ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Carach Angren – Dance And Laugh Amongst The Rotten


Dans la famille du black metal symphonique, voici le fils ! En effet après quatorze ans de carrière et quatre albums à leur actif, les hollandais de Carach Angren restent toujours comparés à leurs ainés. A juste titre d’ailleurs, car difficile de ne pas reconnaître une influence majeure de Dimmu Borgir et Anorexia Nervosa dans la composition, et de Cradle Of Filth pour ce qui relève du penchant pour les récits horrifiques. Mais l’approche quasi-théâtrale de leur musique a réussi petit à petit à les faire distinguer dans cette scène foisonnante. C’est ainsi qu’ils signent en 2012 chez Season Of Mist leur troisième opus Where The Corpses Sink Forever, plus sombre que ses prédécesseurs, méritant d’être remarqué et globalement bien reçu par la critique. Le trio bénéficie d’une meilleure production avec This Is No Fairytale en 2015, et ils sont de retour en 2017 pour présenter Dance And Laugh Amongst The Rotten en promettant d’atteindre de nouveaux sommets dans leur « horror metal » – puisque c’est ainsi qu’ils préfèrent se définir.

Alors que les deux précédents albums soulevaient certaines questions de fond derrière la forme du récit d’horreur, en évoquant notamment la question des traumatismes de guerre pour le troisième opus et de la maltraitance d’enfants pour le suivant, les hollandais se sont cette fois concentrés uniquement sur des histoires. Dance And Laugh Amongst The Rotten suit une succession de récits de fantômes, englobés dans l’aventure d’une petite fille jouant un peu trop avec sa planche Ouija. L’idée d’un jeu malsain est illustrée lors du traditionnel titre instrumental ouvrant l’opus avec des notes de piano particulièrement angoissantes, et quelques touches de clavier qui évoquent une sinistre boite à musique. L’auditeur est alors d’emblée plongé dans un décor inquiétant, l’aspect immersif étant notamment apporté par une excellente production (toujours avec Peter Tägtgren (Hypocrisy, Pain) au mixage).

Le titre « Charlie » rappelle la recette qui a fait connaître Carach Angren, à savoir son aspect le plus théâtral au travers d’une mélodie pensée et structurée comme un récit. Le morceau est décomposé en plusieurs phases distinctes, et Seregor y pose un chant saccadé, parfois à la limite du parlé. L’auditeur pourra y entendre un jeu de questions/réponses entre la voix black incisive et les chœurs masculins (qui ne sont pas sans faire penser à Septicflesh), ce dialogue revenant à plusieurs reprises sur d’autres pièces de l’œuvre. La palme du hit revient sans doute à « Pitch Black Box », simple et martial à souhait, au leitmotiv à entonner comme un damné. Mais on peut aussi évoquer « Blood Queen » avec ses passages black symphonique épiques, un refrain encore une fois simple et entêtant, et une phase en milieu de morceau qui laisse progressivement s’installer l’effroi, avec des semblants de grognements. En effet, Seregor ne se contente pas de faire des vocalises, mais ponctue également certaines phrases de bruits de bouche des plus élégants, se mettant totalement dans la peau des personnages.

L’orchestration symphonique bien dosée permet de ne pas ressentir la surenchère autant qu’on pourrait le craindre. Elle s’avère même pertinente sur la montée en puissance du titre « Charles Francis Coghlan », ou bien dans l’accompagnement de la lancinante « Song For The Dead » et son atmosphère particulièrement funeste. On y retrouve même une certaine fraîcheur, comme sur « In De Naam Van De Duivel ». Les guitares se montrent particulièrement efficaces, sans réelle prétention technique, ayant pour rôle de dynamiser la narration. Une histoire qui connaît des bouleversements et une fin tragique comme l’illustre l’épilogue « Three Times Thunder Strikes », avec notamment un solo de violon qui porte en lui la dimension dramatique du titre, puis une fin orchestrale grandiose pour refermer la dernière page de l’histoire.

Dance And Laugh Amongst The Rotten s’apprécie comme un bon film d’horreur ou des livres « Chair de poule », que certains ont pu lire étant plus jeunes. Le tout est bien ficelé, bien produit, et laisse peu le temps de s’ennuyer pendant un peu plus de quarante minutes. Seulement, à l’instar de ce qui se fait dans le genre dans les domaines du cinéma et de la littérature, l’opus présente finalement assez peu de surprise et peut laisser une impression de déjà-vu. Avec un propos globalement moins virulent que This Is No Fairytale pour mieux faire respirer la mélodie, les amateurs de Carach Angren qui ont préféré la période plus sérieuse du groupe avec ses atmosphères plus sombres seront peut-être déçus. Mais pour ceux qui apprécient le black metal accessible et les histoires d’épouvante, il y a fort à parier qu’ils y trouveront leur conte (!).

Vidéo animée de la chanson « Blood Queen » réalisée par Costin Chioreanu :

Chanson « Song For The Dead » en écoute :

Album Dance And Laugh Amongst The Rotten, sortie le 16 juin 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    In Flames @ Lyon
    Slider
  • 1/3