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Chronique   

Cellar Darling – The Spell


Certains s’inquiétaient du split qui a sévi chez Eluveitie en 2016, impliquant la chanteuse Anna Murphy, le batteur Merlin Sutter et le guitariste et bassiste Ivo Henzi. Au final, tout semble se résoudre : Eluveitie continue sereinement son chemin et ses anciens membres ont trouvé un moyen plus adéquat de s’exprimer à travers Cellar Darling. Le trio a sorti son premier album il y a deux ans, intitulé This Is The Sound et qui contenait ce qu’on escomptait de la part des musiciens : une mélange entre instruments folk, chant mélodique, passages plus heavy et de petites touches progressives. Sans surprise, The Spell reprend la même formule mais de manière plus débridée, motivée par son concept.

Car il s’agit bel et bien d’un album conceptuel. The Spell narre les péripéties d’une fille née dans un monde lacéré par la douleur et les dommages causés par les êtres humains qui le peuplent. La protagoniste recherche la signification de l’existence et tombe amoureuse de la mort. Le concept développé par Cellar Darling reste volontairement abstrait, bien qu’inspiré de la vie d’Anna Murphy. Cette dernière propose en outre un audiobook auquel elle prête sa voix pour expliciter l’univers de The Spell, supportée par des instrumentations succinctes, principalement composées au piano. Le recours à une approche conceptuelle a sans doute permis la distinction majeure entre cet opus et son prédécesseur This Is The Sound (2017) : Cellar Darling arpente des terres plus progressives. Si l’ouverture « Pain » livre la combinaison classique d’une voix féminine mélodique et d’un riffing heavy dans des sonorités qui rappellent l’univers metal alternatif d’un groupe tel que Fair To Midland, « Death » introduit en son sein un long passage de flûte qui vient justement dessiner une atmosphère lugubre. Le rapport aux instrumentations folk prend une nouvelle dimension avec Cellar Darling : ce sont les paroles qui incitent les arrangements et non l’inverse. Anna Murphy se permet en outre quelques élans vocaux audacieux à l’instar du pont scandé de « Death » et sa voix haut perchée. Le rapport entre les thématiques et les musiques qui les illustrent est très facile à déceler, ce qui favorise grandement l’immersion. De ce côté, Cellar Darling est resté assez direct et juste. « Love » s’ouvre par une mélodie traditionnelle, presque dansante, avant d’aboutir à un refrain lumineux, frisant le kitsch, aux cordes enjouées. « The Spell » tranche immédiatement avec la légèreté de « Love » grâce aux vocalises et aux mélodies d’instruments traditionnels que la BO de The Witcher n’aurait pas reniées…

The Spell réalise quelque part une petite prouesse. En ayant recours à davantage d’éléments folk qu’au sein de This Is The Sound, Cellar Darling réussit deux choses : la première, plus évidente, est de proposer une véritable bande-son d’une histoire aux émotions diverses. La deuxième est d’avoir réussi à insuffler une nouvelle dynamique à sa musique, moins attendue, plus inspirée et raisonnablement équilibrée. Le riffing très lourd et autres chuchotements horrifiques de « Burn » cohabitent sans peine avec l’usage de la vielle. On perçoit des influences plus variées que le simple metal dit symphonique ou folklorique. Certaines rythmiques alambiquées renvoient au metal purement progressif (« Burn » toujours ou « Insomnia »), des passages plus libres au rock progressif (« Death » et sa veine wilsonienne de l’ère The Raven That Refused To Sing ou encore Storm Corrosion), jusqu’à fouler des terrains ambients, avec la désolée et aigre-douce « Sleep » ou la césure inattendue dans « Hang » (titre dans lequel se dessinent quelques échos au vieux The Gathering). Tous les chapitres de l’histoire ne se valent pas néanmoins : « Freeze » reste dans les carcans d’un titre de heavy mélodique sans avoir l’audace des compositions qui l’entourent, malgré l’une des lignes de chant les plus grisantes de l’opus. Sur la longueur, le parti pris de Cellar Darling fait légèrement poindre une forme de lassitude, notamment les sept minutes de « Drown » qui, si on lui enlève sa substance narrative, semble répéter ce qui est proposé précédemment. Il est aussi le titre où la transition entre un univers mélodique et une approche plus agressive est la plus malaisée. Cellar Darling conclut son histoire par une longue mélodie de piano subjuguée par le timbre d’Anna et son impressionnant travail vocal : « Death Pt. II » n’est peut-être pas la conclusion épique que l’on attendrait à la suite d’une première écoute, mais force est de constater qu’il ponctue élégamment la fin du récit en lorgnant du côté d’Iamthemorning.

The Spell confère une nouvelle dimension à Cellar Darling. Le groupe se délivre de son étiquette metal et embrasse pleinement ses influences progressives, transparentes dans l’agencement des compositions et le recours plus fréquent et varié à la vielle, à la flûte, au piano et autres sonorités. The Spell accuse certaines longueurs, mais pas suffisamment pour nier les qualités de conteur de Cellar Darling.

Clip vidéo animé de la chanson « Death » :

Clip vidéo animé de la chanson « The Spell » :

Clip vidéo animé de la chanson « Insomnia » :

Album The Spell, sortie le 22 mars 2019 via NUclear Blast. Disponible à l’achat ici



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