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Interview   

Celeste : jusqu’au-boutiste(s)


« Je pense que notre prochain album s’appellera Jusqu’au-boutiste(s) ! » Si au détour d’une blague, Guillaume, guitariste de Celeste, nous a livré sur un plateau d’argent le titre de l’entretien qui suit, il a surtout inconsciemment ou non mis le doigt sur une expression loin d’être anodine et déjà employée par le chanteur/bassiste Johan quelques minutes auparavant… « Jusqu’au-boutiste » caractérise en effet bien la démarche des Lyonnais qui ont décidé de franchir une étape supplémentaire avec Assassine(s), d’abord en offrant au groupe une ouverture musicale bienvenue avec une palette de couleurs plus large, puis dans un second temps en remettant en question ses propres acquis qui avaient permis à l’édifice Celeste de se solidifier. Pourtant, hors de question pour la formation de trahir l’esthétique qui a été façonnée avec les années. Là réside la force du combo, bouleverser sans renverser.

Assassine(s) reprend en effet le chemin emprunté par ses prédécesseurs : une homogénéité certaine, une féminité omniprésente et une négativité fatalement liée à un certain sens de la beauté. Pourtant le nouvel opus se montre plus accessible sans l’être véritablement, puisque vivre l’expérience proposée par Celeste demande un réel effort d’écoute et de compréhension. Le vocaliste nous le confie d’ailleurs, tout ceci est un vaste jeu, avec l’auditeur d’une part, mais aussi pour le groupe lui-même qui aime se challenger, se mettre en difficulté et même se confronter. Cela implique évidemment de développer davantage leur aspect scénique très particulier, de trouver de nouvelles manières de composer et d’accepter de nouveaux terrains de jeu, comme les clips vidéo nouveaux pour le combo. Johan et Guillaume reviennent avec nous sur tous ces sujets.

« Quand nous avons créé Celeste, nous voulions effectivement avoir une signature visuelle, une véritable identité sur scène et faire en sorte que ce qui se passe sur scène soit au service de la musique, donc nous effacer en tant que musiciens pour proposer une expérience un peu apocalyptique, à l’image de la musique, au point que les gens perdent leurs repères. »

Radio Metal : Depuis Infidèle(s) vous vous êtes éloignés d’un son traditionnel black, en particulier sur la guitare, pour un son plus rond, plus porté sur l’impact des riffs et la cassure. C’était une volonté de transition de votre part ou c’est juste le style qui s’est tout naturellement tourné vers ça ?

Guillaume (guitares) : Il y a surtout une volonté à partir d’Infidèle(s) d’avoir une production un peu plus assumée et professionnelle. C’est vrai que jusqu’à Infidèle(s) nous avions travaillé avec le même ingé son qui s’appelle Stéphane Jeaningros, qui nous avait accompagnés depuis nos débuts jusqu’à Animale(s). Nous avons toujours eu un peu cette frustration d’avoir un son, qui a aussi fait notre patte, nous ne la renions pas, mais nous avions besoin d’évoluer et d’aller vers une production plus moderne et un peu plus pro.

C’est à partir de ce moment-là que vous aviez passé un niveau avec Infidèle(s) ? Même si j’ai l’impression que vous aviez eu aussi pas mal de retombées avec Animale(s).

Ce n’est pas simple d’avoir du recul là-dessus. Personnellement, j’ai plus eu la sensation que nous avions une belle couverture médiatique sur Animale(s), et Infidèle(s) je pense que nous nous attendions à plus et que nous avons été un petit peu déçus du nombre de chroniques. Nous pensions que ça allait un peu plus exploser, parce que nous avions un beau suivi sur Animale(s), et Infidèle(s) [c’était] une petite déception.

Johan (chant & basse) : Ça a explosé sur le live, par contre. Nous avons fait de très belles affiches grâce à Infidèle(s). Mais oui, en effet, on ne va pas se mentir, au moment où nous avons sorti cet album, nous espérions que ça soit une étape supérieure à ce que ça été. Du coup, nous espérons que ça sera le cas avec Assassine(s), et notamment le fait de signer chez Nuclear Blast devrait nous apporter pas mal de visibilité, je pense.

Parce que vous n’aviez jamais autant tourné qu’avec Infidèle(s) ?

Nous tournions déjà beaucoup. C’est vrai que l’année d’Infidèle(s) était une des années record, je crois que nous avons dû faire cinquante ou soixante dates…

Guillaume : Quatre-vingts !

Johan : Sachant que nous tournons plutôt autour de quarante dates à peu près à l’année, ce qui est déjà pas mal. C’est vrai que cette année-là, ça été très fort.

Justement le live est une des clés pour comprendre l’univers du groupe, car vous proposez des prestations particulières : vous plongez l’auditeur dans le noir complet sans autre repère que vos lampes frontales rouges, et parfois des lumières écrasantes qui ne permettent pas de vous distinguer. Dans quel état d’esprit vous souhaitez mettre votre public avec cette démarche ?

Guillaume : Quand nous avons créé Celeste, nous voulions effectivement avoir une signature visuelle, une véritable identité sur scène et faire en sorte que ce qui se passe sur scène soit au service de la musique, donc nous effacer en tant que musiciens pour proposer une expérience un peu apocalyptique, à l’image de la musique, au point que les gens perdent leurs repères. C’est vraiment l’idée. Qu’ils se souviennent qu’un concert de Celeste ce n’est pas un concert de metal lambda : tu ressors de là, t’as aimé ou t’as pas aimé, mais en tout cas ça ne te laisse pas indifférent.

Johan : Nous voulions que ce soit une vraie expérience, que ce ne soit pas juste du live comme beaucoup de groupes peuvent le faire. Nous voulons que les gens ressentent quelque chose de différent, qu’il y ait une vraie immersion, quitte à ce que nous soyons parfois jusqu’au-boutistes et que ça puisse rebuter certaines personnes. Nous ne voulons pas laisser les gens indifférents, nous voulons qu’ils se rappellent cette expérience.

A partir de quand avez-vous eu l’idée de la lumière rouge et l’avez-vous appliquée ?

Guillaume : Quasiment depuis les débuts ! Je crois que nous avons fait trois concerts sans les lampes frontales, et c’est venu très rapidement. Je pense qu’il y a peu de gens qui ont déjà vu Celeste sans nos lampes frontales. Ça a très rapidement été un marqueur de nos lives.

Le fait de s’effacer au nom de la musique est devenu très populaire – je pense à des groupes comme Mgla ou Uada. Mais finalement vous l’aviez fait avant…

Oui, il faut croire que nous étions peut-être un peu précurseurs ! Après il y a toujours des gens qui ont fait des choses avant toi… Je ne sais pas si c’est lié à Celeste ou pas, je n’aurais pas cette prétention, nous avons pu nous aussi constater que beaucoup de groupes dans des courants musicaux proches du nôtre ont fait ce choix de mettre les musiciens en arrière-plan.

Cette ambiance et cet aspect visuel que vous avez développés, c’est quelque chose que vous avez décidé de garder et que vous allez perpétuer pour les futurs shows ?

Johan : Oui, c’est même quelque chose que nous allons développer. Pour la première fois nous avons fait des résidences. Nous n’en avions jamais fait jusqu’à présent. Nous en avons fait trois pour ce live. L’idée est un peu comme pour l’album, c’est de prendre un step supplémentaire et de plus développer cet aspect expérience. Par exemple, nous travaillons avec un vidéo-artiste qui est un pote à nous, pour essayer de faire des projections live et amener une immersion supplémentaire. Chose qui va peut-être vous paraître banale, mais maintenant nous avons un ingé son, ce qui n’était pas le cas avant, donc nous travaillons aussi à l’aspect sonore. Il y a également un ingé light qui va nous suivre en permanence pour que le live soit un spectacle complet et, encore une fois, aller encore plus loin dans ce que nous voulions amener aux spectateurs.

« Il y a un paquet de riffs qui sont sur cet album qui seraient complètement passés à la trappe si nous l’avions composé à l’ancienne en nous pointant en répète, en amenant nos riffs, et en laissant tout le monde les défoncer au bout de quelques minutes en disant : « C’est de la merde » [rires]. Là, au moins, le « c’est de la merde » n’était pas là et nous pouvions aller jusqu’au bout de nos idées. Je pense que c’était assez salvateur. »

Guillaume : C’est vrai que la particularité, au-delà du fait que nous ayons nos lampes frontales, c’est que nous gérions nous-mêmes nos lumières au pied et même la machine à fumée. Nous jouions nos instruments mais nous jouions aussi les lumières qui étaient un complément de l’instrument, mais ça atteint un petit peu ses limites, parce qu’à un moment il faut que nous nous concentrions sur ce que nous jouons. Nous avons eu des ambitions un peu plus marquées sur la composition et il faut assurer derrière. Nous sommes plus exigeants vis-à-vis de nous-mêmes, nous avons envie de proposer un concert qui soit irréprochable, et donc le fait d’avoir un concert de plus en plus poussé en termes d’expérience va dans cette logique.

Vous allez continuer à proposer des spectacles en plein air ou dans le cadre de festival ? Parce que forcément la prestation en pâtit. Est-ce que vous avez des stratégies pour quand même continuer et faire en sorte que ça reste impressionnant ?

Johan : Nous allons essayer. Après, je t’avoue que nous avons refusé quand même pas mal de fests, parce qu’ils ne pouvaient pas nous placer à des horaires tardifs, même si nous n’avons pas la prétention de le mériter. Il y a quand même des fests qui ont fait des efforts pour nous et nous les en remercions. C’est vrai que nous avons cette difficulté, c’est compliqué pour nous de proposer une vraie expérience live quand on nous propose de jouer à quinze heures. Nous avons fait quelques compromis parfois, notamment pour les fests où nous avons travaillé une scénographie un peu différente pour quand même garder notre âme tout en nous permettant de jouer là-bas. Après, je pense qu’avec ce que nous sommes en train de développer, avec le fait d’avoir un ingé light et autre, nous pouvons espérer peut-être pouvoir adapter notre spectacle à des configs festivals. Mais notre amour étant celui du noir, nous allons quand même essayer un maximum d’avoir des créneaux horaires sympas pour pouvoir proposer la vraie expérience qui est très difficile à avoir dans son entièreté quand nous ne sommes pas dans le noir complet.

Je reviens au choix du rouge parce que ce n’est pas anecdotique. Forcément on lie ça à une situation de stress ou de forte angoisse, d’urgence, un climat alarmiste. Si on lie ce stress à la musique, c’est quelque chose qui se veut relativement dense et oppressant.

Guillaume : Oui, c’est vrai que beaucoup de gens décrivent notre musique comme ça, comme quelque chose d’oppressant. Et nos concerts également. Je ne sais pas si c’est vraiment ce que nous avons recherché à la base, en nous disant qu’il fallait à tout prix que ça soit oppressant, mais nous voulions que ce soit sombre, vraiment très noir, et de plus en plus malsain quand nous avons avancé dans la discographie, même si depuis deux albums, nous cherchons et nous évoluons dans de nouvelles directions. Donc oui, ça colle bien de dire que c’est oppressant, c’est un bon adjectif.

Pourquoi vous avez choisi « Comme Des Amants En Reflets » pour proposer un nouveau clip à l’occasion de la signature chez Nuclear Blast ? Je vous vois hésiter…

Johan : Parce que nous ne savons pas ! [Rires] C’est un titre qui nous tenait à cœur, qui est un de nos préférés et que nous jouons, et que nous avons joué pendant des années en intro de live. Il fallait en choisir un, nous avons pris celui-ci, mais en réalité c’est un projet qui a un peu traîné et qui aurait dû sortir beaucoup plus tôt, justement sur la période Infidèle(s). Puis là, c’est vrai qu’avec la signature avec Nuclear Blast nous nous sommes dit que c’était l’occasion de le sortir pour se faire connaître à ce nouveau public. On ne va pas se mentir, nous imaginons bien que tous les fidèles du label ne nous connaissent pas, donc c’était un petit peu une manière de mettre le pied dedans. Après, le choix c’est juste parce que c’est un morceau que nous adorons et qui est très efficace en live. Nous nous sommes dit que c’était intéressant de le faire découvrir, vu que c’est typiquement un morceau que nous allons garder pour les futurs lives.

Celeste est un groupe assez stable au niveau du line-up. Il y a eu quelques changements en 2013, mais sinon la formation est restée identique. Comment se passe l’interaction au sein du groupe, est-ce que tout le monde participe à la composition ?

Guillaume : Déjà nous ne sommes pas un groupe qui improvise en répète, donc il n’y a pas de jams, de bœufs ou de choses comme ça. Historiquement, j’apportais des bases de morceaux, de trucs qui me semblaient à peu près construits et à peu près finis, que j’apportais en répétition et après ça faisait une matière, une base sur laquelle nous échangions et peaufinions. Généralement, les morceaux ne ressemblaient plus à rien par rapport à ce que j’avais pensé initialement. A partir d’Animale(s), j’ai commencé un peu à tourner en rond, donc l’ancien bassiste a commencé à apporter de nouveaux riffs. Sur Infidèle(s), Johan a beaucoup participé à la composition également, il a apporté des choses nouvelles. Je crois que j’ai dû apporter soixante pour cent des riffs et lui quarante pour cent. Sur le dernier album c’est cinquante pour cent. Je pense que nous sommes deux compositeurs maintenant, alors qu’à la base j’étais seul.

« Nous nous sommes dit qu’il fallait vraiment que nous arrivions à beaucoup plus aérer, nous renouveler et prendre des risques. Nous avions aussi une volonté de produire une musique un peu moins diabolique et un petit peu plus mélancolique, un peu moins dissonante. »

Johan : Je pense que le Covid-19 a eu quand même son importance dans tout ça, parce qu’au final nous avons composé une bonne partie de l’album durant le confinement, donc chacun de notre côté. Ça a un peu changé le processus de composition, dans le sens où nous composions chacun chez nous, nous avons appris à faire du home studio, ce qu’on ne faisait pas du tout à l’époque. Nous avons aussi appris à composer des morceaux quasi entièrement de manière individuelle, par exemple que ce soit Guigui ou moi, nous avons des morceaux que nous avons composés chez nous de A à Z, guitare-basse-batterie, ce que nous ne faisions jamais auparavant. Notamment nous laissions l’aspect batterie au batteur, mais en ayant mis un peu le nez dedans, il y a cet intérêt de pouvoir amener de nouvelles idées au niveau de la rythmique. Je pense que l’intérêt de tout ça est que ça nous a permis de pousser beaucoup plus loin nos propres idées, car nous ne les confrontions pas aux autres. Mine de rien – je pense que Guillaume peut en témoigner – il y a pas mal de riffs auxquels il tenait beaucoup qui sont passés à la trappe à une époque. En changeant ce mode de composition, en mettant chacun de notre côté et en faisant un peu ce que nous voulons, nous jetons moins de choses et nous les poussons jusqu’au bout. Il y a un paquet de riffs qui sont sur cet album qui seraient complètement passés à la trappe si nous l’avions composé à l’ancienne en nous pointant en répète, en amenant nos riffs, et en laissant tout le monde les défoncer au bout de quelques minutes en disant : « C’est de la merde » [rires]. Là, au moins, le « c’est de la merde » n’était pas là et nous pouvions aller jusqu’au bout de nos idées. Je pense que c’était assez salvateur. Je pense que c’est aussi pour ça que l’album est plus contrasté et plus diversifié que ce que nous avions pu proposer auparavant.

Guillaume : En répétition quand nous sommes dans notre local, je pense comme beaucoup de groupes, il y a un jugement qui est plus rapide, plus immédiat. C’est dur aussi pour les autres de se projeter dans les sonorités qu’on a en tête juste sur la base d’un riff de guitare. C’est vrai que d’avoir pré-produit nos morceaux avant de les présenter aux autres, ça nous a permis de les faire aboutir. Ils ont pu avoir une écoute peut-être un peu plus attentive, digérer, revenir dessus… Ça n’a pas empêché qu’il y ait pas mal de trucs qui soient partis à la poubelle, mais il y a peut-être moins de déchets que sur les anciennes phases de compos.

Nous allions vous dire que c’est aussi un peu votre stabilité en termes de line-up qui vous a fait avancer car c’est toujours une force. Or là, vous nous dites que c’est le fait d’avoir été isolés qui vous a fait avancer sur cet album !

Johan : Complètement. Après, ça ne remet pas en cause nos bonnes relations et le fait que nous adorons être ensemble, surtout sur la route. Après, il faut voir ça comme une chance, comme on dit en art, il y a les contraintes créatrices, et là nous étions complètement là-dedans. Ce qui était une contrainte à la base s’est révélée être une force. Au final nous allons certainement garder cette méthodologie de composition pour le futur. Je pense que ça été très efficace et même pour nous, composer de cette manière est quand même plus agréable que de se pointer et de se mettre à nu et proposer des riffs qui vont être taillés comme du petit bois ! [Rires]

Guillaume : Ou même s’ils ne sont pas taillés, tu les entends joués pour la première fois de manière approximative par tout le monde, parce qu’il faut quand même se les approprier, et là tu te dis : « Ah, mais c’est de la merde en fait ce que j’ai composé ! » Mais peut-être pas !

Vous êtes sévères entre vous ?

Johan : Extrêmement ! Il n’y a pas de limites ! [Rires] Nous nous envoyons des ogives en permanence. Nous sommes habitués, donc nous le vivons très bien, mais c’est sûr que quelqu’un qui verrait ça d’un point de vue extérieur, il dirait : « Ils sont complètement tarés, ce n’est pas possible. Comment font-ils pour ne pas se taper dessus ! » parce que nous nous en envoyons des très lourdes.

Dans le dossier de presse, Sébastien a indiqué que le leitmotiv était d’ouvrir vos esprits. Comment avez-vous fait pour faire évoluer le son et la direction artistique de Celeste sur ce nouvel opus, en dehors de cette méthode ?

Guillaume : Je pense qu’on reconnaît notre identité. Après, avant chaque composition d’album, nous faisons en sorte de nous réunir et de donner une grande direction à ce que nous voulons faire. C’est ce que nous avons entrepris peut-être surtout à partir d’Animale(s). Là, nous savions que nous voulions un album qui ne s’interdit rien, qui est le plus diversifié possible. C’est ce que nous avions déjà la sensation de faire avec Infidèle(s), mais à la lecture des chroniques nous avions compris que nous étions malgré tout retombés dans certains de nos travers. Nous nous sommes dit qu’il fallait vraiment que nous arrivions à beaucoup plus aérer, nous renouveler et prendre des risques. Nous avions aussi une volonté de produire une musique un peu moins diabolique et un petit peu plus mélancolique, un peu moins dissonante.

« J’aime bien les surprises déjà dans la vie, donc ça se ressent un peu là-dedans, mais grosso modo ils reçoivent un mail où il y a le nom de l’album – ils ne le savaient pas avant –, les textes, et puis – soit ça vient en même temps, soit après – ils découvrent l’artwork terminé aussi. »

Vous parlez de la genèse des morceaux, mais au niveau de l’enregistrement, comment ça se passe : vous faites une grosse session studio tous ensemble ou vous avez essayé de travailler chaque morceau individuellement ?

Johan : Nous restons quand même sur une base assez classique. Ça s’est fait en deux fois parce que nous avons mis beaucoup plus de temps que ce que nous imaginions à la base. Nous avons fait deux semaines une première fois, je crois, puis nous sommes retournés une deuxième fois une semaine. C’est vraiment du studio tout ce qu’il y a de plus classique, à part que nous étions avec un nouvel ingénieur son qui est quand même très pointilleux. C’est aussi pour ça que ça a mis du temps, car nous avons dû réenregistrer un paquet de choses pour que ça soit le plus en place possible et le plus pro, là où parfois à une époque dans ce maelstrom de guitares, quand un truc n’était pas très bien joué, au final ça passait, mais là non. Dès qu’il y avait le moindre petit truc qui n’allait pas, nous avions quelqu’un qui disait : « On refait, on refait, on refait… » Nous y avons passé beaucoup de temps, mais ça reste un enregistrement classique. La seule différence est que nous avions une préprod. Nous l’avons composé directement sur ordinateur, donc mes préprods étaient déjà faites. Ça permet d’avoir plus de recul vis-à-vis de ce que nous faisons et de pousser beaucoup plus loin la production, car ça nous a permis de faire des essais en amont. Des essais que nous aurions faits normalement en studio, sur lesquels nous n’aurions eu aucun recul et qui nous auraient amenés à faire certaines erreurs. Là, nous avons pu tester un paquet de trucs en amont.

Guillaume : Nous ne sommes jamais arrivés aussi prêts à un studio, même si nous avions l’impression de ne pas l’être suffisamment par rapport au projet que nous avions pour cet album. Nous sommes arrivés avec des maquettes où nous avions presque déjà fait des tests, des intentions de mix, en nous disant : « Tiens, cette guitare, j’aimerais qu’elle arrive dans l’oreille droite, ça que ça se passe à gauche, ça que ça soit central… » A part le chant, nous avions quasiment à peu près tout prétesté. Après, c’était avec nos oreilles de non-producteurs de musique, mais ça nous a quand même bien mis le pied à l’étrier pour cet album.

Johan : D’autant plus que nous sommes « réputés » pour savoir ce que nous voulons. Les anciens ingés son avec lesquels nous avons bossé peuvent en témoigner. Nous ne sommes pas un cadeau pour les gens avec qui nous travaillons, malheureusement. Mais bon, Chris [Edrich] ne s’est pas encore suicidé, donc c’est que ça devait aller [rires].

Justement vous avez bossé avec Chris Edrich qui a l’habitude de travailler avec des groupes de prog ou post-hardcore extrême – on pense aux derniers The Ocean ou au premier album de Déluge. Comment êtes-vous rentrés en contact et pourquoi vous êtes-vous tournés vers lui ?

Guillaume : A la base, nous avions un projet qui était d’enregistrer notre album aux Etats-Unis. A cause du Covid-19, il a fallu que nous revoyions un petit peu nos plans. Nous nous sommes donc posé la question de savoir qui pourrait être la meilleure personne pour franchir cette étape que nous voulions en termes de production. Je crois que c’est par notre réseau, c’est Seb notre deuxième guitariste qui a dit : « Peut-être qu’on pourrait demander à Chris Edrich. » Il était plutôt partant pour bosser avec nous. C’est lui qui nous a donné une piste pour un studio très abordable et nous sommes partis avec lui.

Vous composez d’abord et le chant vient après ? Vous pensez d’abord l’ambiance des morceaux avant de poser le texte ? Car on a vraiment l’impression que ton phrasé s’adapte à la mélodie…

Johan : Oui, complètement. Historiquement, ça a toujours été comme ça, c’est le chant en dernier. Je ne chante même pas en répète, pour être franc, parce que je me casse facilement la voix. Souvent le groupe découvre le chant en studio. Je sais que ça peut paraître un peu bizarre… [rires]. Après, bien entendu, je reste ouvert. J’ai mes doutes aussi, donc parfois je leur pose des questions : « Vous pensez quoi de tel choix ? » et ainsi de suite, et nous faisons les derniers ajustements. C’est vrai que c’est un peu la surprise pour eux, mais parfois j’aimerais bien être à leur place, car ça doit être super intéressant de découvrir un truc presque déjà terminé. C’est un truc que je kifferais vivre de mon côté.

Et ils ont les textes avant ?

Non. Déjà, j’aime bien les surprises déjà dans la vie, donc ça se ressent un peu là-dedans, mais grosso modo ils reçoivent un mail où il y a le nom de l’album – ils ne le savaient pas avant –, les textes, et puis – soit ça vient en même temps, soit après – ils découvrent l’artwork terminé aussi. J’ai de la chance, globalement, il n’y a pas eu trop d’arrêts cardiaques quand ils découvrent les trucs. Par exemple, sur Infidèle(s), quand notre batteur Royer a découvert l’artwork, il n’était pas ultra-fan… Mais globalement ils s’y font et je pense qu’ils respectent la régularité et la ligne, au niveau image, que j’essaye de développer et qui, j’espère, a un peu de sens.

Il y a un morceau instrumental par album. C’est toi qui choisis quel sera le morceau instrumental ?

Non, quand même pas, parce que ce sont des choses que nous ressentons assez vite à la composition. A l’époque où Guillaume composait toutes les guitares, je pense qu’il savait à peu près quel morceau allait être instrumental, et les deux dernières, c’est moi qui les ai composées, donc je savais que je n’allais pas chanter dessus. Nous avons eu quelques petites discussions, parce qu’eux imaginaient plutôt que ça ne soit pas une instru, mais elle l’est restée sur cet album. Le groupe reste une démocratie quand même, nous discutons un peu ensemble [rires].

« J’aime le fait de laisser beaucoup d’interprétations possibles au public, et j’aime bien quand les gens vont mettre un peu le nez dans ce que nous faisons et se faire leur propre interprétation de ce que nous faisons. J’aime tout autant quand les gens passent complètement à côté de la plaque ou réinterprètent des choses que je n’ai pas voulu mettre en avant. »

Malgré les côtés plus éthérés d’Assassine(s), ça reste un album qui est direct et qui laisse assez peu de respirations. On a l’impression qu’il s’écoute d’un bloc et c’est une constante avec vos albums. [Les deux se regardent avec un sourire en coin.] Pour nous c’est plutôt un compliment…

Nous sommes dégoûtés en fait ! [Rires]

Guillaume : Moi, j’me casse ! [Rires]

Johan : J’en peux plus ! Non, il y a du vrai. Comme j’interprète ce que tu dis, il y a du vrai et du faux, en tout cas pour nous. Ce côté écoute d’un bloc, il y a une logique parce que nous essayons de raconter une histoire dans la manière dont nous construisons notre tracklist. Je suis assez d’accord avec toi là-dessus. Par contre le côté monolithique, pour moi, beaucoup moins sur cet album, parce que mine de rien, même s’il y a un fil conducteur, une logique, et c’est pour ça que nous aimons faire des albums, pour qu’il y ait un sens à l’écouter du début à la fin, je trouve que sur cet album on peut distinguer chaque morceau facilement d’un autre, contrairement à des albums que nous avons où, en effet, quand tu passes d’un morceau à l’autre, c’est la même prod, les mêmes rythmiques et ainsi de suite. Nous en avons joué et nous sommes fiers de ça aussi, mais sur Assassine(s) en termes de contrastes, je trouve que nous avons passé une étape supérieure.

Guillaume : Nous estimons qu’on ne peut pas prendre un morceau pour un autre, alors qu’avant, notamment avec cette production un petit peu plus bâclée ou moins professionnelle, ça participait un peu plus à ce manque d’identité des morceaux parce que tout sonnait un peu plus agressif et oppressant. Là, nous avons une bonne production, on reconnaît les mélodies, il y a des lignes mélodiques claires et assumées, par exemple il y a des morceaux où il n’y a quasiment pas de doubles pédales, il y a des patterns de batterie que nous n’avons jamais mis auparavant, donc il y a plus d’identité par morceau. Après, le tout reste homogène.

Johan : C’est un petit peu plus posé aussi. Après, ce sont des détails que peut-être vous n’entendez pas, mais à une époque nos morceaux s’enchaînaient tous. Il n’y avait quasiment pas de blanc entre chaque morceau. Depuis Infidèle(s) nous avons un peu changé ça, mais là c’est encore plus marqué. Et puis il y a des intros, c’est beaucoup moins rentre-dedans que ce que nous pouvions faire par le passé où à quasiment chaque morceau nous attaquions tous ensemble et ça avoinait jusqu’à la fin du morceau.

Guillaume : Il y a plus de reliefs.

Johan : Nous introduisons beaucoup plus chacun de nos morceaux. Bien entendu, il y en a encore qui rentre dedans direct, mais c’est beaucoup plus rare. Ça va avec le fait que nous sortons plein de singles. Je pense que les morceaux seuls, dans leur propre contexte, même sortis de l’album, ont aussi du sens.

Pour passer à l’aspect plus thématique, quand on regarde le concept et l’univers du groupe, on remarque qu’il y a une prépondérance des protagonistes féminins, déjà au niveau des artworks – jusqu’à celui d’Assassine(s), qui est une photographie de Mira Nedyalkova, il y a toujours des personnages féminins. Pourquoi ce choix, qui finalement se démarque pas mal dans la scène extrême ?

Tu as tout dit. Je m’occupe de la partie artwork et dès le début, quand nous avons démarré Celeste – je ne savais pas à l’époque combien de temps ça durerait, ni combien d’albums nous ferions – je me suis dit qu’il fallait que nous ayons quelque chose qui ait une cohérence globale d’album en album, et que notre discographie à terme fasse sens. J’ai expliqué aux autres quelle était ma vision du truc. Ça n’est pas arrivé tout de suite parce que Pessimiste(s) est un album qui a un artwork un peu différent, car j’ai mis un peu de temps à faire accepter aux gars dans le groupe ce que je voulais développer et que nous avons réussi à faire à partir de Nihiliste(s). Après, que te dire ? Je voulais faire des choses belles, j’aime bien les femmes, donc j’ai mis des jolies filles sur les artworks [petits rires]. Pour moi, ce travail est une vision un peu idéaliste d’une forme de beauté, mais aussi, vu que nous avons une musique extrême et dérangeante, il faut que derrière il y ait une double, une triple, une quadruple interprétation possible à ce que nous faisons, que ça soit en termes d’artwork, de nom d’album, de paroles. J’aime le fait de laisser beaucoup d’interprétations possibles au public, et j’aime bien quand les gens vont mettre un peu le nez dans ce que nous faisons et se faire leur propre interprétation de ce que nous faisons. J’aime tout autant quand les gens passent complètement à côté de la plaque ou réinterprètent des choses que je n’ai pas voulu mettre en avant. C’est un jeu. Je pense que c’est intéressant de ne pas proposer que de la musique : si tu peux avoir une émotion supplémentaire en écoutant notre musique parce que tu regardes un artwork et lis les paroles, et que du coup ça te procure encore plus de sensations qu’en écoutant juste de la musique bêtement sur Spotify comme pas mal de gens font, je me dis que la mission est réussie.

Guillaume : Après, même nous au sein du groupe, Johan ne nous a jamais expliqué n’importe quel artwork, ou même pochette, ou même titre d’album. J’espère que nous avons tous fait l’effort d’aller lire les paroles ! [Rires] Même si je lui pose une question, je n’aurai pas la réponse, c’est à moi de me faire mon avis. C’est ça qui est intéressant. Il y a peut-être des choses que j’ai comprises parfois à contre-sens.

Johan : C’est vrai que nous en discutons très peu au final, même si c’est arrivé. Je pense que globalement nous nous connaissons. Nous jouons ensemble mais nous sommes aussi meilleurs amis, ça fait un moment que nous traînons ensemble. Ils comprennent plus facilement ce qu’il y a derrière tout ça puisqu’ils me connaissent bien. Mais encore une fois, s’il y a des gens qui passent complètement à côté de la plaque, qui pensent que je suis un tordu, ça me va bien aussi, parce que c’est aussi le jeu de tout ça ! Nous sommes des gens ultra-positifs, des gais lurons, et c’est sûr que notre musique ne représente pas ce que nous sommes au quotidien. En même temps, c’est toute la beauté de l’art, c’est-à-dire d’arriver à proposer des choses qui ne paraissent pas du tout évidentes à la base et nous d’y trouver notre compte. Si ça fait seize ans que nous faisons ça, c’est que ça doit bien nous apporter quelque chose.

« Nous sommes des gens ultra-positifs, des gais lurons, et c’est sûr que notre musique ne représente pas ce que nous sommes au quotidien. En même temps, c’est toute la beauté de l’art, c’est-à-dire d’arriver à proposer des choses qui ne paraissent pas du tout évidentes à la base et nous d’y trouver notre compte. »

Ce qu’on peut percevoir dans les thèmes que tu abordes, c’est que ce sont souvent des thèmes soit passionnels, soit romantiques, mais bien souvent tragiques, puisqu’on à l’impression que ça se termine généralement dans le sang ou vers une autre fatalité tout aussi dramatique. Traiter d’histoires qui finissent forcément tragiquement, ça fait aussi partie de votre identité ? Je rappelle que vos premiers albums se nomment « Pessimiste(s)» et « Nihiliste(s) »…

Oui, tu as raison. Pour moi, c’est une ambivalence entre une forme de beauté et un côté très tragique. Ça n’empêche pas parfois d’avoir des choses qui sont assez poétiques, mais vu qu’il y a toujours cette volonté de coller à notre musique, sans spoiler trop les histoires, ça se termine rarement bien. Je le redis encore une fois, ça ne fait pas de nous des gens tristes ou perturbés. Je pense qu’au contraire, la capacité que nous avons à traiter ce genre de sujets en « toute décontraction » montre bien que nous avons plutôt la tête bien faite et que nous n’avons pas trop de soucis dans nos vies. Nous ne sommes pas à plaindre.

Tu dis qu’on peut interpréter librement les textes, mais tu choisis des titres relativement longs, en général ça donne pas mal d’indices sur les récits.

Oui, chaque titre de chanson fait partie des paroles ; c’est à chaque fois un bout de la chanson. Il y a en effet une volonté de donner quelques indices et de teaser les gens. Je ne vais pas mal le vivre si quelqu’un ne lit pas les paroles, et je ne suis pas stupide, je sais très bien qu’il y a peu de gens qui le font, je trouve qu’il y a quand même une grosse valeur ajoutée à le faire et à s’imprégner de tout ça. Après, c’est sûr que c’est un peu frustrant parce que nous avons fait le choix du français, donc il y a un paquet de gens qui ne vont pas pouvoir aller totalement au bout de l’expérience.

Cela étant, tu ne facilites pas la tâche non plus, parce que j’ai le digipack d’Infidèle(s) et tous les textes sont collés entre eux ! Donc il faut être avec son crayon…

Justement, tu as tout compris ! C’est tout l’intérêt de la chose : si tu veux vraiment t’imprégner du truc, il faut que tu mettes vraiment le nez dedans et que tu te focalises dessus et que tu fasses un effort.

Guillaume : Je pense que notre prochain album s’appellera « Jusqu’au-boutiste(s) » !

Johan : Il y a de ça ! Encore une fois, c’est moi qui fais les artworks, donc il y avait aussi un côté esthétique que j’aimais bien, mais au-delà de ça, je trouvais ça très intéressant de me dire que si tu as une curiosité, il va falloir aller jusqu’au bout du truc et vraiment prendre le temps de mettre le nez dedans, de déchiffrer et de ne pas juste lire trois ou quatre phrases au hasard. Donc je pense que si quelqu’un se lance vraiment dans l’idée de comprendre ce qui se passe derrière, il va vraiment être focalisé à fond sur l’objet.

Nous avons parlé de continuité dans les artworks qui initient la démarche d’aller creuser, mais est-ce que le pluriel à la fin de chaque titre d’albums, c’est dans le même esprit ?

Johan : C’est un peu plus basique. Je t’avoue que c’est surtout un gimmick. J’aime bien l’idée, que ça soit dans notre musique, les artworks, les paroles et ainsi de suite, qu’on puisse reconnaître ce que nous faisons de manière très simple. Tu vois un titre d’album avec un (s) à la fin, a priori tu as quatre-vingt-dix-neuf pour cent de chances que ce soit Celeste. Tu regardes nos artworks, je pense qu’ils sont facilement reconnaissables. Tu vas voir l’artwork d’Assassine(s) pour la première fois, sachant que nous ne nous mettons jamais notre nom dessus, je pense que tu comprends que c’est un artwork de Celeste. Nos sonorités aussi, tout ce que nous jouons… Le plus beau compliment qu’on puisse me faire c’est de dire : « J’ai écouté trois secondes, je savais que c’était Celeste », parce que ça veut dire nous avons notre patte et que nous ne sommes pas allés chercher nos influences ailleurs.

Guillaume : Peut-être moins sur le dernier album… Nous aimerions que les gens reconnaissent immédiatement que c’est Celeste mais ne se disent pas : « Ah, tiens ils nous ont pondu le même album que les autres fois. »

Dans quel état d’esprit écris-tu les textes ? Est-ce que tu attends un état un peu particulier ou c’est la musique qui va t’inspirer l’univers des textes ?

Johan : Il y a les deux. Après, je n’ai pas honte de le dire, je picole pas mal et quand j’ai une bonne gueule de bois, en général, c’est là que je suis le plus créatif. Donc ça joue pas mal, mais oui, bien entendu, au moment de composer, je m’imprègne encore plus que d’habitude de notre instrumentation pour que le chant fasse encore plus sens. C’est très rare que « j’impose » une idée de chant et que ce soit la musique qui doive s’y adapter. Ce sera à quatre-vingt-dix pour cent du temps l’inverse.

Comment s’est décidé le choix de la photographe Mira Nedyalkova pour l’artwork ? D’ailleurs en général, ce sont des coups de cœur, des travaux qui existent déjà ou des commandes ?

Depuis Animale(s) je travaille directement avec des photographes, donc ce sont des créations pures et des photos qui n’existent pas à la base. C’est un travail qui me prend beaucoup de temps. Souvent je démarre avant même que nous commencions à composer les nouveaux albums. En gros, pour te donner une idée, quand je termine un artwork, j’ai l’impression que c’est un peu la meilleure idée que je pouvais trouver à l’instant T, donc je me challenge derrière à me demander quelle sera la suite. Quasiment une fois que l’artwork est terminé, je réfléchis au suivant. Sans trop en dévoiler, grosso modo je prends des notes des idées que j’ai et si mes notes me plaisent toujours au bout de deux, trois, quatre, six mois, je me dis que c’est a priori une bonne piste. Par exemple, sur Assassine(s), ça fait déjà à peu près deux ans que l’artwork est fait. Vu que ça prend beaucoup de temps, je m’étais mis dessus assez tôt. J’ai mon idée et ensuite, tout simplement, je vais sur internet et je regarde des milliers de photos. Je sais exactement ce que j’aime et ce que je n’aime pas, j’ai des goûts assez précis. Il y a un paquet de trucs qui ne m’intéressent pas, et ça se passe toujours un peu de la même manière : un jour je tombe sur une photo qui me parle. Je prends contact avec le photographe et nous discutons du projet. Mira est une Bulgare. Au début elle m’a dit qu’elle ne faisait pas de commissions – le fait de travailler pour quelqu’un – mais je sentais qu’en termes d’univers, nous avions des goûts très proches. Donc j’ai insisté, je lui ai vraiment bien expliqué le projet en détail. J’ai de la chance, elle était intéressée de travailler avec moi. Nous avons organisé le shooting, et je suis allé à Sofia pendant trois jours. Après, il y a toute une phase où nous travaillons chacun de notre côté sur nos PC pour faire les choix des photos qui seront le plus à même d’être imprimées. En général, ça ressemble à quatre-vingts ou quatre-vingt-dix pour cent de ce que j’avais en tête, mais j’ai toujours une bonne surprise. Les gens avec qui je travaille amènent souvent une vraie plus-value et ça va toujours un peu au-delà de ce que j’imaginais à la base, donc je suis assez content de ça en général.

« Le plus beau compliment qu’on puisse me faire c’est de dire : ‘J’ai écouté trois secondes, je savais que c’était Celeste’, parce que ça veut dire nous avons notre patte et que nous ne sommes pas allés chercher nos influences ailleurs. »

Nous avons parlé de la féminité sur les albums. Il y a aussi une voix féminine sur « Le Cœur Noir Charbon ». Qui est cette voix féminine ? (La chanteuse a été créditée en tant que Emily Marks par Nuclear Blast après la réalisation de l’interview, NDLR)

La personne ne tient pas particulièrement à être connue, donc ça restera secret ! Mais c’est vraiment une chanteuse.

L’ajout de la voix féminine faisait partie des nouveautés que vous vouliez insuffler à ce nouvel album, ça s’est fait pendant la composition ?

C’est un morceau que j’ai composé et il y a une phase un peu post-rock dedans, ce qui est assez rare pour Celeste. Je savais très bien que personnellement, je n’arriverais jamais à chanter sur ce genre de parties ; je ne sais pas chanter, je ne sais que gueuler, il paraît que je ne le fais pas trop mal, j’espère du moins [petits rires]. Bien entendu j’aurais aimé avoir la capacité de chanter dessus, mais ce n’est pas le cas. Automatiquement, je me suis dit qu’il faudrait quelqu’un pour chanter dessus et, dans cette volonté que nous avions de proposer quelque chose de nouveau, que si nous faisions un feat, autant avoir un chant féminin, ça changerait encore plus. Je trouve aussi que c’est intéressant car il y a un gros rapport à la féminité dans Celeste, donc ça avait encore plus de sens de faire chanter une femme. En plus, elle chante en anglais, ce qui, pour le coup, est une très grosse nouveauté. J’avais un peu peur du mélange, mais au final je trouve que ça fonctionne plutôt pas mal.

Vous souhaitez développer l’aspect « cinématographique » où vous proposez des clips vidéo, puisque vous en avez déjà proposé plusieurs pour Assassine(s) ?

Guillaume : A la base, nous n’étions pas très chauds de faire des clips. En tout cas, nous n’étions pas tous d’accord sur la nécessité d’en faire, et puis c’est vrai que Johan gère déjà pas mal d’aspects dans le groupe, notamment toute l’identité visuelle, graphique, photo. Ça aurait été logiquement à lui de le faire, pour que nous ayons quelque chose de très cohérent, et puis nous préférions faire de la musique et nous concentrer là-dessus. Mais à un moment il faut vivre avec notre temps. Le fait de signer avec Nuclear Blast est aussi l’occasion d’avoir un peu plus de visibilité, et pour que chaque single qui va sortir ait sa chance de toucher un nouveau public, nous nous sommes dit qu’avoir un clip comme support visuel avait tout son sens. Nous sommes passés d’un clip sur Infidèle(s) à cinq clips qui vont sortir pour Assassine(s).

Johan : Six même, il y en a un qui sortira plus tard.

Guillaume : Au final, je trouve que c’est aussi une autre façon de montrer une nouvelle facette de Celeste. Nous avons travaillé avec des réalisateurs très différents. Johan a supervisé trois des clips. Moi, j’ai bossé dans mon coin avec d’autres réals pour donner mon interprétation de ce que pouvait être une vidéo de Celeste. Forcément, il y a différentes facettes.

Johan : Justement il y a un truc qui m’intéressait beaucoup dans cette histoire, au-delà du fait que j’avais dit au départ ne pas m’intéresser aux clips… En fait, je ne voulais pas m’intéresser aux clips parce que c’est un format qui me fait peur. Pour être sincère, quand je vois des clips, je ne les trouve en général pas bien, j’aime très peu, je trouve que ça fait souvent « cheap ». J’avais vraiment peur que nous n’arrivions pas à faire quelque qui me plaise, d’une part, et puis qui respecte notre imagerie, d’autre part. En même temps, nous nous sommes dit qu’il fallait le faire, donc il fallait avancer et, en fait, j’étais très surpris. J’ai bossé avec Grégoire Orio qui est un mec que nous connaissons depuis un bail, qui avait déjà fait le clip de « Cette Chute Brutale » sur Infidèle(s). Nous avons pas mal discuté et il a réussi à vraiment respecter l’imagerie que j’avais en tête. Donc je suis très content. « Le Cœur Noir Charbon » est assez représentatif du travail que nous avons fait. Il y avait un autre aspect qui m’intéressait beaucoup, c’était de me dire : « Vu que je gère toute la partie image, qu’est-ce que ça donnerait si quelqu’un gérait son projet de son côté et avait sa propre interprétation de notre imagerie ? » Ça rendait la chose très intéressante que Guillaume se fasse ses deux projets en plus. Un peu comme quand je leur fais la surprise de leur amener les paroles – j’estime que c’est un truc assez kiffant –, je lui ai donné comme consigne que je voulais aussi avoir ce ressenti, c’est-à-dire qu’il me présente un produit fini et que je découvre une vue artistique un peu différente de la mienne. Après, je savais très bien qu’il allait respecter globalement ce que j’ai construit depuis pas mal d’années, mais par définition, vu que ça sera lui qui va le gérer, il y aura une touche différente. Pour moi, c’était extrêmement intéressant de voir un produit fini auquel je n’ai pas participé.

Vous allez tourner avec Conjurer à partir de début mars si tout va bien. Comment vous préparez la tournée en tête d’affiche ? Comment vous envisagez le set et ce sera un set de combien de temps ?

Guillaume : Nous sommes encore en train de le peaufiner ; c’est la prochaine résidence que nous allons faire cette semaine (la première semaine de janvier, NDLR) qui va nous permettre de vraiment l’acter, mais nous serons aux alentours d’une heure de show, là où nous faisions plus quarante-cinq ou cinquante minutes, donc nous l’avons un petit peu allongé. Nous pensons aussi qu’avec les nouveaux morceaux, ça s’y prête bien, il y a plus de respirations. Nous avons envie de montrer beaucoup de morceaux de ce nouvel album, mais aussi jouer des anciens parce que nous prenons toujours plaisir à les jouer pour certains, et nous savons que ça fait plaisir au public, donc il faut forcément que nous allongions un peu.

Vous ne connaissez pas encore Conjurer, c’est un groupe qui a été imposé ou vous en êtes plutôt heureux ?

Johan : C’est notre agent Adrien qui nous les a proposés. Je connaissais de nom en fait, je n’avais jamais écouté. Très sincèrement, je me suis mis à écouter et à bien aimer ; j’ai encore écouté ce week-end. Je trouve que c’est assez impressionnant. Je sens dans ce qu’ils jouent que nous avons une culture, à mon avis, qui est assez proche, que nous avons écouté les mêmes trucs étant un peu plus jeunes. Nous avons vu un peu le live et ça a l’air très impressionnant, c’est vraiment des monstres de scène. Donc nous sommes très contents de les avoir. Au départ, nous devions avoir Treha Sektori en plus, mais malheureusement il ne peut pas venir, nous ne savons pas encore si nous aurons un troisième groupe. Je trouve que c’est une affiche qui fait vraiment sens. D’un côté, je n’aime pas les affiches où tu as quatre fois le même groupe, où c’est trop évident… Après, il ne faut pas non plus que tu aies deux publics complètement distincts qui viennent, parce que sinon tu peux te retrouver avec de mauvaises surprises, à finir la soirée devant personne parce que les autres sont venus voir l’autre groupe [rires]. Mais là, je trouve que ça a du sens. J’ai bon espoir que ça ramène un public un peu différent, mais qui sera très content de nous voir et inversement. C’est gagnant-gagnant de partager cette affiche avec eux.

Interview réalisée en face à face le 3 janvier 2022 par Jean-Florian Garel et Eric Melkiahn.
Retranscription : Jean-Florian Garel.
Photos : Jonathan Bouillaux & As Human Pattern (6).

Facebook officiel de Celeste : www.facebook.com/celesteband

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