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Interview   

Carach Angren ou le Prométhée black sympho


À l’été 1816, le poète britannique Lord Byron, alors en villégiature sur les bords du lac Léman, reçoit la visite d’un couple de compatriotes : Percy Shelley, lui aussi poète, et sa femme Mary, dix-huit ans. Parce qu’il pleut des cordes pendant tout le séjour et que saint Netflix n’est pas encore là pour rendre des semaines de confinement supportables, Byron propose à ses invités, pour tuer le temps, d’écrire chacun une histoire de fantômes. Les deux poètes relèvent le défi en dilettantes. Mary, qui pense d’abord être incapable d’écrire quoi que ce soit, force un peu trop sur l’opium au cours d’une conversation portant sur les travaux d’Erasmus Darwin, grand-papa de et initiateur de ce qui deviendra la théorie de l’évolution. Cette nuit-là, la jeune femme rêve du « pâle étudiant des arts profanes agenouillé aux côtés de la chose qu’il avait assemblée ». Victor Frankenstein et sa créature sont nés.

Hasard, coïncidence ou délire de Muses qui s’ennuient, deux siècles plus tard, c’est au tour de Clemens « Ardek » Wijers, compositeur et claviériste de Carach Angren, d’être visité par un cauchemar dans lequel apparaît Conrad Dippel, théologien allemand que l’on soupçonne d’avoir inspiré à Mary Shelley le personnage de Frankenstein. Pour un groupe de black metal qui puise son inspiration dans le folklore sanguinolent et les histoires de fantômes, le thème du prochain concept album était tout trouvé. Fidèles à la créature sensible et intelligente du roman plutôt qu’au monstre stupide des adaptations de la Hammer, les Néerlandais proposent, avec Franckensteina Strataemontanus (mais « l’album sur Frankenstein », ça passe aussi), un album riche, intelligent, qui fait voyager l’auditeur des forêts de Hesse à l’Afrique du Nord de la Seconde Guerre mondiale.

On en parle très, très en détail ci-dessous (et d’autres sujets, dont le départ du batteur Namtar) avec Ardek et son comparse Seregor, chanteur de la formation, dans une interview longue comme un roman – alors munissez-vous de votre boisson préférée et d’un paquet de gâteaux avant de plonger dans l’univers de ces black metalleux inspirés par une gamine de 18 ans devenue reine de l’horreur gothique.

« La chose en particulier qui m’a toujours intrigué dans le roman de Mary Shelley est l’incessante recherche scientifique, sans compromis, et ce que ça faisait d’être totalement à l’écart de la société et d’être seul à créer quelque chose. Le fait d’abandonner sa famille, d’abandonner tout… Je peux me reconnaître là-dedans. »

En préambule, Ardek explique l’origine du concept de Franckensteina Strataemontanus :

Ardek (claviers) : Il y a deux ans, j’ai fait un cauchemar. Je ne rêve pas souvent d’habitude, donc c’était un peu surprenant. J’ai rêvé que je flottais dans une grande maison. De l’eau coulait sous mes pieds et la maison avait des décorations classiques. On entendait un air de piano grave et dissonant en continu dans le fond. Alors que je flottais dans la maison, je me suis senti attiré tout à coup vers une peinture qui se trouvait au beau milieu de la pièce. C’était le portrait d’un vieil homme qui avait l’air en colère. Je sentais qu’il m’attirait, puis je me suis réveillé. C’était au milieu de la nuit, et comme je suis un artiste, je me suis précipité vers le piano pour écrire immédiatement cet air que je venais d’entendre. J’ai essayé de coucher sur papier ce que je venais de voir dans mon rêve ; c’est ce que j’essaye toujours de faire. J’ai également essayé de dessiner l’image de l’homme que j’avais vu.

Plusieurs mois sont passés et j’ai plus ou moins oublié ce rêve. Plus tard, nous avons eu l’idée de nous plonger dans l’univers de Frankenstein. Seregor, qui est un vrai cinéphile, avait vu beaucoup de films sur Frankenstein et en a toujours été fan. Je ne m’y étais jamais intéressé, donc j’ai décidé de lire le roman de Mary Shelley. Il m’a fasciné, et je me suis rendu compte que beaucoup de thèmes abordés dans le livre étaient passés sous silence dans les films : par exemple la passion intarissable et la recherche d’une révolution scientifique par Victor Frankenstein, mais aussi les lamentations du monstre qui sont particulièrement émouvantes dans le livre. J’étais donc captivé, et j’ai commencé à me renseigner sur le livre.

Par pure coïncidence, cette année-là, à savoir 2018, marquait le deux centième anniversaire de l’écriture du roman par Mary Shelley. Il y avait donc une exposition au musée Boerhaave aux Pays-Bas. J’y suis allé, et j’ai été fasciné par les pièces exposées. L’une d’elles avait été réalisée par une scientifique et artiste nommée Ana María Gómez López, qui voulait retirer un morceau d’un de ses organes, et l’enterrer en tant qu’expression artistique afin de représenter l’idée même de Frankenstein. Je me suis dit : « C’est vraiment puissant ! » J’ai donc noté son nom et je l’ai contactée. Je lui ai dit : « Est-ce qu’il y a une chance que l’on puisse se rencontrer ? » Et elle m’a répondu : « Bien sûr, allons discuter. » Je suis donc retourné au musée, et nous avons beaucoup parlé.

C’est également à cette période que j’ai pris conscience des origines de l’histoire de Frankenstein. Il y a une théorie qui dit que Mary Shelley avait voyagé à travers toute l’Allemagne et était passée devant le château Frankenstein, près de Darmstadt. Là-bas vivait un homme du nom de Johann Conrad Dippel, un alchimiste, théologien et scientifique. Il y réalisait des expériences sur des cadavres d’animaux afin d’essayer de transférer des âmes. Il avait toujours essayé de créer l’élixir de vie. Il avait même déclaré l’avoir trouvé. Il avait aussi essayé d’acheter le château dans lequel il vivait et travaillait, mais il n’a pas réussi. Il avait dû souvent déménager en Europe, car il s’attirait des ennuis partout où il allait. Ça pourrait être lui, car personne ne sait grand-chose de l’histoire de cet homme, et il semble être l’équivalent de Victor Frankenstein. J’ai donc cherché son nom sur Google. L’image d’un vieil homme est alors apparue, et il ressemblait trait pour trait à celui que j’avais vu dans mon cauchemar. C’était assez effrayant, et c’est ce qui m’a conduit dans cette direction.

Nous avons créé un concept album à propos de cet homme. Ce n’est pas une histoire linéaire. Si l’on s’intéresse à son histoire, il a inventé plusieurs choses. L’une d’elles est l’huile de Dippel, qui est une huile faite à base d’os. Elle a été utilisée à travers toute l’histoire sous différentes formes. Elle a notamment été utilisée pendant la Seconde Guerre Mondiale : les Italiens étaient en train de combattre les Anglais, et ces derniers avaient reçu pour ordre, si la retraite était sonnée, de verser de l’huile de Dippel dans les puits. C’était une forme de guerre chimique. Ça m’a fasciné, que quelque chose qu’il avait inventé ait été utilisé comme une arme. Il y a eu d’autres occasions au cours desquelles ses inventions se sont avérées utiles. C’est ainsi que l’idée de créer des sous-histoires et de les connecter à son personnage et à l’histoire globale de sa recherche de l’élixir de vie afin de devenir immortel est devenu un concept album.

Franckensteina Strataemontanus est inspiré du roman gothique Frankenstein, qui était lui-même inspiré – supposément – par l’alchimiste Conrad Dippel. Au-delà du fait que ce roman est un classique, quelle est votre histoire personnelle avec celui-ci et comment l’avez-vous abordé ? Ardek, tu as mentionné l’avoir lu après en avoir rêvé…

Oui, exactement. Et Seregor s’y est toujours intéressé ; il a vu les films.

Seregor (chant) : J’ai toujours eu un faible pour l’horreur et ce qui est sombre, et Frankenstein était en fait, disons, le porno soft pour s’y mettre [petits rires], car ce n’était pas si choquant. Etant enfant, on avait le droit de voir la créature de Frankenstein, surtout la Famille Adams en noir et blanc où elle est dépeinte en Herman Munster et c’était plus de la comédie. Je me souviens que quand j’étais gamin, si quelque chose sortait avec Frankenstein, j’étais comme un dingue. Même Ardek m’a raconté que quand il était enfant, il s’habillait en un genre de docteur et s’amusait avec des potions et ce genre de trucs [petits rires]. Donc cette fascination remonte à l’enfance.

Ardek : Oui, donc nous en parlions. Mais mon premier vrai contact était en fait le roman. Je ne l’avais pas lu avant et ça m’a fasciné. Je me suis mis à explorer et faire des recherches, j’ai même rencontré un scientifique. C’était un peu une expérience personnelle, presque journalistique. Ce n’est qu’après que nous avons décidé que ça pourrait servir de base pour l’album. De même, c’était très important que ce soit original. Si tu te contentes de refaire l’histoire typique de Frankenstein… Les gens l’ont déjà entendue et vue. Ce serait difficile de se frayer un chemin parmi tous ces éléments évidents. Avec cet album, nous y sommes parvenus, car le personnage de Conrad Dipper est relativement méconnu. Maintenant, nous suscitons l’intérêt des gens à son égard.

Seregor : Nous pouvons mettre notre propre grain de sel dans l’histoire. Par exemple, « Der Vampire Von Nürnberg » est une chanson qui parle d’un gars en Allemagne, un nécrophile qui s’appelle Kuno Hofmann. C’était un monstre parfait pour cet album. Nous sommes toujours libres de faire ce genre de chose. Si nous avions simplement copié l’histoire, on se serait retrouvés avec le docteur qui crée le monstre. Ça a été fait tellement fois, donc nous voulions apporter quelque chose de nouveau.

« Souvent on ne comprend pas ce qu’il y a à l’intérieur des gens : quelle est leur histoire ? D’où viennent-ils ? Je pense qu’à notre époque, on devrait aller plus souvent au-delà de l’évidence. C’est facile de dire que l’autre est le monstre. C’est ce que nous essayons d’enseigner avec cet album. »

Ardek, quand tu as dit qu’un rêve t’avait inspiré, ça m’a rappelé que Mary Shelley a en fait écrit Frankenstein à la suite d’un cauchemar. C’est une coïncidence assez incroyable !

Ardek : Oui, c’est fou ! J’ai toujours été quelqu’un de relativement rationnel, mais je me souviens que sur l’album précédent, Costin Chioreanu a fait l’illustration et il m’a dit : « Pendant que j’étais en train de travailler sur votre illustration, un tas de fantômes sont venus me rendre visite. » Et il était sérieux quand il disait ça ! C’était vraiment drôle. D’une certaine façon, j’aime croire que nous amplifions ces personnages inconnus, comme avec Lammendam et Death Came Through A Phantom Ship. J’aime croire que, d’une certaine manière, quelque chose entre en contact avec nous et nous racontons son histoire. C’est une belle façon de voir les choses, sans pour autant que ce soit forcément une entité physique. Ça semble bien fonctionner comme ça.

Autant les histoires que vous racontez dans vos albums ont toujours un aspect fantastique et horrifique, autant il y a souvent une dimension psychologique, philosophique voire spirituelle derrière. Est-ce aussi ce qui vous intéresse dans ces histoires ?

Oui, c’est clair. Tout d’abord, raconter ou écouter des histoires, que ce soit à travers un livre ou un film, est un événement émotionnel et donc philosophique et psychologique. Quand on travaille sur quelque chose, il faut ressentir une certaine attirance. Donc, d’une certaine façon, c’est presque autobiographique… Pour Frankenstein, j’ai voulu aller au-delà des strates les plus évidentes. La chose en particulier qui m’a toujours intrigué dans le roman de Mary Shelley est l’incessante recherche scientifique, sans compromis, et ce que ça faisait d’être totalement à l’écart de la société et d’être seul à créer quelque chose. Le fait d’abandonner sa famille, d’abandonner tout… Je peux me reconnaître là-dedans, car quand nous écrivons et composons, nous travaillons isolés et seuls. Et puis tu peux aussi imaginer ce que ça ferait de devoir te cacher dans la forêt – même si tu as énormément envie de te lier à des gens, tu ne peux pas le faire – et l’effet que ça produit sur ta santé émotionnelle : c’est ce qui est en train d’arriver en ce moment dans la société, avec plein de gens qui se retrouvent isolés. Il y a donc des liens et des parallèles intéressants avec le roman de Frankenstein. Il y a aussi l’idée de créer quelque chose qui a une vie à part entière. C’est comme avoir un enfant. Mais ensuite, cette créature ne peut pas s’intégrer, et c’est déchirant de lire ça. La manière dont elle a raconté ça dans son livre, c’est dur de le transposer dans un film, une narration, ou même un album. Ça a touché une corde sensible en moi. J’ai essayé de mettre ça dans une chanson, « Sewn For Solitude ». C’est la créature qui se lamente : « Tu m’as créé, tu es mon maître, tu es toi aussi responsable. »

Seregor : Le monstre est toujours vu comme un monstre, mais il a commencé à tuer parce que son propre père l’a rejeté. Donc si on ne remplit pas notre rôle en tant que parents, c’est nous les monstres, en fait, car nous sommes responsables. Mais même un médecin ou un prêtre peuvent se retrouver là-dedans. C’est un récit très simple mais il s’applique partout. Je pense que Frankenstein est l’un des premiers romans de science-fiction à avoir abordé cette idée de créer la vie. On sait avec les films que chaque fois qu’on essaye de ramener un mort à la vie, ça devient malfaisant. Ce n’est pas bien ! Ça aussi c’était sympa. La technologie ne peut pas ramener les morts à la vie – peut-être que ça arrivera bientôt ! Mais j’aime beaucoup cette histoire. Nous avons créé notre propre version du docteur Frankenstein, de Conrad Dippel, qui commence à faire ses recherches, et il échoue tout le temps. C’était aussi un théologien, et il a défié Dieu et la réalité. Dans notre histoire, il dit : « Dieu ne va pas m’aider », et alors il commence à s’essayer à la magie noire et à l’occulte. A la fin, il fait un pacte avec le diable pour être immortel. Je crois que c’est la beauté de cet album : l’artiste peut aller très loin, il peut même vendre son âme, pour atteindre l’art parfait. Ça nous parle à nous aussi !

Ardek : C’est important pour moi que les gens pensent eux-mêmes à ces choses. Ce n’est pas la fin du chapitre, ça peut inspirer les gens à créer quelque chose à eux. L’art devrait inspirer de l’art.

L’une des thématiques que vous explorez dans cet album est le point de vue de la créature et la souffrance qu’elle éprouve, ce qui est très bien dépeint dans le roman de Mary Shelley, mais rarement dans les adaptations cinématographiques, où la créature est dépeinte comme une brute presque incapable de parler. Etait-ce important pour vous de montrer ce côté de l’histoire et peut-être sous-entendre que le monstre n’est pas toujours celui qu’on croit ?

Absolument, oui. Ce que tu dis est très vrai, car dans le roman, le monstre est en fait très intelligent. Il est presque semblable à Victor, il répond, il explore un peu plus chaque jour ses émotions et il se développe pour devenir un véritable être intelligent. Et tout à fait, on ne voit jamais ça dans les films. C’est aussi parce que c’est un film et que ça doit rester divertissant visuellement. Comme je l’ai dit, je voulais vraiment mettre en avant cet aspect dans une chanson, les lamentations et la souffrance. L’idée du monstre est un autre aspect philosophique. Qu’est-ce qu’un monstre ? Pour moi, le manque d’empathie est généralement ce qui définit un monstre. On voit un tueur en série et on se dit : « Je n’aurais jamais pu faire ça, il/elle est fou/folle », c’est une réponse naturelle. Si quelqu’un fait un acte monstrueux, la société le définit comme un monstre et renvoie [au philosophe Français Michel] Foucault et à l’analyse de la folie, ce genre de chose. A la fois, souvent on ne comprend pas ce qu’il y a à l’intérieur des gens : quelle est leur histoire ? D’où viennent-ils ? Je pense qu’à notre époque, on devrait aller plus souvent au-delà de l’évidence. C’est facile de dire que l’autre est le monstre. C’est ce que nous essayons d’enseigner avec cet album.

Seregor : Un monstre est souvent créé par l’homme, et la peur en est la raison. C’est tout le concept de l’horreur. Je pense que c’est ce que nous avons toujours fait avec Carach Angren : nous essayons de trouver cette peur primitive, pour ainsi dire. C’est pareil quand on regarde notre premier film d’horreur, c’est celui qui nous marque le plus. Souvent, nous essayons de creuser en profondeur et trouver cette peur. Pour nous, la peur donne les bonnes réponses. Si ça choque les gens, nous essayons de travailler dessus.

« A l’époque, je détestais le black metal. Je trouvais que c’était un paquet de clowns ! Regarde-moi maintenant : je suis le clown numéro un aux Pays-Bas ! »

Vous sentez-vous proches d’artistes de shock rock, comme Alice Cooper, voire plus proche de ces types d’artistes que du black metal traditionnel ?

Ardek : Probablement, oui. Enfin, le black metal traditionnel nous a également fascinés tous les deux, car il a un côté dangereux, surtout les groupes de la vieille école, il y avait une forme de danger qui les entourait. Quand tu es adolescent, tu es attiré par ça, tu as envie de voir ce qui se passe aux extrêmes. Maintenant, je pense que nous sommes plus proches de réalisateurs de films d’horreur, de romanciers et peut-être, en effet, de shock rockeurs. La manière dont j’aime toujours commencer un album, c’est en peignant lentement un tableau ; nous ne commençons jamais avec les trucs super agressifs, mais il y a toujours un coup de pinceau ici et là, et tu plantes le décor, tu mets peut-être même en place des mélodies joyeuses, et là tu mets à l’aise l’auditeur, et tu peux progressivement assombrir les choses. J’aime procéder ainsi parce que c’est également ce qu’on voit dans un bon film qui t’aspire. Il y a donc clairement des parallèles.

Seregor : Quand nous avons commencé, toute la vague black metal originelle était déjà terminée, pour ainsi dire, et nous étions déjà l’hybride d’un hybride. Quand nous avons commencé la musique, c’était en pleine déferlante death metal, vers 96, et pour moi c’était surtout Cannibal Corpse et Deicide. Pour moi, Glenn Benton était la personnalité la plus importante. Si tu étais gamin et que tu voyais Glenn Benton, c’était le plus grand des satanistes et il véhiculait une image vraiment cool dont on était admiratif. A l’époque, je détestais le black metal. Je trouvais que c’était un paquet de clowns ! Regarde-moi maintenant : je suis le clown numéro un aux Pays-Bas ! Quand on est jeune, on n’est pas encore évolué. Maintenant, nous sommes plus âgés et je suis devenu une tout autre personne. A l’époque, j’avais mes limites, certaines règles… Il y a des années, j’aurais dit : « Non, je ne veux pas de cette merde commerciale ! » Il m’a fallu un petit moment pour passer du death metal au black metal, mais j’ai fini par m’intéresser à la scène black metal. Les groupes avec des claviers étaient déjà là et ce sont eux qui nous ont poussés, moi en particulier, à nous intéresser aux formes plus « true » de black metal. C’est seulement à partir de là, qu’on découvrait ce que ça voulait dire d’être black metal. Mais honnêtement, au début je m’en fichais un peu. Ce n’est que des années plus tard que j’ai relu l’histoire de ce qui s’est passé en Norvège. Tout ça pour dire que Carach Angren est une combinaison de plein de choses.

Peut-être que le black metal au début des années 90 était la nouvelle génération de shock rock ?

Ardek : Peut-être. Enfin, ne va pas leur dire ça, mais… [Rires] Pour moi, ça l’était dans le sens où il n’y avait pas encore internet, donc je me souviens quand j’achetais ces albums, ces gens avaient l’air sinistres, avec leur corpse paint, et il n’y avait aucun moyen d’aller sur leur profil Facebook pour voir qu’ils étaient également humains. Il y avait donc une forme de mysticisme autour de cette musique et, en tant qu’adolescent, tu explorais ta place dans la société, tes sentiments, ton identité, il y avait donc quelque chose là-dedans, à l’extrémité.

Seregor : Je ne sais pas si c’était le nouveau shock rock, car c’était plus sérieux. Je veux dire que si on repense à cette époque, à toute l’histoire de Mayhem, c’était très réel [petits rires]. Maintenant, cette atmosphère sérieuse s’est un petit peu déportée en Suède, avec des groupes comme Watain. Le shock rock, ça sonne comme du divertissement, alors que le monde du black metal, surtout quand ils ont commencé à tuer et brûler des églises, c’est un petit peu plus que du shock rock [petits rires]. Tout dépend comment tu utilises ça, bien sûr. Je crois que la beauté du black metal est qu’il n’y a pas un autre style de musique qui ait autant changé, depuis les groupes « true ». Il y a plein de variantes, plein de points de vue, mais je pense que c’est la seule musique avec laquelle on peut vraiment avoir une mauvaise image, donc ça en fait la seule musique au monde avec laquelle on peut réellement exprimer la haine ou le mal.

Le titre de l’album, Franckensteina Strataemontanus, sera imprononçable pour beaucoup de gens. J’ai appris que c’est quelque chose que Conrad Dippel ajoutait à la fin de son nom quand il était à l’université, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

Ardek : C’est un genre de titre universitaire. Il en avait un autre, Christianus Democritus, et il a d’ailleurs écrit plein de travaux théologiques sous ce nom, que tu peux télécharger sur Google Play. J’en ai lu quelques-uns, mais ils sont difficiles à lire, car c’est en vieil allemand. Mais c’était plutôt intéressant. C’était aussi une des premières personnes à l’époque à avoir remis en question les principes religieux, en particulier en Allemagne. Il a souvent été chassé à cause de ça et s’est retrouvé avec une mauvaise réputation.

Seregor : Le nom Frankenstein n’est qu’un nom de famille. Il ne signifie rien. Il existe toujours d’ailleurs en tant que nom de famille.

« Le docteur Frankenstein créait un monstre, et nous créons nous-mêmes notre monstre avec ce nouvel album ! Le groupe est notre laboratoire. »

Le titre originel du livre de Mary Shelley est Frankenstein ou le Prométhée moderne. Ça a été écrit il y a des siècles, donc qu’est-ce qui serait le « Prométhée moderne » ou le « Frankenstein moderne » aujourd’hui, d’après vous ?

Ardek : Bonne question. Pendant longtemps, quand je lisais le roman, je lisais aussi un autre livre de Nicholas Carr, intitulé The Glass Cage. Il parle de la manière dont internet est en train de changer et d’affecter la structure de notre cerveau et notre capacité de concentration. Pendant quelques mois, je me suis vraiment concentré sur cette idée que, d’une certaine manière, les réseaux sociaux sont peut-être le nouveau genre de Frankenstein qui nous affecte tous, et j’essayais de relier ça à l’histoire, mais ça n’a pas marché. Je peux te donner un exemple : il y a eu une recherche où ils ont imprimé une histoire courte sur papier et ils avaient la même histoire sur un site web, à l’écran. L’histoire à l’écran avait certains mots mis en valeur, comme des hyperliens. Il a été demandé aux gens de lire ça – un groupe lisait l’histoire sur papier et l’autre sur l’écran – et plus tard, ils passaient une évaluation au sujet de l’histoire. Ils ont découvert que les gens qui lisaient l’histoire sur écran, même s’ils n’avaient cliqué sur aucun hyperlien, avaient une vision plus fragmentée de l’histoire, ainsi qu’une interprétation plus négative des personnages de l’histoire, et ils ne s’en souvenaient pas autant que le groupe qui l’avait lu sur papier. J’ai trouvé ça fascinant, à quel point on peut être distrait par les hyperliens dans un texte et à quel point notre cerveau fonctionne différemment. Pas toujours moins bien, mais différemment. Ça me fascine, donc je soutiendrais encore ce point de vue, que peut-être les réseaux sociaux peuvent être un Frankenstein moderne [rires].

Seregor : C’est intéressant. Quand on y pense, surtout par rapport à la technologie, à l’époque les gens étaient déconcertés par l’idée de l’électricité. C’était [Luigi] Galvani qui avait mis des électrodes sur le corps mort d’une grenouille, et quand le corps a commencé à bouger, ça a effrayé les gens, car ils pensaient que la grenouille reprenait vie. A cette époque, durant la révolution industrielle, le potentiel était quasi infini pour les gens. C’est pourquoi, je crois, la science-fiction a commencé à faire son apparition. C’est incroyable qu’une fille de dix-huit ans, il y a deux cents ans, ait inventé une telle histoire. Surtout aujourd’hui, si on y réfléchit, on sait à quel point la technologie a évolué en seulement quelques années, mais quand on regarde les films sur Frankenstein, ils ont quelques appareils qui génèrent un peu d’électricité, et c’est drôle de voir que c’était de la science-fiction ou le futur pour eux à l’époque, alors que maintenant c’est sans importance. Pourtant, dans mille ans, peut-être qu’on se rapprochera de ce que Mary Shelley décrit, mais il est probable que jamais on ne pourra prendre des bouts de corps et les assembler. C’est pourquoi nous avons pris les parties intéressantes dans la vie du docteur Dippel. Les films parlent toujours de lui comme s’il se plaçait au-dessus de Dieu en créant la vie, mais dans notre histoire, il rejette la religion et Dieu, car ses expériences n’arrêtent pas d’échouer. Et c’est pourquoi il s’engouffre de plus en plus dans l’occulte, finissant pas faire un pacte avec le diable pour obtenir ce qu’il veut.

La littérature semble être une grande source d’inspiration pour Carach Angren – rien qu’à voir votre nom de groupe. Quelle est votre relation à la littérature ? Quel genre de livre lisez-vous ?

Je suis plus un cinéphile ! [Rires] Pour moi, tout est très visuel. Je ne m’intéresse pas tant que ça aux livres, même si j’ai lu Mary Shelley pour cet album.

Ardek : J’ai lu celui-là. J’ai aussi lu Le Château d’Otrante [d’Horace Walpole]. C’est l’un des premiers romans gothiques. Ce que j’aime dans ce roman, c’est le rythme. De nos jours, tout va très vite, on raconte des histoires en une minute, alors qu’à l’époque, c’était très lent ; il y a un développement et tu es absorbé. Personnellement, je m’intéresse beaucoup à la psychologie et au développement personnel. Je lis tout le temps des choses écrites par les auteurs les plus connus, comme Tony Rollins, Eckhart Tolle, et puis aussi sur la spiritualité. C’est un truc personnel. J’ai tout lu de Nietzsche, j’aime beaucoup. C’était il y a longtemps – dix ans. J’étais à fond dedans. C’est dur à lire, mais ça te donne vraiment un nouveau point de vue, y compris pour créer de l’art, ça aide beaucoup.

Ce que l’on peut remarquer, surtout avec cet album, c’est que votre musique est un patchwork de plein d’éléments et de styles : black metal, musique classique, industrielle, etc. Diriez-vous que vous êtes comme Victor Frankenstein ou Conrad Dippel, et que votre musique est votre créature ?

Seregor : Oui ! Comme nous l’avons évoqué plus tôt, si on commence à y réfléchir, tout le monde peut se retrouver dans cette histoire. Pour nous, en tant qu’artistes, le docteur Frankenstein créait un monstre, et nous créons nous-mêmes notre monstre avec ce nouvel album ! Le groupe est notre laboratoire.

Ardek : Je dis toujours qu’on ne peut pas faire un album sur Frankenstein et ne pas expérimenter soi-même [rires]. Nous avons pris plus de temps cette fois pour écrire, surtout parce que nous avons beaucoup tourné, et j’ai aimé la phase d’expérimentation : il y avait plein de trucs industriels, de création sonore ici et là… J’ai donc aimé les moments où on pouvait faire des sortes d’expériences de laboratoire. Ça permet une certaine liberté, et j’en ai besoin, parce que généralement, je commence avec le piano et les orchestrations, et tout ça c’est très sympa mais parfois, j’ai besoin de faire un break avec ça aussi pour me rafraîchir les idées et c’est ce que j’ai vraiment apprécié dans ce processus de composition. On peut clairement voir notre musique comme étant notre créature. A la fois, c’est aussi parfois presque comme notre enfant. On se demande quand on va la finir ou bien si on ne l’a pas finie trop tôt. Quand tu la présentes au monde, tu te sens… En tout cas, je me sens très lié à elle. Je veux obtenir le meilleur mix possible pour elle, je veux la meilleure illustration possible pour elle… C’est un lien fort et en ce sens, il y a vrai parallèle avec Frankenstein, c’est-à-dire qu’on crée quelque chose… Bien que lui ait complètement rejeté sa création… [Rires]

« La plupart des gens disent qu’ils n’aiment pas les cimetières ou les cercueils et préfèrent voir le soleil qui brille ; pour moi, c’est l’inverse ! Je ressens une chaleur dans l’occulte. »

Dans l’histoire de Mary Shelley, Victor Frankenstein perd le contrôle de sa créature qui le menace. Ressentez-vous ça parfois, quand votre création prend vie, que vous en perdez le contrôle ?

C’est vrai. J’ai vu le groupe progressivement grandir au fil du temps, et nous avons des gens proches de nous qui nous donnent des conseils, etc. J’ai un ami, Eric, qui m’aide beaucoup et lit nos textes. C’est vraiment cool, mais il peut être très dur et dire : « C’est de la merde ! » Parfois il a raison, et parfois pas ! Mais à un moment donné de la production, j’ai toujours l’impression que c’est quand nous aimons l’œuvre que nous arrêtons. Il y a plein de gens impliqués, et on a envie de protéger notre œuvre, c’est notre bébé. Donc tu as absolument raison. Parfois, les gens ont des arrière-pensées. Ils veulent y amener quelque chose parce qu’ils trouvent que c’est une influence sympa. Je peux être un vrai maniaque du contrôle, aussi ! C’est pour ça que, par exemple, j’ai voulu faire appel au producteur Robert Carranza. Je voulais vraiment quelqu’un comme lui, qui traite chaque chanson différemment. Il a passé presque deux mois à mixer l’album. Je ne voulais pas un producteur qui colle tout ensemble dans un seul bloc homogène, car une chanson comme « Monster » est complètement différente de « Scourged Ghoul » et mérite un traitement différent. Donc oui, absolument.

Vous arrive-t-il d’être effrayés par votre création ?

C’est une bonne question ! Oui, c’est sûr. C’est tellement bizarre : d’un côté je peux dire « oh oui, j’ai composé ça » mais, souvent, les meilleures compositions, je n’ai aucune idée comment elles fonctionnent, car je me pose, je commence à jouer et tout d’un coup il y a quelque chose. Ça vient de quelque part mais je ne sais vraiment pas d’où. Cette relation ambivalente que tu as avec ta création… D’un côté que je sais que c’est un accord de Do mineur 7, bla, bla, bla… mais pourquoi est-ce cette mélodie en particulier ? Pourquoi est-ce que c’est venu maintenant ? Et pourquoi est-ce si génial ? Donc parfois je suis choqué par ma musique et parfois c’est frustrant, quand tu dis : « Maintenant je vais écrire la meilleure et la plus grande des chansons » et rien ne se produit [rires]. Mais je me souviens aussi quand nous étions en train d’enregistrer les voix pour la chanson « Der Vampir Von Nürnberg », il y avait cette partie en allemand qui dit « ich trinke ihr Blut » et ensuite on peut entendre ce son où il avale du sang [imite un son de déglutition]. Nous avons enregistré Seregor, il avait un verre d’eau et il avalait près du micro. Quand nous avons réécouté ça, nous avions la chair de poule partout parce que ça sonnait vraiment dégoûtant à travers les enceintes ! Nous sommes comme des petits gamins sur un terrain de jeu, mais nous nous faisons aussi nous-mêmes peur avec nos propres trucs !

Seregor : C’est ça l’art, je pense. Je me souviens de La Mouche quand j’avais neuf ans, donc en 89, et ce film était assez choquant. J’avais cette peur et j’étais choqué, mais en quelques jours, ça s’est transformé en fascination, je dessinais en pensant à ce film, etc. Parfois, quand je fais mon concert, évidemment, j’y crois. Ça reste un concert, mais parfois tu ressens une petite peur et c’est exactement sur la base de cette peur que nous écrivons. Si nous n’avions plus aucun contact avec cette peur, ça ne marcherait pas pour nous. C’est pourquoi Carach Angren traite toujours de la mort. Nous essayons de trouver une manière de parler de quelqu’un qui souffre de la pire des façons et ensuite finit dans un enfer éternel [petits rires]. C’est ça Carach Angren.

Justement, tu as mentionné à plusieurs reprises par le passé que la mort était une inspiration pour toi. Quelle est ta relation avec la mort ?

Ma relation est que l’horloge tourne, et il faut se dépêcher ! [Rires] La plupart des gens disent qu’ils n’aiment pas les cimetières ou les cercueils et préfèrent voir le soleil qui brille ; pour moi, c’est l’inverse ! Je ressens une chaleur dans l’occulte. Tu vas voir un film d’horreur et dans le film, quelqu’un devient complètement détraqué, mais tu es assis là en sécurité et tu vis une sensation forte. A l’époque des Romains, c’était encore réel, les gens étaient dans des arènes à regarder des gladiateurs mourir. Ensuite, ça a un peu changé, et je trouve que l’horreur est un média incroyable. C’est pourquoi je considère parfois Carach Angren plus comme un film d’horreur vivant qu’un groupe. Mais avant, la mort me faisait peur, comme à tout le monde ; en tout cas, c’était comme ça que j’y faisais face. Maintenant, je ne sais pas. J’aime la voir plus comme un dieu. On peut parler de Jésus ou du Diable, mais la mort est la seule chose qui est vraie. Elle vient ; elle se produit. Je ne suis pas sûr qu’elle arrive avec une faux, mais je lui sourirai et je dirai : « Prends-moi ! » [Rires]

Penses-tu qu’il soit important d’être conscient de notre propre mortalité ? Il y a cette célèbre expression latine : memento mori, ce qui veut dire « Souviens-toi que tu vas mourir ». Vis-tu selon ce précepte ?

En le disant comme ça, oui. C’est notre moment, c’est le sablier qui s’écoule. Quand on y réfléchit, s’il n’y avait pas la mort, on ne ferait strictement rien ! On ne prendrait même pas la peine d’aller aux toilettes ! Ça changerait tout. C’est pour ça aussi que nous dépeignons la mort dans Carach Angren. C’est pour ça que nos corpse paint représentent des crânes. D’autres groupes de black metal parlent plus de satanisme et certains groupes de death metal parlent de tueurs en série, de meurtres, alors que nous, ça englobe tout. Si nous avons envie de parler de quelqu’un qui se fait découper en morceaux, c’est possible avec ce groupe. Si nous voulons parler de fantômes ou de Satan, c’est aussi possible. Tout peut faire partie de Carach Angren.

« Je considère parfois Carach Angren plus comme un film d’horreur vivant qu’un groupe. »

Tu as développé le corpse paint et les masques de mort – qu’on peut même acheter – dans Carach Angren. Quelle a été ton approche avec ça ?

Je crois que tout a commencé avec le film Halloween. Tout comme Franckenstein, j’ai grandi avec, même si étant enfant, je m’intéressais surtout à Freddy Krueger, Les Griffes De La Nuit. Halloween n’était pas aussi effrayant que Freddy Krueger, je pense, parce qu’on le voyait plus souvent à la télévision et peut-être que ce n’était pas aussi sanglant. Plus tard, en 2005, 2006 ou 2007, Rob Zombie a sorti son film Halloween, et je l’ai beaucoup aimé car il montrait le tueur Michael Myers enfant devenir ce petit psychopathe, perdant toute aptitude pour parler et commençant à créer ces masques bizarres. Il y a cette scène en particulier où on voit Michael quinze ans plus tard, adulte, il est assis dans sa cellule, et toute sa cellule est remplie de ces masques en papier mâché qu’il n’arrête pas de confectionner. Je me suis dit : « Eh, quelqu’un qui débarque chez moi, il voit tous ces masques, aucun affichant un sourire, c’est ce que je veux ! » [Rires] J’ai commencé à en créer en papier mâché, puis c’est devenu du plâtre et de l’argile. J’aime aussi l’idée que nous n’ayons pas eu à aller voir un artiste particulier pour concevoir ces maques, je trouvais ça cool d’avoir ça dans nos propres tiroirs.

Il est clair qu’une grande partie du côté théâtral de Carach Angren vient de tes prestations, Seregor. Comment abordes-tu ton rôle pour donner vie à une telle histoire ?

Je pense que je le fais par pur instinct. Pour ce qui est du chant et des gestes en concert, il y a quelques trucs que peut-être je répète, par exemple le fait de faire un certain mouvement à un certain moment. Mais la majeure partie du temps, c’est simplement émotionnel. Je me contente d’écouter les textes. Parfois j’ai du mal à penser à l’histoire ; je pense à mon concert, à essayer de faire les choses bien. Mais d’autres fois, j’exprime vraiment l’histoire. Tout se mélange, c’est juste de l’émotion. Quand tu débutes, tu essayes de te donner un certain rôle. D’abord, tu regardes tes idoles, et en matière de black metal, seul Dany Filth sautait un peu dans tous les sens. Shagrath, par exemple, est plus statique. Donc j’ai essayé d’être plus statique, pour ainsi dire. Mais j’ai arrêté de jouer de la guitare sur scène et je n’arrive pas à rester statique, je pars en vrille et je me mets à sauter à chaque fois ! Finalement, ça devient ton style. Sur l’album, nous avons même commencé à faire des choses où on met un microphone dans une pièce et on est deux gars à crier depuis une autre pièce pour enregistrer l’écho et ce genre de chose. Nous y mettons beaucoup d’énergie.

Ardek : Je dis toujours que c’est un grand acteur. Quand nous enregistrons le chant, il est là, et c’est comme un jeu – parfois nous répétons sans cesse la « scène ». Il y a cette partie dans « Der Vampir Von Nürnberg” que j’ai mentionnée, où ça sonne comme s’il buvait du sang. Ce genre de chose vient naturellement, c’est son talent. Et c’est pareil sur scène. Il est là : « D’accord, on y va ! »

Seregor : Oui, j’ai de la chance avec ça. Quand je suis sur scène, je suis là avec le corpse paint et cette couronne parfois sur ma tête, ça permet de se sentir un peu comme un dieu. Enfin, ça dépend, car tu as tous ces gens qui te voient et qui se disent « ouah, c’est parfait », alors que là-haut le son est un peu bizarre, on ne se sent pas très sûrs, mais parfois, on a ces moments où on se sent tellement bien qu’on a presque l’impression d’être en lévitation. En studio, c’est un petit peu différent : on n’a pas le corpse paint ou quoi que ce soit, mais on sait qu’il faut chanter ce truc et qu’il faut que ce soit extrêmement bien, donc on le fait avec tout notre cœur, toute l’obscurité qu’on a en nous pour donner vie à la musique. Et vocalement, si je devais me restreindre aux growls, je me sentirais limité, car j’aime être inattendu, émotionnel, venimeux, faire un peu comme des mouvements de serpent.

Il y a des parties vocales dans les chansons « Franckensteina Strataemontanus » et « Der Vampir Von Nürnberg » qui donnent l’impression d’entendre Till Lindemann – avec qui justement tu as travaillé, Ardek. Est-ce toi, Seregor, faisant consciemment ou inconsciemment ta meilleure imitation de Till ?

Quand il y a du chant en allemand, c’est très facile de faire le lien avec Rammstein, bien sûr ! Mais non, ça c’était typiquement parce que le vampire vient de Nuremberg, donc nous avons utilisé l’allemand. Nous aimons toujours faire ce type de partie quand nous en avons l’occasion. Nous essayons toujours d’imiter et de le faire à notre façon. Là aussi c’était très naturel.

Ardek : Nous vivons près de la frontière, donc nous parlons allemand. Seregor n’a aucune difficulté pour parler allemand. C’est naturel. Nous l’avons aussi fait sur une chanson sur Lammendam, il y a des parties en allemand. Donc pour nous, ça se fait naturellement. Mais j’imagine qu’avec Frankenstein et la langue allemande, plein de gens feront un lien. Mais c’est cool. Ça colle à l’histoire.

Seregor, as-tu une expérience en matière de théâtre ou de jeu d’acteur ?

Seregor : Non, mais on me le dit souvent. Je prends ça comme un compliment ! Peut-être que je devrais prendre des cours ! En fait, je n’ai jamais eu le temps pour ça. Dans ma jeunesse, j’étais à fond dans le sport, et après le sport, je suis parti sur la musique. C’est venu très naturellement – aucun cours.

« On peut parler de Jésus ou du Diable, mais la mort est la seule chose qui est vraie. Elle vient ; elle se produit. Je ne suis pas sûr qu’elle arrive avec une faux, mais je lui sourirai et je dirai : « Prends-moi ! » [Rires] »

Comment es-tu passé du sport à la musique ?

C’était toute ma vie avant que ça ne devienne Carach Angren. Mes grands-parents m’ont élevé. J’ai eu une enfance difficile à cause des problèmes d’alcool de ma mère, donc j’ai grandi avec eux. Mon grand-père m’a encouragé à faire du sport pour évacuer mes frustrations et oublier un peu les soucis de ma mère. C’était un peu avant que je ne m’intéresse à l’horreur, je regardais des films avec Jean-Claude Van Damme et ce genre de trucs [petits rires]. J’avais six ans quand je me suis mis au judo pendant sept ans, et entre-temps je me suis aussi mis au taekwondo – j’ai été assez loin dans cette discipline, j’en ai fait pendant quatorze ans. J’ai remporté quelques titres aussi, aucun titre d’ordre européen, mais aux championnats d’Open hollandais et écossais. J’ai été pendant un an dans la sélection nationale en Hollande. Mais ensuite, tu atteins la vingtaine et là tu fais un choix : « D’accord, je peux aussi faire ça. » La passion pour la musique a fini par prendre le dessus. Je me suis toujours senti coupable d’avoir arrêté, car le taekwondo t’apprend la persévérance, il fallait y aller à fond, mais les victoires, c’est tout ce que tu as au bout – tu gagnes, tu as ça à ton palmarès, ça devrait suffire, mais ça ne me suffisait pas. Je préférais être dans le monde de la musique, donc me voilà !

La dernière fois qu’on s’est parlé, Ardek, tu nous avais dit que parfois tu guidais Seregor dans son jeu d’acteur, et que c’était comme si tu étais le réalisateur et lui l’acteur. Du coup, Seregor, quel genre de réalisateur est-il ?

Oh, il est très strict ! [Rires] Mais aussi très naturel.

Ardek : Pour le chant, je suis derrière l’ordinateur et je le guide. Nous refaisons parfois la prise de très nombreuses fois ! [Rires] Il y a beaucoup de répétition. Mais notre manière de travailler se fait sans accroc, ce qui est sympa. Et nous nous amusons, c’est le plus important. Car si ce n’est que du travail…

Seregor : Je ne m’intéresse pas trop à l’astrologie, mais à cet égard, nous sommes Scorpion et normalement, ça devrait être un véritable enfer [petits rires]. Mais Clemens est le mec au plus grand cœur que je connaisse. S’il a un problème avec quelqu’un, il prend sur lui et prend la meilleure décision. Par exemple, dans le passé, s’il y avait eu Ivo et moi sans Ardek, nous aurions splitté il y a vingt ans ! Car entre Ivo et moi, ça pouvait un peu chauffer – rien de dramatique, ça arrive à tout le monde. J’ai vu ce mec encaisser énormément de stress et faire des choix impossibles, c’est extraordinaire. Donc évidemment, quand tu es avec lui en studio… Le truc, c’est que nous nous connaissons déjà depuis environ 2000, et quand on se connaît bien et qu’on s’entend bien, il n’y a aucun problème pour être soi-même. Quand je suis moi-même, je le pousse moi aussi tout le temps dans ses retranchements pour qu’il fasse des choses dingues. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il est posé là en train de trouver des idées. Nous nous inspirons mutuellement de nouvelles idées. C’est une super équipe !

Tu as dit plus tôt que tu considérais « parfois Carach Angren plus comme un film d’horreur vivant qu’un groupe » et Ardek, tu nous avais expliqué la dernière fois que quand tu fais un album, tu as un film dans ta tête et essayes d’en écrire la BO, y compris en faisant de petits dessins que tu accroches sur les murs comme un scénario. Vous considérez-vous plus comme des réalisateurs ou scénaristes que comme des musiciens et compositeurs ?

Ardek : D’une certaine façon, oui. J’ai ce tableau blanc où j’ai écrit des choses sur Frankenstein et Mary Shelley. Je n’arrêtais pas de le regarder pour motiver ma créativité. Au final, la composition se résume surtout à travailler dur, mais j’ai besoin que quelque chose me guide et m’inspire. Après la tournée pour l’album précédent, je n’étais pas du tout inspiré, pour être honnête, je me demandais : « Alors il y a quoi après ? » Il fallait donc trouver quelque chose d’intéressant et ce rêve m’est venu. Ensuite, tout doucement, des choses ont commencé à venir. Cette année-là, il y a aussi un film qui est sorti, Jurassic World 2, pour lequel ils ont créé un genre de monstre. C’est cool, parce que c’est encore une variante de Frankenstein. Donc tout se recoupe. Mais oui, c’est comme faire la BO d’un film, avec l’intro, la narration, etc.

Le but ultime pour Carach Angren serait-il d’écrire la musique d’un vrai film ou même pour un opéra ou une pièce de théâtre ? Pensez-vous que ce serait même possible pour un groupe de metal extrême ?

Bonne question. Ça pourrait se faire… peut-être !

Seregor : Avec le bon réalisateur et la bonne histoire, j’imagine que ce serait possible. Evidemment, si c’était un film sur nous, ça serait facile !

Ardek : Ce qui est sympa avec ce que nous faisons, c’est que nous pouvons tout faire. La musique est l’essence – ensuite, bien sûr, il y a les illustrations et tout. Mais peut-être dans le futur, je ne sais pas. C’est une opinion à explorer.

Seregor : C’est un style de musique difficile, car si tu regardes bien, je n’ai vu qu’un ou deux films avec du black metal. Dans tous les films d’horreur, c’est plutôt de la musique de biker et ce genre de chose. Il y a toujours une chanson rock ou peut-être un truc presque metal. Mais les trucs vraiment agressifs… Je pense qu’il y a une raison pour qu’ils évitent ça dans les films, ça peut limiter le public.

« Parfois, je peux même m’affranchir totalement des règles, parce que je peux mettre six cents violoncelles et cinq cents cuivres [petits rires]. Mais le plus important pour moi est que l’auditeur perçoive ça comme étant réel. »

Seregor, tu as dit une fois que tu ne te voyais pas comme un très bon guitariste, que ta force était plus dans ta tête. T’arrive-t-il que ton esprit dépasse tes compétences à la guitare ?

Techniquement parlant, je n’ai jamais été un super musicien. Je fais de petites erreurs, je dois vraiment me concentrer. A la guitare, je dois faire dix fois le boulot que je fais avec la voix. Ça n’a jamais été naturel pour moi. Ma force réside dans la création de ces lignes de guitare. Si nous avons besoin d’une double ligne mélodique, c’est là où je suis le plus fort. Si Ardek trouve une partie musicale et que j’écris une partie de guitare par-dessus, s’il nous faut une partie doublée, je peux écrire une ligne harmonique. Je suis davantage doué pour faire ça qu’en tant que guitariste live. Je pense aussi que j’avais une mauvaise technique et peut-être que je me mettais la pression. Le problème était que je commençais par écrire les guitares et une fois qu’elles étaient faites, je mettais le chant par-dessus, donc je me fichais d’apprendre à bien les jouer ensuite pour le live, il n’y avait pas de temps pour ça. L’idée de Carach Angren, c’est de fabriquer un bijou ou d’être comme un sculpteur. Une fois que tout est enregistré, tu te poses et tu réalises que maintenant, il faut apprendre à jouer et répéter tout ça. Du coup, nous avons pris d’autres gars à la guitare pour jouer les sets complets lors des concerts. J’ai toujours été meilleur dans ma tête, si Ardek m’envoyait une partie qu’il avait créée, pour mettre de la guitare par-dessus, surtout des mélodies, des doubles lignes de guitare, etc. Mon don pour la composition est bien meilleur que ma mise en place technique, pour ainsi dire. Quand Namtar était dans le groupe, il n’était pas comme moi à fond dans l’émotion et c’est un batteur, donc il était là : « Eh mec, t’es pas assez carré ! Allez, tic, tac, tic, tac… » D’une certaine façon, il m’a vraiment appris à jouer carré.

Niveau production, l’album a une nouvelle fois été produit par Ardek et en partie par Patrick Damiani. Cependant, ce qui a changé est que le mix et le master sont l’œuvre de Robert Carranza – un ingénieur d’enregistrement et de mix qui a remporté pas moins de quatre Grammys. Quand on regarde la liste des artistes avec qui il a travaillé, il n’y a pas un seul artiste de metal extrême. Ceci dit, il a travaillé avec Marilyn Manson sur ses derniers albums qui ont un côté assez cinématographique. Est-ce ceci – son travail avec Marilyn Manson et le fait que ce ne soit pas un producteur de metal extrême – qui vous a fait dire que ce serait un bon choix pour Carach Angren ?

Ardek : Oui. En fait, il y a deux ans, j’étais dans un avion, j’écoutais « Killing Strangers » tiré de l’album The Pale Emperor de Marilyn Manson. Il y avait ce profond son de basse, je n’avais jamais rien entendu de tel avant, cette profondeur. Ça m’a fasciné. J’ai laissé ça de côté, mais plus tard, je m’y suis de nouveau intéressé et j’ai découvert qu’il avait travaillé avec Tyler Bates. Mais ensuite, je me suis demandé qui était l’ingénieur et le mixeur, et j’ai découvert Robert. J’ai eu l’impression que ce résultat venait de lui, de son mix, donc je lui ai envoyé un mail, du genre : « Nous ne sommes pas le genre de groupe avec lequel vous travaillez habituellement… » Il était très enthousiaste. Il a conclu un accord avec le management et tout. C’était une avancée pour nous, car c’est un producteur hollywoodien et il a remporté des prix, donc il n’est pas super accessible ! [Rires] En effet, ce que tu dis est juste : il n’a travaillé avec aucun artiste de metal extrême. Donc tous les regards étaient braqués sur moi et ma décision ! Mais ils avaient aussi foi en moi : « D’accord, si tu penses que c’est ce qu’il faut, alors on suit ton instinct. » Je trouve qu’il a fait du merveilleux travail, car cet album est très dynamique. Robert a passé deux mois à traiter chaque chanson différemment. Il n’entrave pas la musique. Certains producteurs ajoutent plein de choses, de façon à ce qu’on sache immédiatement que c’est eux. Je ne voulais pas de ça. Robert est le genre de gars qui laisse le groupe et la musique briller. J’adore le résultat. Certains penseront peut-être que ce n’est pas metal, mais c’était délibéré. Nous avions besoin de quelque chose de cinématographique et de transparent pour que tout soit mis en valeur.

Seregor : Aussi, comme tu l’as dit, Robert Carranza est connu pour son travail avec Marilyn Manson. Normalement, je ne m’intéresse pas trop à la musique industrielle ou ce genre de chose, mais vu que c’est l’histoire de Frankenstein qui a été écrite en 1818, soit exactement pendant la révolution industrielle, ça colle parfaitement que nous ayons un côté industriel.

Ardek, tes orchestrations sont de plus en plus réalistes. Est-ce « seulement » une question technique, c’est-à-dire qu’il faut avoir les derniers logiciels et matériels, ou y a-t-il un savoir-faire particulier que tu améliores à chaque album ?

Ardek : Déjà, il y a deux choses : l’entraînement, car tu le fais de plus en plus, et la connaissance. Il faut savoir combien de violoncelles on trouve dans un orchestre et dans quel registre ils jouent, ou comment ils interagissent. J’essaye toujours d’étudier les grands noms de la musique classique pour voir comme ils font. C’est aussi de l’instinct ; ça me vient naturellement, et j’en suis reconnaissant. Et l’autre facette, c’est la production : l’année dernière, j’ai grandement amélioré mon studio. J’ai particulièrement investi dans l’installation d’écoute. Quand tu as un orchestre, les vents sont généralement à gauche et les violoncelles sont par là. Si tu fais ça comme il faut, avec toutes les réverbérations bien en place, alors ça sonne de manière convaincante. C’est quelque chose que j’ai vraiment essayé d’améliorer l’année dernière. Je pense que ça a aidé.

Je sais que vous êtes amis avec Septicflesh, qui est un autre groupe mêlant metal extrême et orchestrations classiques. Christos Antoniou est, tout comme toi, Ardek, très doué en matière de composition d’arrangements orchestraux classiques. Echanges-tu parfois avec lui à ce sujet ?

Nous discutons parfois. En tournée, par exemple, nous en avons un peu parlé ; je me souviens qu’il m’avait conseillé un excellent bouquin sur les orchestrations, que j’ai acheté, mais c’est à peu près tout. Il travaille avec un vrai orchestre, ce qui est vraiment génial. J’ai beaucoup d’estime pour lui car c’est un boulot de dingue ! Il faut comprendre que je continue à faire des modifications jusqu’au tout dernier moment. Généralement, je prends des décisions y compris durant le mix, j’enlève encore un cuivre ou je rajoute un autre violoncelle… Genre, une minute avant d’envoyer la musique à Robert, je suis encore en train de faire des ajustements sur un cuivre ! Pour Christos, il faudrait que ce soit fait plus tôt, il doit avoir tout préparé pour les sessions. C’est donc une approche différente parce que tout doit être prêt et c’est très difficile de faire des changements après, une fois que l’album est enregistré. Il faut aussi un très bon orchestre ; on ne peut pas prendre n’importe quel orchestre, car il y a des parties difficiles à jouer. Certaines parties ne sont pas… Je me dis toujours : « Soit tu investi du temps pour que ce soit comme il faut, soit tu investis de l’argent dans un orchestre pas si bon que ça, et tu obtiens un résultat pas si convaincant que ça. » La plupart des gens pensent que notre orchestre est réel, et c’est vraiment cool – en fait, les samples sont faits à partir de vrais enregistrements, chaque note a été jouée en studio, donc quand tu les recrées, ça sonne réel. Ça me plaît de rester sur cette méthode ! Donc nous travaillons différemment. Il m’arrive aussi de travailler avec de vrais musiciens, mais plus avec des solistes, par exemple pour avoir un solo de violon sur l’album. Mais j’ai beaucoup de respect pour lui, il est très bon dans son domaine, il fait des trucs extraordinaires.

« Nous avons été confrontés à pas mal de résistance, pour être honnête. A mesure que le groupe grandit, nous devons parfois faire un pas en arrière, et parfois un pas en avant. Nous sommes constamment en train de discuter des possibilités de donner vie à tout ça. »

Plus en termes de composition pure, si on met un peu de côté le fait qu’il utilise un vrai orchestre et toi des samples, comment comparerais-tu vos approches respectives de l’orchestre, et vos visions des arrangements classiques ?

Il faudrait que j’y réfléchisse davantage, mais je pense que j’ai tendance à aller plus vers le romantisme, je fais des choses plus mélodiques… En tout cas, à en juger pas mal de chansons que j’ai entendues d’eux, il y a plus d’atmosphères et il utilise aussi l’orchestre dans les extrêmes, avec par exemple des cuivres et des vents très graves, ce que j’aime beaucoup, et parfois c’est même une approche plus abstraite. Mais il a aussi des passages très mélodiques à certains moments. Je pense que je me pose plus souvent au piano et ça part parfois de là. Sur cet album des guitares ont été utilisées aussi [pour composer]. Je sais qu’il a reçu une formation classique un peu plus poussée que moi. Je crois qu’il a passé quelques années en Angleterre. Donc il est probablement très bon quand il s’agit d’orchestrer pour un vrai orchestre, car il faut comprendre que parfois, ce que nous composons, c’est presque… C’est très difficile à jouer, donc si tu as un vrai orchestre, y compris un bon orchestre, il faut comprendre que peut-être ils ne seront pas capables de jouer les parties que tu aimerais qu’ils jouent. Généralement, les gens pensent : « Oh, un vrai orchestre, c’est toujours génial », mais le truc c’est d’avoir de très bons musiciens, et d’écrire de telle façon que ça reste dans les limites de l’instrument, mais aussi que ce soit… On peut facilement épuiser un joueur de cuivre, par exemple. Christos doit prendre tous ces paramètres en considération, donc c’est un gros casse-tête, je pense.

Par exemple, si je prends une chanson comme « Sewn For Solitude », je crois que j’y ai mis un cuivre très aigu dans le refrain. C’est marrant parce que je sais que lorsqu’un musicien doit jouer ça, c’est très épuisant et peut-être même impossible parce que ça se désaccorde facilement dans le haut du registre. Heureusement, vu que ce n’est pas réel, je peux ne pas en tenir compte, mais si tu écris pour une vraie session d’orchestre, il faut garder ce genre de chose en tête. Parfois, je peux même m’affranchir totalement des règles, parce que je peux mettre six cents violoncelles et cinq cents cuivres [petits rires]. Mais le plus important pour moi est que l’auditeur perçoive ça comme étant réel. Par exemple, la dernière chanson de l’album, quand ça commence, j’adore. Il y a le piano, puis une flûte et un cuivre, mais tout va bien ensemble, même si ce n’est techniquement pas réel. Mais quand tu joues chaque note sur le clavier, comme j’essaye de le faire, même si ce sont des samples, ceux-ci paraissent quand même réels parce que je les joue. Donc j’essaye de beaucoup faire ça. Je sais aussi que plein de compositeurs de musique de film essayent de faire les deux : ils enregistrent un vrai orchestre et ils ajoutent un tas de trucs après, donc il y a pas mal d’hybridation de nos jours ; je crois même que la plupart sont des hybridations déguisées.

Il y a une circularité dans le concept de Franckensteina Strataemontanus, puisque ça commence avec un jeune garçon qui joue dans les bois près de Darmstadt, qui tombe sur un phénomène paranormal, tombe malade et meurt. Et à la fin de l’album, l’âme de Dippel rencontre un jeune garçon qui joue dans les bois… L’album a-t-il été conçu pour être écouté en boucle ?

Oui. Nous essayons de faire ça sur quasiment chaque album. C’est quelque chose que j’aime beaucoup, boucler la boucle et repartir du départ. Ça a été conçu en ce sens. C’est aussi quelque chose qui donne envie aux gens de connaître la suite de l’histoire, car quand l’album démarre, on ne sait pas ce qui se passe. Il y a un garçon qui meurt, mais pourquoi ? Puis arrive la chanson suivante, et c’est mis en suspens. J’aime que l’explication arrive à la fin ; c’est comme un roman.

Dans votre histoire, le garçon sort de sa tombe pour attaquer sa famille : est-ce que ça pourrait être les prémices d’une autre histoire dans un autre album ?

Ça se pourrait bien, oui. Pour nous, c’était plus un sous-récit, genre : « Eh, Dippel est revenu. » Si tu vas à la fin, tu réalises que le garçon est maintenant possédé par l’âme de Dippel.

Seregor : Ce petit garçon trouve cette petite bouteille avec de l’huile dedans. Johann Conrad Dippel était connu pour deux choses : le bleu prussien – une variété de bleu qu’il a inventée accidentellement – et l’huile qui s’appelle l’huile de Dippel – faite à partir d’os d’animaux. C’était utilisé comme un répulsif contre les insectes parce que ça sentait mauvais, mais aussi, comme mentionné dans la chanson « Operation Compass », durant la Seconde Guerre mondiale. L’huile de Dippel n’était pas toxique, on n’en mourait pas, mais si tu en mets dans les puits, c’est tellement horrible que ça devient imbuvable. C’était un parfait outil de guerre chimique à l’époque : si les gens devaient battre en retraite, ils pouvaient polluer les puits grâce à l’huile de Dippel. Nous avons donc joué un petit peu avec ça : l’esprit de Dippel possède son huile, pour ainsi dire. Donc l’huile est un petit peu le symbole de l’élixir de la vie, car il l’avait supposément trouvé, mais évidemment, il n’y a pas de fin heureuse dans Carach Angren. S’il a trouvé la vie éternelle, ce serait en enfer, jamais au paradis [petits rires].

Ardek : Mais en effet, peut-être qu’on pourrait en faire une suite ! [Rires]

Carach Angren est évidemment un groupe qui a un gros potentiel théâtral pour le live. Quels sont vos plans sur le cours, moyen et long terme à ce niveau ?

Nous avons développé beaucoup de choses au fil des années, y compris des choses difficiles à faire accepter. Nous avons eu des estrades mouvantes, et c’était compliqué de les utiliser dans plein de salles. Nous avons été confrontés à pas mal de résistance, pour être honnête. A mesure que le groupe grandit, nous devons parfois faire un pas en arrière, et parfois un pas en avant. Nous sommes constamment en train de discuter des possibilités de donner vie à tout ça. Mais c’est comme avec les concepts, nous ne voulons pas abuser. Nous aimons ce que nous faisons sur scène, les mouvements et tout. Ça marche très bien. Donc nous essayons de trouver des trucs qui complètent tout ça. Mais nous n’avons pas encore d’idée concrète.

Seregor : Nous trouverons quelque chose. Souvent, quand nous avons une idée, nous savons dans la seconde si ça va fonctionner. Nous allons y arriver. Ça aussi c’est naturel.

« C’est super de prendre le groupe pour plus grand qu’il ne l’est peut-être aujourd’hui, car c’est comme ça qu’on avance. Mais peut-être qu[’avec Namtar] c’était trop… »

Namtar a annoncé son départ du groupe en Février. Etiez-vous surpris par sa décision ou l’avez-vous vue venir ?

Ardek : Nous avons été informés en novembre car il y avait de nouvelles opportunités de tournée qui se sont présentées à nous et il nous a fait savoir qu’il ne voulait pas y prendre part. C’est là que nous nous sommes posés avec le groupe et il a immédiatement dit : « J’y ai beaucoup réfléchi et j’ai envie de quitter le groupe. » Nous étions surpris et tristes. C’était aussi une période très mouvementée parce que c’était en pleine production de l’album. Il avait fait ses parties, heureusement, mais en y repensant, je peux mieux voir le processus, le fait qu’il perdait son enthousiasme, que ça allait crescendo. Il a marqué dans sa déclaration qu’il était frustré par plein de choses, surtout avec les concerts, et je le sais. J’étais moi-même frustré parfois. La différence est que nous avons des personnalités différentes. Par exemple, il s’accrochait davantage à ses frustrations, ou il campait sur ses positions, contrairement à moi et à Seregor. C’est là où je vois que c’était devenu presque impossible pour lui de continuer. Nous ne pouvions pas nous convaincre mutuellement : il ne pouvait pas nous convaincre de dire que tout était mauvais et frustrant, et nous ne pouvions pas le convaincre de dire : « D’accord, voyons le tableau dans son ensemble, il y a quand même de belles choses qui se passent. » Dans ce domaine et ce type de travail, si on peut appeler ça un travail, il faut vraiment être passionné et enthousiaste. Si tu n’as pas ça et que tu le perds pendant longtemps, ça peut vite aller de mal en pis. Nous lui avons initialement proposé de simplement prendre congé, pendant un an et demi, ou un an, et ensuite peut-être revenir, mais il ne voulait pas, il a dit : « J’y ai beaucoup réfléchi et je peux partir. » Donc sa décision était définitive. C’est triste mais… En y repensant, on pouvait le voir de plus en plus.

Dans sa déclaration, il regrette que « le groupe soit, au fil des années, devenu une sorte d’employé du l’industrie du metal », et il exprime sa frustration de ne pas avoir toujours pu mettre en place le spectacle avec tous les éléments et le côté théâtral qu’il voulait mettre en place. Quelle est votre vision personnelle de toute cette situation qu’il décrit concernant le groupe ?

Seregor : Ce n’est pas du tout notre vision. Ça peut paraître négatif de dire ça, mais personnellement, je trouve que c’est presque comme si on disait : « Je ne veux pas jouer sur Terre parce qu’il y pleut ! » [Petits rires] Tu ne vas pas changer l’industrie musicale. Je l’ai conseillé en lui disant que ce serait mieux de dire simplement : « Eh les gens, le groupe, c’est fini pour moi », en restant positif, mais là il raconte toutes ces choses spécifiquement dirigées contre l’industrie musicale dans le contexte d’un groupe de notre niveau et dont les gens ne comprennent pas grand-chose. Namtar était le genre de mec à ne jamais perdre le contrôle, et je l’admirais pour ça, mais après toutes ces années, il a fini par devenir ce qu’il condamnait. D’une certaine façon, oui, ce qu’il dit n’est pas un mensonge, mais il aurait dû… Je pense que le monde entier est devenu négatif à ses yeux. Il n’était jamais très bavard, ça a toujours été quelqu’un avec qui il était difficile de savoir s’il… Il ne disait qu’un mot ou deux. Tu m’entends parler, je suis bon quand il s’agit de colorer mes émotions, mais pour lui, ce n’est pas facile, c’est difficile. Donc parfois, j’ai l’impression que peut-être ça entre enjeu. Je pense que toutes ces petites frustrations… Evidemment, Ardek et moi aussi nous nous énervons quand on nous refuse quelque chose sur un concert donné, mais nous y réfléchissons et nous mettons de l’eau dans notre vin. Ivo n’arrivait pas à passer outre.

Ardek : Ce que je vois, c’est qu’il a construit une grande partie des éléments de la production, qu’il y a passé beaucoup temps et qu’il y a mis beaucoup d’efforts, et c’est vrai aussi qu’il a essayé d’emmener ça dans plein de festivals et de lieux, mais je réalise aussi qu’en gros, ça représente la moitié d’un spectacle de Rammstein [petits rires]. Nous avons donc été confrontés à beaucoup de résistance. Par exemple, il y a des festivals qui disaient : « Nous ne voulons pas que vous ameniez ça » ou « nous n’allons pas vous aider », et nous avons quand même essayé de le faire, et ce n’était pas agréable, c’était frustrant, mais je lui ai fait remarquer qu’au final, nous l’avons fait. C’est sur YouTube et tout le monde peut le voir. C’était une victoire. Ma manière de le voir est que nous sommes, relativement parlant, si on considère ce genre de production, un petit groupe. Nous grandissons rapidement mais quand on fait ces choses et qu’on fait face à de la résistance, pour moi c’est un symptôme de croissance. Durant la dernière tournée que nous avons effectuée, nous avons joué dans plein de petites salles et c’est là que nous avons réalisé – en tout cas j’ai réalisé très vite : « On ne peut pas apporter ces trucs, car ça ne rentrera pas, et même si ça rentre, on n’a pas le matériel ou l’équipe adéquate. » Donc je sentais déjà que ça n’allait pas être possible, et ensuite, arrive le moment où tu décides, car tu as deux options. Tu peux dire : « D’accord, on ne le fait pas du tout » et tu restes chez toi, ou tu fais la tournée en faisant des compromis.

Je ne vois jamais les compromis comme étant de mauvaises choses… Enfin, parfois si, mais dans le cas présent, je disais : « Non, on fait le festival. On fera ça là où on pourra le faire et on fait aussi les petits concerts. » Pour lui c’était probablement un compromis qu’il refusait de faire et il avait l’impression qu’on lui retirait quelque chose. C’est un point de vue différent. Je dois respecter ce point de vue, mais ce n’était pas complètement le nôtre. Au final, ça reste sa décision. Je veux dire que personne ne nous oblige à faire quoi que ce soit. D’ailleurs, avec ce nouvel album, nous avons eu de gros investissements, surtout de la part de la maison de disques. Les gens nous poussent à fond avec cet album, donc pour moi, c’est genre : « Bordel de merde, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour le groupe ! Les gens voient enfin notre potentiel ! » Nous avons le vent derrière nous. C’est ainsi que je l’ai vécu et je suis super excité par l’album. Nous sommes sur des longueurs d’onde totalement différentes à cet égard.

Penses-tu qu’il voyait le groupe comme étant plus gros qu’il ne l’était en réalité ? Penses-tu qu’il n’était pas assez patient pour voir le groupe grandir et atteindre le niveau où vous pourriez faire ce que vous voulez ?

Peut-être. Et j’aime ça, parce que c’est toujours super de voir le potentiel. C’est super de prendre le groupe pour plus grand qu’il ne l’est peut-être aujourd’hui, car c’est comme ça qu’on avance. Mais peut-être que c’était trop… Car il y avait des tensions. Si tu veux une super grosse production, il faut à la fois que tu aies un regard réaliste sur les préventes que tu as, sur les salles dans lesquelles tu joues, sur le nombre de personne que tu peux embaucher, et tout ça. Un autre aspect est que le groupe a beaucoup grandi, et ça veut aussi dire qu’il faut faire des alliances avec d’autres gens. C’est pareil, quand tu commences un groupe, tu enregistres tout toi-même, tu as un contrôle total, et à un moment donné tu as un label, ce qui implique d’autres gens, d’autres valeurs. C’est toujours compliqué, ce n’est jamais super simple, il y a toujours une sorte de jeu. Quand un groupe grandit, il faut faire de nouvelles alliances, et c’est ce que nous avons fait au fil des années. On ne peut pas tourner en Amérique et tout faire soi-même. Peut-être que ça aussi c’était difficile pour lui, parce qu’on dépend de gens, et parfois ces gens font aussi des erreurs. Par exemple, nous avons travaillé avec de nombreux tourneurs différents, dont certains dont nous n’étions pas contents, donc nous avons changé. Il faut trouver les bonnes personnes qui nous conviennent, parfois ça peut être difficile et parfois ça peut prendre beaucoup de temps. Pour moi, ça vaut pour n’importe quelle affaire et n’importe quel travail. Surtout si tu cherches à te développer, tu prends un tas de risques.

« Si Ardek était capable de faire mon chant, ce gars pourrait être Carach Angren à lui tout seul, un one-man-band ! [Rires] Ce mec est extraordinaire. »

Il se trouve que c’est ton petit frère. Penses-tu qu’en tant qu’aîné, tu as plus de sagesse ?

Il est clair que nous avons des personnalités différentes. C’est ainsi que je le vois. Parfois, il a aussi des atouts. Il est très pratique. Par exemple, je me souviens sur une tournée, je suis entré dans une salle et j’ai dit : « On ne peut pas mettre le backdrop. » Et là il est arrivé : « Oh que si on peut ! » et il a trouvé le moyen. Ça m’a toujours fait dire que j’ai peut-être trop vite abandonné ou que je vois trop d’obstacles, alors que lui trouve des solutions. C’est sa force. A un moment donné, peut-être qu’il a eu l’impression de ne plus pouvoir s’exprimer de manière pratique, parce qu’il y avait trop de gens qui disaient qu’il ne peut pas faire ci ou ça. C’est là que les choses ont commencé à devenir trop difficiles, je pense. Il n’est tout simplement pas du genre à dire : « D’accord, je vais prendre un peu de recul. » Il ne prend pas de recul [rires]. Je ne peux pas le convaincre. J’ai essayé. J’ai pu le convaincre un tout petit peu, mais deux jours plus tard, c’était retour à la case départ, et ce n’est pas ce que tu veux. Tu veux quelqu’un qui est à cent pour cent content de ce qu’il fait. Les gens changent et ce groupe a changé, il est bien plus gros aujourd’hui.

C’est lui qui fabriquait les accessoires de scène : comment allez-vous faire désormais ? Allez-vous continuer à collaborer avec lui à ce niveau-là ?

Non. Nous avons discuté et il a dit qu’il ne voulait pas. Il est déçu de tout ça. Je comprends. Nous devons donc voir ce que nous ferons, mais à ce niveau-là, c’est mieux de ne pas continuer, car c’est justement où le problème a commencé. Peut-être qu’à l’avenir, je ne sais pas… Mais là tout de suite, nous partons chacun de notre côté.

Comment était le dernier concert que vous avez fait avec lui début mars ?

C’était super. C’était un peu étrange, parce que c’était le dernier mais ça semblait aussi complètement normal, comme si c’était un concert comme les autres. En fait, il avait déjà quitté le groupe mais Michiel [Van Der Plicht] jouait avec God Dethorned et il avait une tournée qu’il ne pouvait pas annuler. C’est là que nous lui avons demandé : « Pourrais-tu peut-être faire un dernier concert à côté de chez nous ? » [Rires] Et il a dit : « Oui, un concert, c’est bon. » J’étais donc reconnaissant qu’il l’ait fait. Mais il a aussi été clair : « Je ne veux pas d’un gros concert d’au revoir ou quoi. Je vais juste vous aider une dernière fois. » C’est typiquement lui, et ensuite il est parti.

Seregor : C’était bizarre, effectivement. Le concert a commencé comme si de rien était, mais après, nous avons réalisé : « Merde, c’était le dernier concert. » Mais ça s’est bien passé, c’était un super dernier concert avec lui. Mais il n’est pas du genre à vouloir des « merci » ou « bon anniversaire ». Il déteste ça, il se fiche de ces trucs. Normalement, des gens comme Ardek et moi… Par exemple, s’il nous arrivait de mourir, nous comprendrions pourquoi les gens parleraient de nous sur Facebook, mais lui, c’est plutôt : « Je suis mort, un point c’est tout. De quoi est-ce que vous parlez ? » [Petits rires] C’est une différence entre nos personnalités.

Avant qu’il ne parte, Carach Angren était un trio avec des musiciens additionnels. Maintenant que Namtar est parti, allez-vous rester un duo en tant que noyau dur du groupe ?

Ardek : Oui. Nous y avons réfléchi, car nous étions un trio et ça faisait dix-sept ans que nous faisions ça à trois, ce qui est long. C’est aussi pourquoi je lui ai demandé s’il ne voulait pas juste faire un petit break. Car si j’avais été dans sa situation, j’aurais aussi voulu peut-être faire une pause et laisser les autres gars continuer pendant un temps sans moi. Mais quand il a pris sa décision, je me suis dit… Le truc, c’est que Seregor et moi, nous sommes parfaitement sur la même longueur d’onde sur le plan créatif, à tous les niveaux. Ça fonctionne sans le moindre accroc. C’est important, c’est le noyau dur et c’est ainsi que nous pouvons continuer. Ensuite, nous avons besoin de gens pour jouer en live notre musique, et c’est pourquoi nous avons décidé de rester un duo. Honnêtement, quand on intègre officiellement d’autres gens au line-up, en tant que membres permanents du business, on obtient un groupe complètement différent. On pourrait faire ce choix, mais pour moi, ce n’est pas nécessaire. Le feeling serait complètement différent, et je ne sais pas si ça fonctionnerait, car je suis content de faire les choses comme nous les faisons aujourd’hui.

Seregor : Nous avons de la chance, à nous deux, nous maîtrisons plein de choses aujourd’hui. Enfin, si Ardek était capable de faire mon chant, ce gars pourrait être Carach Angren à lui tout seul, un one-man-band ! [Rires] Ce mec est extraordinaire. C’est cool que nous ayons tout entre nos mains, il ne nous manque rien que nous pourrions trouver chez quelqu’un d’autre.

Vous pouvez vous occuper vous-mêmes de toutes les guitares, la basse, le clavier, etc. mais je suppose que pour les prochains albums il vous faudra quand même un batteur…

Ardek : Oui. Donc nous ne savons pas… Il y a d’autres groupes qui ne sont que deux membres mais peut-être aussi que parmi ces deux membres, il y a un batteur… Mais à l’origine, notre groupe a démarré en tant que projet, et le truc, c’est que nous avons intégré des membres par le passé et ça n’a jamais marché [rires]. A un moment donné, nous avons intégré quelqu’un, et il a tout de suite dit : « On doit changer nos accoutrements. » J’ai dit : « D’accord… Non » [rires]. Donc ce n’est pas anodin. Si tu intègres quelqu’un, en tant que membre permanent, et qu’il dit : « Je ne veux pas faire cette tournée » ou « Je ne veux pas faire un clip comme ça », alors tu as tout de suite un problème. Après toutes ces années, nous savons ce qu’est Carach Angren – en tout cas, nous le pensons –, et nous savons comment poursuivre, alors pourquoi mettre ça en péril ? C’est pourquoi nous avons été très stricts avec ça, et pourquoi nous avons choisi d’être un duo et ensuite de travailler en live avec les super gars que nous avons aujourd’hui, Michiel à la batterie et Bastiaan [Boh] à la guitare.

Interview réalisée en face à face et par téléphone les 31 janvier, 28 avril et 28 mai 2020 par Tiphaine Lombardelli & Nicolas Gricourt.
Introduction : Tiphaine Lombardelli.
Retranscription : Tiphaine Lombardelli, Foucauld Escaillet & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Stefan Heilemann (1, 2, 3, 5, 6, 7, 9, 10, 11, 12) & Erik Wijnands (8).

Site officiel de Carach Angen : www.carach-angren.nl.

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