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Interview   

Cap sur un ancien futur, le paradoxe de Ghost


Ghost 2015 by John McMurtrie

A chaque nouvel album, Ghost rédige les pages d’un roman historique musical, qui les voit tracer leur propre voie, ralliant à leur cause les meilleurs atouts d’un des âges les plus prolifiques et créatifs du rock. Quand Infestissusmam versait dans un propos plus pop et immédiat, rendant hommage à la capacité des groupes des 70’s et 80’s à créer des refrains inoubliables, ils se sont cette fois-ci attaqués au rock côté riffs, mais également à son aspect le plus complexe, bien qu’attractif : le versant progressif. Meliora fait ainsi volontairement la part belle à des compositions plus alambiquées, utilisant de manière conséquente des artefacts plus lourds et métalliques, le lien avec le reste de leur univers étant créé par une production impressionnante de cohérence et de précision, sous la houlette de Klas Åhlund.

La Goule que nous avons pu rencontrer, qui officie au poste de bassiste, a bien voulu évoquer avec un enthousiasme non feint ces aspects de Ghost version 2015 en notre compagnie, à l’aube de la sortie de ce volet important de la carrière des Suédois pour lequel ils ont fortement œuvré, et en attendant d’autres surprises dans les mois à venir, comme ils nous l’ont révélé. Et comme l’attirance de Ghost pour les joyaux du passé ne se limite pas à la musique, nous avons aussi parlé de films d’horreur, d’Art déco et de la façon dont on envisageait le futur dans les années 1920. Car derrière les masques se cachent des personnalités affables emplies de culture, reléguant bien loin la froideur aux allures occultes du décorum de Papa Emeritus et ses fameux disciples.

Ghost 2015

« Le rêve, ce serait de pouvoir faire quelque chose d’encore plus grand, à la Rammstein, […] tu regardes ça et tu te dis : ‘Ouah ! Qu’est-ce que c’est ? C’est un cirque ?' »

L’une des dernières fois que nous avons discuté avec une Nameless Ghoul – peu de temps après la sortie d’Infestissumam, au Sonisphère – vous nous avez dit que vous aviez déjà une vision de ce que serait votre prochain album, et que ce serait une version améliorée de ce qu’était déjà Ghost. Est-ce que vous êtes parvenus à atteindre ces objectifs avec Meliora ?

Nameless Ghoul (basse) : Oui, je pense, parce que je suis très content du résultat et les autres le sont aussi. Nous avions une vision de ce que nous voulions faire, avec le temps, cette vision s’est un peu modifiée mais l’idée principale est restée la même. Je pense que nous sommes vraiment parvenus à l’objectif que nous nous étions fixé. Lorsque nous sommes arrivés à la fin du processus d’écriture, juste avant d’aller enregistrer l’album, je n’étais pas complètement sûr que c’était vraiment dans la bonne direction que nous allions. Je me demandais : « Est-ce que ça va fonctionner ? Comment je le sens ? » Mais maintenant je suis sûr, maintenant je l’aime beaucoup parce que le résultat est vraiment bon. Je me dis : « Oh, ça a vraiment fonctionné, ça sonne vraiment bien ! » Si tu me demandes à nouveau dans deux ans je dirai sûrement que nous avons fait quelques erreurs, mais en ce moment, j’en suis très heureux.

Est-ce que le titre de l’album, « Meliora », a quelque chose à voir avec ça ?

Non, pas du tout ! Beaucoup de gens m’ont posé cette question, mais non ! Ce n’est pas un commentaire sur ce que nous faisons ou ce que nous avons fait du tout. Ça va avec l’idée derrière de l’album et tout ce dont les paroles parlent ou évoquent… Ce n’est pas tant une histoire qu’une sorte de fil rouge en termes d’idées. « Meliora » veut dire meilleur ou le combat pour quelque chose, tu vois, le processus de chercher à s’améliorer, ou à chercher quelque chose de meilleur. Et l’album parle de la manière dont nous envisageons le monde actuel, il se situe dans le futur mais nous avons utilisé le futur des années 20, quand tout était Art déco avec de vieilles machines parce que c’est plus beau. C’est un monde où les êtres humains n’ont plus besoin de dieu ou du diable ou de quoi que ce soit, nous nous contentons de notre science et prenons peut-être un peu trop au sérieux là où nous en sommes. Peut-être que nous ne sommes pas les meilleurs, en fait, peut-être que nous l’avons été par le passé mais que nous sommes en train de décliner, ou peut-être que nous avons encore une marge de progression, peut-être qu’il n’y a ni mieux ni moins bien et que nous avons juste à continuer de chercher… Parce qu’évidemment, il y a parfois des scientifiques qui cherchent des résultats et c’est une bonne chose, mais est-ce que nous faisons vraiment des choses meilleures de nos jours ? Est-ce que c’est ce qu’il se passe ? C’est une réflexion sur ça. Et c’est un très joli mot !

Est-ce que tu penses que cette évolution de Ghost en tant que groupe est possible grâce aux plus grands moyens, notamment financiers et matériels, que votre succès grandissant a mis à votre disposition ?

Oh oui ! Nous voulons parvenir à faire un gros spectacle avec beaucoup de… Le rêve, ce serait de pouvoir faire quelque chose d’encore plus grand, à la Rammstein, parce que c’est une belle expérience, tu regardes ça et tu te dis : « Ouah ! Qu’est-ce que c’est ? C’est un cirque ? » Ils sont allemands donc ce n’est pas un cirque mais c’est vraiment unique. Pouvoir faire de plus gros shows, avoir plus d’argent à y investir, plus de techniciens, etc., évidemment, ça nous aide toujours à aller là où nous voulons aller.

Quelle est la raison principale derrière le changement de masque des Nameless Ghouls et le changement de nombre et de maquillage de Papa Emeritus ?

Les vrais papes changent constamment, mais en réalité Papa Emeritus, c’est une blague ! Le nom est une blague. Tu sais pourquoi ? Parce qu’un pape ne peut pas quitter sa position à moins de mourir. Et alors seulement il devient un pape émérite, comme un professeur émérite, donc « Papa Emeritus », un pape émérite, c’est par définition un pape mort… Jusqu’à il y a deux ans, quand le pape s’est vraiment retiré de ses fonctions pour devenir un vrai pape émérite ! Nous nous sommes dits : « Merde ! Il a détruit toute notre théorie ! » Mais ce n’est pas censé se passer comme ça. Notre groupe non plus si on regarde objectivement, mais nous voulons nous développer en permanence. Pour le premier album, les goules avaient des capes noires et étaient sans visage, ensuite nous avons eu les masques vénitiens noirs et des capes différentes, et pour cet album, nous voulions un style plus Art déco parce que nous aimons beaucoup ça, c’est beau, et leur manière de représenter le futur était bien plus belle que notre futur à la Star Trek ou peu importe, avec les vaisseaux spatiaux et les lasers. Ce n’est pas pour nous. Donc en ce qui concerne Papa, il deviendra toujours le quatrième, le cinquième, le sixième, etc. tant que le groupe continuera, et les goules doivent suivre les époques aussi. Nous ne voulions plus de capes et de capuches, nous voulions ressembler à des gens qui se rendent à une réunion secrète dans un hôtel de luxe à New York en 1925/1926. C’est pourquoi nous avons de nouveaux costumes avec de beaux vêtements et des masques qui font un peu statues Art déco, classe et riche, parce que c’est beau et c’est cool !

Ghost - Meliora

« Ce n’était pas froidement calculé du genre ‘que veulent les fans de metal ?’, parce que si ça avait été le cas, nous serions des vendus. Être un vendu, c’est faire ce que tu ne veux pas faire. Et nous faisons exactement ce que nous voulons en permanence ! »

Ce nouvel album est définitivement plus axé metal qu’Infestissumam. D’où vient ce choix ? Est-ce que c’est pour des raisons créatives uniquement ou est-ce que c’est pour satisfaire le public metal qui avait trouvé votre deuxième album un peu trop « pop » ?

Oui, c’était pour satisfaire le public metal en nous surtout parce qu’il y a un public metal en moi, comme il y a un public pop en moi, un public goa trance en moi, un public pour la musique classique en moi… Nous voulions faire des chansons plus heavy cette fois-ci donc c’est ce que nous avons fait, et la dernière fois, nous avons fait les chansons que nous avons faites pour Infestissumam parce que c’était ce que nous voulions entendre à l’époque, c’était le genre de choses d’après nous, qu’il serait sympa d’entendre sur un album de Ghost. Cette fois, nous nous sommes dit : nous avons plein de super riffs donc mettons les guitares un peu en avant, rendons-les un peu plus brutes, plus agressives. Si tu écoutes notre album précédent, il n’y a pas tant de riffs, ce sont des chansons surtout basées sur la voix. Alors qu’ici, nous avons plein de chansons basées sur des riffs. Comment faire pour le mettre en valeur ? Mettons les guitares en avant ! Ce n’était pas froidement calculé du genre « que veulent les fans de metal ? », parce que si ça avait été le cas, nous serions des vendus. Être un vendu, c’est faire ce que tu ne veux pas faire. Et nous faisons exactement ce que nous voulons en permanence !

Pour Meliora, vous avez travaillé avec le producteur Klas Åhlund et plus avec Nick Rasculinecz. Pourquoi n’avez-vous pas continué avec lui ? Est-ce que vous vouliez changer et apporter de la nouveauté au son de Ghost ou est-ce que c’était un problème avec le producteur lui-même ?

Non, pas du tout ! J’adore Nick Rasculinecz ! C’est un mec super. Mais lorsque nous l’avons approché, notre album était déjà prêt, et nous ne l’avons pas vraiment impliqué dans le processus d’écriture. Quand il nous donnait des idées, je pense que nous n’étions pas toujours très justes, parfois, nous lui disions : « Non, nous avons déjà cette idée… » Nous étions sur la défensive. Avec le temps, nous avons appris que nous ne sommes pas parfaits, que nous ne sommes pas des maîtres absolus en termes de composition, très peu de gens le sont, donc nous avons voulu travailler avec quelqu’un qui pourrait nous pousser et nous apporter des critiques constructives pour nous améliorer. Pas pour venir et écrire lui-même des chansons, car nous ne permettrons jamais ça, ce serait un blasphème pour nous [petits rires], mais nous voulions quelqu’un de qui apprendre au sujet de choses que nous ne connaissons pas si bien que ça. Comment faire pour qu’une chanson soit bonne d’un point de vue dramatique, tu vois ? Et c’est un compositeur intéressant pour plein de raisons. Il produit de la pop et de la dance évidemment, mais il s’y connaît aussi très bien en rock et en metal, et plein d’autres choses. Nous nous disions : « C’est une sorte de sorcier ! C’est un magicien ! Voyons quel tour il nous réserve et pourra peut-être nous apprendre. Que pourrons-nous apprendre de lui ? » Et c’était difficile de travailler avec lui parce qu’il a ses idées et il remettait en question ce que nous faisions, nous arrivions avec nos chansons et il pouvait nous dire : « Tu sais quoi ? Je trouve ce refrain trop pop, il n’a pas vraiment sa place sur cet album je trouve, désolé mec ! Rentre chez toi ce week-end et écris-en un autre ! » « Mais je ne peux pas ! » « Bien sûr que si tu peux ! Tu as fait celui-ci et il est très bien, mais pas pour cet album ! Fais-en un pour cet album ! » « Mais je veux celui-ci ! » Mais au bout d’un moment, je me suis dit : « Essayons de voir ce qu’il se passe si je rentre chez moi pour en écrire un autre ! ». J’aurai toujours l’ancien de toute façon, je pourrai toujours l’utiliser quand je voudrais. Donc je suis rentré, j’en ai écrit un autre dans sous l’effet de la colère et la fureur, et il était dix fois mieux ! C’était comme s’il m’avait forcé à faire mieux. Je l’ai fait moi-même, mais il m’a poussé dans la bonne direction, et c’est très important, parce que parfois, tu évolues dans un cercle d’amis et tout le monde se congratule, « Oh, comme tu es génial ! »… C’est un peu stérile. Donc c’était super de travailler avec lui.

Il est connu pour avoir travaillé avec Katy Perry, Britney Spears et Madonna. En quoi ça vous a fait vous dire : « Ce producteur est parfait pour nous ! » ?

Non, ce n’est pas du tout pour ça que… J’ai personnellement voulu travailler avec lui il y a de ça de nombreuses années. Mais cette fois-ci nous nous sommes dit qu’il serait la bonne personne et que la maison de disques aimerait l’idée. Je ne savais même pas qu’il avait travaillé avec Katy Perry quand nous l’avons contacté. Il a un groupe qui s’appelle The Teddybears et il a produit beaucoup de groupes indie et d’artistes suédois… C’est une personne très éclectique, tant personnellement que musicalement, c’est pour ça que j’ai pensé à lui. Il a écrit des paroles pour Britney Spears et ça ne m’intéresse pas, je n’écoute même pas ce genre de musique, mais c’est le reste de son travail qui est important. Il fait quelque chose de très étrange que peu de gens savent faire. Peut-être qu’il peut nous aider à aller plus loin… Comment fait-il pour que ça sonne à la fois étrange et familier ? Comment peut-on faire ça ? Quand tu le lui demandes, il te répond : « Je ne peux pas te le dire ! Si nous nous asseyions pour en parler peut-être, mais… » Maintenant, c’est lui qui mène notre collaboration.

La batterie est bien plus complexe sur cet album que sur les précédents.

Oui ! C’est parce que… c’est fun ! [rires] C’est chouette !

La dernière fois que nous avons discuté, ton collègue nous a dit que vous ne tiriez pas parti du fait que vous avez un batteur fantastique. Est-ce que c’était une demande de sa part ou est-ce que c’est simplement une manière différente de composer cette fois-ci ?

Les deux, en fait. Être dans ce groupe n’a pas tant à voir avec comment tu joues ou ce que tu veux jouer qu’avec ce que tu dois jouer. Tout le monde ne va pas être à 100 % de ses capacités en permanence, c’est plutôt : « Cette chanson a besoin de ceci, ça va être chiant, mais à l’écoute ça va être génial, ça va être cool à écouter. » Donc non, ce n’était pas une demande du batteur, c’était plutôt que nous avions envie d’exploiter plus la batterie. Mais nous n’en mettons pas un peu partout, nous essayons plutôt de l’employer comme un or très précieux, du genre : « Mets-en là ! Fais que cette petite partie soit beaucoup plus cool ! » Nous essayons de l’utiliser avec parcimonie parce que c’est fun et vraiment sympa à écouter, c’est tout !

Ghost 2015

« Avec le temps, nous avons appris que nous ne sommes pas parfaits, que nous ne sommes pas des maîtres absolus en termes de composition, très peu de gens le sont. »

Certaines chansons (« From The Pinnacle To The Pit » par exemple) contiennent beaucoup d’éléments progressifs, avec des structures qui ne suivent pas le schéma traditionnel couplet/refrain/bridge/refrain. Comment expliques-tu cette évolution ?

Par le fait que nous avons peut-être écouté trop de prog… Je ne sais pas ! Nous avons surtout écouté de la musique classique, des bandes originales de films et de la musique progressive, et on n’y retrouve pas toujours ce schéma. Tu peux faire quelque chose qui ressemble à tout ça sans que ça semble étrange à l’écoute, par exemple le refrain de « Cirice », ce n’est pas un refrain conforme aux standards mais ça ne semble pas trop bizarre non plus. Peut-être que quelqu’un qui a l’habitude de beaucoup jouer se dira : « Attends une minute, qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est une quinte alors que ça devrait être une quarte ! » Lorsque j’étais gamin, ma mère adorait Genesis. C’est l’un de ses groupes préférés. Quand j’ai piqué tous ses vinyles – les vinyles de Genesis, tout depuis le début jusqu’à 92 à peu près –, en les écoutant parfois je me disais : « D’accord, ma mère aime plein de styles différents mais pourquoi est-ce qu’elle aime ça ? Putain, c’est impossible à jouer, je n’y comprends rien et j’en aime à peine la moitié ! » Mais elle aimait ça ! Qu’est-ce qu’elle y trouve, sans être dans un groupe ou même vraiment musicienne ? Qu’est-ce qu’elle y trouve en tant que personne normale, disons ? Comment peut-elle écouter ça, tout est à l’envers et dans le mauvais sens… Tu sais, c’est juste bizarre ! Mais c’est bien quand même ! Pour elle et pour certains d’entre nous ! C’est sûrement pour ça que c’est progressif.

Sachant qu’il y a deux interludes, l’album est assez court. Est-ce que c’était volontaire, comme c’était le cas pour Infestissumam, pour conserver un message musical concis et efficace ?

Absolument ! Nous avons enregistré onze morceaux dont deux instrumentaux. Nous ne voulions même pas avoir onze chansons sur l’album donc nous en avons retiré une, celle qui avait le plus de mal à trouver sa place parmi les autres, le vilain petit canard. Ce n’est pas le fils indigne ou quoi que ce soit, c’est juste que la chanson n’a pas vraiment… Tu sais, c’est celle qui dépasse du reste : tout le monde fait la même taille et au milieu, tu as ce mec super grand et tu te dis : « C’est qui, ça ?! » Quand nous sortirons l’album, tu pourras trouver cette chanson sur un 10 », un vinyle séparé, tu pourras l’avoir aussi, mais comme une chanson spéciale. Elle fait partie de l’album mais elle n’est pas sur l’album. Elle a sa propre pochette pour la mettre en valeur. Les deux interludes instrumentaux permettent à l’album de respirer parce que nous aimons beaucoup la musique instrumentale (nous écoutons beaucoup de prog) et parce que s’il y a quatorze chansons sur l’album, ce n’est plus si important qu’elles soient toutes bonnes, ce qu’il se passe, c’est qu’elles se volent l’attention les unes des autres, et ce n’est jamais une bonne chose. Donc nous essayons de garder nos albums assez brefs, avec huit ou dix chansons. « Oh, mais il nous en reste cinq ! » « Oui, gardons-les quelque part ! Car elles perdraient en intérêt si on devait écouter une telle quantité de musique, ça n’en vaut pas la peine. » C’est pour conserver l’attention et pour mettre en valeur les autres chansons. Si tu fais une fête chez toi et que tu invites vingt personnes, tu ne pourras pas parler à tout le monde. Si tu invites cinq amis, tu pourras avoir de vraies conversations et faire vraiment connaissance, tu vois ce que je veux dire ? C’est exactement de ça dont il est question !

Pour Infestissusmam, vous avez eu du mal à trouver une chorale et vous avez dû aller à Hollywood pour en trouver une alors que vous enregistriez à Nashville, dans le Tennessee…

À Hollywood, tu n’as jamais de problème avec quoi que ce soit !

Est-ce que ça a été plus simple de trouver une chorale cette fois pour le chœur à la fin de l’album ?

Nous étions en Suède, et en Suède, la plupart des chorales sont rattachées à une église, et à vrai dire c’est l’un des rares endroits où, évidemment, tu vas avoir quelques problèmes à leur demander de contribuer à l’album… Mais nous connaissions quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui connaissait une chorale pas du tout liée à une église. Mais ils répétaient dans une église, donc j’y suis allé avec un ami et nous leur avons dit : « Salut, nous sommes de ce groupe, nous enregistrons un album. Ça vous branche ? » Nous avions d’abord parlé au chef de chœur, un mec très sympa qui nous a dit : « Oui, passez nous voir, discutez avec la chorale et voyez ce qu’ils en pensent ! » Nous avons expliqué qui nous étions, certains nous connaissaient, la plupart non, et ils étaient là : « Vous chantez à propos de quoi, tu dis ? » « Euh, tu vois, Satan ! » Et ils ont dit : « D’accord ! » Et à la fin de cette présentation, nous leur avons dit : « Si ça vous intéresse, veuillez le dire à votre chef et nous verrons ce que ça donne. Nous allons enregistrer en janvier, nous espérons vous voir aussi nombreux que possible. » Et ensuite, ils étaient une trentaine, mais lorsqu’ils sont venus, ils devaient être bien quarante personnes, car ils avaient amené leurs amis. Tout le monde est venu. C’étaient des gens très différents, il y avait de vieux professeurs… C’était très bizarre au studio quand trente ou quarante personnes sont venues, tout le monde devait avoir du café, il y avait du monde aux toilettes, ou qui demandait : « Où est-ce que je peux charger mon téléphone ? » « Je n’en sais rien ! » Ça a été une expérience très drôle.

L’artwork représente un paysage industriel apocalyptique faisant un peu années 50 transformé en église…

Oui, c’est peut-être une vue de dessus d’une ville Art déco des années 20/30, c’est la ville dont nous parlons. Les machines y prennent le dessus, mais nous voulions de vieilles machines parce que c’est plus beau, toute cette société, l’industrialisation, l’argent, le fait de se débarrasser de Dieu et de s’occuper des choses nous-mêmes, en recrachant de la fumée par les cheminées et en empoisonnant tout… C’est censé être la grande ville des lumières, la capitale de l’Humanisme.

Ce choix a des motivations esthétiques, mais est-ce qu’il y a un message derrière, aussi ?

Pour Infestissumam, nous avons eu beaucoup de peintures gravées. Celui-là en aura aussi, mais différemment, transposant ça à cette époque, dans ce contexte. C’est toujours le Polonais Zbigniew Bielak qui s’en occupe, c’est un architecte et artiste, il est excellent. Nous l’avons contacté et donné une direction du genre : « S’il te plaît Zbigniew, est-ce que tu peux nous faire ceci ou cela pour la pochette et le dos de la pochette de l’album ? » Par contre, la plupart des gravures qu’on trouve à l’intérieur sont ses idées à lui. Il a tellement de talent, et c’est cool de travailler avec lui. Je ne l’ai rencontré qu’une fois, et même quand nous nous sommes assis pour discuter il a commencé à faire des esquisses : « Est-ce que c’est à ça que tu as en tête ? » en trois coups de crayon, et j’étais là : [bouche bée] : « OK, tu as le job ! Allez, on s’y met ! » Donc le message, c’est surtout de dépeindre l’environnement avec lequel nous voulons que l’album soit associé, ce truc futuriste et Art déco, le futur vu par les années 20 parce que c’est beau. Voilà.

Ghost 2015

« Être dans ce groupe n’a pas tant à voir avec comment tu joues ou ce que tu veux jouer qu’avec ce que tu dois jouer. Tout le monde ne va pas être à 100 % de ses capacités en permanence. »

Le dernier clip que vous avez sorti montre une école primaire…

Oui ! Il n’y a que des enfants dans la vidéo. Nous n’apparaissons même pas ! Ce n’est pas Papa Emeritus ! Certaines personnes semblaient croire que nous sommes les goules, mais ce n’est pas le cas, ce sont des enfants de Los Angeles d’une dizaine d’années !

C’est une adaptation façon Ghost du film d’horreur de 1976 Carrie…

Exactement !

Pourquoi avez-vous choisi de vous référer à ce film d’horreur en particulier ?

Parce que nous aimons les films d’horreur et toute cette atmosphère des années 70. Personnellement, mes films d’horreur favoris et certains de mes films préférés datent des années 60, 70 et 80. De nos jours, les films d’horreur du genre Saw, ou les slashers des années 80, qui parlent d’un vieux mec flippant avec un masque et une putain de machette ou une tronçonneuse… Peu importe, la menace physique n’est pas si effrayante, c’est plutôt…

C’est beaucoup plus sanglant…

Oui, je ne trouve pas ça effrayant. La magie et les démons comme dans L’Exorciste ou Rosemary’s Baby, ça, c’est effrayant, ça te fait flipper parce que ça se passe dans un environnement ordinaire. Les autres films, c’est genre, oh, ils sont dans une grotte secrète et ils doivent marcher sur du verre brisé pour atteindre le petit chiot, franchement, pff… C’est comme une course poursuite de voitures, mais version film d’horreur. À mes yeux, c’est absolument inintéressant. Je ne blâme pas les gens qui aiment ça, mais moi, je n’aime pas du tout, putain ! L’idée originale avec cette vidéo était de faire une sorte de concours de talents avec des enfants parce que c’était fun d’avoir des enfants pour tenir notre rôle… Les enfants auraient eu des instruments vraiment pourris ; ce ne serait pas des gosses de riches donc ils auraient des guitares qui ne seraient pas des vraies guitares [rires]. Et je voulais à la base avoir des plans entre les scènes où ils se seraient vus dans de super costumes à un gros concert, comme ils se l’imagineraient, mais on verrait qu’en réalité c’est une salle de classe et que les gens dorment ou s’emmerdent. Mais en fait nous avons fait différemment pour toutes sortes de raison, et je suis très content de cette vidéo, elle est très belle.

C’est impressionnant, les gestes des enfants, on dirait vraiment que c’est vous !

Ouais, je sais ! Ils sont vraiment très bons. Nous savons qui appeler la prochaine fois que nous avons une tournée prévue mais que nous n’avons pas le courage d’y aller !

Il a été dit qu’encore une fois, vous avez travaillé sur des reprises pendant l’enregistrement de l’album, est-ce que tu peux nous en dire plus ? Elles sortiront sur un EP plus tard, comme ça a été le cas pour If You Have Ghost ?

Nous n’avons pas travaillé dessus pendant l’enregistrement de l’album parce que nous n’avons pas eu le temps. Nous avons travaillé si dur sur cet album, mais nous avons décidé il y a longtemps de faire davantage de reprises parce que nous aimons ça et parce que c’est une manière marrante de montrer que nous écoutons beaucoup de musiques différentes. C’est une façon sympa de faire quelque chose de nouveau pour les gens et pour nous mais qui ne soit pas vraiment fait par nous, pour montrer tout ce qu’on peut faire avec une chanson. Nous enregistrerons quelques reprises en août, sans doute. Nous n’avons pas encore décidé des chansons que nous allons faire mais je pense qu’il y en aura au moins une de Leonard Cohen. Au-delà de ça, je ne sais pas. C’est à peu près tout ce que je sais.

Et des chansons suédoises ?

Oui ! Nous pensons à une chanson d’un groupe qui s’appelle Imperiet. Ils ont d’ailleurs essayé de traduire leurs chansons en anglais dans les années 80, je ne pense pas que ça a très bien fonctionné mais nous avons demandé la permission pour faire une version anglaise de leur chanson donc nous allons essayer nous-mêmes, nous verrons ce que ça donne. Voilà !

Interview réalisée en face à face le 25 juin 2015 par Julien Peschaux.
Retranscription et traduction : Chloé Perrin.

Site officiel de Ghost : ghost-official.com.



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