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Interview   

C’est Raised Fist. C’est comme ça.


Alexander « Alle » Hagman a une sacrée gouaille. Il suffit de dégainer certains sujets et on n’arrête plus le chanteur de Raised Fist qui part dans de longues diatribes passionnées, sans ambages, sans grande modestie non plus, parfois même un peu fanfaron. Assurément, Hagman est un personnage, un frontman qui ne ressemble à aucun autre, tout comme Raised Fist est un groupe de hardcore qui ne ressemble à aucun autre : normal, ils viennent du Grand Nord, à l’écart de tous leurs pairs.

Les fans ? Il préfère les appeler des « auditeurs » et les voir comme des statistiques. Les tournées ? Pas plus dix jours, après tout il est très bien chez lui. Le développement commercial du groupe ? Une perte de temps, il est déjà millionnaire et possède bien plus qu’il ne juge nécessaire, compte tenu de son enfance passée dans la pauvreté. Les récompenses ? Rien à faire, si ce n’est une bonne occasion de faire la bringue.

Bref, après avoir évoqué le nouvel album Anthems, nous avons cherché à rentrer un peu plus dans la philosophie de Raised Fist et de son chanteur, et le moins qu’on puisse dire est que nous n’avons pas été déçus.

« Nous venons du Nord, et c’est comme dans Game Of Thrones, il y a un mur et il y a le reste, et avec Raised Fist, nous vivons à l’intérieur du mur [rires], et quand nous débarquons, les gens sont là : ‘Merde, c’est qui ces gars ?’ »

Radio Metal : Raised Fist est un groupe de hardcore mais pas un groupe de hardcore typique. Votre album précédent s’appelait From The North, donc penses-tu que vos racines et votre culture nordiques ont en partie fait la différence pour vous démarquer ?

Alexander « Alle » Hagman (chant) : Oui, absolument. C’était tout le concept de From The North : nous venons du Nord, donc nous ne croisons pas beaucoup de groupes. Nous ne venons pas des environs de Stockholm, nous sommes à mille kilomètres de Stockholm. Nous ne sommes pas dans la scène avec tous ces groupes de metal et de gros rock, pourtant tout le monde nous connaît en Suède. Ils ont un énorme respect pour le groupe. Même In Flames, par exemple, a énormément de respect. Je veux dire qu’Anders [Fridén], leur chanteur, quand il a gagné la plus grande récompense musicale en Suède, en dehors du Grammy, il est monté sur scène et a fait un discours. Pendant ce discours, il a parlé pendant cinq minutes de rien d’autre que Raised Fist, et comme quoi Raised Fist était le meilleur groupe au monde, et que les gens sont stupides s’ils écoutent autre chose que Raised Fist, etc. Il n’a parlé que de ça, n’a rien dit sur la récompense, a reposé le micro et est parti. Car nous avions joué trois chansons en live ce soir-là, avant son discours, et il les a vues. Sa femme aussi est une grande fan de Raised Fist. Et puis il était bourré, alors… [Rires]

Tous les musiciens ont donc un énorme respect pour nous. Même à Göteborg, où enregistrent tous les gros groupes de metal, les producteurs disent parfois : « Sur ta prochaine tentative, essaye de faire un peu plus à la manière d’Alexander. » Mon style vocal sert aussi de référence. Donc nous avons le respect de tous les musiciens en Scandinavie et sa communauté metal, que ce soit la scène de Göteborg ou les groupes de metal finlandais. Nous venons aussi en partie du death metal. Notre ancien batteur Oskar [Karlsson], qui est décédé, a joué sur peut-être dix ou quinze albums chez Century Media avec différents groupes de metal. Il a joué dans Defleshed, dans Helltrain, et ce genre de groupes, donc il était réputé dans la scène death metal. Aussi Matte Modin, il a été dans Dark Funeral. Aucun groupe de metal ne pense que Raised Fist est trop doux ou je ne sais quoi.

Je pense que si nous bénéficions d’un tel respect, c’est parce que nous ne nous mélangeons avec personne ici. Nous ne traînons avec personne. Nous ne tournons pas beaucoup, et quand nous tournons, nous avons une approche totalement différente du business de la musique. Je sais que les groupes galèrent et qu’ils veulent avoir du succès, et ils parlent toujours… Quand nous partons en tournée, les groupes parlent tout le temps des autres groupes dans le tour bus : « Tu les as vus ? Qu’est-ce qu’ils font maintenant ? On a tourné avec eux à l’époque… Ils sont devenus gros ! Etc. » Et je me dis : « Putain, est-ce que vous avez une vie en dehors des groupes de musique ? Calmez-vous les gars. Tout ne tourne pas autour de qui connaît qui. » Donc nous venons du Nord, nous nous la coulons douce, nous jouons aux échecs dans le bus [petits rires], nous parlons de la vie, des relations, nous ne parlons pas des autres groupes. Ça ne nous intéresse absolument pas. Et ça fait une grande différence. Je le vois souvent. Ça fait longtemps que nous tournons, et j’ai toujours vu ça.

C’était le concept de From The North : nous n’avons aucun lien avec tous ces autres groupes, en dehors des moments où nous tournons, donc nous avons développé une approche et une atmosphère totalement uniques au sein du groupe. Je pense que c’est très sain parce que, sans cette compétition et en ignorant toutes ces directives qu’il y a autour, nous n’avons aucune pression pour être les plus cool. Nous nous contentons de faire ce que nous trouvons sympa de faire. C’est comme ça qu’on peut survivre pendant vingt-cinq ans. Pas de problème, pas de dispute, rien. Nous sommes hyper relax. Donc tout le concept de From The North était : nous venons du Nord, et c’est comme dans Game Of Thrones, il y a un mur et il y a le reste, et avec Raised Fist, nous vivons à l’intérieur du mur [rires], et quand nous débarquons, les gens sont là : « Merde, c’est qui ces gars ? » Donc oui, ça nous a beaucoup façonnés.

Vous êtes un groupe réputé pour ne faire aucun compromis. Vous refusez même des tournées et des offres de festivals. Diriez-vous que vous ne faites même pas de compromis pour les fans ?

Non ! « Fan », ça ne veut vraiment rien dire. Car nous avions des fans, et ensuite, nous avons sorti cet album, et ils ont dit : « Bla bla bla, Raised Fist, ce n’est pas pour moi, merde. Ça ne vaut rien. » Je suis là : « Etais-tu vraiment un fan ? Et tu parles comme ça ? Ça fait vingt ans que tu écoutes notre musique et maintenant tu dis qu’on peut aller se faire foutre ? » Il y a plein de trolls qui vont et viennent. On peut se demander : c’est quoi un fan ? Nous ne savons pas qui sont nos fans. Evidemment, il y a des gens que je connais depuis le premier jour, etc. Mais un fan peut être un fan un jour, et le lendemain, ce n’est plus un fan. Je n’aime même pas le mot « fan ». C’est quoi ? Je dirais qu’un fan n’est pas un fan. Nous n’avons que des auditeurs. Nous avons un certain nombre d’auditeurs ou de gens qui écoutent Raised Fist en ce moment. Je le vois sur Spotify : « Nombre d’auditeurs ce mois-ci. » C’est une très bonne statistique, car ça monte et ça descend, et quand on sort quelque chose que certaines personnes trouvent nul, ils partent sur autre chose. Je trouve ça juste aussi.

« ‘Fan’, ça ne veut vraiment rien dire. […] Un fan peut être un fan un jour, et le lendemain, ce n’est plus un fan. Je n’aime même pas le mot ‘fan’. C’est quoi ? Je dirais qu’un fan n’est pas un fan. Nous n’avons que des auditeurs. »

On peut parfois aimer d’autres choses que simplement la musique : on peut aimer notre attitude, le message que nous véhiculons ou autre, et alors on devient plus un fan. Mais la majorité, c’est des auditeurs, et je respecte les auditeurs. Je suis très reconnaissant qu’ils apprécient notre musique, mais je ne peux pas vraiment dire… C’est dur à expliquer. S’ils apprécient, j’ai de la chance, et peut-être que la fois suivante ils n’aimeront pas, donc je ne sais pas quoi dire là-dessus. Nous ne pouvons pas penser constamment aux fans, et nous ne pouvons pas faire de compromis pour les fans. Je sais que quand nous sommes passés de Dedication à Sound Of The Republic, le changement était si important que des gens vomissaient : « Putain, Raised Fist, qu’est-ce que vous faites ? C’est de la grosse merde ! Maintenant vous faites du Limp Bizkit, bla bla bla », peu importe ce que les trolls disaient à l’époque. Nous avons appris que c’était comme rompre une relation toxique : on reçoit plein de merde au visage mais tout est bien mieux après [rires]. Nous savons que quand on opère de gros changements, sans compromis, c’est dur les deux premiers jours, et ensuite les gens commencent à se détendre et comprendre ce qu’on fait, et ensuite ils vaquent à nouveau à leurs occupations.

Metallica en est un bon exemple. Quand ils ont fait leurs premiers albums, ils avaient beaucoup de fans, et ensuite ils ont commencé à faire de la merde et les gens étaient là : « Fait chier ! » Et alors ils ont été haïs. Lars Ulrich est devenu un putain de mème dans la communauté des batteurs. Ce qui n’empêche pas que ces gars ont fait plein de choses et c’est quand même leurs cerveaux qui ont fait ça, donc ils savent parfaitement ce que c’est. Ils voulaient faire autre chose, ils voulaient du changement, etc., et même si vous détestez les nouveaux trucs, ça reste les mêmes gars que sur les autres albums ! Ils peuvent expliquer comment ils les ont écrits, ils peuvent parler du jour où ils ont posé tel riff, ils peuvent dire comment ils ont fait et pourquoi… Ce sont les mêmes mecs.

Donc les fans vont aller et venir au gré de tes albums. Donc, de notre point de vue, en tant qu’artistes, quand nous voulons faire notre musique, nous écoutons seulement ce que nous pensons être bon. Mais parfois, nous savons aussi que les trucs que nous produisons ont plutôt intérêt à être accrocheurs, car autrement, le business va péter un câble. Je veux dire que le label va dire : « Les gars, c’est quoi ce bordel que vous avez fait ? » [Petits rires] Nous ne pouvons donc pas faire le truc le plus artistiquement prétentieux et expérimental qui soit et le mettre sur album. C’est le genre de musique qu’on stocke sur nos ordinateurs à la maison. On a ça dans notre tête et on l’enregistre avec un projet parallèle, etc. C’est une très bonne question que tu poses, c’est pour ça que je n’arrête pas de parler [petits rires]. Nous avons donc quand même du respect pour les auditeurs, et nous voulons sortir quelque chose qui les intéresse. Pour autant, nous ne voulons pas faire de compromis avec notre musique. Nous sommes dans un étroit tunnel. Le label veut sa part, les fans – ou tu les appelles comme tu veux – écouteront s’ils aiment, tu as tes anciens fans-auditeurs qui veulent un type de musique spécifique, etc. Nous marchons donc sur une corde raide, et parfois nous y sommes bien obligés.

Mais oui, la direction principale que prend Raised Fist, c’est tout droit devant. Nous marchons par-dessus la merde pour faire ce que nous voulons faire. Nous ne regardons pas en arrière. Nous marchons. Puis nous entrons dans une nouvelle époque, et ce qui est derrière nous est derrière nous. Nous essayons de nous dire : « C’est Raised Fist. C’est comme ça. Pas le temps de ressasser. » Oui, ça peut être un gros coup dur pour les vieux fans parfois. Enfin, j’aime à croire que Raised Fist s’est développé très graduellement et de façon très organique. Nous n’avons pas essayé de nous réinventer, de nous créer une nouvelle image ou autre. Je suis toujours là, je parle toujours de la même façon, je continue à écrire les mêmes conneries, mon état d’esprit reste le même avec les textes, même s’il est possible que je sois plus détendu dans certains domaines… Et musicalement, nous avons fait notre première démo pour que je décide de ce que je voulais faire, et nous avions deux chansons de hardcore et ensuite des chansons de grunge, de la musique à la Pearl Jam [petits rires], parce que c’était les années 90 ! Les gens ne peuvent pas parler de ce que nous avons fait par le passé et ensuite parler d’aujourd’hui sans mentionner l’intégralité des vingt-cinq ans, parce qu’il y a vingt ans, nous jouions du grunge et du vieux hardcore. Nous n’avons aucun respect, aucune peur ou quoi que ce soit avec ce que nous faisons. Nous faisons juste ce qui nous paraît bon. Et je pense que si tu es honnête avec toi-même et que tu fais ce que tu aimes, ça se passera bien.

Prend Bring Me The Horizon, par exemple, j’ai écouté deux ou trois chansons. Je ne les écoute pas régulièrement, je ne suis pas un auditeur ou un fan de ce groupe, mais je les ai entendus à une époque, et là j’ai réentendu ce qu’ils faisaient, j’étais là : « Putain mais qu’est-ce qui est arrivé à ce groupe ?! » [Rires] Je me disais : « Oh, peut-être que ce n’est qu’une chanson. » Et j’ai écouté la suivante, puis la suivante… Ils se sont transformés en quelque chose de complètement différent. Puis je me suis dit : « Hmmm, mais ils le font vraiment très bien ! » Ils savent ce qu’ils font ! Ces mecs ne font pas du hardcore mathématique générique. Ils savent créer des harmonies ici, des accroches là. Oui, parfois les musiciens jouent dans un style mais ils savent faire plus que ça. Donc j’ai écouté et je me suis dit : « D’accord, ils ont réussi. » J’ai du respect pour eux, pour avoir dit « allez vous faire foutre », avant de changer de direction [petits rires]. Et ils n’en souffrent pas du tout. Ce n’est pas comme si les fans avaient disparu et qu’ils s’étaient retrouvés tout seuls en pleine catastrophe. Je suppose qu’ils se portent très bien et que c’est exactement ce qu’ils voulaient. Donc, les artistes : allez-y, faites tout ce que vous voulez. N’écoutez pas ce que les autres disent, car autrement vous n’êtes pas des artistes, vous n’êtes que des producteurs, vous produisez des choses que, selon vous, le public aimerait obtenir. C’est de la peur. La peur n’est pas de l’art.

« Les artistes : allez-y, faites tout ce que vous voulez. N’écoutez pas ce que les autres disent, car autrement vous n’êtes pas des artistes, vous n’êtes que des producteurs, vous produisez des choses que, selon vous, le public aimerait obtenir. C’est de la peur. La peur n’est pas de l’art. »

Tu as déclaré par le passé que vous aviez « une règle d’or : le groupe ne doit jamais être influencé par des intérêts économiques ». Mais n’est-ce pas un vœu pieux de chercher à respecter cette règle ? Car il y a inévitablement une dimension économique dans chaque groupe. Et comme tu l’as dit : vous ne pouvez pas faire quelque chose de totalement expérimental, car autrement le label ne vous suivrait pas, par exemple…

Oui, c’est sûr. Enfin, ça ne coûte pas d’argent de faire de la musique. Tu peux faire de la musique dans ton sous-sol et ça ne coûte rien. Donc le paramètre économique entre en compte quand on sort un album avec une maison de disques, etc. et alors il y a toute cette pression qui arrive, parce qu’ils veulent gagner de l’argent, autrement ils ne peuvent pas sortir l’album. Mais aujourd’hui, c’est totalement différent : on peut sortir la musique en digital et tout le monde peut découvrir notre musique. De nombreux musiciens sont des exhibitionnistes. Ils veulent être vus. Ils pleurent si vous ne les regardez pas. Ils veulent aussi gagner de l’argent. Ils veulent être des stars. Ils veulent que vous les félicitiez. C’est courant. Les gens sont comme ça, peu importe que ce soit dans l’industrie musicale, l’industrie du cinéma ou ailleurs. Les gens sont des putains d’exhibitionnistes. Ils veulent se montrer. Il suffit d’aller voir sur Instagram : les gens veulent qu’on les regarde. Donc c’est normal que les gens veuillent gagner de l’argent, parce que l’argent, c’est essentiel pour faire des choses dans le monde d’aujourd’hui, et si on peut faire les deux : « Oh, splendide ! » On peut aller chercher de l’or dans la mine ou on peut jouer de la musique. Tout dépend de ce que l’on veut.

Je viens d’un milieu très pauvre. Je viens d’un milieu vivant sur les aides sociales. Mon père a été endetté toute sa vie. Nous avions acheté une maison, ils avaient un gros prêt à la banque et il s’est avéré que la maison était endommagée, ça ne servait à rien de réparer quoi que ce soit, il fallait tout raser. C’était une putain de catastrophe. Donc il avait un gros prêt à la banque qu’il ne pouvait pas rembourser. Il travaillait dans un restaurant avec ma mère. Ce prêt a tué leurs finances quand nous étions jeunes. C’est devenu un désastre. Nous avions si peu d’argent que ma mère devait mendier de l’argent auprès des voisins, pour que nous puissions manger. C’était vraiment moche, compte tenu du fait que nous vivions dans un bon pays. Je veux dire qu’il n’est pas commun de croiser des gens pauvres dans les sociétés modernes en Scandinavie. J’étais là : « D’accord, je n’aurais pas ça quand je serais grand. » Mais quand j’ai grandi, j’ai commencé à monter mon propre business, et j’ai commencé à faire quelque chose de mes mains. L’industrie musicale, c’est : un jour ça pourrait être bien, un autre jour ça pourrait être mauvais. On ne peut donc pas contrôler ça. Si tu es un artiste tatoueur, tu as la maîtrise de ton métier. Tu peux te retrouver dans n’importe quelle ville dans le monde, si tu es bon, tu peux lever le bras et dire : « Je peux te tatouer pour de l’argent. » Ton métier t’appartient. Donc je me disais : J’ai besoin d’avoir un métier qui m’appartient, parce que je ne veux plus jamais de cette vie, que ce soit pour moi ou pour mes enfants. »

Je me souviens, à l’époque, j’allais à l’épicerie, je prenais toutes ces bonnes choses et ma petite amie de l’époque disait : « Tu fais très attention quand tu choisis. » J’ai dit : « Oui, parce que je n’ai jamais eu ça quand j’étais enfant. Ce sont des choses que je voyais dans le réfrigérateur de mes amis. Moi, je n’en avais pas. » Mes amis avaient toujours plein de lait sans le frigo, genre dix packs de lait, alors que nous, nous n’avions qu’un pack de lait ouvert, et je n’avais pas le droit de boire du lait le soir parce que ma mère disait : « Non, tu en as besoin pour le thé et le café demain, donc économise. » Voilà les problématiques que nous avions. Des petites choses auxquelles je pense encore aujourd’hui. Donc j’ai réussi à me hisser à un niveau où j’avais ce qu’il me fallait ; j’avais ce que la personne moyenne avait. Ça me satisfaisait. Je n’en voulais pas plus. J’étais complètement : « C’est ça la vie. C’est du putain de luxe. Ce que je veux maintenant, c’est vivre dans une maison. C’est mon rêve. » Juste une maison, parce que j’avais vécu dans un appartement, quatre personnes dans un trois-pièces, c’était toujours à l’étroit, alors que des camarades de classe avaient une maison. Tu rentres dans une maison et il n’y a aucun conflit de voisinage. Donc c’était mon rêve. J’ai acheté ma maison il y a six ans. J’étais dans un appartement, et ensuite, ma copine et moi avons acheté cette maison. Et quand j’ai ouvert la porte, j’ai pleuré, parce que j’étais là : « J’ai réussi ! » C’est plus important que tout pour moi.

Je me fiche d’avoir plus d’argent, des voitures, des canots à moteur, peu importe. La vie est courte. Je savais que l’argent n’était pas la clé du succès. Je savais quand j’étais jeune que je n’aurais pas dû connaître une telle misère, mais je suis content d’avoir grandi dedans, parce que ça m’a permis de comprendre que le bonheur n’a rien à voir avec l’argent. Donc quand j’avais dix-huit ou dix-neuf ans, à propos des gens qui couraient après des rêves ou je ne sais quoi, je me disais : « Ce après quoi vous courez est superflu. Je suis content d’avoir un réfrigérateur et dix packs de lait pour être tranquille. Je suis content de pouvoir payer mes factures, que le gouvernement ne vienne pas me prendre ma voiture ou autre chose. » Avoir un niveau de vie moyen, c’est très, très bien. Tu as une sacrée chance si tu es au chaud, en sécurité et que tu as de la nourriture sur la table, et le reste, ce n’est que tu bonus. Et encore aujourd’hui, la chose qui m’apporte le plus de bonheur, c’est quand je vais à mes entraînements de jujitsu. J’y passe presque tout mon temps. Autrement, je fais de la musique. Et je n’ai pas besoin de l’industrie, je n’ai pas besoin des tournées, je n’ai pas besoin d’écouter qui que ce soit. Quand je fais de la musique, je me dis : « C’est pour moi. » J’aime peindre aussi, j’aime faire du graphisme sur ordinateur, j’aime le jujitsu, et tous ces centres d’intérêt ne coûtent rien et me procurent du bonheur. Et j’ai mes enfants et ma famille.

Donc je n’ai pas besoin d’Ozzfest pour rendre mon groupe célèbre. Si mon groupe devient une industrie multimillionnaire, je n’aurai pas beaucoup de… C’est Notorious B.I.G. qui a dit : « Plus d’argent, plus de problèmes. » Je suis à cent pour cent content de ma vie. Et tu sais quoi ? J’ai monté mon business, j’ai fait toutes les choses que je voulais faire, et aujourd’hui, je suis millionnaire en euros. Donc j’ai déjà surpassé tout ça. Pas avec la musique ou quoi, juste en restant moi-même, en faisant mes trucs, en étant motivé, en montant ma boîte, en trouvant différentes choses. Je ne m’arrête jamais. Parfois je me suis tellement fracassé que d’autres gens auraient fait une dépression. Mais quand je me suis fracassé, j’étais encore au-dessus du niveau auquel j’étais quand j’étais enfant, donc je me disais : « Non, je peux recommencer ! Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire ? Que je finisse comme j’étais étant enfant ? J’y ai survécu aussi. » Donc pour moi, faire du business pour faire du business dans la musique, je ne ferai jamais ça, jamais. Et ça nous rend vraiment authentiques aussi, d’une certaine façon, aux yeux de ceux qui ne veulent pas que nous soyons mêlés à des histoires d’argent. Les gens disent : « Maintenant ils veulent de l’argent, ils veulent devenir gros ! » Pour quelle putain de raison ? Je suis déjà millionnaire ! Les gens dans ce groupe se font déjà plein d’argent. Je veux dire que Daniel [Holmgren] a un business dans la photo qui marche super bien, j’ai mon business informatique avec dix employés… Donc si on veut nous envoyer en tournée, je dis : « Putain, non. Ça coûte trop d’argent ! » [Rires]

« Les gens disent : ‘Maintenant ils veulent de l’argent, ils veulent devenir gros !’ Pour quelle putain de raison ? Je suis déjà millionnaire ! Les gens dans ce groupe se font déjà plein d’argent. »

Donc non, le but de cet album n’est pas de développer un business, nous avons déjà ça. Le but de cet album est de faire ce que nous voulons faire musicalement, d’être des artistes libres, etc. Et nous avons également investi de notre propre poche pour la production au studio. Il n’y a pas qu’Epitaph qui a investi de l’argent dans le studio. Nous avons nous-mêmes investi de l’argent pour acheter du temps en plus et avoir ce qu’il faut pour faire toute cette musique, et faire le chant comme je voulais qu’il soit, et la batterie, etc. Et malgré tout, nous n’acceptons que les tournées de dix-jours. Nous ne faisons pas de tournée au-delà de dix jours. Si Ozzfest nous appelle demain et demande si nous voulons venir la prochaine fois, nous dirons : « Non, donc ne nous appelez pas. » C’est un non ferme et éternel ! Tu peux l’écrire [petits rires]. Donc oui, vous ne verrez pas ce groupe jouer plus que de raison, et un beau jour nous mourrons de vieillesse, et tout le monde réalisera : « D’accord, Raised Fist était Raised Fist. » Nous étions ce groupe de niveau moyen, peu importe, mais nous avions cette idée. Nous sommes totalement en marge des plans du business. Nous ignorons les directives. Nous le faisons depuis le premier jour. Nous n’avons aucun respect pour les labels. Raised Fist se résume à la musique que nous faisons et nous partons jouer quand nous pensons : « D’accord, on va bien s’amuser », pas parce que nous devons le faire. Si tu regardes le nombre de tournées que nous avons faites avec ce groupe, ça représente très peu de concerts. C’est parce que les tournées, ce n’est pas toujours sympa. Tourner, c’est un boulot qu’on fait en tant que groupe, on le fait pour promouvoir notre album, mais même promouvoir notre album ne nous intéresse pas tellement ! [Rires] Si nous pensons qu’une tournée ne sera pas marrante, si quelqu’un dit que nous allons partir deux mois en van à travers les Etats-Unis, nous dirons : « Non, je ne crois pas » [rires]. Donc tout ça va de pair.

Donc oui, je peux assurer aux fans ou aux auditeurs que Raised Fist ne fera jamais rien pour des raisons commerciales. Si quelqu’un débarque et dit « on va faire ça, ça, ça. Ce sera marrant, ça va vous plaire. Voici l’argent », alors nous dirons : « C’est super cool, qu’est-ce qu’on peut faire avec ça ? » Mais nous n’avons pas besoin de Raised Fist pour vivre. Raised Fist n’ira jamais courir après l’argent. Nous avons déjà des vies parfaites. Là, je suis en train de me balader dans ma putain de grosse maison : j’ai un kit de batterie ici, j’ai un chasse-neige que j’ai acheté – je l’ai ici dans la pièce, je viens de le déballer [petits rires] –, j’ai tous mes instruments de musique, j’ai un studio de musique, je peux descendre au sous-sol et faire du skateboard, j’ai un ordinateur pour jouer aux jeux vidéo – c’est un ordinateur à cinq mille euros, avec une double carte graphique, j’adore les jeux vidéo –, j’ai deux voitures qui coûtent cher… Putain, ma vie est superbe ! Pourquoi est-ce que je voudrais sortir de cette maison ? Josse, le bassiste, lui il vit à Bälinge – tu sais, la photo de From The North où nous sommes debout sur des rochers, c’est à deux cents mètres de sa maison, donc il vit dans les bois, il a ses motoneiges, il a sa famille… Nous ne demandons pas plus. En fait, j’ai l’impression d’avoir trop ! Si quelqu’un me retire quelque chose, ce qui me resterait me suffirait. Prends-moi la moitié de ce que je possède et je serai encore content. Mes deux filles vont bientôt revenir à la maison. L’une a un an et l’autre en a cinq, et elles sont là : « Eh, papa ! » et elles me sautent dessus. Pourquoi est-ce que j’irais m’asseoir dans une loge merdique pour développer un groupe ?

Un groupe, c’est un truc merdique ! Il n’y a que les exhibitionnistes qui courent après l’argent comme des accros à l’héroïne… Ils courent après un rêve, ils veulent ça, ils y vont à fond. Ce n’est pas pour moi. Ce n’est pour personne dans le groupe, heureusement. Je ne suis pas le seul dans cet état d’esprit. C’est dingue… Même si tu es dans un gros groupe… Prend Bring Me The Horizon, par exemple : ils voyagent beaucoup, ils se posent dans des avions, ils se posent dans des bus, ils se posent dans des loges, ils se posent dans des chambres d’hôtel… J’ai déjà donné. Rien de tout ça n’est marrant. La seule chose marrante, c’est quand on monte sur scène. Le reste, ce ne sont que des déplacements, encore et encore. Et c’est pour ça qu’on voit autant de drogue dans ce business, à cause de l’ennui, de l’atmosphère, tout est merdique. Les gens commencent à prendre de la drogue pour faire passer le temps durant la journée. La journée, ils glandent en buvant de la bière ou ils prennent de la drogue pour se divertir et avoir l’énergie de monter sur scène plus tard, parce que c’est exigeant de jouer ces sets. Tu es exténué quand tu joues tous les jours. Ça te casse en deux et ensuite tu t’ennuies durant la journée, tu dors toute la journée ou peu importe. Donc cette vie favorise un environnement de travail avec de la drogue.

Pour moi, c’est totalement différent. Quand je pars en tournée, je veux optimiser mon temps. Je veux aller visiter la ville. Et je suis en bonne forme, donc je peux encaisser les concerts, mais je sais qu’après dix jours, ça part sur une pente descendante. C’est pourquoi nous mettons une limite au nombre de concerts que nous faisons : Raised Fist fait un maximum de dix concerts, en dix jours, parce que le onzième et le douzième, c’est là qu’il y a une baisse de régime, et personne ne devrait voir Raised Fist comme ça. Si tu paies plein pot, tu dois voir Raised Fist au sommet de sa forme, et ceci n’est possible que lors des dix premiers jours. Et nous trouvons ça marrant, et quand nous rentrons à la maison, nos familles sont contentes, nous sommes contents. Nous donnons cent pour cent d’énergie sur scène pour que les fans et les auditeurs soient contents. Tout le monde est content, c’est le plus important. L’ampleur que va prendre ton groupe n’est pas importante. Je ne sais pas si tu vas réussir à tirer quelque chose de tout ça [rires]. Mais je pense que tu as compris l’idée principale : nous sommes totalement différents à cet égard, nous venons du Nord !

Il y a dix ans, en 2009, vous aviez été nominés aux Grammy Awards. Comment était votre expérience par rapport à ça ?

Ça, c’était vraiment marrant. C’était l’un des trucs les plus drôles que nous ayons vécus dans notre carrière. La récompense en soi, évidemment… Nous sommes au moins dans la moyenne en termes d’intelligence, donc nous comprenons que cette histoire de récompense dans l’industrie musicale, c’est des conneries, mais on ne peut pas nier que la fête est géniale. Nous sommes venus en limousine et nous sommes montés… Au Grammy, il y a énormément de gens, plein de gros artistes, plein de gens ivres, et malgré tout, la police sous couverture nous a emmenés Josse et moi à l’écart de cette grande foule de célébrités. Nous étions tellement excités que nous sommes arrivés, genre : « Putain, faisons la fête ! Putain, ouais, de la vodka-Redbull, envoie ça, boum, bam ! » La mentalité Raised Fist du Nord [rires], tu vois, avec mon background et tout. L’effet était très spécial. Donc la police sous couverture a cru que nous avions pris de la drogue et nous a emmenés dans les cuisines de ce grand opéra – je ne sais plus comment s’appelait cette salle. Nous étions là : « Non, nous avons juste pris de la vodka-Redbull. Pas de problème. Nous… Nous voulons juste faire la fête ! » Ils ont dit : « Non, non, attendez ici. » Ils ont fait des vérifications sur nous, ils nous ont contrôlés pour la drogue [rires], et nous étions clean, bien sûr, parce que nous ne prenions pas de drogue, autre que de l’alcool à l’époque.

« La seule chose marrante, c’est quand on monte sur scène. Le reste, ce ne sont que des déplacements, encore et encore. Et c’est pour ça qu’on voit autant de drogue dans ce business, à cause de l’ennui, de l’atmosphère, tout est merdique. Les gens commencent à prendre de la drogue pour faire passer le temps durant la journée. »

J’avais une liasse de billets dans ma poche, je crois que c’était l’équivalent de trois mille euros. Josse avait la même chose, parce que nous nous sommes dit : « D’accord, on va là-bas, faisons une putain de grosse bringue que tous ces gens ne seront pas près d’oublier » [rires]. Donc ils nous ont fouillés et j’ai sorti cet argent, ils étaient là : « Wow ! », les yeux écarquillés. Il y avait deux femmes et deux hommes policiers habillés comme les gens qui faisaient la fête, de jeunes gens bien habillés, ils se fondaient parfaitement dans la masse. Donc nous avons vidé nos poches et ils ont dit : « Les garçons, vous avez un paquet d’argent là ! » Nous avons dit : « Oui, c’est une putain de grosse fête, non ?! » Ils étaient là : « D’accord, oui en effet » [rires]. Donc pendant qu’ils faisaient ça, ils nous ont fait passer des tests pour la drogue et tout, et ils ont appelé le poste de police pour vérifier nos antécédents, etc. et il n’y avait rien dans notre casier judiciaire. Donc ils ont dit : « D’accord les garçons, vous êtes clean. Voici vos effets personnels, vous pouvez retourner à la fête, amusez-vous bien, mais allez-y mollo pour que les vigiles du club ne vous mettent pas dehors. » Nous étions là : « Pas de problème. »

Ça c’était la cérémonie des Grammy Awards, et ensuite il y a eu l’after, qui était encore plus… A ce stade, les gens partent en vrille – ce n’est pas une fête privée, c’est une grande after, mais avec un accès restreint. Nous sommes arrivés, toute l’équipe : « Ouais ! Allez, on y va ! » Les premières personnes que l’on voit à la fête sont les flics qui étaient assis là à faire semblant de s’amuser [petits rires], se fondant dans la masse. La première chose que nous avons dite en arrivant était : « Regardez, voilà les flics ! Eh, comment vous allez ?! » Et ils étaient là : « Shhuuut ! Merde ! » Et tout le monde les regardait, genre : « C’est quoi ce bordel ?! » Les Grammy, pour nous, c’était un peu comme les outsiders du Nord qui débarquaient ; nous n’avons jamais eu la moindre attache avec Stockholm mais tout d’un coup, nous avions la plus grosse des nominations qu’on peut avoir en musique en Suède. C’était tellement bizarre ! Même dans notre petite ville de Luleå… Nous venons de la banlieue de Luleå, où vivent les pauvres. Là-bas, il y a beaucoup de drogue et autres saloperies. Donc rien que le fait d’aller au centre-ville de Luleå et de devenir quelque chose là-bas, c’était énorme. Or là, tout d’un coup, on parlait de nous à la télé et dans les médias nationaux, et nous nous disions : « On va là-bas et on va s’assurer qu’ils sachent qui on est avant de revenir chez nous. »

D’ailleurs, nous aurions dû gagner, parce que j’ai trouvé que durant la présentation de « Friends & Traitors » et de Veil Of Ignorance lors de la cérémonie, quand notre vidéo a été diffusée sur l’écran géant, la plupart des gens ont applaudi. Mais c’était marrant. On ne peut pas faire autrement que de voir ces cérémonies comme de grandes fêtes. Et pour ce qui est de remporter des prix… Nous avons remporté certains des plus grands prix durant notre carrière et ce n’est pas quelque chose que nous mettons en avant, parce que c’est souvent comme l’histoire des fans et des auditeurs : un gars peut aimer et un autre peut ne pas aimer, donc ça n’a pas d’importance. On ne peut pas mesurer la musique de cette façon. Mais pour ce qui est de la fête, c’était une sacrée soirée, je peux te dire !

Tout comme vous n’avez jamais été un groupe hardcore typique, tu n’as personnellement jamais été un chanteur hardcore typique non plus. Comment as-tu façonné cette manière de crier aiguë et très intense à l’origine ?

J’ai chanté de différentes façons dans le passé, mais quand j’ai commencé à crier, et vraiment crier, pas juste faire semblant… Certains groupes de death metal, par exemple, si tu les écoutes sur album, ça sonne comme des putains de monstres, mais ensuite, quand tu es juste à côté d’eux, ça ne sonne pas très fort, c’est une sorte de couinement qui ne rend pas super bien en réalité. Donc ce que j’ai fait, c’est que j’ai crié si fort que c’est devenu vraiment aigu, c’était un vrai cri, et même sans microphone, si nous étions tous les deux dans une pièce et que je criais, tu dirais : « Bordel, calme-toi ! » [Petits rires]. Quand je fais ça, ma voix part dans les aigus. Donc je me disais : « D’accord, voilà ce qui se passe quand je mets vraiment de la pression. » Tu peux entendre dans le nouvel album que si j’y vais un peu plus mollo, ma voix descend à un niveau plus sombre, plus dans les basses et médiums.

J’ai donc juste commencé à crier et j’ai adoré ! J’adore cette tonalité parce que je montre très haut. C’est un peu un défi de faire en sorte d’être juste quand on crie. Si tu n’es pas juste, ça sonne vraiment mal sur la musique. Donc quand tu montes tout là-haut, il faut être parfaitement juste. En fait, c’est une manière assez complexe de chanter. Ce n’est pas du tout facile. C’est ce qu’il y a de plus dur dans mon chant. Le chant clair, aucun problème. Même les cris plus sombres, pas de problème. Mais quand tu montes tout là-haut, c’est là que c’est vraiment dur. En conséquence, je ne comprends pas vraiment certaines personnes qui ne captent pas, mais c’est comme avec tout. Il faut avoir des connaissances pour savoir de quoi il s’agit. Mais, en tout cas, ce style est tout simplement venu quand j’ai commencé à crier. Je crois que c’était durant Fuel ou après, durant Ignoring The Guidelines, quand j’ai commencé à travailler avec Daniel Bergstrand, et sa spécialité c’est le chant et la batterie, donc il y a pas mal contribué. Quand nous avons fait l’album Ignoring The Guidelines, c’était genre : « Wow. Ok, désormais, j’ai ça qui est en place. Maintenant, pour la première fois, ma voix sonne bien. »

« Raised Fist fait un maximum de dix concerts, en dix jours, parce que le onzième et le douzième, c’est là qu’il y a une baisse de régime, et personne ne devrait voir Raised Fist comme ça. Si tu paies plein pot, tu dois voir Raised Fist au sommet de sa forme, et ceci n’est possible que lors des dix premiers jours. »

Et c’est bien que ça paraisse original. J’adore quand c’est comme ça. Si tu écoutes d’autres chanteurs qui chantent aigu, tu as Guns N’ Roses, par exemple, c’est un chant très spécial, tu as AC/DC, un chant très spécial, et tu as Raised Fist, un chant très spécial. Je ne suis pas en train de jouer les narcissiques et de me mettre au même niveau qu’AC/DC et Guns N’ Roses [petits rires], mais ce que j’aime au sujet de Raised Fist c’est que nous avons une patte très originale. Si tu entends une chanson, tu entends d’abord la musique et tu te demandes : « Est-ce que ça serait Raised Fist ? » Puis tu entends le chant : « Oui ! » J’aime ça. C’est intemporel. Ça fait partie de l’héritage du groupe. C’est important aussi, de laisser quelque chose, une marque. Que Raised Fist soit petit ou gros, ce chant fait de nous un groupe de hardcore spécial.

Le groupe a connu un certain nombre de changements de line-up et on dirait que vous avez du mal à maintenir un line-up stable. Mais comment est-ce que ceci affecte le groupe, que ce soit positivement ou négativement ?

Oui. Eh bien, je pense qu’en vingt-cinq ans, nous n’avons pas eu tant de changements que ça. Je veux dire que ça fait depuis les vingt dernières années qu’Andreas [« Josse » Johansson], Daniel et moi sommes dans le groupe. Je ne parle pas des premières années où nous changions de membres tous les jours ; certains membres étaient juste là pour un temps et nous avons essayé plein de gens différents, et je sais qu’ils sont mentionnés dans Wikipedia comme étant des anciens membres, mais ce n’est pas vraiment le cas, parce qu’ils sont restés une semaine à trois mois et ensuite ils étaient remplacés par quelqu’un d’autre. Il y en a mêmes certains qui savaient qu’ils étaient là temporairement, le temps que nous trouvions quelqu’un. Donc si on regarde les principaux batteurs que nous avons eu : il y a eu Peter [Karlsson], puis Oskar [Karlsson], puis Matte, et maintenant, nous avons Rob [Wiiand]. Donc nous avons changé trois fois en vingt-cinq ans. Et puis, en terme de guitariste, le premier est mort, l’un est parti, et ensuite Marco [Eronen] est arrivé dans les années 90. Donc Marco a été avec nous pendant très longtemps. Et ensuite, nous avons ajouté un second guitariste, Daniel, qui est arrivé au début des années 2000, et il est toujours dans le groupe. Puis Marco est parti et Jimmy [Tikkanen] est arrivé. Maintenant je crois que Jimmy est avec nous depuis deux albums. Depuis 2013, environ, nous sommes les mêmes membres, à l’exception du batteur parce que Matte est parti. Il y a donc eu quelques changements, mais malgré tout, nous sommes trois membres sur cinq à toujours représenter le noyau dur : Josse et moi avons fondé le groupe, et Daniel est avec nous depuis 2000, donc ça fait presque vingt ans.

Les mauvais côtés… Je ne vois aucun mauvais côté, si ce n’est… Matte, par exemple, est un très bon ami et un mec marrant, donc évidemment il nous manque. D’un autre côté, c’est comme une relation : parfois, on ne se rend pas compte à quel point c’est bien jusqu’à ce qu’on se sépare. Ça a été comme ça avec certains membres. Enfin, ça ne marche pas toujours comme sur des roulettes dans un groupe, il y a aussi des problèmes, etc. mais on y survit, comme dans n’importe quelle mauvaise relation, parfois. Donc, changer, c’est toujours bien. Niveau musique, prends par exemple Jimmy : il est arrivé sur From The North et il a écrit des riffs de guitare pour des chansons comme « Man & Earth ». Il a aussi écrit le refrain et le couplet de « Unsinkable II ». Il a aussi écrit le couplet de « Into This World », et c’est un genre de riff à la Motown [chante le riff] ; ça pourrait être une guitare qu’on retrouve dans un vieux morceau à la « Staying Alive » [petits rires]. Il a une façon de composer la musique qui est très différente de la mienne, par exemple. Moi je compose des chansons comme « Shadows », « Murder », « Killing It », je fais beaucoup de rock et des trucs un petit peu plus durs, et lui a une approche très différente, comme tu peux l’entendre. Les gens disent que nous avons évolué, etc. et c’est en partie parce que nous avons de nouvelles personnes dans le groupe qui arrivent avec des manières de composer totalement différentes. Ensuite, j’ajoute mon chant et mon style et, de manière organique, ça devient Raised Fist. C’est donc très bien que nous ayons des différences.

Aussi, quand Matte, notre dernier batteur, est parti, nous avions déjà vécu ça. Avant, c’était : « Oh bon sang, ça ne va plus être pareil ! » Quand nous avons perdu Oskar – un batteur légendaire –, nous étions là : « Oh, mon Dieu ! Qu’est-ce qu’on va faire ? » Mais ensuite, nous avons appris que chaque nouvel être humain intégrant le groupe apporte quelque chose que nous devons embrasser. Le nouveau batteur, par exemple, est le batteur le plus groovy que nous ayons eu, et nous le savions avant, car nous l’avons contacté parce que nous l’avons vu jouer dans Truckfighters, etc. Nous savions que c’était un batteur que nous voulions. Nous lui avons demandé et il a accepté. Donc nous avons ce nouveau batteur qui a sa propre approche, et maintenant, nous en voyons le résultat. En fait, Matte était un batteur avec beaucoup de groove aussi pour un batteur de black metal ; il a plus de groove que de nombreux batteurs de black metal, c’est clair. Il pouvait jouer plein de bonnes chansons. Il a fait du super boulot, venant de la scène black metal, quand il a fait Sound Of The Republic et Veil Of Ignorance. Mais le groove n’était pas à cent pour cent son style, et le nouveau batteur, Rob, a apporté une autre dimension en matière de groove. Ce n’est pas un batteur porté sur le blast beat, mais il a d’autres qualités, et les chansons étaient plus en phase avec ça. Donc c’est un excellent apport !

Les musiciens sont des outils indispensables quand on fait de la musique. Parfois on a besoin de faire intervenir des musiciens de studio pour faire que la chanson soit parfaite. Mais on y perd l’âme du groupe, parce que je pense qu’il y a un charme quand on a quelqu’un qui ne joue pas parfaitement bien… Tu as le batteur des Foo Fighters, qui est un batteur de punk rock et de rock n’ roll, puis tu as des batteurs de studio, avec un style jazzy, qui peuvent tout jouer parfaitement. Mais je préfère le batteur des Foo Fighters dans Foo Fighters. C’est pareil avec Raised Fist : on ne peut pas juste faire venir des musiciens de studio, mais quand nous cherchons des membres pour le groupe, nous cherchons quand même les gens qui conviendront le mieux, puis nous allons de l’avant. On en revient à ce dont on parlait avant : laissons le passé derrière nous, marchons droit devant et concentrons-nous sur ce qu’il y a en face de nous. Donc je pense que les changements, ce n’est que du positif. Nous évoluons.

Interview réalisée par téléphone le 21 novembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Daniel Holmgren.

Site officiel de Raised Fist : www.raisedfist.com.

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