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Interview   

Carcariass sort du chaos


D’un point de vue extérieur, on pourrait trouver que la carrière de Carcariass est hachée. Carcariass, c’est un de ces groupes comme on en connaît beaucoup, à la carrière longue, respectée par le public et la presse mais qui ne fait pas vivre ses membres. Il est donc naturellement plus impacté qu’un projet à plein temps par les étapes de la vie, liées au travail, la famille, etc. Pourtant, malgré une période sans concert et une autre sans album, le groupe ne s’est jamais véritablement arrêté de travailler et n’a jamais envisagé de mettre fin à son existence. Son histoire a continué de s’écrire, plus lentement, à distance.

Carcariass ne se reforme pas, il est juste de retour. Et c’est dix ans plus tard que Planet Chaos, le nouvel album, succède à E-xtinction. Entre-temps, si le fond – un death technique très porté sur la mélodie et aux textes décomplexés – demeure, le groupe et ses membres ont forcément évolué. Déjà, d’un point de vue purement concret, le chanteur Jérôme Thomas a intégré le projet et délesté le bassiste Raphaël Couturier de ce rôle. C’est d’ailleurs à ce dernier que nous avons voulu demander, comme à un vieux pote qu’on retrouve après dix ans : « Alors, Carcariass, qu’est-ce que tu deviens ? » Et il nous répond avec une grande modestie, notamment en mettant l’accent sur le rôle crucial du guitariste Pascal Lanquetin dans le projet.

« Le chant, dans Carcariass, c’est un instrument que nous mettons si ça apporte quelque chose, et que nous ne mettons pas forcément dans tous les morceaux. »

Radio Metal : Il y a eu un moment dans votre carrière où vous avez fait une pause dans les concerts, et il y a eu un autre moment où il y a eu un gros espace entre les sorties d’albums – dix ans séparent E-xtinction et Planet Chaos –, mais ça ne s’est pas forcément fait au même moment…

Raphaël Couturier (basse) : Tu as parfaitement raison. Pour essayer de résumer, effectivement, en 2004, nous avons arrêté de faire des concerts, car nous n’avions plus le temps, parce que nos familles s’agrandissaient, parce que nos jobs nous prenaient du temps… Nous avons quand même travaillé sur un autre album en 2008, et comme nous l’avions commencé, il fallait quand même le terminer, mais il s’est fait sans que nous répétions ensemble. Nous enregistrions un peu dans nos coins, mais nous avons quand même réussi à le sortir. Il y avait toujours l’aspect « pause », ça n’empêchait pas que nous jouions chacun dans nos coins, mais nous ne jouions plus ensemble car nous habitions trop loin les uns des autres, et ainsi de suite. Après, il y a eu la pause « un peu des deux » parce que nous n’avions plus trop le temps. Et après, nous avons décidé de reprendre en 2016. L’explication est que Bertrand [Simonin], le batteur, et Pascal [Lanquetin], le guitariste, jouaient dans un autre groupe à ce moment-là, en Suisse, qui s’appelle Mindwarp avec lequel ils ont enregistré un album. Mais après, ils se sont dit : « C’est bien beau Mindwarp, mais nous, ce qu’on veut faire, c’est du Carcariass ! » Donc Pascal joue toujours avec Mindwarp pour s’amuser, mais nous avons décidé de reprendre Carcariass et de repasser aux choses sérieuses. Après, Pascal a toujours un peu composé des trucs, mais nous nous sommes remis au travail suite au fait que nous avions fait des concerts, et les concerts, il a fallu les travailler aussi. Et après, nous nous sommes dit : « Il faut que nous ressortions quelque chose. » Nous en avions envie. Nous avons pris le temps, certes, nous ne sommes pas rapides, ce n’est pas une découverte, c’est comme ça ! Aujourd’hui, nous n’habitons toujours pas très près les uns des autres, mais nous avons plus de temps, certains ont changé de boulot entre-temps, et nous avons trouvé un rythme de croisière qui fait que nous arrivons à répéter suffisamment pour arriver à faire des concerts et avancer sur un enregistrement, preuve en est.

Faire des concerts est une logistique très fatigante, et quand on prend de l’âge et qu’on développe sa vie de famille, on a tendance à vouloir en faire moins. Et quand on prend la décision d’arrêter, c’est difficile d’avoir envie d’y revenir. Qu’est-ce qui fait que vous ayez envie d’y revenir ?

C’est plaisant de jouer en concert ! Après, ce qui est parfois moins plaisant, c’est de faire des répètes trop souvent, parce que ça prend du temps, etc. Mais là, nous avons trouvé un bon compromis qui fait qu’il faut répéter de temps en temps, mais avec plus de travail personnel et moins de répètes. Nous en faisons quand même régulièrement, mais beaucoup moins qu’avant. C’est aussi un rythme qui permet de joindre l’utile à l’agréable, et qui convient à tout le monde.

Quand vous avez repris les concerts, est-ce qu’au moment de faire le premier, il y a eu une appréhension ?

Eux en avaient fait ensemble avec Mindwarp, justement. Moi, je n’avais pas refait de concert depuis dix ou douze ans, mais bon, quand t’es rodé, t’es rodé. Ce n’est pas super dur. Et puis avant, nous avions répété, donc… Faire un concert quand tu en as déjà fait pas mal, ça va.

Est-ce que ces pauses, qu’elles soient en termes de scène ou de compo, vous ont permis de renouveler l’inspiration et d’avoir une prise de recul sur Carcariass, pour corriger certaines erreurs ou améliorer certaines choses ?

Forcément. Après, ce n’est pas voulu, mais on évolue, il y a du temps qui passe, donc il y a des choses qui s’améliorent, il y a des choses qu’on a envie de changer… Donc oui. Après, nous n’avons pas souhaité ça, ça s’est fait comme ça. Nous avons tous continué de jouer chacun dans notre coin et après, vu que nous évoluons de différentes manières, ça se ressent aussi dans un groupe, mais ça, c’est obligatoire. Nous n’avons pas souhaité profiter de ça pour changer des choses. Il y a des choses qui changent, et puis voilà.

Pendant un temps, vous avez eu un second guitariste, Jérôme Lachenal. Ce n’était plus le cas dernièrement, où vous êtes revenus sur la formule du trio initial, plus le chant. La formule à deux guitares n’a pas été concluante ?

En fait, Jérôme jouait plutôt avec nous pour la scène. Il n’a pas enregistré E-xtinction. Là, et nous continuerons comme ça à l’avenir, c’est Pascal qui a enregistré toutes les guitares parce que c’est lui qui les compose, et nous avons décidé de prendre un autre guitariste qui joue justement avec Pascal dans Mindwarp pour faire une seconde guitare dans Carcariass. Ça enrichit, c’est sûr. Nous ne l’avions pas fait avant parce que soit nous n’avions pas trouvé la bonne personne, soit parce que nous n’étions pas prêts à jouer en live. Là, nous trouvons que c’est la meilleure solution, donc il y aura un autre guitariste qui jouera avec nous en live, mais il ne fera pas l’enregistrement – nous pouvons changer d’avis, mais je ne pense pas – parce que Pascal compose toutes les guitares dans Carcariass, il compose toute la musique. Derrière, la basse-batterie, nous lui demandons de faire des modifs parce que nous trouvons qu’il y a des choses qui seraient mieux faites autrement, mais nous le laissons faire par rapport à tout l’enregistrement.

Auparavant, c’était toi qui faisais le chant en plus de la basse. Sur cet album-là, vous êtes avec Jérôme Thomas au chant. Quand on voit le découpage de l’album avec une moitié de titres instrumentaux, on peut se poser la question de la nécessité de prendre un chanteur à part entière…

La question s’est tournée un peu différemment. Nous étions un peu pris par le temps et nous nous étions dit que nous allions essayer de faire évoluer le chant. J’ai fait des essais de chant et de toute façon, je n’étais pas capable de faire un chant différent de celui que je faisais avant. Donc nous avons proposé à Jérôme de Science Of Disorder, dont nous aimions bien la façon de chanter, de faire des essais. Il a fait les essais, ça lui plaisait, ça nous plaisait, et nous lui avons donné des paroles en lui disant qu’il y avait sept morceaux à enregistrer et que, forcément, il pouvait faire des modifications. Après, il y a des modifications qui ont été faites aussi pendant l’enregistrement, parce que lui avait des idées, nous avons validé certaines choses, d’autres non, d’autres nous les avons modifiées… Donc certes, il n’y a pas du chant partout, mais nous sommes contents du résultat qu’il a apporté. Pas mal de gens ont apprécié cet aspect-là. Bon, ça ne plaît pas à tous, mais nous faisons de la musique pour nous faire plaisir et pas forcément pour plaire à tout le monde. Donc il n’y a pas de problème !

« Nous faisons de la musique pour nous faire plaisir, pas pour transmettre des messages. Nous ne cherchons pas à révolutionner, changer ou sauver le monde grâce à la musique de Carcariass, nous n’avons pas cette prétention, sinon nous sommes nuls ! [Rires] »

Comment définis-tu le rôle actuel de Jérôme et comment le verrais-tu évoluer à l’avenir dans Carcariass ? Ce n’est quand même pas commun d’être chanteur et frontman dans un groupe où le chant n’est pas vraiment au premier plan…

Ça, nous lui avions dit dès le début. Sur le prochain CD, s’il y a, nous verrons peut-être les choses différemment… Nous verrons comment nous le ferons. Il y aura peut-être plus de chant, mais nous n’en savons rien pour l’instant. Dans un premier temps, ce que nous lui avons demandé, c’était d’enregistrer cet album. Maintenant, il va essayer de nous accompagner en live, sauf s’il avait une date qui tombait le même jour avec son autre groupe, mais je pense que nous allons trouver un compromis pour qu’il puisse venir aussi avec nous dans ce cadre-là. Ce que nous lui demandons de temps en temps, c’est de venir faire des répètes avec nous. Il nous avait prévenus, là pour l’instant il enregistre un autre album avec son groupe Science Of Disorder, donc il n’y a pas de problème, nous nous adaptons. À l’avenir, nous aimerions qu’il soit capable de chanter tout le temps sur Carcariass. Après, tant qu’il ne l’a pas fait, c’est un peu difficile de savoir. S’il est intéressé et que nous refaisons un CD, nous avons envie que ce soit lui qui, dès le début, réfléchisse à ses parties de chant, et après, nous verrons comment nous ferons dans la pratique. Nous nous adapterons en fonction des concerts, en fonction de ses motivations, etc.

L’album alterne entre des titres chantés et des titres instrumentaux, ce qui n’a rien de nouveau pour Carcariass. Est-ce que l’écriture des morceaux instrumentaux est pensée de la même manière que l’écriture des morceaux prévus avec un chant ?

Parfois, dès le début, nous savons que ça va être un instrumental, parce qu’il y a de la guitare partout, donc il n’y a pas vraiment de couplet, etc. Parfois, nous hésitons, nous partons sur un morceau où il y aurait du chant, puis nous nous rendons compte que ça ne rend pas, et parfois c’est l’inverse. Nous faisons des tests, et nous voyons si ça rend bien ou pas, en essayant d’enlever certaines guitares pour moins surcharger telle ou telle partie… Il y a souvent des morceaux qui, entre le début où Pascal les a composés, et la version que nous enregistrons, sont raccourcis par deux, ou qui voient des variations assez importantes. Effectivement, il y a des morceaux où, dès le début, nous savons qu’ils vont être instrumentaux, et il n’y a pas de modification. Mais parfois, c’est moins clair, nous changeons pas mal de parties. Nous ne savons pas forcément à l’avance. Et clairement, le chant, dans Carcariass, c’est un instrument que nous mettons si ça apporte quelque chose, et que nous ne mettons pas forcément dans tous les morceaux. C’est vrai que ça fait longtemps que nous faisons comme ça.

À ton avis, cette différence entre le fait d’écrire pour un chanteur et d’écrire pour un instrumental où c’est plus la guitare qui va faire un lead par-dessus la rythmique, elle tient à quoi ?

S’il y a des solos partout, nous n’allons même pas avoir la place pour mettre du chant, donc ça va être vite vu… Après, il faut forcément qu’il y ait un peu des couplets et des refrains. Ça, ça n’est pas si dur que ça, il suffit que s’il y a une partie qui rend bien, nous la copions plusieurs fois. Souvent, nous allons y réfléchir au début, mais parfois, il y a trois refrains, nous en supprimons un pour telle ou telle raison… C’est aussi en écoutant le morceau que nous nous rendons compte que nous préférerions mettre ou enlever du chant à tel endroit. C’est souvent à la fin que nous allons faire ces modifications. Nous regardons et nous adaptons en fonction. Vu que nous mettons le chant à la fin, nous regardons ça en studio. Nous réfléchissons sur le papier à comment mettre le chant. Nous enregistrons tout le temps le chant en studio, donc nous regardons ça en studio, et nous adaptons si besoin.

Au niveau des thématiques, trouves-tu que le format instrumental peut être aussi éloquent et évocateur que le format chanté ?

Bien sûr ! Et ce depuis longtemps ! Chez Carcariass, nous aimons les morceaux instrumentaux, ce n’est pas une découverte. Personnellement, dans le dernier album, il y a plein de morceaux que j’aime bien, mais le morceau « Dark Empire », c’est une instrumentale et je la trouve vraiment super ! Souvent, les morceaux instrumentaux amènent une certaine atmosphère planante ou mélancolique que nous apprécions dans Carcariass. Nous avons toujours aimé les atmosphères que les parties mélodiques dégagent, de manière générale. Dans les morceaux longs, souvent, il y a une petite partie de chant et une grande partie mélodique. Nous avons toujours fait comme ça, ça nous plaît. Cet album, par rapport aux thèmes abordés, ça reste de la science-fiction, les aliens, la planète dévastée et ainsi de suite. C’est bien plus facile d’amener des thèmes comme ça sur une partie instrumentale et donc de trouver un titre qui colle avec l’ambiance du morceau.

Chez Carcariass, il y a toujours eu une thématique un peu pessimiste sur la planète et sur l’homme, et ce dès le premier album, Hell On Earth, en 1997. Est-ce que ce côté très pessimiste, presque alarmiste, ça correspond à une vraie crainte chez vous, ou c’est plus une imagerie avec laquelle vous aimez jouer ?

Non, nous n’avons pas de crainte et nous ne cherchons pas à faire passer de message dans notre musique. Dans le metal, nous n’allons pas parler de choses joyeuses, donc nous faisons un peu des trucs classiques. Nous sommes bien obligés de choisir un thème et nous restons cohérents avec la musique. Nous faisons de la musique pour nous faire plaisir, pas pour transmettre des messages. Nous ne cherchons pas à révolutionner, changer ou sauver le monde grâce à la musique de Carcariass, nous n’avons pas cette prétention, sinon nous sommes nuls ! [Rires]

Vous êtes un groupe associé au death technique. Pourtant, lorsqu’on écoute votre musique, la technique est beaucoup plus mélodique que rythmique, avec les tappings et les sweepings. Dirais-tu que tout le travail technique de Carcariass est avant tout destiné à la mélodie ?

La question n’est pas forcément super simple ! Nous étions affichés death technique parce qu’à l’époque, nous l’étions beaucoup plus que maintenant. Aujourd’hui, il y a des groupes qui sont dix fois, cent fois plus techniques que nous, donc nous n’allons pas essayer de nous afficher spécialement comme ça. Nous ne cherchons pas à faire des trucs techniques, nous cherchons plutôt à jouer sur les mélodies, c’est vraiment ça qui nous intéresse le plus, un truc qui soit un peu mélancolique, triste, d’où les paroles dont on parlait tout à l’heure. Mais nous trouvons que Pascal arrive à faire des trucs qui sonnent bien comme ça, donc nous jouons avec ça pour avoir quelque chose qui soit original. Finalement, nous trouvons que c’est un peu la marque de fabrique de Carcariass. On arrive assez facilement à reconnaître que c’est le même groupe d’un album à l’autre.

De manière générale, quand on parle de musique, on a souvent tendance à opposer technique et mélodie. Or, quand on écoute Carcariass, la technique et la mélodie sont, au contraire, en symbiose…

Je suis d’accord avec toi ! Tout à fait !

Comment travaillez-vous pour atteindre cette symbiose ?

C’est surtout Pascal qui compose, en technique et en mélodie ! C’est lui qui arrive à faire ça pour que ça rende bien. Nous lui faisons confiance, nous lui demandons de retoucher certains trucs quand ça ne nous plaît pas. Il n’aime pas la critique mais il l’accepte au bout d’un certain temps. Après, il y a aussi la batterie, la basse, et il y a cet ensemble qui fait que ça donne du Carcariass. Nous travaillons cela d’abord pour que ça nous plaise, et puis si après ça plaît aux autres, tant mieux.

« Si on garde les mêmes membres et qu’on change de guitariste, ça ne sera plus du Carcariass. »

Cette patte dont tu parlais et qui fait que le groupe est très reconnaissable, comment s’est-elle formée à l’origine ?

C’est difficile aussi de répondre à cette question ! C’est le fait que ça soit Pascal qui compose, chaque guitariste a sa touche. Sa touche, il ne peut pas l’enlever, fort heureusement. Il essaye des trucs différents, comme c’est le cas dans cet album. Ce n’est plus du gros death metal comme il aurait pu faire avant. Il évolue, nous évoluons tous. Son phrasé reste le phrasé d’un guitariste, il ne peut pas le changer complètement non plus, il n’en a pas envie. Il essaye de faire des morceaux qui lui plaisent. Il a un certain style de jeu, nous l’avons tous. C’est parce que ça reste les mêmes personnes que l’on reconnaît la touche du groupe.

Tu dirais que c’est vraiment lui le moteur du groupe ?

Clairement. Ce n’est pas « je dirais », c’est à cent pour cent ! Qui peut jouer et composer des morceaux comme lui ? Bah… Lui. Il y en a peut-être d’autres qui pourraient toucher un peu comme lui… Mais l’originalité, c’est vraiment à partir de la guitare. Après, si tu changes de batteur, ça fera quelque chose de différent, mais si on garde les mêmes membres et qu’on change de guitariste, ça ne sera plus du Carcariass.

Malgré tout, y a-t-il quand même parfois des initiatives de la part de Bertrand et toi pour amener des éléments ?

Nous, nous lui disons simplement : « Cette mélodie est nulle, tu nous changes ça. Ça, on l’a déjà entendu. Ta rythmique, elle pue… », puis il fait la gueule… Nous n’allons pas lui dire : « On veut une rythmique comme ça. » Ou alors nous lui disons ça, mais entre dire « on voudrait » et arriver à le faire, il y a une différence. Moi, je ne peux pas composer de guitare, je fais de la basse. Et le batteur, encore moins. Qui peut composer de la guitare à part le guitariste ?

Le fait que vous soyez cash avec lui avec ce qu’il apporte, ça se passe comment ?

Ça se passe par une série de coups de boule, d’engueulades, de « vous n’avez qu’à composer, vous êtes que des cons ! », de « je vous empêche pas de composer »… Ça gueule, mais nous sommes tous habitués.

Lui et toi, quand on vous écoute jouer ensemble, vous avez l’air de beaucoup vous rejoindre techniquement, notamment au niveau du tapping. Dirais-tu que vous avez une philosophie de jeu semblable, voire que vous vous inspirez mutuellement ?

Vu que c’est lui qui compose, parfois, il pense qu’à certains moments, ça serait bien d’avoir du tapping et il dit : « Ça serait bien de faire ça. » Et vu que le tapping, sur une basse ou sur une guitare, ce n’est pas tout à fait pareil, je lui dis : « Arrête de rêver, c’est impossible. » Donc après, je propose d’autres choses, mais ce n’est pas moi qui avec mon tapping vais influencer sa guitare. C’est plutôt moi qui vais essayer de trouver un tapping qui peut coller à ce qu’il fait à la guitare. Je suis bien obligé de m’adapter. Le tapping, à la basse, il y a moins de cordes, il faut appuyer bien plus fort, donc c’est forcément différent. Je vois bien comment il joue : sur une guitare, tu peux faire du tapping sans appuyer comme une brute parce que les cordes sont bien plus petites. Donc il a souvent des tappings qui vont plus vite que les miens, mais il faut que nous arrivions à faire en sorte que nous allions bien ensemble. Des fois je vais dédoubler par rapport à lui, peut-être que les gens ne s’en rendent pas compte… Le tapping rend bien avec les deux, mais ce n’est pas du tout les mêmes choses que nous allons faire. Ça reste les mêmes notes, mais lui met en général plus de notes. Je vais être honnête, autant je trouve qu’il est super bon à la guitare, autant je joue de la basse mais je n’ai pas la prétention d’être aussi bon que lui. Je me débrouille en basse, et lui est super bon en guitare. Et ce depuis tout temps. Ce n’est pas une découverte non plus !

Tu n’es pas un peu sévère avec toi-même ?

Non ! Je me connais bien, je connais bien de bons bassistes aussi, et je connais mes limites. Lui aussi a des limites, mais il a beaucoup plus un style reconnaissable à cent mille autres et que plein de guitaristes ne seront pas capables de faire. Alors que moi, ce que je fais, il y a quand même plein de bassistes qui sont capables de le faire.

Penses-tu que ta présence et celle du batteur soient nécessaires à certains moments pour le canaliser et faire en sorte que tout l’ensemble tienne la route ?

Humainement, oui. Après, supposons qu’il dise qu’il veuille faire un autre groupe, il arrivera à faire des choses bien, mais ça sera forcément un peu différent. Avec des personnes qu’il connaîtrait moins, elles n’oseront peut-être pas lui dire certaines choses. Nous le « drivons », nous le connaissons bien, il nous connaît bien, il sait qu’à certains moments, nous faisons des remarques, et il sait que ce n’est pas non plus pour du beurre, même s’il ne l’accepte pas. Et au bout d’un certain temps, il finit par céder. Parce que nous sommes tous têtus, en fait.

Si on sort de l’aspect purement musical et qu’on parle de manière plus générale de la carrière de Carcariass, dirais-tu que son leadership musical s’étend au reste ? Est-il de fait le patron des autres décisions liées à Carcariass, telles que les clips, les tournées, etc. ?

Pas du tout. Parce que lui, il est bon en guitare, et il n’est pas bon dans tout le reste [rires]. C’est vrai ! Nous donnons tous notre avis. Des fois il propose de bonnes idées, et des fois, il propose des trucs… Après, tout le monde a pu évoluer avec le temps que l’on a pu consacrer à la musique. Quand il y a une bonne idée, nous la prenons. Par exemple, l’idée du clip, c’était plutôt Bertrand. Après, nous discutons entre nous pour proposer un scénario qui tienne la route, puis nous validons ou pas, nous suggérons d’autres choses… Si une idée est simple et bonne, nous la prenons. Après, nous ne savons plus forcément qui a eu l’idée, parce qu’avec le temps, les choses s’oublient, et puis on s’en fout, en fait.

Interview réalisée par téléphone le 12 février 2020 par Philippe Slwa.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel de Carcariass : www.meandthatman.com.

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  • L'oeil du tigre dit :

    Vous avez mis le lien vers le site de Me and That Man au lieu du facebook de Carcariass…
    Pas sur que Nergal est besoin de ce coup de pouce niveau promo.

    [Reply]

    L'oeil du tigre

    Mais en dehors de ça, bonne interview d’un groupe qui mériterait plus de succès!

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