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Chronique   

Buckcherry – Hellbound


La trajectoire de Buckcherry est imperturbable, grâce à la détermination sans faille de son leader Josh Todd et en dépit des péripéties courantes pour une formation de hard rock. Les Californiens ont été propulsés sur le devant de la scène dès leur premier méfait en 1999 en s’appuyant sur le tube « Lit Up ». Un premier fait d’armes qui leur a permis de précéder AC/DC sur les planches. Pourtant, Buckcherry a dû encaisser le départ de trois de ses membres peu de temps après Time Bomb (2001), ce qui a provoqué un hiatus de près de quatre ans. Buckcherry s’en est remis et enchaîne les sorties avec constance jusqu’à nous faire parvenir ce Hellbound, neuvième opus de sa discographie, à peine deux ans après Warpaint (2019). Hellbound a les prétentions d’un groupe sûr de son fait : celles de devenir un album référence pour les fidèles de longue date. Une musique qui permettrait à ces derniers de clamer haut et fort que Buckcherry est l’un des derniers groupes de rock « à l’ancienne » qui ne se laisse pas voguer sur des acquis d’un autre temps.

Hellbound fait partie de ces « albums de confinement », forcément influencé par les contraintes de la pandémie. Buckcherry est l’un de ces rares groupes à avoir continué de s’illustrer épisodiquement lors de l’année 2020 au prix du respect des contraintes sanitaires. L’écriture d’Hellbound est un moyen pour Buckcherry de pallier la morosité du contexte. En somme, l’état du monde et particulièrement des USA est une source d’inspiration intarissable qui les a menés à près de trente chansons pour seulement dix élues. Outre l’arrivée du guitariste Billy Rowe qui a remplacé Kevin Roentgen en juillet dernier, l’album marque le retour de Marti Frederiksen – le « sixième membre » d’Aerosmith depuis le milieu des années 90 – à la production et à la co-composition. L’ouverture à l’énergie punk « 54321 » prouve plusieurs choses : Buckcherry sait marquer ses entrées en matière et a toujours ce goût du festif et du refrain amoureux des autoradios. L’affect de Josh Todd pour la musique pop se comprend aisément tant celui-ci met un point d’honneur à faire de la ligne vocale un hameçon multifonctions. « So Hott » laisse paraître les influences seventies via ces grooves de guitare à la Led Zeppelin (on pense à « Immigrant Song » notamment). Buckcherry est toujours l’homme à tout faire du rock, prêt à embrasser l’école AC/DC le temps d’un « Hellbound » au binaire marqué et entraînant, sans oublier un refrain grisant donnant envie de s’époumoner en chœur.

Fait cocasse, « Gun », avec son groove au swing irrésistible, son phrasé vocal presque rappé et ses quelques arrangements de cuivres et d’harmonica, a tout de l’hommage à Aerosmith : pourtant, non seulement Marti Frederiksen n’y a pas participé, mais c’est même plutôt du côté de Cypress Hill qu’il faut en chercher l’une des influences premières… La polyvalence de Josh Todd permet à Buckcherry de tout balayer en restant lui-même, du nasillard et presque funky « No More Lies » au rejeton groovy des nineties « Junk » en passant par le langoureux « The Way ». Hellbound veut atteindre cette « dynamique » propre aux albums de rock de la grande époque. Celle qui nous fait remémorer les échauffourées de bar et les moments de fraternité virile aussi suants que douteux (le rock n’ roll belliqueux de « Here I Come »). Celle, aussi, qui nous renvoie face à nos désillusions juvéniles et nos amours purulents grâce à l’exercice de la ballade sur-jouée à la « The Way », avec son piano et sa sensibilité héritée des Beatles. Des émotions premier degré avec en ligne de mire un songwriting aux petits oignons. « Wasting No More Time » démontre tout le talent de Buckcherry pour articuler ses instrumentations et ses petits artifices autour des lignes de chant. De quoi faire naître l’un de ces moments propres au rock n’roll : une forme de mélancolie joyeuse, la capacité de faire coexister deux émotions contraires en conservant une forme de légèreté.

Hellbound voulait être varié : il l’est. Buckcherry est un groupe couteau suisse beaucoup trop amoureux du rock pour en épouser toutes les formes sans les respecter suffisamment. Il entretient les clichés pour nous rappeler leur force et ce qui fait la permanence du rock, sans cesse déclaré stagnant ou sur le déclin – y compris par Josh Todd lui-même, d’ailleurs. Quant à savoir si Hellbound sera plébiscité par ceux qui ont vu en Buckcherry de nouveaux messies du rock à ses prémices, il faudra du temps. Commode, car le rock semble toujours en avoir.

Clip vidéo de la chanson « Hellbound » :

Clip vidéo de la chanson « So Hott » :

Album Hellbound, sortie le 25 juin 2021 via Round Hill Records. Disponible à l’achat ici



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