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Chronique   

Carpenter Brut – Leather Terror


Le plan est très clair : Leather Teeth marquait le début de la trilogie centrée autour des péripéties de Bret Halford, un lycéen frustré qui devient défiguré et décide de devenir une rock star aux penchants sanguinaires explicites. Carpenter Brut respecte son programme en livrant désormais le deuxième volet, Leather Terror. Bret Halford est désormais le chanteur de Leather Patrol, un moyen de séduire les filles. Il est aussi déterminé à se venger de tous ceux qui l’ont renié dans sa jeunesse : Leather Terror n’est autre que le récit de l’ascension d’un tueur en série à l’esthétique « cuir-clous-hémoglobine » respectant les canons des slashers et l’imaginaire de violence des eighties. Si Leather Teeth laissait paraître des parentés avec le glam, Leather Terror en revient à des sonorités plus agressives, marquées par une influence indus indéniable. Il entérine aussi la volonté de Carpenter Brut de collaborer avec divers artistes pour enrichir sa formule, n’en déplaise à ceux qui n’ont d’affects que pour sa première trilogie. Surtout, Leather Terror entérine cette capacité à composer des tubes et à marier deux univers d’une manière aussi naturelle que possible.

Leather Terror est l’un de ces rares albums à avoir été composé presque normalement dans un contexte de pandémie. Carpenter Brut avait de toute manière décidé de ne pas tourner en 2020 et de s’atteler à la composition de ce deuxième volet. Leather Terror profite en outre de l’expérience narrative acquise lors de la composition de l’OST de Blood Machines (2020). Les percussions martiales d’« Opening Title » qui ouvrent logiquement le bal donnent immédiatement la tonalité de l’opus : Leather Terror est une gradation presque ininterrompue de la violence. « Straight Outta Hell » présente une batterie hargneuse et des sonorités électroniques extrêmement saturées. L’une des compositions les plus frontales de Carpenter Brut à n’en pas douter, avec toujours cette science des leads mélodiques qui finit d’emporter l’adhésion des plus réfractaires à la parenté metal (pourtant ici exprimée sans guitares) de l’artiste. De quoi transiter vers la nuance de « The Widow Maker » qui profite de la prestation impeccable du chanteur Alex Westaway de Gunship. « The Widow Maker » brille par ses progressions vocales qui rendent l’écoute addictive dès lors qu’Alex laisse son timbre s’envoler. Carpenter Brut parvient ainsi à concilier violence et plages aériennes de manière très condensée. « Imaginary Fire » reprend une formule similaire, assisté cette fois du chant de Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan). Beats de plomb et mélodies de velours, à nouveau. Indéniablement, la participation des deux chanteurs permet de débrider la formule habituelle de Carpenter Brut sans diminuer son emprise.

On ne peut que donner raison à Carpenter Brut de ne pas s’enfermer dans cette case d’« électro-instrumentale » qui peut très vite montrer ses limites lorsqu’il s’agit de donner vie à un récit. Leather Terror contient tout de même quelques épopées purement électro dont il a le secret, à l’instar de l’enchaînement à la frénésie croissante entre « Day Stalker » et « Night Prowler » ou de « Color Me Blood » et « Paradisi Gloria » qui succède au cryptique « Stabat Mater » porté par la voix rituelle de Kathrine Shepard (Sylvaine). Il y a toutefois un cachet supplémentaire qui se dégage des collaborations. La sensualité disco de « Lipstick Masquerade » – seul véritable rayon de lumière de l’album – doit beaucoup au timbre de la chanteuse Persha. La subtilité de « … Good Night, Goodbye » est le fruit d’une composition partagée avec Ulver tandis que la violence noire de « Leather Terror » s’incarne dans la voix écorchée de Jonka de Tribulation et l’énergie déployée par le batteur de Converge Ben Koller. Carpenter Brut a l’intelligence et le talent nécessaires pour greffer une multitude d’artistes sans travestir son univers musical.

Carpenter Brut étoffe grandement sa musique. C’est le constat qui se dégage de ce Leather Terror qui, une fois digéré, ne fait qu’accroître l’attente autour de la conclusion de la trilogie. La formule de Carpenter Brut est suffisamment malléable pour ne pas devenir un avatar d’une synthwave pantouflarde et répondre aux besoins d’une narration claire. Leather Terror se parcourt d’une traite et, presque insidieusement, nous force à le relancer. En boucle, de plus en plus, et ce même si on en vient à connaître ses mouvements par cœur. Comme si le magnétisme meurtrier de Bret Halford fonctionnait en dehors de son propre univers : l’appel irrésistible du cuir.

Clip vidéo de la chanson « Imaginary Fire » :

Album Leather Terror, sortie le 1er avril 2022 via No Quarter / Virgin Records. Disponible à l’achat ici



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