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Chronique   

Carpenter Brut – CARPENTERBRUTLIVE


Carpenter Brut ? Pourquoi parler d’électro ? Pourquoi choquer les trve metalleux ? Parce que ça amuse. C’est ce que fait aussi Carpenter Brut par ailleurs. Faire parler les gens ancrés dans les clivages. Carpenter Brut est polymorphe, qu’on l’intègre dans toutes les catégories musicales ou qu’il en soit exclu. Pour être franc, il s’en fiche. Initiative d’un seul homme producteur de metal accompagné en live par des musiciens bien connus dans la sphère justement, la notoriété de Carpenter Brut ne cesse de croître, que ce soit par la nécessité de sous-traiter la distribution de CD, par le biais de l’industrie vidéoludique (Furi, Hotline Miami…) ainsi que des prestations remarquées en festival ou en salles de concerts. Sorte de Justice aux amphétamines si on cherche les comparaisons futiles, Carpenter Brut a pour objectif de rendre un vibrant hommage à l’imaginaire des années 80, que ce soit en termes visuels via une esthétique exubérante ou sonore par l’usage d’effets et de tonalités qui caractérisent le mouvement synthwave. Après avoir sorti trois EP réunis sous l’opus Carpenter Brut : Trilogy, ce dernier nous fournit un échantillon de l’expérience réelle : Carpenter Brut Live. Le pied, tout simplement.

Le pied, car Carpenter Brut en live incarne une vision assez décomplexée de la musique, destinée avant tout à faire bouger son monde y compris les plus frileux. Accompagné d’un guitariste et d’un batteur, Carpenter Brut a davantage l’allure d’une formation rock classique que d’un show où l’artiste donne « l’impression de s’envoyer des mails » pour reprendre les dires du principal intéressé. Peut-être est-ce l’une des raisons, au-delà d’un imaginaire parlant pour toute une génération, d’un si bon accueil auprès du public metal. Surtout, l’expérience live confère un second souffle aux compositions de Carpenter Brut, à travers les arrangements de guitare ou les breaks de batterie impressionnants de rigueur qui ne dénaturent jamais le beat qu’impose l’électro. Difficile ne pas qualifier de heavy le riff d’ « Escape From Midwich Valley » ou les breaks rythmiques de « Le Perv ». Il y a en outre une variété dans les atmosphères proposées par Carpenter Brut qui le distingue d’un concert électro conventionnel. Ainsi le très groovy « Paradise Warfare » (mention spéciale au jeu de charley intransigeant du batteur) vient aérer la frénésie générale, entre un « Turbo Killer » devenu un classique intangible de la formation et un « Run, Sally, Run ! » aux allures de poursuite disco digne d’un thriller au goût douteux. Le titre est d’ailleurs l’occasion d’entendre le public se manifester sur le pont, le live prouve ainsi de manière subtile que Carpenter Brut sait fédérer sans pour autant nécessairement provoquer de pogos ou de transe, sans pour autant rentrer dans les codes du live propre à une catégorie musicale. En outre, Carpenter Brut Live démontre l’attention particulière apportée aux transitions, en témoigne l’enchaînement de « Wake Up The President » et de « Chew Bubble Gum » qui cette fois-ci reprend les procédés de fondu de l’électro pour empêcher toute interruption. Carpenter Brut alterne ruptures et continuité sans aucune gêne, en résulte un set parfaitement cadencé.

Seulement, la vraie force de Carpenter Brut est qu’il s’appuie sur univers propice au fantasme dont il devient la bande son. Ainsi on s’imagine au volant d’un bolide coiffé à la Michael Knight, cheveux au vent parcourant les rues éclairées d’une ville qui ne dort jamais, à traquer le criminel et rechercher l’approbation de filles faciles. On s’imagine vêtu d’un grand manteau de cuir, impassible, à négocier des deals douteux dans des bars malfamés et des discothèques à la gestion officieuse. On s’imagine, encore, à la tête d’un vaisseau spatial, faisant la nique à Albator entre deux astéroïdes. Carpenter Brut illustre tous ces hauts-faits que nous admirions et que nous aurions voulu faire, toutes les vertus et vices des héros et vilains excessifs des années 80. Carpenter Brut arrive même à nous le faire avouer et à l’exprimer en concert. Une sorte d’exutoire de l’adulte qui refuse de grandir totalement en somme.

Carpenter Brut est à la fois électro et metal, ou aucun des deux. Quoi qu’il en soit, il a le côté addictif du premier ainsi que la fougue et le sens du spectacle du second. Ceux qui l’ont aperçu en festival reprennent encore « Maniac » illustré par le chanteur de Klone, Yann Ligner, dans leur douche. Pour le reste, il est grand temps de faire fi des genres. Au diable le trve metalleux, au diable le clubber. Bienvenue Carpenter Brut.

Album CARPENTERBRUTLIVE, sorti le 6 juin 2017 via No Quarter Prod. Disponible à l’achat ici



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