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Chronique   

Cavalera Conspiracy – Pandemonium


Max Cavalera, quoi qu’il fasse, sonnera toujours comme Max Cavalera. Il a beau s’exécuter dans diverses formations, sa principale Soulfly, Nailbomb dont l’unique album est toujours sans suite, Cavalera Conspiracy avec son frangin Igor et même le projet collaboratif Killer Be Killed, toutes partagent une même emprunte, une même patte, que l’on associe immédiatement à l’ex-leader de Sepultura. Et avoir sa musique estampillée d’une marque de fabrique, c’est certainement un signe d’accomplissement pour un artiste, mais c’est aussi une lame à double tranchant : comment se renouveler, comment surprendre quand tout ce que l’on fait, quoi qu’on fasse, tend à seulement être des déclinaisons de la même chose ? Pas sûr que Cavalera pose le problème en ces termes. Même pas sûr qu’il pose le problème tout court, l’homme fonctionnant vraisemblablement beaucoup à l’instinct et à l’envie. Et pourtant, son instinct ou son envie l’ont amené à ce troisième album de Cavalera Conspiracy qui, en forçant le trait de la part la plus brutale de sa personnalité, promettait de se démarquer des deux premiers opus et ses autres travaux avec Soulfly.

Cavalera avait annoncé la couleur : Pandemonium devait être un album de grindcore. Il avait même été jusqu’à considérer le faire seul avec son frère Igor, sans personne d’autre dans l’arène, pour pousser le minimalisme jusqu’au bout, faisant état d’un White Stripes version metal. Si cette dernière idée a été renvoyée aux calendes Grecques, retrouvant son fidèle Marc Rizzo à la guitare lead et un troisième bassiste, Nate Newton de ces géniaux fêlés de Converge et qui prête sa voix sur « The Crucible », la première est restée d’actualité. Il n’y a pas de tromperie dans les intentions, Pandemonium est une œuvre épaisse, sombre et d’une brutalité bestiale (ce son de basse !). A tel point que l’on peine même sur certaines chansons à reconnaître la voix de Max sous un traitement qui lui confère un timbre grave et distordu quasi inhumain. L’ombre de Napalm Death plane au-dessus de ces aboiements, quelques fois couplés à des vocalises agressives plus criardes (« Bonzai Kamikazee », « Cramunhao »), évoquant les échanges entre Barney Greenway et Mitch Harris – on devine d’ailleurs un hommage derrière le titre de « Scum », qui renvoie au premier album des pionniers du grind. Mais on pense aussi à Al Jourgensen sur, par exemple, « Apex Predator », renforcé par une musique frisant souvent l’intensité froidement rentre dedans de Ministry et émaillé de quelques sonorités et effets industriels. Nailbomb n’est donc parfois pas très loin…

Et on en revient, une fois de plus, à comparer Max Cavalera avec lui-même. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, Max Cavalera est partout dans ce Pandemonium. Même dans le jeu de batterie de son frère qu’il n’a pas lâché d’une semelle pour le pousser à effacer son groove naturel et jouer en adéquation avec la brutalité qu’il avait en tête, d’où des martèlements fonçant droits sur les rails et une frappe de plomb. Et impossible pour le frontman de se contenter d’une musique qui ne serait rien d’autre que violence : Pandemonium est parsemé d’arrangements pour poser des ambiances (la sitar omniprésente de « Loosing The Edge »), de cassures de rythmes (« Insurrection » y gagne même une longue outro instrumentale ultra heavy) et de leads à tout va faisant de Marc Rizzo – comme dans Soulfly – le véritable deuxième homme de cet opus. Et si l’on va chercher dans les bonus, on retrouvera la fibre latine des frangins sur « Porra ». Mais qui aurait voulu d’un album bêtement brutal ? Pandemonium est un enfer suffocant, certes, mais dans l’asphyxie et la rage, Cavalera a trouvé son plaisir et déniché un eden où sa créativité pouvait continuer à s’exprimer.

Ecouter « Bonzai Kamakazi » et chaque extrait de l’album :


Album Pandemonium, sortie le 4 novembre 2014 chez Napalm Records.



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  • C’est pas du grind

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  • Game-system dit :

    Donc finalement, ils ont vraiment fait du grindcore ! Après le néo, le thrash, l’indus, le death voilà que Max s’attaque au grind, et franchement, je suis curieux de jeter une oreille sur l’album, qui semble être bien différents des premières productions de CC.

    [Reply]

  • Très ambiguë cette critique ? Tant mieux, j’aime me faire mon propre avis…

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