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Chronique   

Bullet For My Valentine – Bullet For My Valentine


Bullet For My Valentine en a gros. Depuis ses débuts fulgurants avec The Poison (2005), la bande à Matt Tuck a toujours été sujette aux quolibets des « puristes » labellisant la musique des Gallois comme du « metal pour minets ». Un refus de l’intégration de refrains fédérateurs et mélodiques au sein d’une identité qui revendique son appartenance au heavy metal. Rien qui n’a empêché Bullet For My Valentine de réaliser une carrière exemplaire sur de nombreux points en cherchant à évoluer avec son temps. Gravity (2018) en était le dernier exemple, cherchant à émuler la recette de Bring Me The Horizon pour une réception mitigée. À croire que Bullet For My Valentine n’a lui-même pas été grandement convaincu par sa nouvelle orientation musicale (ce que Matt Tuck lui-même démentira). De quoi faire volte-face et livrer sa septième œuvre symboliquement intitulée Bullet For My Valentine en proposant la musique la plus violente qu’il ait composée à ce jour, une décision prise avant le début de la pandémie. Le Bullet For My Valentine 2.0 en revient aux fondamentaux avec la masse musculaire du quarantenaire conservée en prime.

Fait paradoxal, Bullet For My Valentine a de nouveau fait appel à l’ingénieur Carl Brown pour forger le son de l’opus, à l’opposé de Gravity. Sur ce plan, Carl Brown donne raison au groupe. Mis à part une batterie légèrement excessive, la production de Bullet ne trompe pas quant à la volonté des Gallois de tout emporter sur leur passage. « Parasite » s’ouvre astucieusement par un zapping radio des plus grands hits du groupe avant d’être submergé par un riffing thrash décomplexé et le growl de Matt. Car oui, Matt Tuck n’a jamais autant crié. « Parasite » laisse tout juste quelques phrasés mélodiques poindre lors d’un refrain qui arrive seulement dans la seconde moitié du morceau, à seulement deux reprises. L’essence se veut brutale et rien d’autre. « Knives » délaisse le rythme effréné pour une rythmique plus groovy sans réellement lever le pied. Bullet se plaît aussi à livrer quelques tempos lourds pour varier les plaisirs. Il y a même de quoi sourire lorsque le groupe décide de se laisser aller à des enchevêtrements de cris éraillés. Que les plus ardents défenseurs de la recette Bullet se rassurent, le groupe prend soin d’introduire quelques plages mélodiques plus assumées, à l’instar des couplets nuancés de « My Reverie », qui fleurent bon le milieu des années 2000. Le refrain de « No Happy Ever After » renoue avec les voix claires doublées pour le plus grand bonheur des aficionados des ondes édulcorées. Il y a toutefois toujours l’effort constant de « durcir » le ton, quitte à introduire des dissonances et des leads abrasifs là où le groupe aurait auparavant accentué la mélodie. L’art du gainage.

Bullet For My Valentine n’a pas pour autant complètement fait table rase de l’effort précédent. « Rainbow Veins » a recours aux samples mélodiques grandiloquents et aux chœurs qui permettent au groupe de remplir le cahier des charges « metal made in 2020 ». « Can’t Escape The Waves » est peut-être encore plus éloquent sur ce plan et démontre la faculté de la formation à construire de manière cohérente autour d’un refrain pour garantir une emprise émotionnelle. Autrement, Bullet For My Valentine donne l’impression de forcer sa brutalité. Les leads de « Bastards » se complaisent dans les clichés, « Shatter » adule les bends en accordage grave et « Paralysed » se perd dans un labyrinthe d’arrangements de guitares qui semblent se dérouler en parallèle de la musique. Comme si Michael Paget shreddait par devoir. Certes Bullet est brutal et démontre une dextérité indéniable. La puissance n’est pourtant rien sans inspiration et sans direction claire.

Ce Bullet For My Valentine « nouvelle ère » a davantage d’arguments qu’il y a trois ans : il est plus à l’aise lorsqu’il s’agit de multiplier les prouesses instrumentales et d’honorer les canons du heavy et du thrash par une approche contemporaine. Oui, Bullet For My Valentine est l’album le plus violent du groupe et, en tant que tel, il ne manquera pas de faire effet. Il souffre néanmoins d’une forme de surjeu, d’une volonté presque forcée de rentrer dedans pour se prouver à lui-même qu’il le peut encore. Comme si Bullet For My Valentine cherchait une crédibilité d’adulte, ce qu’il n’a pourtant pas besoin de faire. Sa septième œuvre implique de rechercher le mémorable dans le confus et l’effréné, ce qui n’est pas chose aisée.

Clip vidéo de la chanson « Rainbow Veins » :

Clip vidéo de la chanson « Shatter »:

Clip vidéo de la chanson « Parasite »:

Clip vidéo de la chanson « Knives »:

Album Bullet For My Valentine, sortie le 5 novembre 2021 via Spinefarm / Search & Destroy. Disponible à l’achat ici



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