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Chronique   

Celeste – Assassine(s)


Depuis plus de quinze ans maintenant les Français de Celeste déversent leur noirceur sur Lyon et au-delà : après des débuts, Pessimiste(s) et Nihiliste(s), qui annonçaient la couleur et où la filiation avec l’ancêtre Mihai Edrisch était encore manifeste, c’est avec l’album Misanthrope(s) que le combo définit son style. Bloc d’abîme compact où aucun rayon de lumière ne filtre, sa musique se teinte de black metal par la suite, mais reste hypnotique et étouffante, un sludge teinté de metalcore ou l’inverse, Converge ou The Dillinger Escape Plan sous une chape de plomb. Les albums de cette teneur s’enchaînent à un rythme impressionnant (cinq en dix ans), mais c’est surtout sur scène que Celeste marque les esprits, avec ses shows très littéralement sombres où le public doit se contenter des lampes frontales rouges des musiciens pour voir quelque chose sous leur déluge d’amertume. Plus ou moins de la même génération qu’Amenra et la Church Of Ra, Celeste partage avec eux des racines hardcore/screamo, une tendance à piocher dans différents styles de metal extrême, de quoi se créer une palette unique de noirs, et une esthétique léchée reconnaissable au premier coup d’œil. Après Infidèle(s) en 2017 et une signature avec Nuclear Blast, pour son sixième album, le combo a décidé de retoucher sa formule…

« Des Torrents De Coups », premier extrait et premier titre de l’album, porte bien son titre : dès les premiers instants, la batterie occupe l’espace, accompagnée d’un riff distordu. Paradoxalement pour un groupe qui s’épanouit dans l’obscurité, l’album s’ouvre sur une flamme (« À la lueur d’une bougie fumelante »). Pas de quoi parler de lumière pour autant, mais peut-être de bouffée d’air (on n’ose pas dire frais, l’atmosphère reste délétère et viciée) : comme élargie, la noirceur se nuance. Le groupe ralentit son mid-tempo habituel sur « Nonchalantes De Beauté » où il remplace l’amertume par la tristesse, emploie des riffs death tranchants façon Gojira version dark sur « De Tes Yeux Bleus Perlés », et emprunte toujours au black metal sa froideur, ses guitares hypnotiques et sa mélancolie déchirante, notamment au milieu du long morceau de fin, « Le Cœur Noir Charbon ». Entre tremolo picking et tempêtes de blast beat, une voix féminine s’y fait entendre (en anglais, contrairement au reste des paroles en français), rapidement engloutie avec une poignée d’arpèges dans les imprécations bilieuses de Johan au chant. Au milieu de l’album, un morceau instrumental au titre sibyllin, « (A) », poursuit une tradition amorcée sur les disques précédents et fait figure d’œil du cyclone, ambiant au début, post-metal ensuite, et toujours résolument triste. Cet univers étendu, c’est la production qui le permet, ou du moins s’en montre à la mesure : pour la première fois de la carrière du groupe spacieuse et « propre », elle est une montée en gamme, mais aussi peut-être plus prosaïquement une manière de ne pas se complaire dans le ressassement.

Car non, Celeste ne se répète pas froidement. Si tous ses signes distinctifs (voire ses gimmicks) sont là – la figure féminine en noir et blanc, les longs titres opaques, l’instrumental entre parenthèses, le (s) du titre –, le groupe fait preuve d’une volonté d’ouverture évidente (« Notre leitmotiv ici était d’ouvrir nos esprits », explique d’ailleurs Sébastien, l’un des guitaristes du groupe). Après des albums passés à explorer les mérites de la répétition jusqu’à l’hypnose, Infidèle(s) suggérait déjà une échappée possible. Assassine(s) en prend résolument le parti, avec le risque de s’aliéner ceux qui espéraient encore plus du même, c’est-à-dire de négativité pure, quitte à se mordre la queue : plus accessible, plus triste que coléreux et plus mélancolique que ricanant, c’est une tentative de sortir de l’obscurité, dans tous les sens du terme. L’occasion pour le groupe de rencontrer un public plus large, et l’occasion aussi d’éviter de se retrouver acculé dans une impasse créative. Les affres de l’âme humaine sont sans fond, certes, mais elles sont aussi plurielles, changeantes, et Celeste se donne les moyens de continuer à les explorer.

Clip vidéo de la chanson « De Tes Yeux Bleus Perlés » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Des Torrents De Coups » :

Album Assassine(s), sortie le 28 janvier 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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