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Chronique   

Carach Angren – Franckensteina Strataemontanus


La force de Carach Angren réside dans sa théâtralité et sa capacité à mettre en musique des histoires horrifiques avec davantage de subtilité que les clichés hollywoodiens. On peut considérer le groupe néerlandais comme un maître de l’album-concept, même lorsque l’histoire racontée n’est pas linéaire à l’instar de cette fille possédée par son jeu de ouija sur Dance And Laugh Amongst The Rotten (2017). Si Carach Angren décide de revisiter l’univers de Frankenstein créé par Mary Shelley, on est en droit de s’attendre à des interprétations plus au fait de la psychologie des protagonistes que la plupart des adaptations cinématographiques. Franckensteina Strataemontanus s’inspire du personnage historique de Conrad Dippel (1673-1734), obsédé par sa quête de l’élixir de vie et persécuté en raison de ses expériences extravagantes (l’utilisation de cadavres d’animaux en premier lieu, à une époque où le rapport à la mort est tabou). Conrad Dippel a inspiré le Victor Frankenstein de Mary Shelley, c’est ce jeu effrayant entre réalité et fiction historique que Carach Angren a décidé de mettre en musique.

Franckensteina Strataemontanus s’avère complexe. Si les éléments récurrents de la musique de Carach Angren sont toujours présents (le jeu de batterie entre death et black et les interprétations marquées de Seregor), l’album est relativement hétérogène. Carach Angren a eu recours à un ingénieur hollywoodien, Robert Carranza (Marilyn Manson), qui a passé deux mois à mixer les compositions afin de respecter toutes leurs spécificités. L’intelligence de Carach Angren est de ne pas simplement reprendre le développement de Mary Shelley. Il se permet d’introduire des histoires annexes pour éviter les redites sur un thème déjà largement traité. « Here In German Woodland » a des allures de début de fable avec ces notes de piano et ce narrateur à la voix avisée. Il relate la rencontre d’un enfant avec des évènements paranormaux qui vont lui coûter la vie, avant de revenir, possédé par l’âme de Dippel, hanter sa famille sur « Scourged Ghoul Undead ». Dès lors, Carach Angren évoque la quête de l’élixir de vie et ses ramifications : « Frankensteinna Strataemontanus » est centré sur l’obsession de Dippel à vaincre la mort. « Sewn Solitude » évoque les souffrances du monstre créé. « Operation Compass » est quant à lui une référence à la Seconde Guerre mondiale et à l’« huile de Dippel », utilisée pour rendre l’eau des puits imbuvable en cas de retraite (elle était aussi utilisée pour traiter le ver solitaire) tandis que « Der Vampire von Nürnberg » traite d’un serial-killer nécrophile.

Carach Angren est aussi inventif quant à ses arrangements musicaux. « Sourged Ghoul Undead » reprend le riffing rapide et les mélodies dissonantes typiques du black metal, tout en étant ponctué par un refrain à scander et supporté par des samples d’orchestre classique. Sur ce point, Frankensteina Strataemontanus est une réussite : Carach Angren donne l’impression d’avoir enregistré avec un véritable orchestre et les instrumentations classiques s’accordent parfaitement avec la narration. Carach Angren s’éloigne des poncifs du black avec des sonorités industrielles, comme sur le burlesque « Frankensteina Strataemontanus », parfois proche d’un certain Rammstein via le jeu de guitare haché de « The Necromancer » ou le chant mélodique du morceau éponyme et celui en allemand sur « Der Vampire von Nürnberg », qui rapprochent tous les deux Seregor de l’expressivité d’un Till Lindemann. « Like A Conscious Parasite I Roam » va jusqu’à parfois effacer toute instrumentation metal pour laisser place à de longues plages orchestrales et de piano. L’application de Carach Angren à respecter sa narration est flagrante : « Operation Compass » reprend par exemple des rythmiques martiales illustrées par les cuivres. Surtout, Carach Angren a un certain sens de l’épique : « Sewn For Solitude » insiste sur la question des sentiments d’une création a priori abominable en déployant nombre d’élancées mélodiques. La plus poignante reste la voix claire pleine de lamentation de Seregor, preuve de la versatilité du chanteur. Ce dernier est aussi à l’aise sur ces passages émotionnels que lorsqu’il déploie tout son jeu d’acteur sur « Monster », vicieux avec ses rires qui résonnent par-dessus des percussions massives et sur fond de hurlements.

Frankensteina Strataemontanus peut paraître effrayant au premier abord. Sa diversité peut donner la sensation d’un éparpillement ou d’un amalgame claudiquant, sentiment qui se dompte au fil des écoutes. Carach Angren a traité son thème avec une pertinence rare, il réussit son dessein initial : nous faire réfléchir en profondeur à la notion de « monstrueux ». Carach Angren raconte une histoire horrifique en jonglant avec les registres sans dénaturer l’essence sinistre de l’histoire initiale : il y a de la grandiloquence, de la mélancolie et de la violence, liées par un Seregor en état de grâce. De quoi donner envie de se replonger dans l’œuvre de Shelley.

Lyric vidéo de la chanson « Operation Compass » :

Lyric vidéo de la chanson « Der Vampir Von Nürnberg » :

Lyric vidéo de la chanson « Monster » :

Album Franckensteina Strataemontanus, sortie le 26 juin 2020 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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