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Interview   

Bullet For My Valentine sort l’artillerie lourde


S’il y a bien une période où les gens ont éprouvé – et éprouvent – un besoin de se défouler, c’est bien celle que l’on vit depuis un an et demi, et Bullet For My Valentine pourrait bien offrir à ses fans le punching-ball dont ils ont besoin. Portant sobrement le nom du groupe, le septième album des Gallois est ce qu’on peut communément appeler « une mandale dans la tronche ». Presque diamétralement opposé à la direction prise sur Gravity (2018), Bullet For My Valentine mise sur des riffs et vocaux à décaper les tympans, même si la mélodie n’est pas non plus totalement abandonnée.

A vrai dire, à en croire Matt Tuck, il n’y a pas vraiment d’arrière-pensée, Bullet For My Valentine fait ce qu’il a toujours fait : suivre son instinct et ses envies du moment. Plus que jamais même, puisque toujours d’après lui : « C’est ce moment où nous n’avons rien fait d’autre qu’être nous-mêmes. » D’où l’étiquette que le groupe lui donne de Bullet 2.0. Et pour marquer cette nouvelle ère, le groupe inaugure en parallèle l’Army Of Noise, une communauté de fans qui peut entrer en lien direct avec le groupe via la page Patreon de même nom. Nous parlons de tout ceci avec le frontman.

« On fait ce qu’on fait avec le cœur parce qu’on y croit et c’est ce qu’on veut faire. On ne se soucie pas des chroniques et des commentaires, ça n’a aucune pertinence quand on fait partie d’un groupe. On ne devrait jamais laisser ça faire obstacle à sa créativité. »

Radio Metal : Vous avez commencé à composer l’album en septembre 2019, avant que la pandémie ne mette tout à l’arrêt début 2020. Puis vous vous y êtes remis en juin 2020. Du coup, comment la pandémie a-t-elle affecté le processus et qu’avez-vous fait durant la période intermédiaire ?

Matt Tuck (chant & guitare) : Ça l’a affecté dans le sens où nous ne pouvions pas nous réunir pour faire ce que nous voulions faire ensemble. Ça ne nous a pas empêchés de faire des choses individuellement, ni d’avancer sur les démos des chansons que nous avions déjà écrites en 2019. Nous étions l’un des groupes qui ont eu la chance d’avoir déjà pris la décision de faire une pause en 2020 pour composer et enregistrer un album, donc ça ne nous a pas énormément affectés en termes de planning de tournée, de deadline ou quoi que ce soit de ce genre. Ça n’a pas trop chamboulé les choses pour nous, heureusement. C’était plus une gêne et ça nous a forcés initialement à composer à distance et individuellement plutôt qu’ensemble dans une pièce, jusqu’à ce que les restrictions soient assouplies durant l’été et que nous puissions nous y remettre.

Est-ce que votre état d’esprit a changé entre les sessions de composition initiales en septembre et le moment où vous vous y êtes remis en juin 2020 ?

Pas vraiment, parce que nous avons pris la décision de prendre de l’avance sur la direction de l’album en 2019. Nous n’avons pas ressenti de pression ou d’inquiétude par rapport à ce qui se passait et ce que nous étions en train de faire. Nous savions déjà ce que nous faisions et la direction que ça prenait, donc il s’agissait juste d’être patients jusqu’à la levée des restrictions pour pouvoir nous réunir. Dans ma tête, j’étais très concentré et motivé pour utiliser au mieux les confinements et continuer à composer chez moi. Evidemment, c’était une période très incertaine, mais comme je l’ai dit, nous n’avions pas à nous soucier de quoi que ce soit, si ce n’est de composer l’album et de rester en sécurité. L’état d’esprit était d’être impliqué et prêt à terminer cet album, peu importe le temps nécessaire.

Avec cet album, Bullet For My Valentine montre son côté le plus féroce. Tu as dit que la direction avait déjà été établie avant la pandémie, mais penses-tu que ce soit aussi le résultat d’un contexte féroce que l’on vit tous ?

C’est possible. C’est difficile à dire parce que je ne fais que créer, m’amuser et faire ce que je fais en tant que compositeur. Je n’ai pas du tout l’impression que le groupe – et moi-même – était dans un état d’esprit colérique et négatif. En fait, c’est tout l’opposé. Je pense que le fait de composer la musique et d’avoir cette direction a rendu les choses très amusantes. D’un point de vue composition, indépendamment de ce qui était en train de se passer partout dans le monde avec le Covid-19 et tout, c’était probablement l’album le plus amusant à écrire et à faire, justement parce qu’il était vraiment féroce. Il y avait quelque chose dans son intensité qui a eu un effet hyper positif sur nous au sein du groupe et qui nous a mis de très bonne humeur. C’est étrange que quelque chose d’aussi furieux et agressif puisse avoir un effet aussi positif sur les gens, mais c’est un peu ce que nous avons ressenti quand nous étions en train de le composer et c’est toujours ce que nous ressentons aujourd’hui.

Tu as déclaré que ce nouvel album « ne pouvait pas plus contraster avec Gravity. » Et en effet, c’est un album très différent. Est-ce que ce pourrait être une réaction à Gravity ou même aux critiques qu’il a eues, qui était parfois un peu mitigées ?

Nous avons abordé cet album exactement de la même manière que Gravity. Nous n’avons pas laissé les succès ou les échecs précédents – peu importe comment on veut appeler ça – influencer la direction que prend ce groupe. Nous ne l’avons jamais fait. Nous ne le ferons jamais. Cette fois, ça sortait comme ça sortait. Ce n’était pas du tout une réaction à Gravity. Pour moi, en dehors de ce nouvel album, Gravity est mon album préféré parmi tous ceux que nous avons écrits. Je trouve que c’est un album joliment construit et exécuté. Ce n’est pas ce à quoi les gens s’attendraient traditionnellement, mais il n’a pas été conçu pour. Encore une fois, nous étions dans l’instant présent dans le groupe et en tant que compositeur, je suis sûr qu’il représente mon état d’esprit du moment. Je ne résiste jamais à mon instinct naturel quand il me pousse à faire quelque chose musicalement. Je fais toujours avec. Je pense que surfer sur la vague est toujours la meilleure pratique à avoir. Nous savions, y compris lors de la phase de démo de Gravity, que nous allions faire grincer des dents et que certaines personnes n’allaient pas le comprendre ou l’aimer. Nous en avions bien conscience avant même de le sortir, mais ce n’est de toute façon pas le but quand on est dans un groupe et qu’on est un compositeur. On fait ce qu’on fait avec le cœur parce qu’on y croit et c’est ce qu’on veut faire. On ne se soucie pas des chroniques et des commentaires, ça n’a aucune pertinence quand on fait partie d’un groupe. On ne devrait jamais laisser ça faire obstacle à sa créativité. Cette fois, c’était la même attitude. C’est juste que musicalement, il y a un grand contraste entre les deux albums et c’est assez évident, mais j’adore ça. Je trouve que ça montre une vraie intégrité en tant que compositeur. Nous prenons les choses comme elles viennent. Nous faisons avec ce qui nous excite sur le moment. Ce n’est clairement pas une réaction, mais je peux comprendre pourquoi les gens le penseraient, à cause du contraste entre les deux.

« Quand on écrit des paroles, c’est délicat parce qu’on a envie de mettre ses émotions, son cœur et son âme dans les textes, mais le faire pour chaque chanson de chaque album, c’est impossible. On ne peut pas écrire des trucs qui ont du sens à chaque fois. »

Il se trouve qu’en 2019, à l’origine, tu as décrit l’album comme le « sale rejeton de Venom et Gravity ». Au final, il n’a pas grand-chose à voir avec Gravity…

Si tu écoutes une chanson comme « Rainbow Veins », par exemple, on retrouve tous les éléments d’ambiance sonore qui étaient dans Gravity. On retrouve aussi beaucoup ça dans une chanson qui s’appelle « Can’t Escape The Waves ». Nous avons utilisé un certain nombre d’effets de guitare et de sons qui étaient les mêmes que sur Gravity. Il y a un léger fil conducteur. Après, c’est quelque chose que j’ai dit en 2019, donc évidemment, ce n’est pas à cent pour cent juste. C’était il y a deux ans maintenant, avant même que nous ayons écrit tout l’album. Tout dépend de ce qu’on me demande à un moment donné et de ce que j’ai à ce moment-là ; encore une fois, en vivant dans l’instant, je donne aux gens l’information que j’ai sur le moment sur les chansons et la créativité. Si on m’avait posé la question l’an dernier, j’aurais dit que c’est l’album le plus intense que nous ayons jamais fait et que selon moi, il n’y a aucune référence à nos albums passés, que ce soit Gravity, The Poison ou autre. Il ne renvoie pas vraiment à l’histoire du groupe et c’est un peu la raison pour laquelle nous avons voulu le nommer Bullet For My Valentine, parce qu’il donne l’impression d’être tout neuf, excitant et confiant. C’est pour ça aussi que nous voulions faire une déclaration en parlant de Bullet 2.0. J’ai l’impression que le groupe est de nouveau là où il doit être sur les plans créatif et musical, et ça fait beaucoup de bien. Nous avons l’impression de recommencer le groupe et c’est excitant.

D’un autre côté, vous avez continué à travailler avec Carl Brown. Qu’est-ce qui vous a fait dire que Carl pouvait aussi être la bonne personne pour travailler sur un son opposé au précédent ?

Carl est un gars extraordinaire. C’est un producteur et un ingénieur super talentueux. Il laisse le groupe et l’artiste être ce qu’ils veulent être. Il ne s’implique pas dans la direction musicale ou dans la composition. Il est seulement là pour le processus et s’assurer que ce qu’il entend correspond à ce que le groupe veut proposer et il essaye d’empêcher le groupe de se disperser. Peu importe que ce soit un album intense comme celui-ci ou un truc un peu plus expérimental comme Gravity. Il est là avec toi jusqu’au bout et il comprend ce que tu veux faire avec ta musique. C’est pourquoi nous adorons Carl, il fait partie de l’équipe et de la vision, et en matière de son, je ne pense pas que d’autres gens aujourd’hui dans l’industrie musicale, surtout dans le hard rock et le metal, obtiennent des albums qui sonnent mieux que lui. Je ne le crois pas tout du tout. Nous avons fait faire des mix de test pour cet album. Nous avons fait mixé une chanson par huit ou neuf personnes et nous avons écouté les résultats sans savoir qui c’était et à chaque fois, nous choisissions le mix de Carl. Pour Gravity, nous avions fait pareil. Nous avions fait un tas de mix à l’aveugle et nous avons choisi Carl. Cette fois, ce n’était pas différent. Si je me fie à mes oreilles, il est largement au-dessus de ceux qui mixent des albums de metal aujourd’hui. Pour nous, c’est du gagnant-gagnant.

D’après toi, il y a probablement soixante pour cent de chant agressif, quarante pour cent de chant clair, et c’est la première fois que vous avez ce ratio. Qu’est-ce que ça a impliqué pour toi de chanter avec autant d’agression et d’intensité ?

Il est clair que ça a rendu l’enregistrement du chant beaucoup plus difficile. Ce n’est pas simple à faire. Le côté physique qu’implique de faire un album intense comme celui-ci n’est pas une tâche facile. Il faut être prêt à suer, à être fatigué, etc. Ceci étant dit, ça reste un album qui a été très amusant à enregistrer pour la même raison. Ce n’était que de l’énergie et de la performance pures. Je ne devais pas trop me soucier de faire des prises parfaites. Il s’agissait juste d’y aller et de capter quelque chose d’énergique, de brut, de très concentré et d’agressif. Et c’est ce que nous avons fait. C’est toujours un défi d’être chanteur dans un groupe de metal. C’est un boulot difficile, mais cette fois, comme le ratio était nettement plus en faveur du côté agressif, ça a fait que c’était encore plus difficile mais aussi plus marrant. Je peux me laisser aller un peu et m’éclater.

Est-ce que tu te mets dans un état d’esprit particulier ? Penses-tu à des choses spécifiques pour faire ressortir cette colère et cette intensité ?

Non, c’est même tout l’opposé. Il s’agit de se concentrer sur la technique, la respiration et le fait d’être un chanteur. Ce n’est pas simple là non plus. On ne peut pas y aller et laisser l’énergie et l’émotion prendre le dessus sur soi, surtout avec une chanson très personnelle. Parfois, ça fonctionne et parfois pas. La dernière chose que tu veux quand tu enregistres un album en tant que chanteur, c’est de bousiller ta voix au bout de deux chansons dans une session de quatorze qui peut durer plusieurs semaines. Donc je me concentre sur ma préparation, je vois si ma voix se porte bien et je ne fais rien de stupide qui pourrait faire foirer les deux ou trois prochains jours.

Même question à propos des parties instrumentales qui sont assez heavy et techniques : avez-vous dû répéter plus et être mieux préparés pour le studio ?

Non, pas vraiment. Musicalement, nous avons fait ce que le groupe est capable de faire et nous n’avions pas peur de pousser un peu. Individuellement, mon groupe est constitué de musiciens incroyables. Tous ensemble, nous formons un groupe plutôt correct aujourd’hui. C’est quelque chose dont nous sommes très fiers. Encore une fois, pour revenir à Gravity, cet album était centré sur la composition, le son, le chant, les textes, etc. Cette fois, c’était : « Tu sais quoi ? On est des putains de musiciens de dingue. Allons-y. Donnons aux gens ce qu’ils veulent et montrons leur ce qu’on est capables de faire. Donnons-leur tout, en sortant l’arsenal. » Ça n’a pas nécessité plus de préparation. Ça a juste nécessité de la concentration et de l’énergie pour obtenir ce résultat et frimer [rires]. C’est ce qu’est cet album : une démonstration.

« Le fait de se faire claquer la porte au nez parce qu’on est un groupe heavy n’a jamais eu de sens pour moi. Je pense que les gens en ont toujours voulu et eu besoin. »

Les textes eux-mêmes sont assez féroces. As-tu pris cette musique comme une occasion de te défouler avec les paroles aussi ?

Qu’il s’agisse du groupe ou du compositeur, nous faisons toujours d’abord la musique. Nous avions la bande-son prête pour la plupart des chansons avant que je commence à écrire les textes et mélodies. Les instrumentaux étaient ce qu’ils sont, sans le chant évidemment. Ils étaient intenses, ils étaient agressifs, ils étaient rapides, ils étaient techniques. Ça m’a excité en tant que chanteur et parolier de partir en vrille, d’être furieux et haut en couleur, et simplement de poser des paroles et des performances vocales en adéquation avec les instrumentaux. Vu que j’avais la bande-son, avec la musique qui avait été écrite en premier, et qu’on traversait une pandémie avec toute cette anxiété, du genre : « Qu’est-ce qui va arriver au monde ? Où est la musique ? L’industrie de la musique live est foutue », j’étais là : « Tu sais quoi ? Ecrivons des paroles violentes et faisons ressortir de l’agressivité parce que je pense que les gens vont avoir envie d’écouter de la musique agressive, de se défouler, chanter en chœur et évacuer cette agressivité refoulée que le monde a contenue pendant l’année et demie passée. » J’y suis allé et j’ai voulu secouer les oreilles des gens avec ma voix, et je pense que c’est ce que nous avons fait. Avec un peu de chance, quand les gens l’entendront, ils comprendront que c’est un album agressif et qu’il a été conçu pour. C’était toute l’idée.

Plus spécifiquement, quels sont les thèmes et sujets sur lesquels tu as eu envie de crier ?

Ce sont juste des choses que j’ai déjà abordées par le passé. Quand on écrit des paroles, c’est délicat parce qu’on a envie de mettre ses émotions, son cœur et son âme dans les textes, mais le faire pour chaque chanson de chaque album, c’est impossible. On ne peut pas écrire des trucs qui ont du sens à chaque fois. Avoir un éventail de sujets et essayer de sortir de sa zone de confort à chaque chanson, c’est très difficile quand on a écrit des centaines de chansons. C’est très difficile de trouver quelque chose d’unique. Je me suis fié à ce que je ressentais. Comme je l’ai dit, plein de chansons sur cet album parlent du fait de se sentir perdu, d’avoir l’impression de ne pas savoir où vont les choses. Il y a des chansons sur la santé mentale et l’automédication pour supporter les moments difficiles. Il y a des chansons qui parlent de lâcher prise sur le passé. J’essayais de faire en sorte de pouvoir m’identifier autant que possible à tout ce que j’écrivais, et mais même si ce n’est pas le cas, en tant que compositeur et parolier, j’ai toujours eu cette capacité de faire fonctionner les choses et les rendre hautes en couleur. Et je sais que même si je ne fais qu’écrire, il y aura des gens qui s’y identifieront d’une certaine manière. Quand on fait ce métier depuis aussi longtemps, essayer de faire en sorte que chaque chanson se démarque et soit unique est très difficile. La solution pour contourner ce problème, c’est de chanter ce qu’on a en tête sur le moment. Encore une fois, on en revient à ce que je disais sur le fait d’écrire dans l’instant présent, ne pas résister à ce qui vient naturellement. Et cette fois, il n’y a pas de surprise.

Fut un temps où, pour avoir du succès, les groupes de metal devaient adoucir leur son et devenir plus mélodiques – ou en tout cas, on le croyait. Maintenant, on dirait que c’est un peu l’inverse, les gens sont demandeurs d’albums agressifs. Comment analyses-tu ceci ?

Je pense que par le passé, c’était simplement dû à ce qu’était l’industrie musicale et à la manière dont la pop était populaire tandis que d’autres types de musique ne l’étaient pas. Au début, pour nous, même si nous faisions les choses comme nous le voulions et que nous composions nos chansons sans nous soucier de savoir si elles étaient heavy ou mélodiques, nous nous en fichions, nous faisions ce que nous faisons toujours, il y avait quand même toujours ce truc dans un coin de nos têtes et des gens qui disaient : « Peut-être que vous devriez adoucir un peu. Ça pourrait passer à la radio. » Nous ne nous en préoccupions pas. Nous n’avons pas voulu être dans un groupe de metal pour passer à la radio. Les deux ne s’additionnent pas vraiment. Avec le temps, au cours des dix à quinze dernières années, l’amour de la musique heavy et intense a grandi, en partie grâce à des groupes comme Slipknot qui sont capables de composer du heavy metal incroyablement intense et viscéral, mais en mélangeant ça à des refrains explosifs, hymniques et mélodiques. Ce sont de super chansons. Je pense que c’est grâce à des groupes comme Slipknot, Avenged Sevenfold et nous aussi ; nous sommes un paquet à être parvenus à ne pas en démordre, à jouer de la musique heavy, tout en faisant une longue carrière avec ça. Je pense que c’est la meilleure façon de faire. C’est étrange que la musique mainstream commence à nous inclure, mais c’est une belle chose aussi. Ça a mis du temps. Ça n’aurait jamais dû être autrement, mais c’est cool. Je suis content qu’on entende tout le temps des gros groupes comme Slipknot ici au Royaume-Uni à la radio. C’est dingue quand on entend ça, genre : « Putain ouais ! Allez les gars ! » Il y a une forme de camaraderie qui est extraordinaire. Le fait de se faire claquer la porte au nez parce qu’on est un groupe heavy n’a jamais eu de sens pour moi. Je pense que les gens en ont toujours voulu et eu besoin. Pour je ne sais quelle raison, les radios et chaînes de télé grand public trouvent que c’est trop agressif, violent ou je ne sais quoi. Ça ne l’est pas. Ça fait quinze ans que nous sommes dans un groupe de metal et que nous avons le public que nous avons, et il n’y a rien d’autre que de l’amour et de la positivité. Donc je ne sais pas, ce sont juste des gens qui ne comprennent pas.

« J’ai toujours mes pieds fermement sur terre. Je viens d’un tout petit village gallois. J’ai eu une éducation très modeste. Je n’ai pas vraiment changé en tant que personne. »

Tu en parlais tout à l’heure, pour justifier le fait d’appeler l’album Bullet For My Valentine, tu as dit que ceci était « le début de Bullet 2.0 ». Cependant, on dirait que Bullet For My Valentine s’est réinventé plusieurs fois par le passé. Donc qu’est-ce qui fait la différence maintenant par rapport aux réinventions passées ? Pourquoi est-ce qu’il justifie l’étiquette « 2.0 », à l’inverse d’albums passés comme Temper Temper ou Gravity ?

Parce qu’en repensant aux albums passés et en étant honnête, je ne pense pas qu’ils méritaient ce titre. Encore une fois, c’était des instants dans l’histoire du groupe, sur les plans créatif et musical. Nous avions conscience en écrivant certains trucs que peut-être ça n’allait pas être aussi bien reçu que d’autres choses que nous avons faites par le passé, mais ce n’est pas une raison pour revenir en arrière, revisiter le passé et essayer de le recréer. Ce n’est pas être fidèle à ses principes. Je trouve que cet album, c’est ce moment où nous n’avons rien fait d’autre qu’être nous-mêmes. Je pense que cet album se distingue grâce à ça. Ça donne l’impression que tout est connecté à nouveau, musicalement, personnellement et sur le plan créatif. On dirait que c’est un nouveau départ. C’est dur à expliquer parce qu’évidemment, quand on n’est pas dans le groupe, ce n’est pas évident de comprendre, mais nous sommes dans une très bonne période aujourd’hui. Nous trouvions que c’était le bon moment pour mettre ce cachet qui dit : « Ceci est Bullet For My Valentine. »

Tu as qualifié cet album de « déclaration » et dit que vous lâchiez le passé pour repartir de zéro. Les groupes ont tendance à revenir à leurs racines à un moment donné de leur carrière, mais vous, vous avez décidé de lâcher le passé. Est-ce que ça veut dire aussi que vous ne vous reconnaissez plus forcément dans les musiciens et le groupe que vous étiez sur The Poison ou Scream Aim Fire ?

Je suis toujours la même personne. C’est dur quand tu as des albums qui explosent aussi tôt dans ta carrière. Tu prends les choses pour acquises et tu crois que le monde est comme ça. A mesure que les choses progressent avec le temps, tu es sur cette énorme pente ascendante et puis ça s’arrête, ça stagne, ça plonge, ça remonte, etc. J’ai l’impression d’avoir beaucoup appris au cours des quinze-vingt dernières années avec le groupe. J’ai l’impression que maintenant c’est le bon moment pour embrasser tout ce qui m’a amené ici avec le groupe. J’aime tout ça. J’apprécie. Je l’accepte. Mais j’ai toujours été concentré sur le futur et je me sens bien avec la position du groupe aujourd’hui, c’est excitant. Je pense que nous avons retrouvé nos repères et notre identité, après être passés par plusieurs membres et tout. Ça fait du bien. Lâcher le passé n’est pas quelque chose de négatif et ça ne veut pas dire non plus qu’on ne reconnaît pas le passé, c’est plus une question de l’accepter et de l’apprécier pour ce qu’il est, et de se concentrer sur l’avenir.

Comment décrirais-tu les différences entre Matt Tuck en 2004-2005 et celui d’aujourd’hui ?

Je suis simplement beaucoup mieux dans ma peau et beaucoup plus à l’aise en tant qu’humain. Je comprends mieux l’industrie musicale. Je comprends ce que c’est que d’être dans un groupe, en tournée et de vivre toutes ces expériences extraordinaires. J’ai toujours mes pieds fermement sur terre. Je viens d’un tout petit village gallois. J’ai eu une éducation très modeste. Je n’ai pas vraiment changé en tant que personne. J’ai un peu mûri et évolué pour devenir qui je suis aujourd’hui grâce au gars que j’étais. Je suis toujours aussi motivé que jamais pour être le meilleur possible en tant que compositeur et pour que Bullet For My Valentine soit le meilleur possible. Je suis encore concentré là-dessus, comme je l’ai toujours été, mais je suis juste un peu plus vieux, un peu plus sage et j’ai un peu plus l’expérience du monde et de la vie. Autrement, je suis exactement la même personne.

Penses-tu qu’un nouveau Bullet For My Valentine signifiait aussi un renouvellement en termes de sources d’inspiration ?

J’aimerais le croire. Le plus dur, c’est de trouver cette inspiration qui te donnera envie de composer. Quand tu n’es pas inspiré et que tu n’as rien à dire, ça rend ce travail très difficile parce que je n’ai pas envie de composer pour composer. Ça m’arrive de le faire, parfois c’est super et parfois c’est nul à chier. Ayant l’expérience de la vie – et de ma vie –, à quarante et un ans maintenant, je pense qu’il y aura toujours de l’inspiration à prendre à un moment donné. Il faut juste parfois creuser profondément et trouver les petites pépites dont on a envie de parler.

Y avait-il des groupes que vous contempliez, en tant qu’inspiration, durant la réalisation de cet album ?

Non, pas vraiment, et je ne dis pas ça de manière négative. Quand je compose un album de Bullet, je me coupe du monde. Je n’écoute pas de musique. Je ne m’engage dans rien de créatif en dehors du fait d’essayer d’être naturel et à cent pour cent honnête avec ce qui me vient en tant que compositeur. Je n’aime pas laisser des influences extérieures se glisser dans ce que je fais. Dans mon approche de la réalisation d’un album, je me détache de la musique et ce genre de chose. Je n’ai rien envie de faire d’autre que de me concentrer sur ce que j’essaye de faire.

« L’interaction, surtout avec les nouveaux fans et la plus jeune génération, est en train de plus en plus de devenir essentielle parce qu’ils s’y habituent et pensent que c’est comme ça que le monde fonctionne. »

En septembre 2020, Padge a dit que vous aviez vingt chansons composées. Au final, on n’en retrouve que dix dans l’album. Est-ce que ça veut dire que vous avez encore l’équivalent d’un album de musique ou est-ce que ces chansons ne sont tout simplement pas au niveau ?

Je ne dirais pas qu’il reste l’équivalent d’un album, mais je pense que nous avons six chansons en rab dont nous sommes super contents. Nous en avons mis quelques-unes de côté exprès parce que nous voulons qu’elles aient une mise en lumière après la sortie de l’album. Il y a des choses excitantes. L’album n’est même pas encore sorti, mais quand ce sera le cas, et j’espère que les gens l’aimeront, il y aura plein de trucs en plus qui arriveront dès que nous retournerons sur les routes. Il nous reste plein de choses, dont une grande partie qui aurait facilement pu être sur l’album, mais nous avons choisi de ne pas les mettre. Ce sont presque des post-singles pour qu’ils ne se perdent pas sur l’album et dans les playlists. Nous avons essayé d’opérer de manière stratégique pour que ces morceaux soient valorisés une fois l’album sorti. Je pense que nous allons devoir étendre le cycle de tournée parce qu’apparemment, nous n’allons pas aller dans beaucoup d’endroits de sitôt à cause de cette merde de Covid-19. Je pense que le fait d’avoir beaucoup de contenu musical en poche, prêt à être utilisé, est probablement la chose la plus intelligente que nous puissions faire pour essayer d’avancer et d’entretenir l’intérêt des gens, car ces derniers ont une capacité d’attention limitée de nos jours.

Le 11 juin 2021, vous avez dévoilé votre page Patreon, qui s’appelle The Army Of Noise. De plus en plus de groupes vont sur Patreon et d’autres plateformes. Penses-tu que la pandémie a accentué un besoin de se rapprocher des fans ?

Je pense que pour nous, c’est ce qui nous a fait franchir le pas. C’est quelque chose auquel nous avons résisté pendant un temps, simplement parce que dans ma tête, ça me paraissait être beaucoup de boulot. Mais ensuite, dès que nous en avons parlé au management et aux gens de Patreon, ils étaient là : « Voici en réalité ce que ça vous demandera. » Evidemment, la pandémie est arrivée et c’était probablement une bonne occasion de faire du contenu exclusif et de s’impliquer avec les fans qui sont là depuis le début. Ce truc de Patreon, c’est purement pour les fans. Les gens ne vont pas y souscrire s’ils n’adorent pas le groupe. Donc pour nous, quitte à le faire, autant le faire comme il faut. Nous avons essayé de proposer le meilleur contenu que nous pouvions. Nous avons enregistré tout le processus de l’album en studio. Nous avons essayé de rendre ça aussi énorme et personnel que possible pour les gens qui veulent faire partie de la communauté. C’était très amusant et gratifiant. Nous avons beaucoup de super retours de nos fans. Nous sommes partis là-dessus maintenant, nous sommes convaincus. C’est bien. Ça nous tient occupés. Ça maintient l’engagement des fans et ils apprécient beaucoup. Et c’est super, c’est vraiment tout ce que nous voulons.

Penses-tu que l’indépendance et le fait de retirer les intermédiaires entre les groupes et les fans soient l’avenir ?

Tout dépend de qui on est et de comment on veut s’adapter à ce type d’interaction. Je ne sais pas, c’est difficile à dire. Comme je l’ai dit, nous n’étions pas contre mais nous ne trouvions pas que ce soit nécessaire, et ensuite on nous a fait changer d’avis. Je pense que l’interaction, surtout avec les nouveaux fans et la plus jeune génération, est en train de plus en plus de devenir essentielle parce qu’ils s’y habituent et pensent que c’est comme ça que le monde fonctionne. Je pense que c’est ainsi que les choses seront à l’avenir pendant un bon bout de temps.

Au-delà de la page Patreon, qu’est-ce que l’Army Of Noise pour toi ?

L’Army Of Noise est une communauté que nous sommes en train de créer, c’est un gang, c’est une équipe. Ce sont les gens qui adorent ce que nous faisons et veulent nous suivre dans notre aventure. Ce sont les gens que nous allons emmener avec nous dans ce voyage. L’Army Of Noise, pour nous, ce sont les fans purs et durs. Ceci dit, je ne pense pas que ça les démarque des fans des autres groupes, c’est juste qu’ils aiment notre musique plus que celle de n’importe quel autre groupe [rires]. Ça me suffit. C’est très flatteur de savoir que nous sommes le groupe préféré de plein de gens. Il n’y a rien de plus gratifiant que ça, c’est un sentiment merveilleux.

Vous vous préparez à commencer la tournée en octobre, je crois. A quoi vous attendez-vous après près de deux ans de pandémie ?

Je ne sais pas, il y a encore un peu d’angoisse parce que c’est de la musique live et je pense que les gens ont encore un peu peur de se retrouver dans une salle pleine avec des milliers de gens. On le ressent ici au Royaume-Uni, c’est certain. Mais ce sera amusant et excitant. Nous allons nous y atteler, monter sur scène et faire ce que nous faisons de mieux. Avec un peu de chance, rien n’interfèrera entre maintenant et le moment où ça se fera, car il y a déjà plein de rumeurs sur des confinements et toutes ces conneries… Donc je ne sais pas. Nous abordons ça avec un engagement total, comme toujours. Croisons les doigts pour que rien ne se mette en travers du chemin. On devrait passer un bon moment si tout va bien. Nous allons nous concentrer là-dessus et avec un peu de chance ça ira.

Interview réalisée par téléphone le 30 septembre 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Bullet For My Valentine : bulletformyvalentine.com

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