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Interview   

Dans le bunker de Marduk


Marduk, c’est près de trente ans de black metal fait à leur manière, souvent brutal et guerrier, mais toujours avec conviction, et un brin punk dans l’état d’esprit DIY adopté. Car depuis quelques années, Marduk a la main sur tous les aspects de sa production musicale, grâce notamment au bassiste Devo et son Endarker Studio où le groupe confectionne ses disques en toute quiétude, dont Viktoria, dont la mise à feu est prévue pour le 22 juin prochain.

Avant de parler un peu plus du contenu de l’album, nous vous proposons un petit tour dans le bunker où Marduk prépare son arsenal. Morgan Håkansson, guitariste, membre originel et tête pensante du combo suédois, est votre guide.

« Nous sommes vraiment le genre de groupe à tout bricoler nous-mêmes aujourd’hui ; nous nous occupons de tous les aspects. Je pense que c’est la bonne façon de travailler parce que personne ne sait mieux que nous, qui travaillons dessus, de quoi ça doit avoir l’air ou comment ça doit sonner. »

Radio Metal : Viktoria a été produit, conçu, mixé et masterisé par le groupe au Endarker Studio de Devo, le bassiste du groupe. Penses-tu que c’est ce qui rend Marduk aussi intransigeant et authentique que possible : le fait que personne d’autre en dehors du groupe ne soit aujourd’hui impliqué dans votre musique ?

Morgan Håkansson (guitare) : D’une certaine façon, je serais d’accord avec toi parce que, comme je le dis généralement, nous avons écrit la musique, nous avons écrit les paroles, nous connaissons les thèmes traités dans l’album… Je veux dire que nous avons travaillé dans ce groupe pendant si longtemps que nous savons quel paysage sonore nous voulons. Notre bassiste possède le studio, il s’occupe de l’engineering, du mixage et du mastering. Notre chanteur fait la mise en page du livret. Donc nous sommes vraiment le genre de groupe à tout bricoler nous-mêmes aujourd’hui ; nous nous occupons de tous les aspects. Je pense que c’est la bonne façon de travailler parce que personne ne sait mieux que nous, qui travaillons dessus, de quoi ça doit avoir l’air ou comment ça doit sonner. Ça ne me dérangerait pas s’il y avait quelqu’un en particulier avec qui nous aimerions travailler, je le ferais. Il me semble que nous avons fait trois albums aux studios Unisound et Hellspawn, et ensuite nous avons fait quatre ou cinq albums avec Peter [Tägtgren] dans son studio, et maintenant ça fait quatre ou cinq albums avec Devo. Je ne vois pas pourquoi on ne referait pas quelque chose à l’avenir avec quelqu’un d’autre ; rien n’est prévu là tout de suite mais on ne sait jamais. Mais pour le moment dans ce groupe, nous avons ressenti que c’était la manière de travailler par excellence, nous nous sentons très confiants et savons comment nous voulons que ce soit. Alors pourquoi devrions-nous laisser quelqu’un d’autre s’immiscer et nous dire quoi faire quand nous savons déjà ce que nous voulons ? Pour le moment, je ne crois pas que nous ayons un quelconque besoin de travailler avec des producteurs ou autre.

Même si vous avez fait appel à des ingénieurs extérieurs par le passé, vous autoproduisez vos albums depuis le premier jour, ce qui n’est pas si commun…

Ouais, nous avons toujours eu cette manière de penser, nous voulons contrôler ce que nous faisons. Au début du groupe, nous ne savions pas très bien, je suppose. Nous nous contentions d’y aller et nous exécuter, et nous le faisions par nous-mêmes, et nous confions le mixage à un gars. Lorsque nous étions jeunes, nous avons fait notre cassette démo, et pour le premier album, nous avons fait comme nous pouvions, car aucun de nous n’avait d’expérience dans de grands studios. Il y a donc des choses à cette époque qui ne se sont peut-être pas passées comme nous les aurions faites aujourd’hui, mais ça fait partie de l’histoire, ça fait partie de notre développement personnel. On apprend des choses au fil de notre carrière ou peu importe ce qu’on fait. On apprend au fil des années au sujet de ce qu’on veut obtenir, à tous les niveaux. C’est donc un bon apprentissage, quoi qu’il en soit.

Penses-tu que lorsque Devo est revenu en 2004, et que vous avez fait l’album Plague Angel, avec ses compétences et son propre studio, que c’était un tournant pour Marduk en ce qui concerne l’enregistrement, par rapport à avant quand vous deviez vous rendre dans le studio de quelqu’un d’autre ?

Je ne pense pas que ce soit un tournant mais je dirais que ça nous a facilité les choses. Vu que nous avions aussi vécu un grand changement de line-up à l’époque, nous nous sentions vraiment bien dans notre ville d’origine et à aller au studio quand nous étions d’humeur, au lieu de partir et à avoir à travailler pendant un mois. Maintenant nous pouvons diviser le temps de studio et travailler quand nous sommes vraiment concentré et dans le bon état d’esprit pour. Ça c’est un tournant, le fait de travailler ainsi, je dirais, mais pas de façon globale. Nous avons décidé juste après World Funeral que nous allions changer de studio mais nous ne savions pas pour lequel. En fait, juste avant que nous enregistrions Plague Angel, nous avons changé de chanteur, nous avons été au studio de Devo et avons fait des essais d’enregistrement sur sept chansons qui plus tard se sont retrouvées sur Plague Angel. Nous avons dû essayer le studio pour voir si ça nous convenait. En fait, nous étions à nouveau en contact avec Devos depuis… Evidemment, il a joué avec nous de 92 à 94 mais au fil des années, nous avons repris contact et il a fait du mastering pour moi, et je pense que son studio fonctionnait très bien déjà à l’époque, donc c’était une très bonne chose de retravailler avec lui, et revenir dans son studio. Donc c’est une super combinaison.

« J’aime les batteries réalistes, car sur beaucoup d’albums récents, ça sonne comme des bidons en plastique et je n’aime pas ça. J’aime un bon son de batterie traditionnel, comme par exemple sur Piece Of Mind d’Iron Maiden, cet album a le parfait son de batterie. »

Tu crois que vous avez souffert par le passé des contraintes liées au fait d’avoir été dans des studios extérieurs ? Ou est-ce que tu considères que c’était une étape nécessaire pour apprendre ?

Je pense que les deux hypothèses sont justes. C’était nécessaire pour apprendre et nous en avons probablement souffert quand nous devions partir trois semaines, ou peu importe, je ne sais où. Lorsque tu es assis pour travailler tous les jours en studio, tu t’ennuies et perds ta concentration facilement. En conséquence, je préfère travailler moins en studio et le faire plus souvent, sur de plus courtes périodes.

En ayant votre propre environnement de studio pour enregistrer, vous n’avez évidemment pas de contraintes d’argent ni de temps. Mais n’y a-t-il pas un risque de passer trop de temps sur un album et perdre un peu en spontanéité ?

Je ne crois pas parce que je pense que nous passons moins de temps à travailler en studio par rapport à avant. Nous y allons et travaillons en étant plus concentrés quand nous sommes en studio. Nous pouvons y aller et travailler deux ou trois jours d’affilée sans sortir du studio, ensuite nous pouvons rentrer chez nous pendant une semaine, puis retourner en studio et ainsi de suite. Je trouve que ça aide le processus créatif.

Est-ce que Viktoria a été enregistré rapidement ?

Globalement, je crois qu’il a été fait sur une période de trois mois, mais avec probablement quelque chose comme trois semaines actives en studio. Par exemple, pour un album comme World Funeral que nous avons fait avec Peter, je me souviens que nous étions au studio pendant environ deux semaines et demi pour faire les enregistrements de base et puis nous y sommes retournés deux semaines supplémentaires, donc nous passions généralement quatre semaines sur un album. Donc c’est peut-être un peu plus court maintenant. Mais là je parle de l’enregistrement, parce qu’après, notre bassiste qui possède le studio fait tout l’engineering et travaille beaucoup de son côté sur les détails, ce sur quoi je n’interfère pas parce que je sais qu’il est très compétent et sait comment ça devrait être.

Tu as qualifié l’enregistrement de Viktoria de « démodé » et de « reflet authentique de la musique et des paroles. » Penses-tu que parfois la technologie fait barrage à l’expression artistique ?

C’est différent suivant les groupes. En fait, tout devient plus technique et facile, d’une certaine façon, aujourd’hui pour enregistrer de la musique comme les groupes veulent. Nous expérimentons avec la technologie également mais nous revenons à un son plus analogique. J’aime les batteries réalistes, car sur beaucoup d’albums récents, ça sonne comme des bidons en plastique et je n’aime pas ça. J’aime un bon son de batterie traditionnel, comme par exemple sur Piece Of Mind d’Iron Maiden, cet album a le parfait son de batterie, ainsi que sur certains vieux albums des années 70. En fait, il faut que ça sonne comme une batterie et rien d’autre. Donc tu y vas, tu installes les bons micros et tu enregistres. Et aussi, par le passé, sur certains albums nous avions des couches de quatre à six guitares, alors que sur le dernier album, il n’y a que deux guitares ! Donc ça sonne vraiment comme notre son live, je dois dire. C’est quelque chose qu’on veut capturer quand on enregistre.

Au tout début, le black metal était brut et organique, puis les triggers et ce genre de choses ont progressivement été utilisés. Dirais-tu que ça a évolué dans le mauvais sens ?

Je ne sais pas si c’est à moi de dire si ça a évolué dans le mauvais sens parce que plein de choses en sont ressorties et je n’en aime probablement pas quatre-vingt pour cent, mais c’est une autre histoire. Je ne suis pas là pour condamner les gens, ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Mais je n’en apprécie pas beaucoup. J’écoute tout ce que je trouve authentique. Je veux ressentir la conviction dans la musique et les paroles, que l’artiste croit en ce qu’il dit, peu importe de quoi ça parle, je veux ressentir la puissance et la conviction dans la musique. C’est ça en quoi je crois. Et ça ne vaut pas que pour le black metal ; si j’écoute du death metal, du rock ou peu importe, je veux ressentir de la conviction dans ce que signifie la musique. Je veux ressentir une image forte dans ma tête par rapport au sujet traité, quel qu’il soit. Authentique, c’est ce que la musique devrait toujours être.

« Tu y vas avec dévouement et férocité, comme si tu allais au combat. La musique prend vie dans tes veines quand tu la joues. »

Comment est l’atmosphère en studio avec Marduk, et en particulier lorsque vous avez conçu Viktoria ?

Nous avons été en studio tellement souvent [petits rires], je ne sais pas s’il y a une atmosphère particulière. Evidemment, c’est intense, tu y vas et tu essayes de capturer un moment et faire passer le sens de la musique et des paroles. Tu y vas pour te battre, si je puis dire. Tu y vas avec dévouement et férocité, comme si tu allais au combat. La musique prend vie dans tes veines quand tu la joues, comme par exemple quand tu joues en concert. Tu donnes naissance à la musique et aux paroles, car quand tu joues, tu les ressens en train de pomper dans ton esprit et ton sang. Il s’agit d’en délivrer la signification, et essayer de la capturer sur bande. En fait, je préfère même répéter et jouer en live plutôt que d’être en studio ! Je ne suis pas très fan d’être en studio [petits rires]. Ca va par cycle, je dirais. Parfois j’apprécie, parfois pas, mais je préfère même quand on répète les chansons avant que de les enregistrer. Car quand on répète ou joue en live, tout le groupe joue en même temps, c’est autre chose.

Essayez-vous justement de vous rapprocher un peu de cet environnement live en studio ?

Ouais, nous enregistrons de plus en plus live. En fait, nous ne nous asseyons pas pour enregistrer des petits bouts ici et là. Nous essayons de le faire aussi live que possible en studio, si on compare ça à la façon dont beaucoup de groupes travaillent de nos jours, assis devant Pro Tools et essayant de placer un riff ici, un riff là. Je veux dire que nous travaillons vraiment à la vieille école. Tu y vas, tu mets en place un bon vieux son de batterie de base, ensuite tu y vas et tu enregistres la batterie comme il faut, ensuite tu y vas et tu enregistres comme il faut les guitares rythmiques, ensuite tu y vas et fais la basse, on fait un mix grossier, et puis tu y vas et tu enregistres comme il faut le chant.

Est-ce que vous vous mettez dans un état d’esprit particulier ? Avez-vous une routine particulière pour vous mettre dans l’ambiance et vous concentrer ? Je pense en particulier à Mortuus qui doit livrer une performance très physique avec sa voix…

Absolument, c’est une voix très physique, et c’est ce que j’ai toujours dit depuis que nous l’avons comme vocaliste : il utilise sa voix davantage comme un instrument que d’être simplement un vocaliste dans le groupe. C’est pareil avec les arrangements de voix, il y met tellement d’énergie, donc c’est comme un instrument à part entière. Mais non, nous n’avons pas vraiment de routine particulière pour se mettre dans l’ambiance. Généralement, quand tu t’apprête à t’y mettre, tu te mets tout seul dans l’ambiance. C’est un peu la magie contenue dans la musique qui agit sur toi, je dirais. C’est pareil quand tu joues en live : quand tu accroches la guitare sur toi et tu ressens l’intro qui part, tu captes le moment et tu y vas dans un bon état d’esprit.

Sur une des photos de studio, on peut te voir avec une tête d’ampli Mesa Boogie Dual Rectifier avec une tête Orange. Ce sont deux amplis assez différents, l’un étant reconnu pour son son puissant et moderne, l’autre plus vintage et sale. Comment as-tu utilisé ces deux têtes pour faire ton son ?

Nous enregistrons avec deux guitares différentes avec un son un peu différent. Nous utilisons chacune des guitares avec un ampli différent pour capturer un son différent sur ces deux guitares qui sont enregistrées sur l’album. Par le passé, j’utilisais toujours mon vieux Marshall, mais parfois nous aimons utiliser des amplis différents. Nous avons utilisé des tas d’amplificateurs au fil des années. Mais nous avons utilisé ceux-ci cette fois… simplement parce qu’ils étaient là dans le studio. J’ai fait avec ce que j’ai trouvé au studio. Ce sont aussi des amplificateurs très fiables, ce n’est pas de la merde. Ce sont des machines très solides, je dirais.

C’est facile pour toi de retrouver ton son sur des amplis différents ?

Ouais, je crois. Probablement que l’enregistrement le plus facile que j’ai jamais fait était celui de Rom 5:12 : j’ai décidé que j’allais essayer d’amener ma vieille tête Marshall de la salle de répétition. Lorsque je répète, j’ai toujours le même vieux Marshall JCM800 que j’ai acheté d’occasion en 92. Je l’ai toujours ! Je n’ai jamais changé d’amplificateur. Donc je l’ai apporté, je l’ai branché et le son était là. Je n’ai pas fait beaucoup de changements, c’est exactement le même son que j’ai quand je répète ! Donc ça a pris environ une minute pour obtenir le bon son de guitare, ça n’a pas été nécessaire d’y passer des jours. Mais pour Viktoria, j’avais déjà fait ça plusieurs fois, j’avais déjà utilisé cet ampli plein de fois, donc j’ai simplement voulu essayer d’autres amplis.

Interview réalisée par téléphone le 24 avril 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Marduk : marduk.nu.

Acheter l’album Viktoria.



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