dingues, comme lorsque j’ai décidé que j’allais me mettre à faire des pompes et travailler mes abdominaux, et des trucs de ce genre, je pensais que c’était une bonne chose à faire. Je me disais : « Je vais continuer à pousser jusqu’à ce que je découvre où est ma limite aujourd’hui. Et j’essaierais d’aller au-delà le lendemain. » Je me suis remis à la nourriture solide en moins d’une semaine, ce qui a stupéfait mon médecin. Il était là : « C’est ridicule. J’ai des types à l’hôpital qui sont encore alimentés par des tubes après trois semaines et toi tu cours partout ! ». Il était donc très content. Et moi, je l’étais encore plus. Il a jeté un œil sur moi et a dit : « Ecoute, je ne pourrais pas te faire passer de scanner pendant trois mois parce que les radiations sont encore en train de te cuire, et tout ce que nous verrons au scanner, ce ne seront que des radiations. Mais vu ta gorge, vu comment tu te portes, vu l’ensemble, tu guéris magnifiquement et le cancer est parti. » Je suis revenu un mois plus tard et il a dit : « Il est toujours parti. » J’ai passé mon scanner et je suis revenu, tout allait bien. Ça, c’était le moment où je me faisais vraiment dessus, à attendre les résultats du scanner. Et il m’a regardé : « Oh… Ok ! Je ne suis pas bien certain de ce que je dois faire maintenant… » [Rires]

Votre nouvel album Book Of Souls est le tout premier double album dans la carrière d’Iron Maiden. C’est aussi le plus long, avec ses plus de 90 minutes de musique. Comment est-ce que le groupe a bien pu se retrouver avec autant de matière pour un album cette fois-ci ?

Eh bien, nous n’avons simplement pas arrêté ! Il est devenu évident que ça allait devenir un double album après environ six chansons, car nous savions qu’il nous restait encore quatre chansons. Je ne savais pas quelle longueur allait faire « Empire Of The Clouds » mais il était clair qu’elle n’allait pas être courte. Il ne fallait donc pas être un génie en mathématiques pour dire : « Tout ceci ne rentrera pas dans un seul album. » Soit nous laissions de côté quelques chansons, ce que nous ne voulions pas faire car elles étaient toutes différentes et vraiment sympas, soit nous les mettions sur un double album. Steve [Harris] et moi, en tant que fans de trucs un peu progressifs, nous avons dit : « Ouais, c’est carrément cool ! » Au départ, notre management disait : « Ugh… C’est problématique. Ce sera difficile. Vous savez, la maison de disques ne va pas aimer ça parce que ci et ça. » « Eh bien, en fait, non. C’est vraiment cool : plus personne ne fait de doubles albums. C’est donc super : vous pouvez faire de supers digipacks, vous pouvez faire un super livre, vous pouvez faire le livre des âmes (NDT : traduction du nom de l’album The Book Of Souls), vous pouvez … Vous pouvez faire en sorte que ce soit vraiment spécial ! Nous n’allons pas faire Use Your Illusion I et Use Your Illusion II. Non, non, non. Nous allons faire un album ! Tout a été fait au même moment, comme un seul morceau d’histoire, si tu veux. » Donc la décision était prise.

Certaines chansons avaient été écrites au préalable. « If Eternity Should Fail » était facile parce qu’elle avait déjà été écrite et enregistrée en format démo pour mon album solo. Donc Steve a dit : « C’est super ! Est-ce qu’on peut l’utiliser pour Maiden ?! » J’ai répondu : « Ouais ! » Je veux dire que je n’ai pas prévu de sortir d’album solo dans l’immédiat. Celle-ci était donc facile à reproduire, car nous avions effectivement juste eu à la copier. « Speed Of Light » était déjà écrite par moi et Adrian [Smith] chez lui. « Death Or Glory », nous savions qu’elle allait devenir quelque chose mais nous n’avions que quelques morceaux de celle-ci mais, là encore, vu que c’était une chanson assez courte, ça n’a pas pris longtemps en studio à l’assembler. « Shadow Of The Valley », je crois que Steve avait déjà pas mal avancé dessus. Celles-ci sont donc les quatre premières chansons que nous avons apprises, et tu as déjà là trente et quelques minutes ! Donc nous nous doutions bien que ça allait être un double album. Ensuite, pour les autres chansons, Steve avait tous les éléments sur lesquels il voulait travailler. Il avait les démos de Dave [Murray] et Janick [Gers]. Il s’en allait travailler sur ça le soir, et la journée nous répétions quelque chose que nous connaissions déjà. Et à l’occasion, nous faisions une pause de quelques jours pour nous permettre de nous ressourcer d’un point de vu créatif.

Pendant tout le temps que nous faisions ça, moi je composais pour finir « Empire Of The Clouds » ! Qui est l’une des dernières chansons que nous avons faites. Et comme elle a été écrite au piano, il y a eu un peu d’implication de la part de Nick [McBrain] à la batterie, avec des percussions et diverses choses. Ça a pas mal aidé. Certaines des choses qu’il a suggérées m’ont en fait poussé à écrire certaines choses au piano. Lorsque nous voulions obtenir le son du dirigeable qui [il imite un énorme rugissement] s’écrase et se brise à la fin, il a dit : « Ouais, il te faut un gong joué avec un archet ! » J’étais là : « Hein, c’est quoi ça ? » Et il a dit : « Eh bien, tu utilises un archet de violon sur un gong d’orchestre et tu le grattes sur le bord du gong, et le gong commence alors à résonner d’un genre d’étrange son [il imite le son]. » Et j’ai dit : « Ouais, ça sonne comme du métal en torsion ! Super ! » J’avais ce son dans ma tête et je suis tout de suite retourné derrière le piano et j’ai joué [il chante un riff rapide] et ensuite boum ! Et voilà ! Et donc ce son a suggéré tout ce gros morceau à la fin. Mais avec « Empire Of The Clouds », j’avais des bouts que j’avais déjà écrits chez moi, sur mon petit piano électrique que j’ai gagné dans une tombola [petits rires]. J’avais déjà deux, trois ou quatre phrases dont j’étais content en termes de paroles, et ensuite, je me suis rendu compte que j’avais mis le doigt sur toute une histoire qu’il fallait que je raconte.

Iron Maiden @ Hellfest 2014

« Après cet album, est-ce qu’il y en aura un autre ? Eh bien, la vérité est que je ne sais pas ! Est-ce que j’aimerais faire un autre album ? Oui, évidemment que j’aimerais ! »

Ça a pris pas mal de temps pour que tout soit comme il faut, et j’étais aidé par le fait que nous avions un piano à queue Steinway, qui sonnait de manière absolument incroyable, donc pour composer c’était fabuleux, très inspirant. Pour l’enregistrement, c’était inutile parce que je ne suis pas un très bon pianiste. Je ne suis pas le mec le plus fiable pour ce qui est de jouer sur un Steinway en live. Tu sais, tu serais encore là à Noël pendant que j’essaie de faire tout le truc. Nous avons donc enregistré le piano, ou plutôt j’ai enregistré le piano, sur un clavier midi, ce qui voulait dire que je pouvais le faire et merder quelques fois, mais nous pouvions ensuite aller éditer la note pour que ce soit la bonne, et ensuite, nous avons simplement assigné à l’enregistrement midi un son de piano à queue. Me voilà donc maintenant en train de jouer du piano à queue ! Ceci étant dit, j’essaie quand même maintenant de jouer du piano chaque jour. Je veux dire que je ne prends pas de cours ou quoi ; j’apprends juste par moi-même au fur et à mesure. Mais j’essaie effectivement de jouer un peu de piano maintenant, juste pour un peu mieux faire marcher mes vieux doigts. J’écris quelques trucs au piano. C’est vraiment un instrument charmant sur lequel composer, et tu composes différemment. Les signatures rythmiques, tu n’y penses pas tellement sur un piano – en tout cas, pas moi, de toute façon, c’est sûrement parce que je n’ai pas de formation. Tout est une question de mélodie. S’il se trouve que la mélodie possède une étrange signature rythmique, eh bien, aucun problème ! Le batteur peut me dire quelle est la signature rythmique. « Empire Of The Clouds » contient de très étranges signatures rythmiques mais elles ne font que résulter de la mélodie [il chante une longue mélodie], oh, non, c’est l’autre [il chante une autre mélodie], peu importe ce que c’est, il se trouve que c’est une signature rythmique putain de bizarre. Je ne sais pas, je pouvais la jouer et ils étaient là : « C’est genre en quatorze ou quinze ! » « Ok, peu importe mais voilà ce que ça fait ! »

Lorsque je lisais les paroles d’ « Empire Of The Clouds », je me suis dit que c’était le pilote en toi qui parlait, pour ce qui est de l’histoire avec le dirigeable qui s’écrase et tout…

Oh, mais c’est une histoire vraie ! Lorsque j’étais gamin j’ai construit une énorme maquette du R101 à partir d’un kit en plastique. Plus tard, au cours de ma vie, je suis devenu un investisseur dans une entreprise qui remet les dirigeables au goût du jour en tant que mode de transport pour les voyages commerciaux pour cargos et ce genre de choses. J’ai donc construit le plus gros dirigeable au monde et, à l’heure où on parle, il est dans le même hangar où le R101 a été construit. Et, il y a environ un an, j’imagine, peut-être était-ce un peu plus, il y a quelques années, il y a eu une vente aux enchères de souvenirs de dirigeables et de zeppelins. C’était une énorme vente aux enchères ! Il y avait ce gars très fortuné, dont le petit ami était obsédé par les dirigeables, et il a investi des millions dans une collection, il allait monter un musée. Enfin bref, ces deux gars se sont séparés et le gars en question a vendu toute la collection. Il aura fallu huit pleines sessions, en huit jours, pour tout vendre. C’était énorme ! J’y suis donc allé. Ce qui m’intéressait, ce sont les trucs liés aux dirigeables britanniques. Mais les trucs allemands, les trucs de zeppelin, que ce soit les zeppelins bombardiers de la première guerre mondiale, ou des tasses, des assiettes et autres vaisselles venant du Graf Zeppelin ou de l’Hindenburg… Tous ces trucs étaient là, et ça partait pour des sommes folles, car dès que c’est marqué « zeppelin » dessus, ça part à des sommes astronomiques. Mais moi, j’étais plus intéressé par les trucs britanniques qu’il y avait. La chose en particulier – parce que j’ai beaucoup lu au sujet de cet accident – l’article qui m’a vraiment intrigué, qui était directement relié au dirigeable, c’était une montre gousset d’un des survivants qui était gravée : « Au pilote en chef du dirigeable A.V. Bell, du ministère des transports aériens, Her Majesty’s Airship », et ce n’était pas le R101, je crois que c’était le R34, un autre dirigeable. Bref, c’était une montre gousset. J’ai misé sur la montre gousset, j’étais déterminé à l’obtenir. Ensuite, il y avait une chope qui, je crois, était peut-être un article promotionnel ou qui a été oubliée, ou peu importe, provenant du R101, et c’était une chope en cuir gravée avec les contours du dirigeable, et sur le bord en haut de l’étain il était inscrit : « Bienvenue à bord, de la part de l’équipage. » J’ai eu ça pour quelque chose comme cent balles, et pour moi, ça n’a pas de prix parce que ça raconte une histoire. Tu peux la tenir et dire : « Ça c’était…. Wow ! » C’est comme un talisman ou quelque chose. Et j’étais en train d’écrire cette chanson, et je me suis dit : « Quelqu’un doit raconter l’histoire ! » Car c’était une catastrophe monumentale à l’époque ! Plus importante, bien, bien plus importante que l’Hindenburg en tant que catastrophe nationale pour la Grande Bretagne. Mais il y a une grande part d’ironie dans cette histoire, c’est pourquoi j’ai appelé ça « Empire Of The Clouds », car ça émanait d’un désir de relier l’Angleterre avec l’Inde et l’Australie avec cet énorme dirigeable impérial, et dès le premier vol : à terre ! Terminé !

Ça fait très Titanic…

Ça fait très Titanic ! Et donc, le fait de raconter cette histoire était plutôt sympa. Et l’ironie est qu’il était plus gros que le Titanic, vraiment ! Tu pouvais faire rentrer le Titanic dedans, ce qui étonne tout le monde, genre : « Quoi ?! » Tout le monde bute sur cette phrase, à la première écoute ! « Quoi ?! »

Est-ce que cette dernière chanson « Empire Of Clouds » et, finalement, cet imposant et généreux album pourrait être comme un adieu pour Iron Maiden ? Je veux dire qu’avant que ne sorte The Final Frontier, tu mettais en question le futur d’Iron Maiden, et tu as dit qu’il pourrait ne rester au groupe plus qu’un ou deux albums. Donc, quel est ton sentiment sur l’avenir du groupe ?

Eh bien, s’il ne nous reste plus qu’un ou deux albums devant nous et que ce sont des doubles albums, alors c’est vraiment génial ! [Grand rire] Hey, je veux dire que Final Frontier était fantastique, j’adore cet album, et lorsque nous avons dit « baptisons-le Final Frontier », nous savions que les gens se diraient : « Oh, ça y est ! C’est la fin ! » Nous avons dit : « Ouais, peut-être. Peut-être pas… » Nous ne savions pas que cet album allait être un double album au départ mais le résultat est vraiment bon et nous en sommes vraiment satisfaits. Maintenant, après cet album, est-ce qu’il y en aura un autre ? Eh bien, la vérité est que je ne sais pas ! Est-ce que j’aimerais faire un autre album ? Oui, évidemment que j’aimerais ! J’adorerais, et je pense que Steve également. Mais nous allons beaucoup tourner l’année prochaine. Donc il y a une longue route avant que nous ayons à nous inquiéter de ce genre de choses. Et n’importe quoi peut arriver, comme on dit.

Interview réalisée en face à face le 27 juillet 2015 par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription, traduction et introduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Iron Maiden : www.ironmaiden.com.



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  • Merci Bruce! Merci Maiden et RV au Hellfest 2016 j’èpère !

    [Reply]

  • Maiden Spirit dit :

    Merci Bruce… et merci à Maiden…

    Ce que j’ai toujours aimé chez Maiden, c’est ce côté finalement assez simple que cultivaient les différents membres du groupe… d’autres auraient pris une grosse tête pour moins que ça… et eux, ben non…

    Regardez cette photo ci-dessus avec les couleurs de l’Union Jack en fond… de bonnes bouilles, souriantes… mais de vrais professionnels!

    Je vous aime les gars!!! Restez vous-même!

    [Reply]

  • Je ne sais pas pourquoi, je n’arrive pas à cliquer sur le bouton « Reply ».

    @MARC R.FRAZIER: petite remarque, sans animosité aucune: tu les écoutes depuis 1978 et tu ne les as vu que 3 fois??? Je les suis depuis 2003 et j’en suis à 6 concerts déjà… o_O

    [Reply]

    Neirda19260

    Et le but c’est de jouer à qui a la plus grosse?

    Non, le but c’est de ne pas répondre à un commentaire 2 semaines après.

    Sinon, plus sérieusement, je dis cela parce que Marc semble justifier toutes ses années de « fanitude » (on va éviter le vrai mot dont est tiré « fan » à la base) avec le nombre de fois où ils les a vu en concert… alors que ce nombre est loin d’être impressionnant.

    Remarque, ça fait 20 ans que je suis fan d’Aerosmith et je ne les ai vu que 3 fois… mais bon, ils viennent UN PEU moins souvent en France que Maiden, aussi! 😀

    Maiden Spirit

    Chacun exprime sa « fanitude » à sa façon, l’important c’est de se retrouver dans cette passion commune… 🙂

    DiamondDude

    Je ne suis pas fan d’Iron Maiden et je ne les ai jamais vu en concert (logique).

  • MARC R.FRAZIER dit :

    Tout mes voeux pour tout et vive IRON MAIDEN.
    Fan depuis 1978 ! Vu ce groupe 3 fois !!
    Album attendu !

    [Reply]

  • Une interview très sincère et vraiment agréable à lire. Le bonhomme a l’air toujours aussi sympas. La classe 😉

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  • Bruce est un vrai…Il est non seulement le meilleur chanteur de la planète mais aussi un être humain de première classe…On a très hâte de revoir Iron Maiden à Montréal ou vous êtes toujours les bienvenue…

    [Reply]

  • 18 ans, fan de ce groupe et en particulier du chanteur ! Des morceaux qui donnent à réfléchir (blood brothers, for the greater good of god) dans le metal c’est rare ! Merci pour tout ces magnifiques morceaux ! Je suis sûr que ce double album va être à la hauteur de votre talent ! Up the irons ! \m/

    [Reply]

  • 36 ans que je vous écoutes et pas une ride !!! Up the IRON

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  • Respect total pour ce très grand artiste passionné et d’une intelligence rare. Ce bonhomme,qui plus est très cultivé, mérite son statut de Star . Une leçon à prendre sur ce que signifie la combativité . Bruce a des burnes d’ un kilo chacune . Chapeau bas.

    [Reply]

  • MichelMichelMichel dit :

    Une légende! Je suis comme un gosse, il y a Maiden et les autres, ce groupe a une tel aura, ce petit quelque chose que les autres n’ont pas, cette magie dans leurs musique! Impatient d’écouter The book of souls!

    [Reply]

  • Fantastique Bruce, Fantastique Maiden….quoi de mieux ?

    [Reply]

  • MichelMichelMichel dit :

    Le plus grand!

    [Reply]

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