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Interview   

Cavalera Conspiracy ou la thérapie en famille


Alors que Max nous expliquait l’an dernier n’avoir que l’album des vingt ans de Soulfly dans le collimateur (qui du coup prend du retard), et que lui et Iggor étaient en pleine tournée Return To Roots, voilà que les frangins ont repris inopinément la route du studio pour confectionner un quatrième album de Cavalera Conspiracy. Un album partagé entre un esprit très old school et direct, renvoyant même parfois aux toutes premières heures underground de Sepultura, et un autre plus actuel, fait de quelques expérimentations. Après tout, là est toute l’essence du duo entre un Max, dingue de metal extrême, et Iggor, plus porté sur l’électronique et l’ouverture. Deux approches qui, si elles auraient pu s’affronter et « clasher », en réalité se complètent grâce aux liens fraternels.

Dans l’entretien qui suit, Iggor nous parle de tout ceci, de ce nouvel album Psychosis, de l’exutoire que la musique représente face à la folie du monde, etc. Il revient également, humblement, sur son voyage en Afrique où il a été afin d’enseigner les méthodes de productions à de jeunes Ougandais, et ainsi vivre des expériences des plus enrichissantes, qui assurément ont marqué l’homme et l’artiste.

« Passer trop de temps est horrible, car plus tu travailles sur les choses, plus tu risques de merder. Je le dis par expérience. C’est comme la peinture, quand tu en mets une tonne sur la toile, arrive un moment où cela fait trop. Je préfère l’inverse, quand tu as moins de temps et tu fais davantage confiance à ton instinct et tu te concentres plus dessus. »

Radio Metal : La dernière fois que nous avons parlé à Max, c’était en 2016, et il nous a dit que « la seule chose réaliste [qu’il a], c’est Soulfly pour l’année prochaine. » Et vous voilà tous les deux de retour aujourd’hui avec un album de Cavalera Conspiracy. Est-ce que ça veut dire que vous n’avez pas vu cet album venir, qu’il n’a pas été prémédité ?

Iggor Cavalera (batterie) : C’est ce qui est cool avec Cavalera. Ça rentre généralement dans ces trous entre les choses que nous faisons. Il n’y a jamais de grands plans derrière ça. En général, nous nous parlons et ensuite nous décidons certaines choses, c’est tout. Ça se fait bien plus à la dernière minute qu’en mettant en place tout un emploi du temps spécial pour. Ça maintient un bon feeling et ça fait qu’on n’a pas trop à s’en inquiéter. Ça se passe plutôt, genre, un jour t’es là « ok, ça y est, j’ai fini la tournée » et le lendemain, nous nous appelons et nous sommes là « ouais, prévoyons de faire un album et donnons-nous une date butoir. » Donc c’est vraiment cool, car ainsi, nous ne stressons pas trop, nous nous contentons de nous y mettre. Nous n’avons pas cette pression de « ok, il faut qu’on fasse ça, et puis dans un an il faudra faire un autre album. » Il n’y a aucune certitude à long terme avec ce groupe, c’est plus au feeling, ce qui est bien.

Max nous avait confié : « avec chaque album de Cavalera, nous nous contentons d’aller en studio et d’enregistrer. Nous ne passons pas de temps ensemble avant. Donc je pense que nous allons essayer de faire ça cette fois-ci, passer du temps ensemble, lui et moi, d’abord, à écrire les chansons, comme nous le faisions à l’époque de Sepultura. » Du coup, êtes-vous parvenus à faire ça ?

Un peu plus, oui. Pas au niveau où nous le faisions autrefois, c’est-à-dire passer des mois à jouer les chansons encore et encore afin de les préparer, mais un tout petit peu plus quand même. Petit à petit, nous retrouvons ça. Nous avons eu une semaine où nous avons préparé les chansons et fait des choses, donc il y a eu un peu plus de préparation. Mais on est encore loin d’y passer plusieurs mois. Je ne sais pas si de nos jours nous pourrions le faire. Car c’est très compliqué avec toutes les tournées que nous faisons. Nous sommes impliqués dans tant de projets que je ne nous vois pas nous arrêter pendant trois mois pour composer un album. Ce que nous faisons, c’est plus rassembler des idées pendant des mois et ensuite nous les assemblons dans un laps de temps plus court. Je pense que ce sera plus comme ça que nous travaillerons dans le futur. Et je pense que passer trop de temps est horrible, car plus tu travailles sur les choses, plus tu risques de merder. Je le dis par expérience. C’est comme la peinture, quand tu en mets une tonne sur la toile, arrive un moment où cela fait trop. Je préfère l’inverse, quand tu as moins de temps et tu fais davantage confiance à ton instinct et tu te concentres plus dessus. Car si tu sais que tu as des mois pour faire les choses, tu te relâches et deviens paresseux pour faire certaines tâches.

Et plus en tant que frères, ça ne vous manque pas de passer plus de temps ensemble comme autrefois, surtout étant donné que vous vivez si loin l’un de l’autre ?

C’était une époque différente. A l’époque, nous n’étions pas mariés, nous n’avions pas de famille avec des enfants et ainsi de suite. Aujourd’hui, c’est différent. Nous faisons certaines choses et nous avons vraiment besoin de notre espace. Lorsque tu as quinze, seize ans, c’est complètement différent. Nous n’avions rien d’autre. Nous allions dans notre chambre et répétions pendant cinq ou six heures, en n’ayant aucun tracas en tête. Donc c’était une autre époque. Aujourd’hui, nous maximisons le temps que nous avons ensemble et en apprécions chaque seconde, plutôt que de passer trop de temps sans vraiment l’apprécier, et perdre notre temps.

Vous avez été en studio plus ou moins en pleine tournée Return To Roots pour faire cet album. Comment ceci a affecté la musique ?

C’était bien de revisiter Roots mais je ne pense pas que l’album en soi nous a influencés. La tournée Return To Roots n’a pas eu d’influence sur ce nouvel album. Il sonne complètement différemment. Ca a même peut-être joué en notre faveur. Je ne pense pas qu’il y ait une seule chose sur cet album qui me rappelle Roots, donc peut-être que c’était une bonne chose. Peut-être que si nous n’avions pas fait la tournée Roots, nous aurions été un peu plus influencé par ce dernier. Donc c’était une bonne chose que nous ayons fait cette tournée pour pouvoir nous mettre sur le nouvel album avec des idées totalement fraîches, en sachant que nous voulions faire autre chose que refaire Roots. Je dirais qu’il pourrait avoir eu une petite influence au niveau percussion. Il y a une chanson sur le nouvel album sur laquelle je voulais en remettre un peu, surtout parce que juste avant de faire l’album de Cavalera, j’ai voyagé en Afrique, pour y travailler, et j’ai récupéré des musiques et joué avec différents musiciens. C’était vraiment sympa parce que, en faisant ça, il y avait une chanson pour laquelle je me suis dit : « Ah, j’ai envie d’avoir un côté percussion dessus. » Donc on retrouve un peu de cette énergie qu’on a lorsqu’on joue une chanson comme « Itsári », qui est totalement instrumentale ; nous voulions quelque chose dans cet esprit. Donc d’un point de vue percussion, je dirais que oui, pour l’énergie, c’était sympa de jouer quelque chose de différent que purement guitaristique et tout, d’avoir plus de percussions, et surtout des percussions que je n’avais jamais utilisé avant, des trucs venant d’Ouganda et d’Afrique de l’Est.

Mais est-ce que ça veut dire que l’album a été conçu lorsque vous aviez du temps libre entre les concerts ?

Non. Généralement, Max enregistre un paquet de trucs entre les tournées et lorsqu’il a des pauses, et il accumule ces riffs. Je fais la même chose avec des rythmes : j’enregistre un paquet de trucs. Et ensuite nous essayons de compiler et rassembler tout ça. Donc non, nous ne faisons pas ça, genre, si nous avons un jour sans rien à Paris, aller en studio pour jammer sur des chansons ; généralement, nous faisons ça séparément, c’est-à-dire que je vais dans ma pièce et j’enregistre des idées à la batterie ou des idées électroniques que je peux reproduire plus tard en studio, ce genre de choses, ça fonctionne mieux ainsi.

« J’étais [en Ouganda] pour enseigner à des enfants […]. C’est important pour moi, en tant que musicien, après toutes ces années, d’essayer d’offrir quelque chose en retour. »

L’album contient des parties et ambiances vraiment old school qui renvoient à vos tout débuts dans Sepultura, y compris au niveau du chant qui peut parfois même rappeler ce que Max faisait sur Morbid Visions. Comment vous êtes-vous retrouvés à creuser aussi loin dans votre passé ?

Ça vient de ce que nous écoutons. Et parfois, ce n’est pas tant une question de creuser dans notre passé avec Sepultura que de ce qui nous influence. Max, par exemple, dernièrement, a écouté plein de groupes de black metal différents et ce type de choses l’influence, et en essayant de jouer de cette manière, évidemment, ça va ressortir davantage dans la veine de notre passé avec Sepultura, car c’est lui et moi qui jouons ensemble. L’idée n’était pas de revisiter notre passé avec Sepultura mais revisiter le feeling que nous communiquait différents groupes. D’un autre côté, notre façon de jouer aujourd’hui est très différent de la façon dont nous jouions il y a vingt-cinq ans. Donc je pense que même en ramenant certains des vieux éléments, nous les approchons aujourd’hui d’une toute autre manière. Donc ça ressortira différemment. Pour ce qui est du chant, il faudrait que tu poses la question à Max parce que c’est quelque chose de très personnel. Nous ne parlons jamais de ces… Nous ne sommes jamais là : « Ouais, on devrait faire comme ci ou comme ça. » C’est juste ainsi que ça sort. Rien n’est planifié, même lorsque je joue de ma batterie ou autre. Il n’y a jamais de grand plan derrière les choses. Je pense que si tu planifie trop, tu peux gâcher les choses.

Est-ce que tu as une nostalgie pour vos débuts ?

Je ne sais pas si c’est de la nostalgie mais à la fois, je suis très fier de toutes les années et toutes les choses que j’ai faites. Il n’y a pas un seul album où je me dis « oh mon Dieu, je ne peux pas croire que j’ai fait ça. » Je n’ai pas ce genre de honte. Mais à la fois, ce n’est pas complètement de la nostalgie où je me dis « oh mon Dieu, c’était la meilleure époque ! » Je trouve que la meilleure époque, c’est maintenant. Le passé, c’est cool mais le présent c’est mieux, car si tu ne prêtes pas attention au présent, tu laisses ces années te passer sous le nez.

Comment tu comparerais le batteur que tu étais au début et maintenant ?

Je trouve que c’est cool parce que j’apprends toujours en tant que batteur, tous les jours je continue à faire des recherches et apprendre. J’aime à penser que je joue différemment, et je vais de l’avant avec certaines choses. C’est une évolution en tant que musicien. Il s’agit de toujours regarder devant soi, vers l’avenir, et essayer de faire des choses un peu différemment de ce qu’on faisait avant, évidemment sans oublier le passé, tes racines et ce genre de choses. Je pense qu’en général, en tant que musicien, tu apprends certaines choses, par exemple j’étudie beaucoup la batterie, les percussions, et tous ces trucs, que tu adaptes quand tu composes un album. Même en rendant les choses plus simples, pas aussi compliquées. Tout ça, c’est une question d’apprendre, que ce soit dans un contexte live ou du studio. Tout ça ce sont de grandes leçons, au final.

Au sujet du producteur Athur Rizk, Max a dit qu’il « a fait ressortir des choses de [vous] qui ne seraient pas sorties autrement. » Peux-tu nous en dire plus ?

Arthur est un ami très proche. C’était sympa de faire venir quelqu’un, mais pour le faire, je pense qu’il faut trouver la bonne personne. C’est très important d’avoir quelqu’un en qui on a confiance. Avec l’album précédent, nous n’avions pas trouvé une telle personne. Arthur était celui qu’il nous fallait, nous étions là : « Oui ! Il nous le faut dans l’équipe. » C’est un super producteur. J’adore les trucs qu’il a fait, surtout ce qu’il fait d’un peu différent, plus bruitiste, comme Prurient et ce genre de choses. Max a vraiment aimé ce qu’il a fait avec des groupes comme Power Trip. Donc je pense que l’association des deux est ce qui fait que Max et moi sommes intéressés par quelqu’un comme lui. Car il transite entre nos deux mondes, plus expérimental d’un côté, et plus metal de l’autre. Voilà pourquoi il représentait un choix évident pour que nous travaillions avec lui. Pour ce qui est de faire ressortir des choses de Max et moi, c’était cool parce qu’il a davantage travaillé en tant que producteur et moins en tant qu’ingénieur. Habituellement, nous n’avons besoin que d’un ingénieur, car nous savons exactement ce que nous voulons, mais cette fois, nous avons décidé d’avoir une tête pensante en plus à nos côtés, et c’était vraiment sympa. Et c’est un bon échange parce que ça fait des états d’esprits différents, des idées complètements différentes et tout. Nous avons donné beaucoup de liberté à Arthur pour qu’il puisse expérimenter et essayer de faire sortir des choses de nous. Donc c’était une bonne combinaison, selon moi. Aussi, c’est Arthur qui a eu l’idée de faire appel à Joel Grind pour faire le mastering, il faut que je lui accorde du crédit pour ça. Je suis content parce que j’aime beaucoup les trucs que Joel fait également. Donc là aussi je pense que c’est une bonne combinaison avec Joel au mastering et Arthur à la production.

Tu as mentionné le fait que tu étais plutôt le côté expérimental et Max le côté metal. Du coup, quand tous les deux vous travaillez ensemble, il n’y a pas des moments où vous vous prenez la tête sur la direction artistique ?

Je pense que c’est une bonne association, le fait de combiner ces deux choses ! Donc non, nous ne nous prenons pas trop la tête. Nous savons exactement comment parfaitement assortir ces deux aspects. Je trouve que c’est cool car nous nous respectons, et puis évidemment, la partie expérimentale est là aussi sur l’album. Entre les chansons, j’avais plein d’idées folles pour des intros et ce genre de choses. Bien sûr, j’adore jouer les trucs rapides et énergiques, mais j’aime aussi les ambiances plus cinématographiques, surtout avec les sons plus sombres et industriels. C’est cool. Ça pose des atmosphères fortes pour les chansons. Donc je pense qu’il y a un bon équilibre entre le metal et l’expérimental.

« Hellfire » sort vraiment du lot en termes de style dans l’album : ça sonne vraiment comme Godflesh, sans même parler de la contribution de Justin Broadrick lui-même…

En fait, en tant que nom de travail, la chanson s’appelait « Godflesh » parce que lorsque nous avons commencé à la composer, nous trouvions que ça sonnait vraiment comme l’un de nos groupes préférés. Je parlais avec Justin de différents projets qu’il fait, et ensuite Max m’a demandé si je pouvais voir s’il serait intéressé de faire des parties vocales. Je lui ai demandé et il était très content de le faire, et tout était une collaboration à distance via internet pour réaliser le chant. C’est dingue parce qu’il m’a dit après coup qu’il n’avait pas chanté dans ce style depuis longtemps, c’est-à-dire plus dans le vieux style de Godflesh. Donc c’était vraiment cool de capturer ceci de sa part, plus dans la veine de ce qu’il faisait à la vieille époque.

« Nombre de nos amis ont été faire d’autres choses à la place, s’impliquer dans des bagarres, commettre des crimes, etc. Heureusement, Max et moi, nous avons persisté à faire de la musique et c’est ainsi que notre colère contre tout ce que nous vivons à notre époque s’exprime, et grâce à ça, nous sommes des personnes très paisibles. »

Tu as mentionné plus tôt la chanson « Psychosis » qui contient des enregistrements que tu as faits lorsque tu étais en Ouganda. Peux-tu nous dire comment ça s’est fait ?

Au départ, j’ai commencé à montrer à Max certains des enregistrements que j’ai faits quand j’étais en Afrique. En fait, j’étais là-bas pour enseigner à des enfants comment utiliser le logiciel Ableton Live. C’est un projet qui vient d’ici en Angleterre, où ils choisissent des gens pour se rendre dans certains endroits où il y a des conflits. Nombre des étudiants sont des réfugiés et on m’a invité avec ma femme. Voilà comment je me suis retrouvé en Ouganda, en Afrique. Et ensuite, étant là-bas, j’ai fait de petites collaborations avec différents musiciens. J’ai aussi enregistré plein de sons de la jungle, de la ville, etc. C’est comme ça que j’ai amené ça dans « Psychosis », c’était en allant là-bas pour une toute autre raison. Je n’y ai pas été pour simplement enregistrer. Et ensuite, à partir de là, j’ai aussi commencé à montrer à Max certains trucs de percussion, avec la batterie et différents instruments. Au final, nous avons eu cette idée d’en faire un morceau instrumental. C’est plus devenu une chanson classique, même si elle est différente du reste de l’album. L’idée était de commencer de façon totalement brute avec les sons des trucs que j’ai enregistré et ensuite aller plus vers des percussions, et enfin faire entrer tout le groupe jouant quelque chose différemment. Voilà donc le concept derrière « Psychosis », le morceau en tant que tel.

Est-ce que tu t’impliques souvent dans des actions humanitaires ? Peux-tu nous en dire plus ?

Ouais. En fait, c’est sympa ! J’essaie de ne pas trop le mettre en avant parce que je pense que ça peut être très… je ne sais pas… pas bien. Il faut faire ces choses pour soi et pas pour montrer aux gens qu’on l’a fait. Donc j’essaye de garder ça privé. Mais évidemment, si les gens me posent des questions, je leur explique ce que j’ai fait. Mais je ne cherche pas à aller vers les médias pour attirer l’attention là-dessus. C’est quelque de bien plus personnel pour moi. Ça s’est fait via un ami, ici à Londres. Il met en place différent projets et il m’a demandé si je serais intéressé, et il était là : « Ecoute, il n’y a pas d’argent à se faire mais c’est une expérience incroyable. » J’étais vraiment séduit par l’idée parce que c’était quelque chose que je n’avais jamais fait avant. J’ai envie d’en faire plus à l’avenir. Car c’est important pour moi, en tant que musicien, après toutes ces années, d’essayer d’offrir quelque chose en retour. En apprenant à ces enfants comment utiliser Ableton, comment enregistrer et faire des trucs comme des boucles, programmer une boite à rythme et ce genre de choses, l’idée était qu’ils puissent commencer à produire de la musique et enregistrer. Maintenant ils ont différents studios là-bas où ils peuvent produire de la musique. Personnellement, je n’ai jamais été à l’université ou quoi que ce soit de ce genre, j’ai appris ça simplement en étant sur la route et apprenant comment faire dans mon coin.

J’ai fait quelques ateliers de batterie avec de plus jeunes enfants aussi où ils pouvaient partager des manières de jouer de la batterie. Donc je pense que ces choses sont importantes pour moi en tant que personne, car en faisant ça, j’apprends beaucoup. C’est un échange, au final. Ce n’est pas que moi ou eux, ce sont nous vivant quelque chose. J’apprends beaucoup au sujet de différentes cultures, différentes personnes, différentes idées, mais à la fois, la musique reste le principal, au bout du compte. Je suis là pour jouer de la musique, enseigner quelque chose, apprendre quelque chose. C’est ce qui est le plus important : la musique. C’est la seule raison pour laquelle je m’y suis rendu au départ, grâce à la musique que je joue. Et c’est cool parce qu’ils apprécient le fait qu’on soit là. Par exemple, les étudiants me disaient tous les jours, genre : « On sait que tu as une famille, tu as quitté ta maison et ta famille pour être là avec nous. » Ils apprécient beaucoup ça. Personnellement, ça me touche au cœur, car ils savent que j’étais là pour échanger quelque chose avec eux et que ce n’était pas que moi pour je ne sais quelle raison. C’était quelque chose de pur, un sentiment très brut. C’était la meilleure chose que je pouvais retirer de cette expérience.

Est-ce que tu leur as fait écouter la musique de Cavalera Conspiracy ou tes vieilles chansons avec Sepultura ?

Non mais je crois que de nos jours, avec internet, ils peuvent faire des recherches et apprendre qui je suis. Mais je ne suis pas venu pour montrer mes trucs parce que je n’étais pas là pour ça, je ne venais pas pour donner un concert. Donc ils ne savaient pas ce que j’ai fait. Bien sûr, naturellement, une fois qu’ils commencent à en savoir plus sur toi, ils s’intéressent à ce que tu fais et alors font des recherches. Mais je n’étais pas là pour donner un concert ou expliquer mon style, j’étais plus là purement pour enseigner.

Que mettez-vous derrière le mot « psychosis » (« psychose », NDT), qui est non seulement le titre de la chanson dont on vient de parler mais aussi celui de l’album ?

Je pense que c’est un mélange de plusieurs choses. Lorsque Max et moi parlions de certains titres et autres, il trouvait que Psychosis était un titre qui pouvait faire réfléchir les gens et laisser pas mal de place à l’interprétation, de façon à que ce ne soit pas trop évident. J’aime bien ça, le fait que ça reste ouvert pour que les gens voient dans Psychosis différentes conceptions.

En fait, l’album démarre sur la chanson « Insane » (« fou », NDT) et d’autres chansons parlent de terroristes. Il semble y avoir un fil rouge centré sur la folie dans cet album. Est-ce que toute la folie dans le monde nourrit la colère que vous mettez dans votre musique ?

Ouais, je pense que tout ceci est influencé par ce que nous vivons aujourd’hui. Le monde est vraiment dingue. Je ne sais pas, peut-être qu’il l’a toujours été. Mais on dirait que ça va de mal en pis. C’est un peu comme si on devenait plus fou de jour en jour. Ça se reflète sur l’album. C’est simplement ainsi que nous voyons le monde aujourd’hui. Tu sais, Max et moi, nous avons appris à canaliser toute l’énergie que nous recevons de tout ceci dans la musique. Nombre de nos amis ont été faire d’autres choses à la place, s’impliquer dans des bagarres, commettre des crimes, etc. Heureusement, Max et moi, nous avons persisté à faire de la musique et c’est ainsi que notre colère contre tout ce que nous vivons à notre époque s’exprime, et grâce à ça, nous sommes des personnes très paisibles. Car lorsque je joue de mon instrument, j’y mets toute mon énergie. Je crois que plein de gens savent faire ça, même pas que dans l’art mais aussi avec les sports, l’écriture, parfois la lecture et autre. Je trouve qu’il est important d’avoir ce canal. Je pense que c’est la seule chose qui n’a pas changé. L’approche que j’ai lorsque je joue de la batterie est très similaire à lorsque j’avais quatorze ou quinze ans, je me jette dedans de la même façon à cent pour cent.

« Les choses que tu fais avec ton frère sont très différentes. Nous faisons des choses que normalement je ne ferais pas à un ami, comme appuyer sur certains boutons et obtenir ce que je sais pouvoir faire ressortir de mon frère mieux que quiconque. »

Donc jouer, c’est une thérapie pour toi ?

Ouais. C’est à cent pour cent une thérapie. Mais je dois aussi dire que, parfois, écouter de la musique c’est aussi une thérapie. Pas seulement le fait de créer et jouer de la musique mais aussi écouter un bon album ou prendre du temps pour soi avec son casque audio, à écouter des trucs, ça aussi ça peut être une bonne thérapie. Comme par exemple, pour ma part, plein d’albums que j’ai récupérés quand j’ai été en Afrique. Ou le dernier album de Bölzer, le groupe de black metal, que j’aime beaucoup. Il y a un groupe de San Francisco qui s’appelle Diocese (nom du groupe incertain, NDLR), ils ont une énergie rock extraordinaire, avec deux batteries et ce genre de choses. Toutes ces choses sont très inspirantes et thérapeutiques pour moi quand je les écoute.

Peux-tu nous parler de l’illustration de l’album qui mélange ce sentiment de rage avec le côté tribal ?

Max et moi, au départ, voulions utiliser certaines images, mais pour pouvoir les utiliser, il faut les droits et tout, or nous n’arrivions pas à les obtenir. Nous avons décidé d’envoyer ces images à quelqu’un pour peindre quelque chose dans le même esprit. Donc c’est plus devenu une peinture. Il y a aussi dans l’album plein de croquis de Leonard De Vinci et ce genre de choses que Max et moi associons à cet artwork. Toutes ces choses, au final, sont une combinaison d’idées. Je dois dire que Max et moi sommes à cent pour cent impliqués dans chaque petit détail de l’artwork, du logo Cavalera Conspiracy qui est sur l’album que Max a conçu, au gars qui a fait la mise en page que j’ai personnellement choisi. Nous sommes à cent pour cent impliqués.

Il y a quelques années, on avait discuté avec Max du fait qu’il admettait avoir été un vrai dictateur en studio avec toi lors de la conception de Pandemonium. Comment votre relation a évolué cette fois ?

Je trouve que c’est cool. J’ai besoin de ce type de relation avec lui. C’est juste une question de se pousser l’un et l’autre. Toute le truc d’être un dictateur est très important parce qu’autrement, tu es trop dans ta zone de confort et tu finis par ne pas te stimuler en tant que musicien. Donc je pense que cette relation que j’ai avec Max est très importante, où nous nous poussons dans nos retranchements, de façon au final à obtenir quelque chose dont nous sommes vraiment fiers. Je fais pareil avec lui. Etant frères… Tu sais comment c’est. C’est une approche complètement différente que si tu es avec un ami. Les choses que tu dis, les choses que tu fais avec ton frère sont très différentes. Nous faisons des choses que normalement je ne ferais pas à un ami, comme appuyer sur certains boutons et obtenir ce que je sais pouvoir faire ressortir de mon frère mieux que quiconque. Donc c’est très cool que ça fonctionne comme ça.

Tu as naturellement beaucoup de groove dans ton jeu de batterie et Max m’avait dit que parfois il devait te demander de ne pas faire groover une partie et continuer à jouer vite et très agressif. A quel point est-ce difficile pour toi de ne pas groover et, pour ainsi dire, aller contre ta nature ?

Encore une fois, ce n’est qu’une question de savoir à un moment donné ce qui est le mieux pour la chanson. Et c’est bien d’avoir ce type d’avis. Le groove n’a pas tout le temps de l’intérêt. Et parfois, tu as besoin que quelqu’un te montre la voie pour faire certaines choses. Je trouve que c’est la beauté de la relation que j’ai avec Max, nous pouvons faire ces choses, nous pouvons dire « nan, je ne crois pas que mettre un solo ici fonctionnera ; je ne crois pas que ce riff convienne ici » et il peut dire « nan, je ne crois pas que ce devrait être groovy ici, il faudrait que ce soit plutôt un rythme droit. » Nous avons donc cette liberté l’un avec l’autre de dire ce que nous devrions faire lorsque nous composons.

Lorsque vous aviez formé Cavalera Conspiracy, tu nous avais dit que même si tu adorais les trucs tribaux, « ça a été fait des millions de fois. Ça n’a pas besoin d’être refait encore et encore. » Mais on dirait que dernièrement, tu es revenu vers ce côté tribal, que ce soit avec une chanson comme « Psychosis » ou même l’artwork…

Ouais, mais je pense que c’est différent. Car avant, c’était très brésilien, et j’ai retrouvé de l’intérêt surtout en allant en Afrique et en expérimentant avec de nouvelles façons de faire des trucs tribaux. C’est comme ça que j’ai voulu faire revenir certains de ces éléments mais avec une approche totalement différente. Les approches brésiliennes et africaines sont à la fois similaires et différentes, dans le sens où la musique brésilienne a un peu été influencée par l’Afrique, donc en allant en Afrique, j’ai pu vivre la chose de façon plus brute, alors qu’au Brésil c’est un peu mélangé à diverses influences. En Afrique, c’est un peu plus le truc authentique, les vraies racines. Donc c’est sympa de voir les motifs, les différentes façons de jouer, surtout avec les percussions, comment elles sont jouées. Le style brésilien est complètement différent parfois parce qu’il a été adapté au fil des années avec l’influence des indiens brésiliens, des européens, etc. Donc c’est cool de voir les différents feelings qui existent.

Interview réalisée par téléphone le 19 octobre 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Cavalera Conspiracy : www.cavaleraconspiracy.net.

Acheter l’album Psychosis.



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