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Chronique   

Cattle Decapitation – Death Atlas


Connus pour leur imagerie et leur esthétique gore, le brutal death et le grindcore se complaisent dans une provocation assumée, au point de parfois lasser ou, tout du moins, ne plus vraiment surprendre. Si cette fascination à choquer entretenue par une pléiade de groupes paraît souvent gratuite et/ou à prendre au second degré, ce n’est pas vraiment le cas de Cattle Decapitation. Le groupe, reconnu pour son engagement et ses positions idéologiques écologiques, passant par le végétarisme revendiqué de ses membres fondateurs, n’hésite pas à user de ce principe pour interpeller son auditorat. Humanure en 2004 avait par exemple été retiré de certains commerces, jugeant l’illustration trop gore. Citons également l’artwork évocateur de The Anthropocene Extinction (2015) qui présageait l’avenir sinistre de l’être humain qui finira par s’étouffer dans ses propres déchets. Si le propos reste sensiblement le même depuis le début de sa carrière, Cattle Decapitation a surtout évolué musicalement depuis Monolith Of Inhumanity (2012), lui valant l’étiquette de « grindcore progressif ». Les Américains poursuivent l’ouverture musicale avec Death Atlas, au profit d’une musique qui se veut plus émotive, pour un propos plus défaitiste encore.

L’œuvre de Wes Bencoster et l’introduction instrumentale de Death Atlas plantent le décor de cette nouvelle étape selon Cattle Decapitation, puisque c’est depuis l’espace que le groupe contemple l’échec de l’humanité à sa propre survie. Le nihilisme est dépeint par les inspirations black metal, avec des titres comme « Be Still Our Bleeding Hearts » et son blast-beat, complété par le chant viscéral de Travis Ryan. La filiation avec le style atteindra son paroxysme sur « Bring Back the Plague », malgré un passage central particulièrement mélodique. Néanmoins, ce qui caractérise le brutal death radical de Cattle Decapitation depuis ses débuts, c’est avant tout l’impact du riff, un certain sens du groove et sa capacité à gérer des breaks tranchants à l’efficacité immédiate. Le combo conserve donc ses cassures et garde un discours incisif. Travis n’hésite pas à s’appuyer sur des mélodies plus lourdes encore avec des breaks percutants, parfois inspirés du sludge. Insister sur la gravité du propos signifie aussi ralentir le tempo, comme sur « Vulturous » qui change régulièrement de rythme, à coup de décélérations au beau milieu de dynamiques propres au metal extrême.

Sur quasiment l’ensemble des morceaux de Death Atlas, Travis Ryan se répond à lui-même en alternant entre growl death metal et chant suraigu, contribuant à l’aura plus dramatique de l’opus. Le chanteur dit s’inspirer des larmes de certains de ses spectateurs lors des concerts, et cette tendance à appuyer sur la corde sensible est ce qui distingue Death Atlas dans la discographie du groupe. Toujours impressionnant vocalement, Travis adopte un ton plus solennel sur « One Day Closer To The End Of The World », puis pousse des cris désespérés sur le très mélancolique « Time’s Cruel Curtain ». Pour insister sur la tonalité plus atmosphérique et immersive de Death Atlas, Cattle Decapitation propose davantage de morceaux instrumentaux ambient (« The Great Dying » avec la voix parlée de Melissa Lucas-Harlow) et va jusqu’à collaborer avec Dis Pater de Midnight Odyssey qui signe l’instrumentation de « The Unerasable Past ». La pièce maîtresse, le titre éponyme et épilogue, résume l’album du haut de ses neuf minutes et porte à elle seule toute la tragédie de la situation. Ainsi, la voix lointaine de Laure Le Prunenec (Rïcïnn, Igorrr) nous fait nous éloigner de notre globe terrestre fumant sous ses cendres.

Ce n’est pas dans un contexte d’alerte que Cattle Decapitation s’adresse à ses auditeurs. Death Atlas, en alliant brutalité et mélodies plus mélancoliques, se rallie à un certain discours bien plus pessimiste : il n’y a plus d’urgence puisqu’il est déjà trop tard. Aucun retour en arrière ne semble possible et c’est à la fois un sentiment de colère et de tristesse qui se dessine dans le tableau de cet opus. Tant qu’il est possible de crier son désarroi, les Américains choisissent de le faire en jouant la carte de la corde sensible, en approfondissant drastiquement les ambiances entamées sur les précédents albums, sans pour autant retenir la rage qui réside en eux.

Album en écoute :

Album Death Atlas, sortie le 29 novembre 2019 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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