ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Bukowski – Strangers


Bukowski n’est pas du genre à se laisser faire. On The Rocks (2015) avait été l’objet d’une gestion hasardeuse de la part de l’ancien label du groupe. Avec ce revers, couplé à des changements radicaux de line-up avec le départ du batteur Niko Nottey, remplacé en 2014 par Timon Stobart, et du guitariste Fred Duquesne parti rejoindre Mass Hysteria, Bukowski aurait pu accuser le coup de manière bien plus conséquente. Ce serait insulter leur faculté de résilience. Bukowski a accueilli Clément Rateau en tant que nouveau guitariste, et a eu recours au crowd-funding pour assurer l’auto-production de son nouvel album intitulé Strangers. Bukowski prend tout à bras-le-corps avec force, de quoi inspirer le respect.

Le groupe emmené par les frères Mathieu et Julien Dottel a décidé de revenir à ses fondamentaux en sollicitant à nouveau le concours de Francis Caste à la production et Mamzelle Mamath à l’artwork. Bukowski paraît ainsi vouloir revenir à une hygiène de travail fondée sur la spontanéité et qui surtout est uniquement le fruit des décisions du groupe, sans intermédiaire nocif. À nouveau, la méthode du crowd-funding devient la garantie de l’indépendance artistique (et n’est pas une manifestation de la cupidité de musiciens avides comme certains pseudo-experts de l’industrie musicale pourraient avancer…) et dans le cas de Strangers, on ne peut que s’en réjouir. Bukowski reste Bukowski, évidemment, seulement Strangers distille suffisamment de fraicheur pour attirer l’auditeur dans ses filets et surtout l’y maintenir. Le penchant stoner de la musique des Parisiens semble s’être progressivement effacé, laissant aujourd’hui la part belle à un vocabulaire emprunté au hardcore. Indéniablement, Strangers est bien plus incisif et brutal que son prédécesseur. Pourtant l’introduction de « Fact And Consequences » peut tromper son monde en prenant des airs de pseudo-ballade avant d’éclater, porté par un riff aussi tranchant que galvaniseur. Bukowski maîtrise parfaitement l’équilibre entre violence corrosive (Julien Dottel nous fait très largement profiter de son chant hurlé) et mélodies accrocheuses que le timbre de Mathieu Dottel se charge de restituer avec aisance. « Starless Night » ne s’embarrasse pas d’une entrée en matière progressive, on est plutôt dans l’effet explosif et chaotique d’un Dilinger Escape Plan le temps de quelques secondes. Bukowski amorce les débats sans tarder et communique sa volonté de ne pas tergiverser. Pour autant, « Starless Night » propose à mi-chemin une rupture radicale et enchaîne vers un moment de grâce, désabusé, mystérieux, presque langoureux, et se conclut en grande pompe. Il y a ainsi une pléthore de nuances dans la musique de Strangers. « Mater Dolorosa » introduit des sonorités de guitares (notamment les harmoniques de fin) et un rythme de basse sautillants quasi-inédits pour le groupe, qui parvient tout de même à nous gratifier d’un refrain rock burné et mélodique dont il a le secret.

C’est toute la réussite de Strangers, conserver l’intégralité de l’esprit Bukowski avec des touches ponctuelles qui évitent la redite, le tout effectué avec une vivacité bienvenue. Ce recours au lexique du hardcore sied parfaitement à la formation, à l’instar des passages les plus nerveux de « Haters » et autres gros riffs d’ « Idols », dont son final pied au plancher, qui se chargeront de muscler les nuques. Bukowski ne s’égare jamais, y compris lorsqu’il arpente des terres plus punk sur « The Middle Finger » et son côté désinvolte (avec un hommage à Prince en intro ?), ou lors d’escapades plus orientées sur le groove, telle que « Bad Habits » qui doit sans doute la réussite de son balancement à la participation de Clément Rateau, ancien guitariste de hip-hop. Mention spéciale à l’énergie déployée sur « Easy Target », titre faisant référence aux horreurs du Bataclan, d’une efficacité redoutable qui se mue en véritable catharsis.

Strangers est un album qui file droit sans être monotone. Bukowski n’a rien perdu de son impétuosité, le groupe bouillonne et on ne peut que s’en réjouir. Il y a toujours ce côté facile à appréhender dans la musique du quatuor, cette immédiateté liée à un songwriting parfaitement agencé. Le cinquième album des Parisiens nous permet de renouer avec la facette plus virulente du groupe et loin d’être décérébrée. Bukowski est son propre chef et Strangers démontre qu’il sait mieux que quiconque ce qu’il a à faire.

Clip vidéo de la chanson « Mysterious Smile » :

Album Strangers, sortie le 5 octobre 2018. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    The Night Flight Orchestra @ Lyon
    Slider
  • 1/3