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Interview   

Certains groupes ont des vedettes, Unisonic a une équipe


Avec leur nouvel album Light Of Dawn, les Allemands d’Unisonic ont prouvé que, finalement, la musique c’est un peu comme le football, c’est surtout une histoire d’équipe. Et lorsque qu’un joueur/musicien, pourtant jugé crucial, est forcé de rester sur le banc de touche, il faut qu’il puisse avoir confiance en toute sérénité en ses collègues pour abattre le travail sans lui et marquer des points. C’est précisément ce qu’a fait Unisonic malgré l’indisponibilité de son guitariste vedette Kai Hansen. Dennis Ward, bassiste et producteur, s’est remonté les manches, a mis les mains dans le cambouis et en a ressorti un album non seulement à la hauteur des attentes mais également cohérent avec ce que le groupe avait déjà proposé via son album éponyme. Plus encore, Michael Kiske lui-même reconnaît et s’étonne « que Dennis écrive une chanson comme ‘Your Time Has Come' » qui « est un titre classique à la Helloween. » L’esprit d’équipe, voilà ce qui anime Unisonic, un groupe que l’ex-citrouille considère comme étant « très différent de tout le reste », avec une « vraie alchimie » et qu’il compare à ce qu’il a vécu avec « Helloween dans les premières années. »

A-t-on souvenir d’avoir entendu le chanteur aussi enthousiaste ces vingt dernières années ? Qui plus est au sein d’un groupe dans lequel il embrasse pleinement le metal ? Le metal, genre avec lequel il a eu une relation pour le moins compliquée par le passé. Et l’interview qui suit est l’occasion pour lui de mettre les points sur les i et expliquer les nuances de cette relation amour/haine. Dennis Ward, véritable vétéran mais aussi, malgré tout, la vraie révélation de cet album, étant également de la partie, les deux musiciens nous parlent de ce nouvel opus, de la manière dont ils ont géré l’absence de Hansen dans le processus de composition, de leur vision de ce que doit être un producteur, etc. Un entretien généreux qui montre avant tout la camaraderie entre deux collègues sur la même longueur d’onde.

« Il faut faire ce en quoi on croit. […] Il ne faut pas s’attendre à ce que ça ait du succès : si le public n’aime pas, c’est comme ça. »

Radio Metal : Le premier album d’Unisonic a été très bien accueilli, autant par la critique que par les fans. Cela vous a-t-il surpris ? Selon vous, qu’est-ce qui a fait le succès de cet album ?

Dennis Ward (basse) : Le fait qu’il ait été si bien accepté, justement ! (rires) Oui, nous avons été surpris. Nous étions complètement flippés, comme n’importe quel nouveau groupe ou comme quiconque se lance dans quelque chose de nouveau. On a beau être à l’aise avec ce qu’on fait, on se demande toujours ce qui va se passer, ce que le public va penser. Il y avait un potentiel conflit d’intérêts pour les fans, qui auraient voulu qu’on fasse ceci alors qu’on a fait cela, ou inversement. C’était un peu flippant.

Michael Kiske (chant) : Je ne m’inquiète pas, moi !

Dennis : Il ne s’inquiète jamais ! Sans blague, c’est vrai, mais moi, je suis du genre à paniquer. Un vrai angoissé. Ça s’est très bien passé, nous avons eu d’excellentes critiques et une belle réponse. Les festivals ont très bien marché. Tout le côté scène s’est beaucoup mieux déroulé que ce que j’avais imaginé, ce qui nous a permis de faire un deuxième album. L’un dans l’autre, c’était un excellent début.

Michael : J’ai toujours pensé que, si quelque chose doit se faire, ça se fera. Rien ne sert de s’inquiéter. C’est un peu l’impression que donne ce projet. Quand tu es sur scène, soit il se passe quelque chose entre toi et le public, soit non. Tu ne peux pas faire semblant, c’est là ou ça ne l’est pas. Pour l’instant, je dirais que l’esprit est bien là.

Michael, tu as déclaré par le passé que, au bout d’un temps, tu as tendance à prendre du recul par rapport à tes albums et à voir tous leurs défauts. Aujourd’hui, quels défauts vois-tu dans le premier album d’Unisonic ?

Michael : Le chant ! Je trouve qu’il est mieux maintenant. Après une pause aussi importante, il faut s’y remettre, et pas seulement techniquement. Il y a aussi de ça, bien sûr : il faut réapprendre les choses, surtout dans le cadre du live. Mais c’est aussi un apprentissage émotionnel. Je suis beaucoup plus libre et heureux aujourd’hui, je m’amuse davantage. Il y avait un peu de pression, évidemment, mais c’est normal. Je crois que ça s’entend aujourd’hui, et que ça s’entendait déjà sur le dernier album de Place Vendome.

Dennis : Quand on termine un album, on trouve toujours des choses à critiquer. Les artistes qui écoutent leurs propres disques trois ans plus tard et qui se disent que c’est parfait et qu’ils sont les meilleurs sont des abrutis qui se mentent à eux-mêmes. On a toujours le désir de faire plus et mieux, donc il y aura toujours des critiques. L’autocritique est ce qu’il y a de mieux. Je critiquerai ce que je suis et ce que j’ai fait jusqu’à ma mort.

Michael : C’est normal. Mais quand on est plongé dans le processus de création d’un album, on est parfois beaucoup trop concentré et excessivement critique. Une fois l’album terminé, quand je le réécoute après deux ou trois semaines, je me dis souvent : « C’est bon, c’est meilleur que ce que je pensais ! » Et puis les années passent, et on finit par changer et par voir les choses différemment.

Vous avez donné de nombreux concerts pour promouvoir le premier album d’Unisonic. Tu n’avais pas tourné autant depuis longtemps et je sais qu’à un moment tu détestais tourner. Comment cela a-t-il évolué ? As-tu retrouvé le plaisir de tourner ?

Michael : Je ne détestais pas tourner, je détestais tout ! J’en avais assez, j’étais très déçu. J’ai vécu des expériences négatives pendant plusieurs années et les choses ne faisaient qu’empirer. Helloween a commencé de façon extrêmement cool. Les premières années ont été géniales, il n’y avait absolument rien de négatif. Tout était parfait, un véritable rêve. C’est donc d’autant plus douloureux quand une personne s’en va et que toute l’alchimie change. Plus rien n’allait. C’était l’une des raisons. J’ai toujours été de ces musiciens qui pensent qu’il faut faire ce en quoi on croit, même si ce n’est pas commercial ou si ça ne répond pas aux demandes du marché qu’on a créé. Si c’est ce que tu veux faire, tu dois le faire. Il ne faut pas s’attendre à ce que ça ait du succès : si le public n’aime pas, c’est comme ça. Il faut le comprendre, mais il faut quand même y aller. C’est ce que j’ai fait avec mes albums solo et certaines réactions m’ont vraiment énervé. Ce n’est pas une façon de traiter la musique. Je ne demandais à personne d’aimer. Ç’aurait été stupide de ma part d’essayer de vendre ces albums comme du Helloween, parce que je n’étais que le chanteur, je n’étais pas le groupe. Tout ça m’a vraiment dégoûté. Je me suis longuement battu avec les internautes parce que je n’étais pas d’accord avec certaines attitudes. C’est là que j’ai tout plaqué. Puis je me suis calmé, les années ont passé, et après quelques temps, l’envie est revenue. Place Vendome s’est présenté, j’ai rencontré ce type-là [Dennis], et l’ambiance était très bonne, très créative. J’avais seulement besoin de temps. Au bout d’un moment, j’étais prêt. J’ai dit oui à Unisonic.

Dennis : Tu m’as pris la main ! (rires)

Michael : Pour moi, l’une des choses les plus importantes était de rencontrer à nouveau le public et les fans. Faire des interviews, parler aux gens… Ça m’a fait comprendre que je dramatisais. Quand j’ai commencé les tournées avec Avantasia en 2011, ça m’a été très bénéfique. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, et l’expérience a été extrêmement positive. J’étais ravi, c’était un vrai soulagement. Aujourd’hui, j’aime à nouveau tourner. Mais si tu m’avais posé la question il y a dix ans, je t’aurais dit : « Plus jamais ! » C’est la vie !

« Le fait qu’il ne soit pas essentiel que Kai écrive les chansons lui a retiré un poids des épaules. Lui aussi pense que cet album est meilleur que le premier ! »

Entre le premier et le deuxième album, chaque musicien du groupe a participé à d’autres groupes et projets. Pensez-vous être revenus vers Unisonic avec une perspective et un état d’esprit neufs grâce à cela ?

Dennis : J’aime à penser que nous sommes suffisamment professionnels pour que ce soit le cas de toute façon. Avoir d’autres projets fait partie de notre style de vie, on fait d’autres choses. Si on veut mener à bien un projet pareil, c’est comme ça qu’il faut s’y prendre. Il faut en avoir conscience et s’auto-motiver. Tu ne peux pas attendre que quelqu’un vienne te voir avec des commentaires gentils pour te motiver.

Michael : Pour moi, Unisonic est très différent de tout le reste. Comme je l’ai dit tout à l’heure, il y a une vraie alchimie. Place Vendome est un side-project sympa qui dure. Il y a de bonnes chansons, mais le groupe n’a pas beaucoup d’importance pour moi. Mais là, quand on se retrouve, même si c’est seulement dans la salle de répétition, je m’éclate. C’est vraiment fun. C’est quelque chose qu’on ne peut pas contrefaire et ça n’a rien à voir avec le fait d’être professionnel. C’est une question d’alchimie. Le professionnalisme doit être là pour que ça fonctionne. J’ai vécu quelque chose comme ça avec Helloween dans les premières années. Ça marchait, tout ce qu’on touchait se transformait en or. C’était beau. Quand on a vécu ça une fois, on sait que le succès ne se commande pas. On peut seulement espérer voir des gens se réunir pour créer quelque chose de plus grand qu’eux. Je crois que c’est ce qu’on a avec Unisonic. L’esprit est bien là – ou en tous cas, c’est l’impression que j’ai. Si tout ça disparaît, je ne sais pas si ce sera pareil.

Dennis : C’est très important de conserver ça.

Michael : Les bonnes choses s’autogèrent, d’une certaine façon.

Dennis : Tout à fait. Je suis complètement d’accord.

Un peu plus tôt dans l’année, nous avons discuté avec Kai Hansen, qui nous disait qu’il n’avait écrit aucune chanson pour l’album d’Unisonic. Il nous a dit : « Dennis a fait un boulot de dingue et a écrit des chansons qui sont vraiment dans la veine de ce qu’elles devraient être. » Dennis, as-tu ressenti de la pression à l’idée que l’album repose sur tes épaules, sans contribution de la part de Kai ?

Dennis : Non. Mais tu sais, il a contribué par ses arrangements et ses idées spontanées. Nous lui en sommes très reconnaissants, d’ailleurs, parce que ses idées sont généralement excellentes et très ciblées. Il y a toujours de la pression, même si je n’écris qu’une chanson. La pression fait partie du processus. Mais j’utilise la pression pour maintenir l’équilibre et ne pas me laisser aller à la paresse. Si je n’avais pas une certaine pression, je ne pense pas que je ferais du bon boulot. La pression ne me dérange pas, du moment qu’elle est utile et source de création.

Michael : Je n’arrive pas à gérer la pression. Je m’en mets bien assez tout seul. Je veux être aussi bon que possible, mais si quiconque me rajoute de la pression, je fais n’importe quoi. Je ne peux pas supporter la pression de la part des autres, la mienne me suffit. Dennis m’a d’ailleurs envoyé un e-mail pour me dire exactement ce qu’il vient de dire : « C’est intéressant de voir ce qu’on est capable de faire avec un peu de pression. » Tu te souviens ? En plus du mixage de l’album, il avait commencé à enregistrer un autre projet ! Il était debout à 6 heures du matin tous les jours ! Il mixait l’album, enregistrait un autre groupe et nous envoyait son retour le soir. Il bossait vraiment dur !

Dennis : Mais ce n’était pas prévu, c’est arrivé comme ça.

Michael : À part ça, l’album s’est fait très facilement. C’est une autre raison d’y voir un bon signe. J’étais un peu inquiet pour le premier, parce qu’il nous a pris vraiment longtemps.

Dennis : L’écriture en elle-même s’est faite très vite.

Michael : Pour ce disque, le processus a demandé du travail, bien évidemment, mais c’était facile, alors que nous avons mis longtemps avec le premier. Il aura fallu que Kai arrive pour le finir.

Dennis : Nous n’étions vraiment pas sûrs de nous pour le premier album.

Pensez-vous avoir réussi à chasser l’image du « groupe avec les anciens membres d’Helloween » ?

Michael : On ne la chassera jamais.

Dennis : C’est clair.

Michael : En fait, peut-être que ce n’est pas tout à fait vrai. Il faut commencer par établir la marque Unisonic. Ce nouvel album va être très utile pour ça, car le public verra que ce n’était pas l’histoire d’un seul disque. Il faut généralement trois albums pour établir un groupe et faire comprendre aux gens qu’il est authentique. Mais Helloween fait partie de mon histoire. Je dois l’accepter et être à l’aise avec ça. C’est normal, c’est comme ça qu’on se fait un nom. Mais je pense qu’il est important que nous ayons suffisamment de choses à dire en tant que musiciens. Évidemment, Kai sonnera toujours comme Kai, et moi, je chanterai toujours comme ça. Quand Kai écrit une chanson et que je la chante, il y a toujours cette ambiance. Mais ce n’est pas parce que j’essaie de faire du Helloween. C’est simplement nous, c’est notre son. Et comme aujourd’hui nous faisons partie d’un groupe, j’ai trouvé ça très cool que Dennis écrive une chanson comme « Your Time Has Come ». C’est un titre classique à la Helloween, et c’est Dennis qui l’a écrit ! (Rires) C’est très marrant ! Quand on fait quelque chose comme ça, il faut être convaincant, authentique. Et comme il ne l’avait jamais fait avant, il s’est basé sur quelque chose que je lui ai dit il y a des années : je suis toujours bon avec les mélodies épiques. C’est là que je peux briller. Je n’aime pas les paroles à la mitraillette sur une seule note, un peu façon rap ; ce n’est pas ma tasse de thé. Je préfère les mélodies classiques, le genre de choses que ferait un chanteur d’opéra. Et Dennis a écouté tout ce sur quoi j’ai posé la voix.

Dennis : J’ai pris sur moi de faire des recherches et d’étudier ce qu’il a fait ces vingt dernières années. J’ai écouté tout ce que je considère comme son meilleur boulot et j’ai noté dans ma tête là où il était le meilleur. Ensuite, j’ai essayé de me concentrer sur les mélodies autant que j’en étais capable.

Michael : Et tu l’as très bien fait.

Dennis : Kai semble avoir un don naturel pour ça, mais moi, j’ai dû travailler. Et ça a payé parce que toutes ces références me sont restées dans la tête et je pouvais me dire : « Et ça, comment ça sonnera s’il le chante ? Oh, oublie, ça ne marchera jamais ! » Je pouvais aussi lui envoyer un passage et lui dire : « Tu penses que c’est faisable ? Tu peux chanter ça ? » Si ça ne marchait pas, on pouvait toujours changer. C’était beaucoup de boulot, mais comme je l’ai dit, ça en valait la peine. Je suis très heureux du résultat.

Michael : Il a fait ça très bien. J’ai d’ailleurs été surpris. J’aime penser qu’il n’y a rien que je ne puisse pas chanter, mais certaines parties…

Dennis : Il n’a aimé aucune de mes parties rappées ! (Rires)

Michael : Mais il y a des choses que le public préfère. Beaucoup de gens ont essayé, mais peu sont capables de faire ce qu’il a fait. Je suis vraiment impressionné. Et il est aussi producteur ! Pour un producteur, s’impliquer de cette façon et obtenir ce genre de résultats, c’est très impressionnant. En plus de ça, Kai n’avait pas beaucoup de temps à nous consacrer, et malgré tout, le disque est tellement bon ! Pour le troisième, nous ferons encore mieux. Peut-être que Kai sera avec nous à 100% cette fois.

Dennis : On en fera peut-être un double album ! (Rires)

Michael : Il y a énormément de potentiel dans ce groupe.

Dennis : Tout à fait. Un jour, j’apprendrai à jouer de la guitare ! (Rires) Quand je serai grand !

Michael : Il joue très bien de la guitare !

« Il y a des choses dans la scène metal avec lesquelles je suis en total désaccord. Lorsque ça part dans tout le côté satanique, ou l’apologie de la brutalité ou de l’inhumanité, je déteste cette merde ! […] À mes yeux, quiconque soutient ce genre d’idéaux est totalement irresponsable, stupide ou mort à l’intérieur. »

Kai Hansen nous a également expliqué à quel point il est compliqué de faire partie de deux groupes, Gamma Ray et Unisonic, car les emplois du temps se chevauchent parfois. C’est la raison pour laquelle il n’avait pas le temps d’écrire pour Unisonic, et en partie pourquoi le dernier album de Gamma Ray a été retardé. N’avez-vous pas peur que cela finisse par devenir problématique pour lui ?

Michael : Je ne pense pas que ça puisse être plus problématique que ce coup-ci !

Dennis : Oui, c’est assez problématique. Mais à sa décharge, et à la nôtre par la même occasion, Gamma Ray n’a pas été retardé à cause d’Unisonic, que ce soit bien clair ! (Rires)

Michael : En fait, cet album aurait pu se faire il y a un an. Nous voulions commencer l’année dernière, c’était ça, le plan ! Nous n’avons pas pu le faire à cause de Gamma Ray.

Dennis : Il faut rester fidèle à soi-même. Je dois absolument rester fidèle à moi-même. Je ne peux pas me contenter de rester assis à attendre. Nous ne pouvions pas attendre que Gamma Ray ait terminé. Si nous ne l’avions pas fait maintenant, nous ne l’aurions sans doute jamais fait. C’était important de continuer à travailler, même si un membre crucial du groupe n’avait pas le temps. Mais ce qui est bien, c’est que nous sommes un groupe à plusieurs compositeurs. Si quelque chose comme ça devait se reproduire, nous pourrions tout de même continuer. La contribution de Kai reste excellente et cruciale, même si elle était limitée cette fois-ci. Nous ne voulons plus que ça se passe comme ça, nous espérons l’éviter. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas se préparer. Et si je devais me casser le bras et que je ne pouvais plus jouer de la basse ? Il faudrait quand même s’occuper de l’album !

Michael : Je pense que le fait qu’il ne soit pas essentiel que Kai écrive les chansons lui a retiré un poids des épaules. Lui aussi pense que cet album est meilleur que le premier ! C’est génial. Nous avons pris la décision de ne pas attendre Gamma Ray parce que ça aurait pu prendre des siècles. On sait comment ils sont ! Mais je suis sûr que si ça n’avait pas marché, si en cours de route nous avions pensé que le résultat n’était pas satisfaisant, nous aurions attendu. Comme ça a marché, on a terminé l’album. C’est comme ça qu’il faut faire : on voit jusqu’où on peut aller, et si ça ne marche pas, alors…

Dennis : Alors on panique ! (Rires)

Dennis, tu n’es pas seulement bassiste, tu es également un producteur renommé. J’imagine que ça aide d’avoir un producteur à résidence, mais tout se faisant au sein du groupe, est-ce qu’il ne vous manque pas parfois un regard extérieur sur votre musique ?

Dennis : Je te dirais oui et non. Mon ego est trop important pour que j’admette que je voudrais que quelqu’un d’autre s’en charge ! Franchement, je ne vais pas te mentir : j’adorerais avoir un producteur extérieur. Mais je ne veux pas d’un type qui soit simplement à mon niveau. Je veux que ce soit George Martin qui vienne s’occuper de nous ! C’est là que ça devient compliqué. L’autre problème, c’est que je produis depuis 1994 (ça fait vingt ans) des groupes dans lesquels je joue – Pink Cream ou Dezperadoz, par exemple. J’ai l’habitude. En toute franchise, au début, c’était vraiment dur d’être accepté et respecté en tant que producteur et musicien. Cela étant dit, un groupe et son producteur travaillent main dans la main. Le producteur n’est que le type qui met le tout en forme, qui s’assure que tout le monde arrive à l’heure au studio et que tout fonctionne. Mais le groupe reste l’élément vital de la production. Sauf pour un artiste pop, le producteur n’est pas un mec tout puissant en mode « fais ce que je dis ou va mourir. » Ça ne marche pas comme ça. On voit ça de plus en plus souvent dans les groupes. Les choses ont changé. Kosta [Zafiriou, batterie] est aussi notre manager. Nous sommes multi-tâches et ça fait tourner les choses correctement. S’il y a des problèmes au niveau de la production, les gars peuvent venir me voir directement, soit en tant que bassiste, soit en tant que producteur. Ça facilite les choses, parfois. Mais pour répondre directement à ta question, ça ne poserait de problème à personne si, par exemple, Bob Rock venait produire l’album.

Michael : Je préférerais ça, pour être honnête !

Dennis : Mais ce n’est pas très réaliste ! (Rires)

Michael : J’ai travaillé toute ma vie avec des producteurs extérieurs et c’était généralement cool. Tommy Hansen était parfait pour Helloween parce qu’il avait des idées dingues qui venaient ajouter au fun. Le début de « Rise And Fall » a un petit côté années 20 a capella. Sans Tommy, ce ne serait pas le cas, donc c’est génial. Mais pour ce groupe, je pense qu’il est préférable que ce soit un membre qui produise. Nous sommes comme une famille. Dennis nous connaît, on ne fait pas appel à un étranger qui va devoir se faire idée de qui est quoi. Ça peut devenir une situation très problématique. J’ai aussi eu de mauvaises expériences avec certains producteurs. Par exemple, pour l’album Pink Bubbles, Chris Tsangarides m’a dit l’une des pires choses qu’on puisse imaginer : « Je veux te faire chanter. » Je lui ai répondu : « Je n’ai pas besoin que tu me fasses chanter, je sais ce que je fais ! » Ce n’est pas la bonne approche. Un bon producteur ne doit pas te faire ressentir ça. Il doit faire l’inverse : te convaincre qu’il a confiance en toi, qu’il sait que tu peux le faire.

Dennis : Le boulot du producteur consiste à regarder ce qu’il a dans sa main et à en tirer le meilleur. Il doit chercher les points forts des musiciens ou du groupe, les faire ressortir et gommer les faiblesses. Il n’est pas là pour changer ou convertir les musiciens, et il n’a pas à modeler le chanteur pour lui faire chanter ce qu’il veut entendre. C’est une grosse erreur.

Michael : Beaucoup de producteurs le font, pourtant. Avoir Dennis dans le groupe en tant que compositeur, bassiste et producteur… On se connaît, il peut me dire ce qu’il pense.

Dennis : C’est vrai, on peut être honnêtes les uns avec les autres.

Michael : C’est tellement mieux comme ça.

Dennis : C’est un gros avantage, c’est sûr.

Michael : J’ai même connu des producteurs qui divisaient le groupe, en allant voir le chanteur pour lui dire : « Tes chansons sont bien meilleures que celles des autres ! » Sans rire, j’ai vécu ça ! Et bien sûr, il fait la même chose avec tous les membres du groupe. Tout le monde l’apprécie, il a le beau rôle, et les musiciens finissent par se détester !

Dennis : C’est quoi ce bordel ?!

Michael : Parfois, les producteurs sont des abrutis infantiles. Des groupes se sont séparés à cause de ça. Ça ne risque pas de se produire quand le producteur fait partie du groupe.

Dennis : Au fait… (à mi-voix) C’est toi qui écris les meilleures chansons ! (Rires)

Michael : (rires) Je suis le meilleur chanteur du groupe !

Dennis : Le meilleur, tout à fait !

« J’adore une grande partie de cette scène. Les fans sont adorables, totalement inoffensifs et passionnés. J’adore ça ! »

Michael, tout en restant assez diversifié, ce deuxième album est aussi plus metal que le premier. Ta relation au metal a été assez complexe au fil des années. Ressens-tu plus de plaisir à chanter du metal aujourd’hui ?

Michael : Pour être honnête, beaucoup des choses que j’ai dites ont été déformées. Les gens les ont interprétées comme ils le voulaient. Je n’ai jamais détesté mes années avec Helloween – les bonnes années, en tout cas. J’ai fait ça pour l’amour de la musique. J’ai grandi avec Maiden, Priest, Metallica, Queensrÿche et Black Sabbath, j’adore ce type de musique. Et puis j’ai connu des expériences négatives et les gens m’ont vraiment fait chier. Je n’ai pas besoin d’être M. Cool tout le temps, je m’en fiche. Si je suis énervé, je le dis. J’ai toujours été un type qui dit ce qu’il pense. Il y a des choses dans la scène metal avec lesquelles je suis en total désaccord. Lorsque ça part dans tout le côté satanique, ou l’apologie de la brutalité ou de l’inhumanité, je déteste cette merde ! Et je pense que personne ne devrait en faire la promotion. Personne n’a envie de vivre dans un monde comme ça. On veut tous pouvoir rire et être aimés, on veut des amis en qui on puisse avoir confiance. Quelle que soit la religion qu’on suit, c’est ce qui nous définit en tant qu’humains. À mes yeux, quiconque soutient de genre d’idéaux est totalement irresponsable, stupide ou mort à l’intérieur. Je ne sais pas, c’est sans doute un mélange de tout ça. J’ai toujours été contre – mais ce n’est pas tout. J’adore une grande partie de cette scène. Les fans sont adorables, totalement inoffensifs et passionnés. J’adore ça ! C’est pareil avec les interviews : j’apprécie la plupart des gens avec qui on discute. Nous sommes sur la même longueur d’onde et nous avons les mêmes goûts musicaux. C’est ma tribu. Mais il y aura toujours un côté amour/haine, parce qu’il y a des aspects que je ne cautionne pas du tout et ça ne changera jamais. Je me suis exprimé à ce sujet, surtout en Allemagne, et certaines personnes me détestent à cause de ça. Je m’en fous. D’ailleurs, ça a plutôt joué en ma faveur parce que beaucoup de gens ont compris. Mais il y en aura toujours pour déformer tout ce que je dis et faire de mauvaises analyses. Je n’ai jamais détesté la musique avec des guitares heavy. C’était simplement l’association de mauvaises expériences et de désaccords avec certains aspects de la scène.

Tu as souvent affirmé que tu ne chanterais plus jamais de speed metal avec double pédale, etc. Mais sur des chansons comme « Your Time Has Come » et « For The Kingdom », tu es plus proche de chanter du speed que jamais…

Michael : Je l’avais déjà fait avec Avantasia. Je n’ai jamais dit que je n’en chanterais plus, simplement que je ne l’écrirais pas. Ce n’est pas mon style, je n’ai jamais composé de speed metal. Ce que je compose est très différent. Si Dennis n’avait pas écrit ces chansons, elles ne seraient pas sur l’album. Mais ça ne m’ennuie pas de les chanter. C’est grâce à Toby [Sammet] que je le fais. C’est lui qui a écrit ce type de musique pour moi. C’est vraiment un type bien, je l’ai apprécié dès la première seconde. Il m’a appelé lorsqu’il préparait le premier album d’Avantasia. C’est uniquement pour lui que je l’ai fait. J’étais encore dans une phase où j’étais totalement opposé à toute cette scène et où je ne voulais rien avoir à faire avec eux. C’est sa personnalité qui m’a fait changer d’avis. J’ai accepté pour lui, mais je lui ai demandé de m’appeler « Ernie » sur l’album. C’est comme ça que ça s’est fait. Aujourd’hui, je trouve ça idiot et très drôle, mais c’est l’état d’esprit dans lequel j’étais à l’époque. La vitesse d’une chanson ne la rend pas diabolique ou quoi que ce soit. C’est le message qui compte. Je ne crois pas avoir jamais fait quoi que ce soit de diabolique, ce n’est pas mon style de chant. Je ne suis tout simplement pas ce genre de gars, et Toby non plus. Mais je n’en écrirai jamais, j’ai besoin d’un groupe pour le faire. C’est ce qui s’est passé avec Unisonic.

Dennis : Aucun de nous n’a d’intérêt pour les trucs diaboliques non plus !

L’EP et premier single s’intitule « For The Kingdom ». Est-ce votre objectif avec Unisonic, créer un nouveau royaume musical ?

Dennis : C’est une bonne description ! (rires)

Michael : « Royaume » est un peu fort, mais on veut construire notre petit monde.

Dennis : On parle du monde en général. Le royaume est notre monde, et on fait ça pour le royaume, c’est-à-dire pour le monde.

Michael : Je ne me lasse jamais d’affirmer que j’aime les gens. La plupart d’entre eux sont sympas. Je crois en l’humanité. Même si nous vivons une époque difficile, même s’il y a de la corruption et des horreurs, je continue à croire en l’humanité. Quand les choses s’aggravent et qu’on souffre, on peut constater que notre mode de vie ne fonctionne pas et en tirer des leçons.

Dennis : Le groupe se caractérise en grande partie par une pensée positive et la conviction que, quoi qu’il arrive, la bonté existe et peut tout surmonter. Le message de cette chanson, et de notre musique en général, c’est que nous avons la foi. Nous croyons vraiment ce que nous disons.

Michael : N’importe qui peut se rendre compte de ce qui ne va pas dans le monde, et c’est facile de s’en plaindre. Être agacé par quelque chose est simple, alors que vouloir faire une différence et avoir des idées nécessite une certaine force. C’est beaucoup plus facile d’être frustré parce que ça signifie qu’on a abandonné. Dans une interview que nous avons donnée en Espagne hier, nous avons dit que le mystère de l’existence, le mystère de la liberté, consiste à décider entre bien et mal, entre lumière et obscurité. Le point le plus important dans la vie est que, quoi qu’il nous arrive, on peut choisir d’en faire une expérience positive ou négative. Par exemple, pour une femme, vivre un viol est une expérience atroce et il est totalement normal qu’elle soit traumatisée. Mais si elle finit par être incapable d’aimer, la personne qui l’a agressée a réussi à la détruire. Il faut faire un travail sur soi et dépasser la douleur. L’expérience ne disparaîtra jamais, mais les monstres ne devraient jamais nous faire perdre confiance ou faire de nous des monstres à notre tour. On ne devrait pas devenir mauvais quand on a connu des expériences négatives, sinon le mal aura gagné. Quelles que soient les expériences qu’on traverse dans la vie, surtout les expériences négatives, l’important est ce qu’on décide d’en faire. On peut vivre quelque chose de négatif et en faire quelque chose de bien. C’est un travail individuel.

Interview face à face réalisée le 28 mai 2014 par Saff’.
Retranscription et traduction : Saff’.
Introduction et fiche de questions : Spaceman.
Photos : Erik Weiss, Blaustall (en studio) et Nicolas Gricourt (live au Hellfest 2012).

Site internet officiel d’Unisonic : www.unisonic.org/



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