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Chronique   

Carpenter Brut – Leather Teeth


Une trilogie, un live, des participations remarquées dans le monde vidéoludique indépendant (Furi, Hotline Miami, The Crew…), un moyen-métrage en préparation (Blood Machines), des dates de festival (Motocultor, Hellfest) ; il devient difficile d’ignorer la notoriété croissante de Carpenter Brut. Groupe (appelons-le groupe pour renvoyer à ses prestations live avec guitariste et batteur) d’électro-synthwave qui n’a rien à voir avec les formations metal pour certains, vent de fraîcheur bienvenu pour d’autres, Carpenter Brut se place au-dessus des débats car il n’en a cure. Après trois EP qui formaient Trilogy, ce dernier revient avec Leather Teeth, sans sommation, et fait une nouvelle fois honneur à l’univers exubérant des années 80. C’est crade, rose et macabre. C’est court. C’est diablement efficace.

Leather Teeth, c’est l’histoire de Bret Halford (mélange de Bret Michaels de Poison et Rob Halford de Judas Priest). Amoureux d’une cheerleader mais au charisme inexistant et supplanté par le quaterback star, il décide de créer un breuvage pour contrôler la gent féminine, devient défiguré et décide de devenir une rock star via son groupe, Leather Patrol. Un scénario de film d’horreur aux allures de série B, propre à illustrer quelques vices bien sentis, le tout à l’esthétique glam. Évidemment, si l’on est résolument allergiques à ce que l’électro peut proposer (il n’est pourtant pas ici question de l’EDM à la David Guetta, Tiësto, Hardwell ou Armin Van Buuren pour les hermétiques au genre), ce Leather Teeth aura du mal à vous faire changer de camp. L’héritage du Cross (2007) de Justice est encore bien présent, à savoir du synthé et des beats agressifs. Là où Carpenter Brut se démarque, c’est que son fondateur connaît très bien le monde du metal pour avoir été producteur. À tel point que certains médias s’enflamment et parlent de « metal-dance ». Cet aspect se perçoit davantage en live où celui qui se fait appeler Franck. B. Carpenter se fait accompagner par un guitariste et un batteur français officiants en tant normal dans des formations metal progressives réputées. Il y a une culture du riff indéniable et une recherche du « gros son » constante.

Si certains titres de Trilogy pouvaient se montrer rugueux et sombres (« Escape From Midwich Valley »), Leather Teeth embrasse davantage le pan plus suave de la musique de Carpenter Brut. Pourtant le disque commence par un « Leather Teeth » qui fera exulter les fans de la première heure et qui s’inscrit pleinement dans la veine de Trilogy (presque une suite directe d’ « Invasion A.D. ») : riff plombé et nappes de synthétiseur grandiloquentes, le titre parvient à créer une tension et une énergie semblable au hit « Turbokiller » avec néanmoins des enchevêtrements d’arrangements plus complexes, à l’instar d’un même thème mélodique protéiforme qui revient sans cesse. Il faut attendre le deuxième titre, « Cheerleader Effect » pour constater que Leather Teeth n’est pas qu’une version 1.5 du dernier volet de Trilogy. « Cheerleader Effect » intègre un chant, celui du toujours aussi élégant Kristoffer Rygg alias Garm, presque comme une continuité du déjà très « eighties » dernier album d’Ulver. Ainsi, donner une place plus importante au chant correspond assez bien à la direction musicale de ce Leather Teeth, plus léger et plus coloré. On a d’ailleurs droit à une sorte de « délire » funk qui rappelle « Disco Zombi Italia » : « Sunday Lunch », sorte de petite halte aux airs de bande originale des VHS les plus chaudes et les plus poussiéreuses de votre vidéo-club. Ce titre est complété par « Monday Hunt » qui permet au batteur de s’illustrer sur l’album, essayant de mêler un jeu de batterie plus progressif tout en conservant l’aspect « beat » inhérent à la synthwave. « Monday Hunt » est sans doute la composition la plus « metal » du lot, avec un clavier pouvant évoquer « Mourning Palace » de Dimmu Borgir, ses distorsion quasi sludge, sa basse qui claque et son lead de guitare à la Iron Maiden, mais aussi celle qui symbolise le plus l’effort de fusion des genres s’il y avait ce dessein. Les breaks de toms et le solo de guitare ne ternissent aucunement l’aspect entraînant de l’électro de Carpenter Brut.

En réalité, si certains déplorent le blocage créatif devant lequel pourrait se trouver la synthwave/darkwave (sans parler des sempiternelles critiques sur l’opportunisme de surfer sur la vague des années 80 qui n’ont aucun sens quand on connaît la carrière des représentants du genre), Carpenter Brut prend quelques risques, pas tellement vis-à-vis du genre en soi (si ce n’est l’intégration plus marquée du chant et de la guitare) mais par rapport à son public. Le côté glam-rock de Leather Teeth illustre un changement de tonalité, un rapport à la violence plus mesuré qui en vient parfois à l’occulter complètement. « Beware The Beast », avec le chant plus qu’approprié de Mat MacNerney de Grave Pleasures, en démarrant par un riff de guitare heavy typique et au refrain accrocheur à souhait est le symbole de cette nouvelle esthétique de Carpenter Brut. On peut se sentir submergé par l’ensemble « permanente au vent – paillettes – cuir qui reluit » et déplorer l’absence de l’aspect plus viscéral et malsain de Trilogy. Toutefois, les quelques changements d’atmosphère en plein morceau tels que sur « End Titles », qui démarre de manière très posée voire funky et qui se termine par des chœurs cryptiques, nuance le constat : Carpenter Brut n’a pas changé fondamentalement sa musique. Il a changé ce qu’elle narre et par essence ce qu’elle véhicule. Du moins sur ce premier pan d’une future trilogie qu’est Leather Teeth.

Oui, Leather Teeth est arrivé sans vraiment prévenir et peut déstabiliser les mordus de Trilogy. Pourtant, il y a quelque chose qui fonctionne, un sorte de « délire » dans lequel on se laisse entraîner et ce même lorsqu’on a l’esthétique glam en horreur. Carpenter Brut parvient à trouver une faille et fracasse les à-priori que l’on peut avoir d’un genre pour nous en faire apprécier les traits les plus marquants, à sa façon. Surtout, il y a ce côté « je m’en foutiste » et décomplexé derrière la musique de Carpenter Brut et encore plus marqué avec Leather Teeth. On écoute Carpenter Brut parce qu’on tape du pied. Dès lors plus besoin de débattre.

L’album en écoute intégrale :

Album Leather Teeth, sorti le 22 février 2018 via Caroline International. Disponible à l’achat ici



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