ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Carach Angren : Ardek et son orchestre


Carach Angren est doucement mais surement en train de s’imposer en référence en matière d’orchestrations dans le metal, auprès du public mais aussi des autres professionnels et artistes, puisque sa tête pensante, le claviériste Clemens « Ardek » Wijers, réalise de la musique pour des court-métrages en tout genre et de la publicité, mais s’est également illustré auprès d’artistes tels que Lindemann, Pain ou Ex Deo sur leurs dernières œuvres respectives. Et peut-être que la clef de son succès est à la fois son caractère obsessionnel et son sens du dosage dans un genre pourtant réputé pour sa surenchère.

Aujourd’hui, Carach Angren revient avec un nouvel opus de « horror metal » (gare à ceux qui parlent de « black metal symphonique »…), baptisé Dance And Laugh Amongst The Rotten et dont l’objectif premier est de divertir l’auditeur et de lui filer des frissons via des histoires de fantômes. Nous avons donc longuement échangé avec lui à ce sujet, et saisi l’occasion pour en savoir plus son processus créatif, sa vision artistique, y compris dans son travail orchestral, son background, sa collaboration avec Lindemann, etc.

« Il est probable qu[e les true black metalleux] nous haïssent à mort parce que nous faisons tout de travers [rires]. »

Radio Metal : Carach Angren est en train d’avoir une belle reconnaissance, surtout depuis que tu as travaillé avec Lindemann, Pain ou Ex Deo. Et This Is No Fairytale avait été très bien reçu. Quel était votre état d’esprit lorsque vous avez commencé à travailler sur ce nouvel album ?

Clemens « Ardek » Wijers (claviers) : J’étais terrifié ! [Rires] Non, je veux dire, tu as raison, les choses ont été très bonnes pour nous. Après chaque album, il y a une page blanche. Tu te sens très satisfait du travail accomplis, et ensuite il y a toujours ce moment où tu te dis : « comment va-t-on faire mieux à nouveau ? Comment va-t-on démarrer ? » Après tous ces albums, c’est quelque chose de normal que l’on rencontre. C’est pareil aujourd’hui : celui-ci est fini et j’en suis très, très content, mais il y a toujours cette petite voix dans ma tête qui dit : « Comment diable allons-nous faire le prochain ? » Mais tu sais, ça se goupille toujours bien, tu vas de l’avant, tu trouves l’inspiration, et tant que tu continues à travailler, les choses s’améliorent. J’ai eu de très belles opportunités, j’ai beaucoup travaillé au fil des années, comme tu l’as dit, j’ai travaillé avec des gens très talentueux, des artistes, sur d’autres projets. Donc tout va super bien, ouais.

Je sais que vous aimez les challenges, monter en niveau et vous réinventer à chaque album. Du coup, quels ont été les défis cette fois ?

Le dernier album était un album très sombre. Un ami à nous a dit que l’album était rempli de terreur, et je pense que ça le décrivait bien. Il fallait que nous sortions cet album. Seregor m’a appelé : « J’ai cette idée de dingue pour une version du conte d’Hansel et Gretel. » J’ai dit : « Ouais, vas-y. » Il a travaillé dessus et j’ai travaillé sur la musique, et le résultat était très sombre. C’est comme ça que les choses se font, parfois tu essaies de diriger les choses à mesure qu’elles avancent, tu essaies de barrer le navire. Mais parce que cet album était si sombre, maintenant, ce que je ressentais, pour ma part, était une soif de mélodies à nouveau et de refrains un peu doux. Donc c’est quelque chose que je savais depuis le début. Nous n’avions pas d’histoire claire, donc ce que nous avons fait est que nous avons travaillé sur des chansons individuelles avec des histoires vraiment cool et lorsque l’album s’est développé, j’ai trouvé ce concept global très sympa. Voilà comment les choses ont pris forme.

Comme tu l’as dit, c’est un album plus mélodique et peut-être plus accessible. N’avez-vous pas peur de subir un retour de bâton de la part de gens qui le trouveraient trop accessible pour un album de metal extrême ?

Non, pas vraiment. En fait, nous faisons ce que nous pensons être super et ce que nous aimons nous-même, et ce que nous pensons que nos fans aimeront. Ce que je veux dire, c’est que le dernier album était assez extrême, du coup il y avait des gens qui disaient que c’était trop chaotique, trop agressif. Et peut-être que maintenant, il y aura des gens qui diront que c’était trop accessible. Nous verrons toujours ça, et à mesure que tu sors des albums, les gens désigneront des préférences. Et pas de souci, parce qu’ainsi vont les choses, tu sais. Les albums que j’écoutais lorsque j’avais seize ans, je les adore toujours, et il peut y avoir des albums plus récents des mêmes groupes ou artistes que je n’aime pas tellement. Mais ce que nous essayons de faire avec chaque album est de faire quelque chose qui nous satisfait nous en tant que personnes et artistes, et que nous sommes fiers de sortir. Généralement, lorsque je commence à composer, il y a beaucoup de merde. Tu te poses derrière le piano plusieurs jours d’affilée et rien ne sort. Peut-être que certaines personnes sortent des choses et pensent : « Ah, c’est à quatre-vingt pour cent, c’est du bon travail. » Mais ce n’est pas ce que je ressens, j’ai besoin que ce soit à cent pour cent, j’ai besoin de sauter de ma chaise [petits rires] et si je ne le fais pas, alors pourquoi quiconque le ferait ? Et même là, il y aura quand même des gens qui peut-être n’aimeront pas, mais pas de problème. Surtout avec notre musique, parce qu’elle est complexe, tu vois des gens qui disent : « Je n’accroche vraiment pas ! » Et alors peut-être qu’ils l’écoutent plusieurs fois et finissent par rentrer dedans. Donc ouais, c’est ce que nous aimons faire.

Ce que j’avais aussi en tête en te posant cette question est qu’une frange de la communauté black metal a la réputation d’être très conservatrice. Comment gères-tu ça ?

En fait… [Petits rires] Il est probable qu’ils nous haïssent à mort parce que nous faisons tout de travers [rires]. Je veux dire que nous avons nos racines dans le black metal. Nous adorons une part des vieux groupes de black metal et nous respectons ça, mais nous n’avons jamais prétendu être l’un de ces groupes, car nous avons commencé bien plus tard, tu sais. Nous avons fondé le groupe en 2003 et avons commencé à travailler de façon continue dessus mais nous avions des idées différentes. Les groupes de black metal du début des années 90 et même 80, c’était une toute autre histoire, et il y avait aussi un mouvement culturel, une protestation contre la religion et tout. Même si nous puisons de l’inspiration dans la musique, nous n’avons jamais prétendu être l’un de ces groupes. Les fans qui aiment vraiment ce type de black metal obscur, s’ils nous écoutent, peut-être qu’ils sont déçus s’ils n’aiment pas. Mais ce n’est pas un souci. Ce que nous voulons faire c’est raconter des histoires d’horreur, nous le faisons de façon très théâtrale, et nous faisons tout ce qu’il faut pour que notre message passe et pour divertir les gens. Lorsque les gens viennent à nos concerts, nous ne voulons pas juste rester là debout et jouer de nos instruments. Nous voulons leur donner un spectacle et nous faisons pareil avec l’album. Les gens devraient avoir le droit de vivre quelque chose d’extraordinaire, et c’est ce pour quoi nous travaillons dur, c’est notre mission.

La biographie promotionnelle dit que « Carach Angren peint des tableaux musicaux qui combinent facilement la profondeur grandiose de Rembrandt avec le maelström de couleurs tourbillonnantes de Van Gogh et la folie totale de Bosch. » Est-ce que ce n’est que verbiage promotionnel ou y a-t-il un vrai lien, selon toi, avec ces peintres et la peintures en général ?

Eh bien, évidemment c’est un texte promotionnel [petits rires]. Ca a été très bien écrit par un gars de notre label, mais ce qu’on peut voir là-dedans est que nous essayons effectivement de peindre des tableaux. En gros, ce que je fais lorsque je commence à composer pour Carach Angren est que j’ai ce film dans ma tête et j’essaie d’en écrire la bande son. Par exemple, cette chanson « Charles Francis Coghlan », lorsque Seregor m’a appelé, il m’a parlé de l’histoire, j’ai vu cette image dans ma tête d’un cercueil qui flotte, et je me suis senti triste, et j’ai ressenti cette émotion épique, et j’ai ressenti de l’émerveillement et du mystère. J’ai même fait de petits dessins, je les ai accrochés au mur et j’ai commencé à jouer du piano, et la chanson en est ressortie dans les deux jours qui ont suivi. D’une certaine manière, il y a une part de vérité là-dedans. Nous ne sommes pas qu’un groupe qui fait de la musique et des riffs, nous essayons de faire une bande son épique pour des contes d’horreur. Nous mettons les mêmes efforts dans les albums, les concerts, etc. Donc ouais, il l’a joliment formulé et là, c’est comme ça que je l’explique [petits rires].

« Les gens devraient avoir le droit de vivre quelque chose d’extraordinaire, et c’est ce pour quoi nous travaillons dur, c’est notre mission. »

Cet album parait plus théâtral que jamais, surtout avec la façon dont Seregor chante. Est-ce que vous l’avez justement conçu comme une pièce de théâtre ?

Nous avons passé en revue les paroles plein de fois cette fois et aussi les placements. Lorsque je compose des chansons, je veux tout équilibrer, je ne veux pas que l’orchestre soit devant tout le reste tout le temps, je ne veux pas qu’il y ait tout le temps trop de paroles… Donc nous avons essayé de trouver un subtil équilibre. Un exemple est « Song For The Dead », j’ai écrit ces paroles et j’ai parlé à Seregor : « Essaie de devenir cette personne. Essaie de la représenter plus comme un acteur. » Et c’est vraiment un maître dans ce domaine. Tu lui donne le microphone, tu lui donnes l’histoire, et il l’incarne [petits rires], c’est vraiment génial ! Donc ouais, d’une certaine façon, c’est une pièce de théâtre, ça l’est toujours. Nous nous ne voulons pas raconter ces histoires comme « voilà une histoire avant d’aller se coucher. » Nous voulons, en gros, devenir ces personnages lorsque nous écrivons cette musique et ces paroles. Et lorsque nous enregistrons, nous laissons les morts parler ! [Petits rires]

Avec Dance And Laugh Amongst The Rotten, vous êtes revenus aux histoires de fantôme, et c’est centré sur une fille qui joue avec une planche de Ouija. Qu’est-ce qui vous a inspiré ça au départ ?

Ce qui est drôle, c’est que j’ai toujours voulu faire quelque chose sur un album qui implique l’auditeur dans l’histoire. J’ai toujours eu cette idée folle mais je n’ai jamais trouvé le moyen de le concrétiser. Mais pour cet album, j’ai trouvé l’idée. Lorsque la première chanson démarre, « Charlie », on apprend que cette fille joue avec la planche de Ouija et ensuite s’enfuit. La planche de Ouija n’est pas correctement refermée, donc en tant qu’auditeur, on vit toutes ces histoires d’horreur indépendantes sur des visiteurs qui passent par la planche de Ouija. Et ce n’est que dans la dernière chanson que l’on revient à la fille et on découvre qu’en gros, elle est enlevée et tuée par cette force dénommée Charlie, mais ensuite il est révélé que ce n’est pas à cause de la planche de Ouija : c’était un mois plus tôt qu’elle a trouvé cette boite mystérieuse, la boite totalement noire, elle l’a ouverte et c’est ce qui a causé l’arrivée dans notre monde de cette force, Charlie. Dans la dernière chanson, nous nous adressons à l’auditeur : « Est-ce que tu as déjà ouvert la boite avant ? » Et c’est ça qui est cool, parce que le digipack vient dans une boite noire et tous ceux qui achètent notre CD doivent ouvrir la boite noire avant d’écouter l’album, donc eux aussi se font hanter. C’était quelque chose que je voulais mettre là-dedans. Je suis curieux du nombre de gens qui trouveront ça cool. L’idée s’est développée au fil du temps, donc ce n’était pas quelque chose qui est venu du jour au lendemain, mais en travaillant sur les chansons individuelles, j’ai commencé à penser à des façons de tout relier. Ça s’est concrétisé et c’était vraiment super.

As-tu déjà eu des expériences avec des planches de Ouija ou à communiquer avec des esprits ?

Pas vraiment mais je me souviens toujours de cette histoire que ma mère m’a raconté : lorsque j’étais tout petit, elle m’a mis dans une baignoire et elle est partie un petit moment, et puis elle m’a soudainement entendu crier. Elle est revenue et j’ai dit que quelqu’un me tirait sous l’eau, mais il n’y avait personne. Cette histoire me file toujours la chair de poule, même si je n’en ai pas un souvenir clair. Et le truc, c’est que les histoires de hantises m’intriguent. Aussi, sur cet album, on retrouve des histoires particulières basées sur de vraies personnes, comme « Charles Francis Coghlan » ou « Blood Queen ». Parfois on dirait que, même si ces gens sont morts, leurs souvenirs et leurs histoires, d’une certaine façon, veulent être racontées [petits rires]. J’en parlais aussi avec Costin [Chioreanu], qui a à nouveau fait notre lyric video, magnifique, et il a vécu la même chose : lorsqu’il a commencé à travailler sur ce genre de musique, il a dit : « C’est presque comme si les morts avaient quelque chose à dire ici. » J’aime cette approche. C’est bien que certaines de ces histoires soient relativement peu connues, car via notre album, les gens peuvent apprendre à les connaitre, donc c’est palpitant. Donc ça m’intrigue, ça me fascine.

Mais quelles sont tes croyances par rapport au paranormal et le monde spirituel ? Tu y crois ?

Je suis modeste : je ne sais pas ! Donc je n’ai pas de raisonnement clair à ce sujet. Mais comme je viens de le dire, j’aime que ça puisse m’intriguer. Je n’écarte aucune hypothèse. Bon, je ne contacte pas les morts tous les jours ou quoi que ce soit de ce genre [rires]. Parfois tu as des expériences mystérieuses. Comme avec cet album, je me suis vraiment senti lié à ces histoires, et parfois tu te demandes : « Pourquoi ? Comment se fait-il que j’entende l’histoire et seulement un jour plus tard j’ai toutes ces merveilleuses mélodies qui sortent ? » Je ne suis pas là : « Oh, c’est moi qui ai fait ça ! », tu deviens une partie de quelque chose de plus grand. Mais, je veux dire, je suis un gars très rationnel, et je ne veux pas mettre le doigt sur quoi que ce soit de particulier. Encore une fois, j’aime ces histoires, j’aime m’y impliquer, j’aime être obsédé par elles, j’aime travailler dur dessus et m’y sentir lié. Mais je ne pourrais pas dire ce qui est réel ou ce qui ne l’est pas. Certaines personnes croient en ces choses, d’autres les combattent. J’essaie de me tenir à l’écart de ces disputes ou discussions, je ne m’en soucie pas tellement, c’est juste ce que j’aime faire et ce qui m’inspire.

Votre précédent album, This Is No Fairytale, était basé sur une variante plus sombre de l’histoire d’Hansel et Gretel, mais ça parlait aussi de la maltraitance enfantine dans une famille dysfonctionnelle. Du coup, doit-on aussi voir des thèmes plus terre à terre dans ce nouvel album ? Y a-t-il de quelconques messages sur la vraie vie que vous vouliez transmettre ?

Pas vraiment comme le dernier album, non. Là, ce sont plus des histoires fantastiques et d’épouvantes. Il s’agit plus de stimuler l’imagination de l’auditeur. Il y a une idée qui est venue après que nous ayons terminé l’album, c’est un clip vidéo sur lequel nous avons travaillé, et qui est encore secret mais ça va sortir. Nous sommes obsédés par ce que nous faisons, tu sais. Nous avons travaillé sur ce clip vidéo pendant un mois, c’était dément, en pleine nuit, plusieurs jours d’affilée… [Petits rires]. Parfois nous nous regardions, genre : « C’est putain de fou ! » Donc peut-être que le message est que nous sommes obsédés par notre art et nous voulons qu’il soit parfait, et nous espérons que les gens s’en rendront compte avec ce que nous faisons tous les jours, nous dépassons tout le temps les bornes. C’est sympa mais ça coûte cher, aussi [petits rires], et ta santé mentale en prend un coup… Mais, enfin, il y a des gens qui ont de bien pires problèmes que ça. Je suis très content que nous puissions faire ces choses. Nous le faisons avec tout notre cœur, toute la journée, nous faisons tout pour que ce soit au top. Et je pense que ce message est vraiment véhiculé par cet album, s’il y a vraiment quelque chose de sérieux ou terre-à-terre qui y est communiqué.

« C’était un peu fou parce que ces gens [du parti chrétien aux Pays-Bas] disaient aussi que nous allions inspirer des terroristes avec notre musique, et ça m’a mis hors de moi ! »

As-tu besoin d’un concept ou d’une histoire comme base pour construire une musique par-dessus ? Penses-tu que ça produit un résultat musical plus solide à la fin ?

Avec Carach Angren, clairement. En fait, je fais beaucoup de musique aussi pour divers projets. Là en ce moment, je travaille sur un court-métrage d’animation, mais c’est pareil : je vois l’histoire, je vois ce qu’il se passe et ça aide beaucoup à mettre les choses en place. Car lorsque tu as une histoire, tu sais quelles émotions tu veux faire ressortir et provoquer auprès des gens qui l’écoutent et qui vivent l’histoire. Avec Carach Angren, c’est exactement ce que nous faisons. Ça aide beaucoup. Ceci étant dit, je pense que nous ne pourrions pas faire autrement ; nous pourrions mais alors ce serait quelque chose de complètement différent, ça serait un autre groupe, presque. L’histoire est vraiment notre guide, c’est la chose principale. Elle nous guide mais nous ne la laissons pas nous limiter. Il faut vraiment que les chansons racontent une histoire mais il faut aussi pouvoir les écouter sans avoir à plonger dans l’histoire. Je veux dire qu’une chanson comme « Pitch Black Box » est très accrocheuse et c’est super, les gens devraient pouvoir headbanger par-dessus et ne pas trop y réfléchir. C’est ce que je vois parfois avec d’autres groupes : ils ont une histoire mais elle prend le pas sur toute la musique, du coup ça devient presque comme un livre audio uniquement. Alors que j’aime cette épée à double tranchant : c’est du heavy metal, c’est accrocheur, c’est rentre-dedans, et pour les gens qui aiment ça, il y a l’histoire. Mais pour nous, en tant que créateurs, c’est la ligne directrice, ouais.

L’histoire est-elle habituellement écrite avant la musique ?

Parfois. En fait, dans ce cas, une partie des histoires étaient écrites, mais pas tout. Et même l’histoire globale est venue plus tard cette fois mais alors j’ai pu rajouter l’intro de façon à ce que ça fonctionne avec le reste et tout. Il y a toujours environ cinquante à quatre-vingt pour cent de l’histoire qui est terminée et à mesure que nous avançons, nous travaillons avec pour objectif un grand final, nous adaptons des choses… C’est un processus assez naturel mais nous avons besoin d’idées brutes, au moins.

Le black metal est souvent associé au Satanisme, mais Carach Angren n’a rien à voir avec ça. Votre truc ce sont juste les histoires d’horreur et fantastiques. Mais y a-t-il eu des fois où ce côté horrifique a été mal interprété ou pris pour ce qu’il n’était pas ou au premier degré ?

Ouais, clairement. L’année dernière en Hollande, nous revenions tout juste d’une tournée aux Etats-Unis et au Mexique, il y avait un parti chrétien aux Pays-Bas qui ne voulait pas que nous jouions, car nous étions censé jouer pour le réveillon de Noël, dans une ville qui s’appelle Amstelveen, et c’était annoncé comme « Carach Angren, les démons arrivent » [rires]. Et ça les a offensé, car ce sont des personnes extrêmement religieuses et elles ont du pouvoir, elles sont politiquement actives, et elles ont, en gros, demandé au maire et aux partis au pouvoir d’annuler notre concert et d’arrêter le financement de la salle de concert qui nous recevait. Ca a généré une grosse tempête médiatique, et c’était très bon pour nous parce que nous passions à la télévision et à la radio nationales avec des interviews [petits rires], donc nous y avons gagné dans cette affaire et eux y ont sacrément perdu. C’était un peu fou parce que ces gens disaient aussi que nous allions inspirer des terroristes avec notre musique, et ça m’a mis hors de moi, et je me suis exprimé contre ça, « vous ne pouvez pas faire ça, des gens ont été victimes de ces actes terroristes, on n’inspire pas les gens à quoi que ce soit de ce genre, on les inspire à aller mieux dans leur vie car ils peuvent écouter de la musique fantastique, en tout cas on l’espère. » Donc ouais, ça a été mal compris mais nous en avons retiré une grosse promotion. C’était vraiment fascinant parce que ça n’est pas arrivé à un groupe – surtout aux Pays-Bas, je veux dire, « le monde libre » – depuis très, très longtemps. Donc nous avons complètement été pris par surprise. Heureusement, c’était un incident isolé. Car, pour le reste, heureusement, les gens nous prennent pour ce que nous dépeignons. Et puis, il y a des groupes qui sont satanistes, et c’est cool aussi, c’est super [rires].

Costin Chioreanu a non seulement réalisé la lyric video, mais il a aussi fait l’artwork de l’album. Comment était la collaboration ?

Costin est un artiste extraordinaire ! Je suis vraiment content que nous ayons à nouveau pu travailler avec lui. Il a fait toutes les illustrations pour l’album. Je l’ai contacté il y a des mois et des mois de ça, et j’ai dit : « J’aimerais un dessin pour chaque chanson de l’album. » Et je lui ai envoyé de petits indices sur ce que je pensais qu’il conviendrait de dessiner ou de trouver. Et il l’a fait, il est revenu avec tous ces dessins, et j’étais soufflé ! Ce mec est complètement sur la même longueur d’onde que nous. Et pareil pour la lyric video. Je n’ai rien besoin de lui dire. C’est : « Ok, voilà les paroles, ça c’est la musique. » Il est réceptif à ça. Il écoute la musique et je sais qu’il va la saisir. Il m’a dit : « Ouais, je n’ai pas dormi depuis des jours, je suis tellement fatigué ! Je crois que les esprits me parlent vraiment… » [Rires] Il se met dedans, ça l’obsède comme nous. Nous sommes au même niveau. C’est pour ça que c’est si génial.

Vous êtes trois dans le groupe, tu es celui qui crée la base des chansons, mais quels sont vos rôles à chacun lorsque vous créez un album ?

Ça bouge un peu de temps en temps, mais les gars m’ont fait confiance pour être le compositeur principal, donc je compose les chansons. Dans cet album, j’ai aussi écrit les paroles pour quelques chansons et Seregor a écrit les autres, et ce n’est pas moi dirigeait l’histoire conceptuelle. Et dans le dernier album, Seregor était complètement responsable de l’histoire dans les textes. Donc nous faisons des rotations, tout dépend qui a l’idée. Mais si tu regardes Namtar, c’est un batteur très doué. C’est mon frère et je l’ai vu grandir depuis le tout début lorsqu’il a frappé pour la première fois une caisse claire, en gros, et maintenant c’est un des meilleurs batteurs de metal en activité. Tu sais, ce qui est drôle, c’est que je travaille sur ces chansons et je mets de la boite à rythme et tout là-dedans, et puis je lui envoie ça, et il les change pour des idées complètement différentes à la batterie, et à ce moment-là, je suis déjà attaché aux choses, donc je suis là : « Non, tu ne peux pas faire ça ! » [Rires] « Tu as détruit mon idée ! » Mais je sais, lorsque j’ai ce sentiment, qu’il faut que je laisse passer quelques jours, et puis ce qu’il se passe généralement est que ses idées fonctionnent mieux. Donc il est très doué dans cette approche, c’est le rythmicien. Je fais des chansons et il dit : « Non, il nous faut un seul coup ici ou vire ce blast beat ou… » Et c’est cool parce que lui, à ce stade, il a un regard neuf sur les chansons, alors que moi j’ai complètement la tête dedans depuis déjà six mois.

« On voit ça tout le temps, tu as un méga paquet de trucs qui se passent et puis il y en a encore plus qui arrivent, et puis tout fini par être noyé, tout hurle pour réclamer de l’attention, comme si tu avais une voiture pleine d’enfants qui crient pour obtenir une glace [rires]. Pour moi c’est, genre : qu’est-ce que tu essaies de faire avec ça ? [Petits rires] »

Pareil avec Seregor. Seregor est un acteur. Lorsque j’allume la caméra, pour s’amuser, et je dis « ouais, fais ça », il commence à jouer la comédie. C’est pareil pour ce qu’il met sur la table musicalement. Il attrape la guitare, et il est très émotionnel aussi, comme moi, et il commence à jouer, il se fiche de ce que la guitare peut faire ou pas, avec les limites techniques. Avec sa voix aussi, il travaille avec son cœur, et c’est ce qu’il apporte à ces chansons. C’est comme si j’étais le réalisateur et lui l’acteur, donc ça fonctionne ensemble. Un bon exemple est « Song For The Dead », j’ai écrit ces paroles, j’ai eu quelques idées pour ça et j’ai pu les lui communiquer, genre : « Ce gars est pété de la tête, il danse avec des corps morts, c’est tragique. » « Ouais, ouais, » et il commence, nous enregistrons le chant. Donc nous sommes une vraie équipe, chacun est à sa place et connait sa place. C’est une machine bien huilée et c’est pour ça que nous y faisons très attention et que nous faisons attention aux uns et aux autres. Car c’est dur. Nous traitons presque tous les jours les uns avec autres, il faut travailler dur, il y a de bons moments mais aussi des moments éprouvants. Et c’est pour ça que nous n’avons pas agrandi le groupe officiellement avec d’autres membres, parce que nous voulons chérir ceci et faire en sorte que ça continue de fonctionner.

D’après les crédits, toi et Seregor avez tous les deux écrit les parties de guitare et tu as écrit les parties de basse, mais toutes les guitares et la basse ont été en réalité jouées par un invité, Patrick Damiani. Comment se fait-il que c’est quelqu’un d’extérieur au groupe qui s’est chargé de quelque chose d’aussi crucial que les enregistrements de pistes de guitare ?

En fait, certaines parties, je les ai trouvées durant le processus de composition, comme « Pitch Black Box », il y a quelques riffs dans « Three Times Thunder Strikes »… Et Seregor est vraiment très bon pour trouver ces mélodies extraordinaires, donc il a créé les parties de guitare sur « Charles Francis Goghlan », par exemple. Et au final, il les enregistre toujours durant la phase de démo. Mais Patrick Damiani est un artiste et un producteur extraordinaire. Il est très bon pour enregistrer les guitares. Il est lui-même guitariste. Il fait ça très bien et il est très rapide pour le faire. Et c’est aussi une question de gestion du temps. Nous sommes là : « Ok, on va chez Peter Tägtgren, on enregistre la batterie. Pendant ce temps, pour quoi Patrick n’enregistrerait pas les parties de guitare et de basse, dans son studio, professionnellement ? Du coup, lorsqu’on reviendra, on pourra tout de suite enregistrer le chant. » Donc c’était une décision consciente.

Mais ce que tu entends est entièrement écrit par nous. Patrick Damiani sait exactement comment Seregor écrit, il sait quel type de groupe nous sommes, car nous avons travaillé sur de nombreux albums ensemble. Si tu écoutes les enregistrements démo que nous avons, ils sont exactement pareil. Il n’y a pas de différence d’interprétation, il fait exactement ce que Seregor a écrit, et il a tout écrit en tablature. Mais de quatre-vingt-dix pour cent, nous voulons passer à cent pour cent. Ce gars est absolument dément et assure tellement ! Voilà pourquoi nous voulons qu’il s’en charge. C’est vraiment un privilège qu’il ait pu le faire et ait été d’accord pour encore s’en charger. Ça colle bien quand tu écoutes l’album. Il n’y a rien de bizarre dans la musique, ça reste la même chose, c’est encore Carach Angren.

Mais évidemment, chaque groupe fait les choses différemment et certains ont un guitariste attitré qui est vraiment excellent pour s’enregistrer et ils le font comme ça, et c’est tout aussi bien. Ceci est notre approche, et peut-être que la prochaine fois nous ferons à nouveau autrement. Il y a des limites à être un trio [petits rires]. Donc nous avons fait un choix précis pour ça. C’est la même chose, par exemple, avec les parties de violon solo. Je peux jouer un peu de violon mais carrément pas aussi bien que Nikos Mavridis, qui est à tomber. Dès que j’ai besoin d’un violon solo pour quoi que ce soit, je fais appel à lui et il l’enregistre en Grèce et il me le renvoie. C’est donc presque un album européen [petits rires], avec tous ces lieux d’enregistrement et tout. Mais ce que tu entends, c’est essentiellement ce que nous avons créé à trois, en tant que groupe.

Tu as déclaré que vous avez travaillé en étroite collaboration avec Peter Tägtgren cette fois. Du coup, comment s’est passée cette collaboration ? Quel a été l’apport de Peter ?

Peter est un grand artiste et producteur. J’ai pu travailler avec lui sur l’autre projet que tu as mentionné, et il a mixé notre dernier album This Is No Fairytale, donc nous avons une bonne relation de travail. Et cette fois, nous avons aussi voulu enregistrer la batterie à son studio et qu’il fasse à nouveau le mixage. Donc tout s’est passé sans accroc. C’était totalement naturel. Nous y avons été, Namtar et moi avons passé une semaine là-bas, nous avons enregistré la batterie en seulement quelques jours. Il a un excellent feeling pour ce qui est de faire sonner la batterie de façon naturelle mais très agressive. Ce que j’aime vraiment dans cet album, c’est la caisse claire, elle est très claire mais aussi rentre-dedans, j’adore ça. Pareil pour le mix : c’est clair comme de l’eau de roche, il se passe énormément de choses, mais ça reste très agressif, avec beaucoup de distorsion sur les guitares. Il s’est une fois de plus surpassé. Je suis très honoré d’avoir encore travaillé avec lui.

« Certains de ces trucs que je mets dans les albums – il faut que je sois honnête -, ce n’est même pas possible de les jouer [rires] ou alors il faudrait un très, très bon orchestre. »

L’une des marques de fabrique de Carach Angren est ton travail orchestral. Mais quelle est ton approche du mélange de musique orchestrale et du metal extrême ?

C’est intéressant. Ce que l’on entend beaucoup chez les groupes de nos jours est qu’il y a beaucoup d’orchestres dans le metal, ce qui est super, mais personnellement, je n’aime pas en abuser. Je veux dire qu’il y a énormément de choses quand tu entends notre musique mais parfois, lorsque tu retires les guitares et la batterie, il ne reste plus grand-chose, contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre. Donc c’est toujours une question d’équilibre. Car si tu as une batterie qui fait des blast beats et tu as des guitares, de la basse et du chant rugueux, et puis tu veux des cuivres, des trombones et un violoncelle, tout à la fois, c’est comme mettre de la soupe avec de la salade et de la glace dans ton assiette [rires]. Donc c’est toujours un challenge, déjà durant le processus de composition, d’être très spécifique avec ce que tu veux, car tu as une infinité de possibilités aujourd’hui avec les samples. Et dans cet album, parfois, nous sommes revenus vers de très vieux sons, je me suis remis à utiliser un orgue que je jouais lorsque j’avais environ dix ans, j’ai joué du thérémine et des synthétiseurs. Il n’y a aucune limite avec ce genre de choses mais j’essaie toujours de réduire pour qu’il ne reste plus que le message que je veux faire passer. Tu entends une chanson comme « Pitch Black Box » et l’orchestre est loin derrière et au début, tu n’entends qu’un petit piano qui sonne agressif. Donc la question, ce n’est pas quelle quantité de choses tu mets là-dedans ou à quel point c’est gros, même si parfois ça l’est, mais c’est : que veux-tu dépeindre et communiquer ? Je fais toujours très attention avec cette approche. Mon approche, c’est moins c’est mieux. C’est cliché mais c’est vrai. Parfois, il s’agit seulement de retirer des choses ou les remplacer.

Généralement, dans le metal, c’est l’inverse qui se produit, on se retrouve parfois avec des couches et des couches d’arrangements orchestraux, de guitares, de chant, etc.

Ouais. Et, en fait, ça peut marcher. Si tu écoutes une chanson comme « Charles Francis Coghlan », il y a un paquet de trucs, du piano, des cordes, etc. constamment, mais là, c’était voulu. Je voulais que ce soit épique, et il y a un violon en solo tout devant, or ce n’est pas un équilibre naturel, parce que normalement, le violon solo aurait dû être complètement écrasé par tous les trucs qui se passent, mais il faut que ça sonne crédible, selon moi. Tu as raison, on voit ça tout le temps, tu as un méga paquet de trucs qui se passent et puis il y en a encore plus qui arrivent, et puis tout fini par être noyé, tout hurle pour réclamer de l’attention, comme si tu avais une voiture pleine d’enfants qui crient pour obtenir une glace [rires]. Pour moi c’est, genre : qu’est-ce que tu essaies de faire avec ça ? [Petits rires] Parfois, c’est juste mieux de tout de retirer. Mais ça demande du courage de faire ça, parce que parfois, j’écris une chanson et je l’écris de façon complètement orchestrale et puis au final, il n’en reste rien et tu n’entends que des guitares, et du coup, les gens pensent que c’est une chanson faite pour la guitare. C’est aussi une question d’égo, mais moi je m’en fiche, ce qui m’importe, c’est la chanson et ce dont elle a besoin au final. Nombre des riffs de guitare que tu entends sur l’album ont commencés en tant que riffs de piano. Je commence à marteler le piano et me dit : « Oh, ça sonnerait super à la guitare ! » Donc lorsque tu retires le piano, tu retires les cordes aussi, tu mets la guitare et c’est tout ce qui reste.

Est-ce qu’il y a des règles sur comment la composition d’une chanson démarre ? Genre, est-ce que c’est une ligne de piano d’abord, ou une partie orchestrale, ou un riff de guitare… ?

Ça peut être n’importe quoi, en gros. J’aime commencer au piano parce que c’est un instrument très polyvalent et c’est harmonique, évidemment, et tu commences à marteler des notes basses, c’est agressif, donc ça peut devenir un riff de guitare. Mais généralement, ce que je dis toujours c’est « contentes-toi de commencer ». Car on me pose souvent cette question, j’ai aussi des étudiants, je donne des leçons en ligne, et ils me demandent : « Comment commences-tu ? » N’importe où ! Parfois je suis assis dans la voiture… Le riff que tu entends sur la dernière chanson « Three Times Thunder Strikes » [il chante le riff], je l’ai eu dans la voiture. Donc j’ai attrapé mon téléphone et j’ai commencé à fredonner ce riff dans mon téléphone, je l’ai sauvegardé et puis je suis arrivé chez moi. Un jour plus tard, j’ai commencé à travailler sur ce riff et j’étais là : « Hey, ce riff est sympa ! » Parfois ça sort de nulle part, lorsque tu entends un oiseau ou autre… Tout du moins, c’est comme ça que je travaille. Une chanson peut venir de n’importe où n’importe quand.

Comment fais-tu pour que tes sons d’orchestre sonnent si réel ? Car, si je ne me trompe pas, tu ne fais pas appel à de vrais orchestres…

Non, ce sont des samples. La seule chose réelle est lorsque je fais des effets de violon, les trucs effrayants, je les joue vraiment avec mon violon ici, et les parties mélodiques sont jouées par ce super mec Nikos Mavridis. Mais désormais, il existe d’excellents samples, il y a plein de logiciels disponibles, et ça fait même déjà un moment maintenant. J’ai acheté plein de choses, j’ai travaillé dur, j’ai dépensé tout mon argent pour acheter ces logiciels, j’ai littéralement investi des milliers et milliers d’euros et de dollars dans des ordinateurs puissants et des logiciels. Mais j’ai aussi beaucoup étudié comment orchestrer. En fait, tu as tous ces supers sons mais il faut savoir comment un orchestre fonctionne. Il ne s’agit pas de faire tout le temps tout correctement mais au moins, il faut avoir une compréhension de… Par exemple, si tu prends un violon, chaque corde a un caractère différent et certaines sont plus faibles que d’autres. Elles servent un but précis. J’ai beaucoup appris et étudié pour avoir une compréhension de base d’un orchestre et des instruments. Répéter, répéter, répéter… Le faire souvent. Je le fais tous les jours, et tu t’améliores. Ce n’est même pas une question d’avoir les meilleurs sons qui existent parce que parfois, j’ai même utilisé des sons gratuits ou merdiques, ou je m’enregistre moi-même. C’est une question de combinaison. Il faut avoir de l’imagination. Si j’écoute une BO de film, parfois je me dis « ok, voilà ce que je veux. » Et en définissant ce que tu recherches, tu travailles pour l’atteindre, et tu utilises toute la puissance et les éléments que tu as à ta disposition. Et, en fait, sur Lammendam, j’avais un ordinateur très peu puissant, de tout petits logiciels, et même sur l’album avant ça, je n’avais qu’un petit synthétiseur parce que c’est tout ce que je pouvais me payer à l’époque. Mais j’ai quand même essayé de faire que ça fonctionne, et lorsque je réécoute ces choses aujourd’hui, j’en suis toujours fier et je le trouve super. C’est une question d’imagination, de connaitre les instruments, de savoir ce dont tu es capable, et puis utiliser cette connaissance.

Comme tu l’as mentionné, tu as travaillé avec le violoniste Nikos Mavridis. Est-ce parce qu’il y a une limite à ce qu’un ordinateur peut produire ?

Aujourd’hui, il n’y a pas tellement de limite, mais le truc, c’est que rien de vaut la prestation d’un être humain. Il faut honnêtement que je le dise. Donc un vrai orchestre, au final, sera toujours meilleur qu’un faux orchestre parce que c’est comme ça. Lorsque les gens mettent leur âme dans la prestation, tu l’entendras en retour. Mais si tu regardes ce qu’on peut faire de nos jours… Et j’aime y aller et tout peaufiner au dernier moment. Peter était déjà en train de mixer l’album et j’étais toujours là, durant les vacances, tard le soir, j’étais là : « Ok, mais cette trompette, je veux qu’elle soit un peu différente ici. » Et lorsque tu enregistres un orchestre, il faut vraiment tout planifier et après coup, tu ne peux plus y faire grand-chose. Par exemple, pour la partie de violon solo, je savais que je voulais qu’il s’en charge. Je lui ai expliqué ce que je voulais et il a joué plusieurs versions différentes, et ça paye au final.

« Black metal symphonique ? Qu’est-ce que c’est de toute façon ? Est-ce symphonique parce que les guitares sont symphoniques, ou bien est-ce parce qu’il y a un orchestre, qui n’est même pas là parce que c’est du clavier… ? Pour moi, c’est confus, tu vois [petits rires]. »

As-tu l’intention de faire appel à un vrai orchestre un jour ?

On me pose souvent la question aussi, à savoir si nous aimerions jouer avec un vrai orchestre. En fait, ce serait super mais plein de groupes l’ont déjà fait et pour moi, il faut qu’il y ait un but spécial, parce qu’aujourd’hui, j’aime faire ce que je suis capable d’accomplir. Nous essayons toujours de voir ce que ça apporterait pour Carach Angren de faire quelque chose de vraiment spécial. Donc nous ne le ferions pas juste parce que c’est cool, il nous faudrait une autre idée pour le faire. Là tout de suite, il n’y a pas vraiment de raison qui me pousserait spécifiquement à le faire, mais on ne sait jamais pour l’avenir.

Mais je pensais aussi par rapport aux albums, et à ce que tu disais : « Un vrai orchestre sera toujours meilleur qu’un faux orchestre. »

Ouais, peut-être mais encore une fois, j’ai besoin de beaucoup de temps. Certains de ces trucs que je mets dans les albums – il faut que je sois honnête -, ce n’est même pas possible de les jouer [rires] ou alors il faudrait un très, très bon orchestre. Donc le budget aussi rentre en jeu, tout comme le temps. Et laisse-moi te dire un secret : je pense que neuf films sur dix de nos jours, leurs bandes originales qu’on entend, même s’ils disent que c’est un vrai orchestre, en fait ça ne l’est pas, ou alors ça l’est à dix pour cent et tout le reste sont des samples. Mais ce qui serait bien, ce serait d’avoir le temps de faire appel à un orchestre pour jouer quelques chansons ou faire une adaptation orchestrale ou quelque chose comme ça, ce serait sympa peut-être de faire ça dans le futur, ouais.

Tu as déclaré que tu n’aimais pas le terme « black metal symphonique ». Pourquoi ?

[Rires] Pour moi, c’est un peu un terme valise, parce qu’on avait évidemment les gros groupes qui ont très bien lancé la mode dans les années 90, et ensuite des centaines, et peut-être même des milliers de groupes ont fait la même chose. Pour moi, ce genre est usé, comme : « Oh un autre groupe avec du clavier, oh un autre groupe avec des cordes, oh un autre groupe qui sonne sombre… » Je pense que nous en avons un peu souffert, parce que nous essayons, au moins, toujours d’être originaux et ensuite, à chaque fois, les gens disaient « c’est un groupe de black metal symphonique », pour moi ce n’est pas très précis. Pour moi, personnellement, ça m’évoque quelque chose de pas terrible. Lorsque j’entends ça, je suis là : « Ok, ouais, peu importe » [rires]. Il n’y a pas tant de bons groupes. C’est mon avis. C’est donc pour ça que nous choisissons le terme « horror metal ». J’ai reçu des plaintes, genre « ouais, mais ça aussi c’est une indication générale, » mais je l’aime bien parce que ça sonne bien plus cool [rires], et nous racontons des histoires d’horreur et nous faisons du metal. Donc voilà pourquoi nous faisons ça aujourd’hui. Black metal symphonique ? Qu’est-ce que c’est de toute façon ? Est-ce symphonique parce que les guitares sont symphoniques, ou bien est-ce parce qu’il y a un orchestre, qui n’est même pas là parce que c’est du clavier… ? Pour moi, c’est confus, tu vois [petits rires].

Les metalleux aiment généralement établir un parallèle entre le metal et la musique classique. Quel est ton avis sur le sujet ?

Je comprends ce raisonnement parce que la musique classique, les gens penseraient que c’est une musique très légère mais si tu vas dans les choses vraiment lourdes, c’est lourd ! Ce n’est pas quelque chose que tu écoutes posé pour boire une tasse de thé. Je veux dire que si tu écoutes Stravinsky, ou même Tchaïkovski et autres, ça remue l’estomac, il y a beaucoup d’émotions, beaucoup de textures, ce n’est pas terminé en deux minutes comme la pop parfois [petits rires]. Il y a vraiment des parallèles. Il n’y a aucune limite et c’est pareil dans le metal. Donc je le comprends, oui.

Peux-tu nous parler de ton background et comment tu en es arrivé à mélanger le metal et la musique classique au départ ?

J’avais déjà commencé lorsque j’étais enfant, vers huit ans, et nous étions à l’école, nous répétions des chansons à chanter, et je revenais à la maison, j’avais ce petit clavier et je commençais à jouer les mélodies, et ma mère avait remarqué ça. Je suis très reconnaissant qu’elle m’ait inscrit à des cours de musique, j’ai commencé à jouer du clavier, etc. Et puis lorsque j’avais quatorze ou quinze ans, je me suis intéressé au metal et au punk. Au départ, j’étais là : « Ok, il n’y a que de la batterie et des guitares, donc qu’est-ce qu’un claviériste va pouvoir faire ? » Et j’ai même été dans un petit groupe avec un gars, un ami à moi, à l’époque, et je jouais de la batterie sur le clavier, donc j’étais un batteur-claviériste [petits rires]. Et ce n’était qu’à l’époque que j’ai découvert que « ok, mais il y a des influences classiques dans le metal » et j’étais déjà en train de devenir fan des musiques de film à cette époque. Donc c’est là que j’ai commencé à vraiment accrocher et j’ai joué dans plusieurs groupes, dont certains que j’ai fondé, me menant jusqu’à Carach Angren. Je n’ai jamais cessé de m’entraîner et de m’améliorer. J’ai étudié la musique pour les médias. Je suis devenu meilleur dans ce domaine et maintenant je fais de la musique pour des courts-métrages, évidemment je compose pour le groupe, je compose pour de la publicité, je fais plein de types de trucs pour d’autres groupes, et je continue à évoluer chaque jour. C’est ma raison d’être, en gros.

Pourquoi avoir choisi le black metal pour raconter des histoires d’horreur ? Je veux dire que King Diamond est un maitre dans le domaine et il le fait avec du heavy metal…

Ouais, clairement, et il le fait super bien. Mais le black metal est sombre, tu sais. Parmi les vieux trucs, j’écoute Marduk, Dark Funeral, Mayhem… C’est de la super musique, c’est tellement agressif et tellement sombre, mais il y a quand même parfois des mélodies, il y a des accords, il y a quelque chose de génial là-dedans. Seregor et moi, mais aussi Namtar, nous avons été attirés par ça. Une part de ça fait toujours partie de notre langage. Je veux dire que nous nous sommes diversifiés vers plein de styles de metal désormais, le thrash metal, le death metal… Mais je ne sais pas, il y a quelque chose là-dedans. C’est difficile de mettre des mots dessus. Par exemple, le heavy metal vient d’une autre époque, ça a une autre saveur, comme le thrash metal et le death metal, et tout ça c’est super, mais le black metal est cru, agressif et il possède quand même cette atmosphère, cette obscurité, et c’est ce que nous voulions vraiment dans Carach Angren, mais alors en le portant à un autre niveau et dans une autre direction.

« La semaine dernière j’ai fait un film d’horreur, j’ai maltraité mon violon, et maintenant je m’occupe d’un film d’animation excentrique. J’adore ça ! Ça me permet de rester concentré et heureux dans mon boulot. »

Comme je l’ai mentionné au début de l’interview, tu as participé aux orchestrations de l’album de Lindemann. Comment était ton expérience à travailler avec eux ?

C’était super ! Evidemment, Peter a fait nos deux derniers albums et m’a demandé : « Où as-tu enregistré l’orchestre ? » J’ai dit : « Je l’ai fait chez moi ! » [Petits rires] Et il était là : « Oh, c’est génial ! J’aurais peut-être besoin de ton aide. C’est pour un projet secret. » Et c’était bien sûr Lindemann, donc j’ai dû garder ça pour moi. Je suis rentré en contact avec Till, il m’a également invité une fois. C’était vraiment une super expérience, parce que ces mecs sont vraiment des bourreaux de travail, ils savent pourquoi ils sont là, c’est à dire être des artistes qui créent de la musique de dingue. C’était sympa de faire partie de ça. Car je travaille comme eux : lorsque j’ai une idée, je reste éveillé toute la nuit pour travailler dessus. Eux, c’est pareil, ils ne dorment pas… [Petits rires] Donc c’était vraiment cool. A un moment donné, Till m’a demandé : « Est-ce que tu pourrais écrire une ballade ? » J’ai essayé et il a adoré. Il est venu chez moi, nous avons enregistré les parties de chant de la chanson. Elle s’est retrouvée sur l’album, c’est un titre bonus. Donc ouais, c’était vraiment super de les aider sur cet album.

Est-ce qu’ils t’ont donné carte blanche ou bien tu avais des directives ?

Peter avait déjà écrit des arrangements, il avait des idées claires. La plupart des chansons, il me les envoyait et mon rôle était, en gros, de les améliorer. Donc nous avions une petite partie de cordes et j’ajoutais des parties secondaires pour grossir le tout. Sur certaines chansons, ils disaient : « Tu pars de ça. » Il y avait peut-être seulement une guitare, la batterie, le chant et un petit piano, et j’ajoutais toutes les orchestrations. C’était donc différent suivant les chansons. Mais ce qui était vraiment cool est qu’ils aimaient tout ce que je tentais, donc ils m’ont accordé de plus en plus de liberté pour proposer des choses. C’était donc un processus naturel, en ce sens.

Penses-tu que cette collaboration ira plus loin ou même pourra évoluer pour t’inclure dans leur collaboration créative ?

Je l’espère ! J’espère que lorsqu’ils continueront Lindemann, ils reviendront vers moi. En fait, Peter m’a demandé de l’aider sur Pain, l’album Coming Home sorti l’an passé, j’ai fait la même chose, j’ai travaillé avec lui. Donc ouais, j’espère. Nous sommes toujours en contact et nous nous tenons chacun informés. Désormais, ils savent vers qui se tourner lorsqu’ils ont besoin de trucs orchestraux épiques [rires].

Comme tu l’as mentionné, tu as aussi travaillé sur des courts-métrage et de la publicité à la télé. Quelle est ton approche lorsque tu composes en te basant des images existantes, avec des exigences spécifiques que quelqu’un d’autre te donne et que tu dois respecter ? Comment traduis-tu ça en musique ?

C’est marrant parce que la semaine dernière, j’ai fait un court-métrage d’horreur, et ce réalisateur est très précis dans ce qu’il veut, car il est lui-même passionné de films d’horreur. Donc il m’a déjà appelé il y a des mois, genre : « Je fais ce film, je pense à tel film et à telle musique. Es-tu libre en mai ? Peux-tu bloquer une semaine ? Je viendrai. » Ce gars est venu la semaine dernière, un jour nous nous sommes assis, j’avais déjà fait des ébauches et j’avais déjà les images, et nous avons parcouru ça. J’ai commencé à travailler pendant qu’il était assis là. Donc j’ai dit : « Ok, j’essaie ceci ici avec le truc au violon. » Et il est là et sourit, il acquiesce, ou bien il dit « non, peut-être que c’est trop. » Donc avec lui, j’ai vraiment un processus créatif naturel et très bon. D’autres fois, comme en ce moment, je travaille sur un court métrage d’animation, et l’animation, c’est différent parce que, généralement, beaucoup de choses se passent en très peu de temps, donc la musique doit suivre l’action. L’animation, c’est quelque chose que j’aime beaucoup. Ça implique beaucoup de boulot parce que la musique peut changer en seulement trois secondes et passer de la bossa nova à des trucs orchestraux épiques, donc c’est fou, mais j’adore et c’est ce sur quoi je travaille là tout de suite. Je demande toujours au réalisateur ou au cinéaste : « Que veux-tu ? Qu’as-tu dans la tête ? » Car la plus grande erreur est de mettre quelque chose qui ne convient pas. Parfois je regarde une scène et je pense : « Oh ouais, on part sur quelque chose de complètement épique ! » Et ensuite, le réalisateur dit : « Non, non ! Ça vient du personnage principal et elle est faible, elle est déprimée, donc on a besoin de quelque chose qui sonne chétif, » [petits rires] et j’ai passé une journée à faire ce truc orchestral épique parce que c’était un plan large à la caméra, genre « merde ! » Donc j’essaie toujours de demander au cinéaste : « Qu’est-ce que tu vois ? Qu’est-ce que tu veux ? » Et parfois, j’ai une idée et je pense que ça conviendrait peut-être mieux. Par exemple, il me dit : « Je veux ça, ça et ça comme musique ici. » Et je dis : « J’ai une autre idée. Permet-moi de te montrer. » Et puis il a aimé. C’est toujours une question de communication et de jouer en équipe.

N’est-ce pas un peu trop contraignant d’avoir ce cadre imposé ou bien considères-tu que les contraintes sont bonnes pour la créativité ?

Ouais, un peu des deux. C’est aussi bon pour la créativité. J’ai trouvé certaines de mes idées les plus cool lorsqu’il y avait des limitations. Car évidemment, aujourd’hui, avec tous ces sons, tu as une infinité de possibilités. Donc parfois c’est bien de savoir « ok, je peux uniquement faire ça maintenant. » Et alors tu dois trouver quelque chose de vraiment bien. Et c’est aussi une question de variété. Là, je fais ce court-métrage d’animation. La semaine prochaine peut-être que je vais à nouveau créer quelque chose pour Carach et je n’ai pas de contrainte sur écran, je peux vagabonder dans mon propre esprit. C’est la diversité des différents projets qui te permet de rester affuté et innovant. Je veux dire, c’est vraiment cool, la semaine dernière j’ai fait un film d’horreur, j’ai maltraité mon violon, et maintenant je m’occupe d’un film d’animation excentrique. J’adore ça ! Ça me permet de rester concentré et heureux dans mon boulot.

Peux-tu nous donner des nouvelles de tes travaux en solo ?

J’ai fait quelques travaux en solo, je les ai mis sur une page bandcamp pour que les gens puissent écouter et acheter. Je travaille sur d’autres chansons ici et là lorsque je dégage du temps pour. Et je prévois d’en sortir d’autres, assurément. Je prévoyais de sortir un album, je le sortirai juste pour moi. Mais ouais, j’ai envie de sortir un album. Je crois avoir terminé deux idées de base maintenant, deux ou trois chansons, et je veux en faire huit en tout et puis sortir ça avec un artwork et tout. Mais ça va prendre un peu de temps parce que je veux que ce soit vraiment super et je dois voir ce que ça peut devenir, si ce sera purement orchestral ou aussi avec des trucs industriels. Mais je vais voir où ça me mène et peu importe ce qui en ressortira, je l’assemblerai.

Interview réalisée par téléphone le 30 mai 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Negakinu.

Site officiel de Carach Angren : www.carach-angren.nl.

Acheter l’album Dance And Laugh Amongst The Rotten.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Hellfest - Warzone - jour 3
    Slider
  • 1/3