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Interview   

La chair et l’âme d’Otargos


Il n’a pas fallu attendre ce septième album pour qu’Otargos devienne un nom familier de la scène extrême hexagonale. La formation célèbre avec Fleshborer Soulflayer sorti fin 2021 un beau parcours de vingt ans à décimer le public avec sa brutalité et sa violence musicale. Ces deux décennies d’ailleurs peuvent facilement se diviser en deux périodes distinctes, entre les débuts fortement ancrés dans un black metal traditionnel avec les thématiques classiques qu’on lui connaît, et une deuxième marquant une renaissance stylistique et thématique, musicalement plus ouverte et tournant autour de l’univers de Warhammer 40,000.

Pourtant, Otargos reste lui-même, avec son héritage propre. Son évolution assumée semble d’ailleurs renforcer la singularité du projet, quitte à laisser les quelques puristes des débuts sur le bas-côté. Nous avons profité de la sortie du successeur de Xeno Kaos (2015) qui reprend les mêmes fondations pour nous entretenir avec Ulrich Wegrich, le chanteur/guitariste et compositeur du groupe. Nous revenons avec lui sur cet anniversaire symbolique, sur l’arrivée du nouveau batteur Michaël Martin (ex-Fleshdoll) et le retour d’Astaroth à la guitare, et bien d’autres sujets, dans un entretien téléphonique dans un cadre propice avec le concept de l’opus puisque ce dernier nous a répondu… depuis le marché de Noël de Strasbourg !

« Je pense qu’en toute honnêteté, nous avons perdu un public et nous en avons gagné un autre. »

Radio Metal : Ce septième album succède à Xeno Kaos paru il y a six ans maintenant. Dans votre discographie, c’est l’album qui a mis le plus de temps à venir alors que vous aviez une certaine régularité : qu’est-ce qui a pris du temps ?

Ulrich Wegrich (chant, guitare) : On ne peut pas dire que ce soit l’album qui a pris le plus de temps en termes de composition, car après Xeno Kaos nous avons voulu faire une pause. Nous avions envie de faire un petit break pour que chacun fasse d’autres trucs de son côté au niveau musical, histoire de prendre un coup d’air frais. C’était prévu dans notre tête que ce n’était qu’une pause, donc nous savions que nous allions reprendre à un moment donné. Puis nous avons vu l’anniversaire des vingt ans du groupe arriver et nous nous sommes dit que ce serait cool de sortir l’album pour fêter ça. Nous avons commencé à composer en 2019 pour être prêts pour la sortie en 2021.

Mis à part la question du temps, Fleshborer Soulflayer est dans la continuité de ce que vous proposiez avec Apex Terror et surtout Xeno Kaos, déjà en termes de musique sur le son blackened death mais aussi sur la production. On a vraiment des similarités entre les deux albums…

Oui, tout à fait. C’est ce qui était voulu et nous l’avons aussi enregistré avec HK au Vamacara. C’était tout à fait prévu que ce soit dans la suite logique de Xeno Kaos – surtout Xeno Kaos, plus que Apex Terror.

Si on fait un découpage grossier, on pourrait dire qu’Otargos est divisé en deux décennies : une black metal, une deuxième plus ouverte au death et même au metal indus plus subtilement. Avec le recul et la sagesse, tu dirais que ça vous a ouvert des portes et est-ce que tu penses que le public a été le même et vous a suivi pendant ces vingt ans ?

Effectivement, on peut dire qu’il y a deux époques. Il y a avant Apex Terror et après. Je pense que c’est l’album qui a été la charnière. Après la sortie de No God, No Satan, nous avions envie de sortir un peu du carcan vraiment black. Je pense que nous avions un peu le sentiment de vouloir faire d’autres trucs mais d’être « bloqués » par le registre très fermé du black metal. Dès que tu sors un peu du registre, on va dire que c’est un peu, pas mal vu, mais les blackeux sont très attachés à leur scène et à leur style. Est-ce que ça nous a offert des choses ou fermé des portes ? Je pense qu’en toute honnêteté, nous avons perdu un public et nous en avons gagné un autre. Après, il y a quand même des fans qui sont restés depuis le début. Je pense que tous ceux qui sont fans de black metal pur, nous les avions déjà perdus avant [rires]. Après, si nous avons fait ça, c’est principalement parce que nous avions envie d’aller dans cette voie-là. Ce n’est pas du tout pour des histoires commerciales ou je ne sais quoi.

Musicalement, ce nouvel album laisse assez peu de répit, là où Xeno Kaos avait des rythmiques parfois plus lentes voire plus atmosphériques en un sens. Ici on reste dans un album qui est étouffant, très froid et assez dense, est-ce que ce ressenti était voulu ?

Oui, tout à fait. Nous voulions vraiment que ce soit violent et oppressant. C’est certainement l’album le plus violent que nous ayons fait. Je pense que là où ça s’est joué, c’est avec l’arrivée du nouveau batteur [Michaël Martin]. Il a donné une touche un peu plus apocalyptique aux morceaux qui ont été composés pendant la période d’écriture. Il est arrivé au milieu et il a apporté vraiment son jeu, surtout au niveau du studio où nous lui avons donné limite carte blanche pour interpréter à sa manière les morceaux qui étaient écrits à la base avec de la programmation. Je pense qu’il a sa manière de jouer qui est très death/brutal death et c’est ce qui a donné un côté vraiment rouleau compresseur et qui étouffe au niveau musical.

Il vient de Fleshdoll qui est à la base un groupe dans le death brutal toulousain, et ce que tu dis, c’est qu’il a vraiment eu une part complète dans la composition de l’album aussi ?

Oui, parce que, comme tu dis, à la base il ne fait pas de black, il est surtout dans le death/brutal death/death tech. Après, il aime beaucoup Otargos et quand nous lui avons proposé, il était vraiment très chaud, et quand il nous a montré comment il interprétait les morceaux, il a beaucoup apporté. Je pense qu’il est en grande partie acteur au niveau de ce côté écrasant. Il a vraiment rajouté une couche.

Qu’est-ce qu’il se passe avec vos batteurs ? Car ça a été un vrai jeu de chaises musicales chez Otargos…

Déjà, les batteurs, c’est un peu une denrée rare, et je pense que c’est pareil pour tous les groupes ! C’est très dur d’en trouver un dispo qui n’a pas déjà cinquante groupes et qui, en plus, a un niveau digne de ce nom, surtout quand tu vas dans le metal extrême. Qu’est-ce qui s’est passé ? Le tout premier est parti peu de temps après. Le deuxième, je ne sais plus pourquoi il a arrêté. Après, nous avons eu Ranko le batteur qui a été dans Svart Crown. D’ailleurs, un très bon batteur, mais pareil, si tu regardes dans Svart Crown, il n’a fait que venir, aller et venir. En fait, nous n’avons jamais eu de problème humain avec les batteurs. Par exemple, John que nous avions juste avant, nous ne savons pas pourquoi il a arrêté la batterie presque du jour au lendemain. Il jouait aussi avec nous dans le groupe Volker et, pareil, il a arrêté aussi. Je pense qu’il en avait marre de la batterie. C’est vrai que, comme tu dis, nous avons une mauvaise étoile à ce niveau-là. Il y en a c’est les guitaristes… [rires] Ecoute, franchement, nous n’avons rien contre les anciens batteurs, mais là, honnêtement, c’était vraiment un mal pour un bien parce que nous avons vraiment trouvé le batteur que nous espérions depuis longtemps… [« La perle rare », dit une voix à côté de lui au téléphone].

« Quand je compose les morceaux, j’imagine vraiment un ensemble comme une BO de film, avec des actes différents, des scènes… »

On a l’impression avec cet album d’une œuvre continue, ce qui le démarque de ses prédécesseurs, et qui s’écoute d’une traite, comme si ça avait été composé d’un bloc, comme un tout très cohérent. Est-ce que cet aspect-là était recherché sur cet opus ?

Oui, et la raison, c’est que quand je compose les morceaux, j’imagine vraiment un ensemble comme une BO de film, avec des actes différents, des scènes… Je ne sais pas trop comment expliquer avec des mots. Je pense que le fait qu’il y ait une forme de continuité dans les morceaux vient de là. Après, c’est important pour moi aussi ce côté homogène. Par exemple, dans Apex Terror, c’est un petit peu le reproche que j’ai avec du recul : je trouve que ça s’éparpille pas mal. Les morceaux sont assez dissociés les uns des autres. Je préfère quand c’est plus centré. Je pense que ça accentue ce côté monolithique de l’ensemble.

On interprète souvent ça comme une volonté de redonner la valeur d’album à un disque, plutôt que de proposer une succession de tubes et de titres de remplissage, ce qui très fréquent dans cette époque du tout numérique. Est-ce que ça a été pensé aussi pour ça ?

C’est intéressant comme remarque, car comme tu le dis, à l’heure actuelle, il y a tout qui marche par singles. Mais non, personnellement, ce n’est pas pour ça que ça a été fait, mais à mon avis c’est sûrement dû au fait que je sois old school, que je sois à l’ancienne [rires]. Pour moi, un album, c’est un ensemble, un tout, et ça s’écoute dans son intégralité et ça raconte quelque chose dans son ensemble, plus que des morceaux isolés. J’aime bien quand j’écoute un morceau d’un groupe et que je sais que c’est cet album-là car il a ce son-là et cette ambiance-là ; je sais que si je prends un morceau au hasard, je vais savoir sur quel album il est.

On a parlé de l’arrivée du nouveau batteur, mais il y a aussi le retour d’Astaroth à la guitare qui était parti en 2011 et qui est revenu. Il n’a pas eu l’impression de venir dans un nouveau groupe ou un nouveau projet ? Parce qu’on est assez loin de ce que vous proposiez à l’époque de No God, No Satan et ce n’est plus le même line-up…

Non, parce que depuis ce temps-là nous avons toujours été en contact. A l’époque, quand il a quitté le groupe, ce n’était pas pour des raisons en lien avec le groupe, c’était pour des raisons personnelles que je ne vais pas évoquer ici. Il n’a pas eu le choix dans cette période de sa vie que d’arrêter la musique, et il l’a fait à contre-cœur à ce moment-là. Entre-temps, les histoires se sont réglées – enfin, façon de parler – mais il a toujours suivi le groupe, donc il n’est pas revenu comme ça… Ça faisait déjà quelque temps qu’il disait : « Putain, j’aimerais bien revenir dans le groupe » mais nous avions déjà recruté un autre guitariste. C’est vrai que quand il m’a dit ça, je me suis dit que ce serait vraiment génial qu’il revienne, parce que quand il était là, à l’époque, c’était vraiment le line-up le plus stable et le plus solide que nous ayons eu. Puis il s’est avéré que le guitariste que nous avions juste avant lui était en perte de motivation et d’investissement, donc le choix était fait et il était évident pour nous. Je lui ai dit : « Nous, c’est quand tu veux, si tu es toujours chaud. » Donc non, il n’a pas vraiment eu de grosses surprises dans ce nouveau line-up ou dans notre musique puisqu’il suivait déjà le groupe, et d’ailleurs, à l’époque d’Apex Terror et de Xeno Kaos, quand il les avait entendus, il avait adoré, il a dit : « Putain, c’est génial, je regrette tellement à l’heure actuelle de ne pas être dans le groupe. »

Concernant tous les petits arrangements qu’on peut entendre, la partie « électronique », qui s’en charge au sein du line-up ? C’est aussi ce qui donne le côté immersif sur ce nouvel album d’Otargos.

Principalement, oui. Tout ce qui est composition et arrangements, c’est moi. Sauf sur cet album, il y a juste l’intro de l’album qui a été faite par un mec d’extérieur, Déhà, qui a réalisé quelque chose de plus cinématographique, et l’outro qui été faite par le bassiste [Manu Pliszke]. Mais sinon, tout ce qui est au sein des morceaux, les interludes, les ambiances électroniques, c’est moi qui travaille dessus en même temps que les morceaux. Ce n’est pas fait après, c’est vraiment fait au moment de la composition. Elles font vraiment partie intégrante du morceau.

On parlait de continuité, mais ce nouvel opus c’est surtout le troisième qui est inspiré de l’univers de Warhammer – et pas seulement. Ça reste une source d’inspiration inépuisable ?

J’ai toujours été fan et là-dedans depuis que je suis ado. J’ai un petit peu utilisé cette inspiration pour les vieux albums mais pas plus que ça, c’est vraiment des clins d’œil, on va dire. Au moment d’Apex Terror, où il y a eu la nouvelle ère et où nous avions envie de nous désolidariser du carcan purement black metal pour les textes et tout ça, j’ai dit : « Voilà, maintenant, rien à foutre, si j’ai envie de parler de ça, je parle de ça. » Nous faisons ce que nous avons envie, donc j’ai envie que ce soit mon thème principal. C’est l’univers et le background qui m’inspirent maintenant.

Tu exploites l’univers dystopique de Warhammer dans tes textes, mais est-ce que pour toi ça reste simplement un outil et une inspiration ou est-ce aussi un moyen détourné de parler de choses réelles et actuelles, d’une certaine manière ?

Si c’est le cas, c’est de manière inconsciente, parce que je ne cherche pas à faire d’états des lieux du monde actuel dans les textes. Forcément, quelque part, oui, ça doit refléter mon point de vue sur mon image du futur, comment évolue l’espère humaine, etc. mais ce n’est pas spécialement le but recherché. C’est vraiment plus le côté, disons, littéraire, cinématographique et théâtral, plus que chercher à amener une réflexion sur notre condition actuelle.

« Nous ne voulions pas nous retrouver avec des squelettes avec des lasers, du Star Wars ou je ne sais pas quoi [rires]. Ça peut vite tomber dans le ridicule dès que tu fais un truc un peu moderne ou SF, c’est un peu risqué. »

J’ai l’impression aussi que certains connaissaient le groupe grâce à Warhammer et à la communauté qu’il y a autour, qui peut se croiser avec les metalleux. Ça te surprend que des gens découvrent Otargos grâce à cet univers ?

Je vais te dire franchement, si c’est le cas, j’en suis plus que flatté parce que je trouve ça cool ! Moi-même, je crois que j’ai découvert Bolt Thrower grâce à Warhammer quand j’étais plus jeune [rires], qui est devenu un de mes groupes cultes. Donc tant mieux ! Si c’est le cas, c’est cool, parce que je ne savais pas trop quels en étaient l’impact et le retour sur la fan base de Warhammer 40,000, car je n’ai pas spécialement eu de retour là-dessus, mais si c’est vraiment le cas, je trouve ça flatteur.

Après tout, des gens ont découvert des groupes de metal grâce à l’univers de Lovecraft, par exemple.

Oui, c’est vrai ! Puis, dans l’univers de Warhammer 40,000, il y a pas mal de metalleux, je pense. Du moins à l’époque, je sais que la plupart des gars que je connaissais, c’était quand même une grosse partie de metalleux. Maintenant que c’est beaucoup plus ouvert, la population Games Workshop et tout a quand même pas mal évolué et ça s’est beaucoup élargi. Je ne sais pas maintenant, s’il y a une majorité de metalleux ou pas, parce que je t’avoue qu’il y a longtemps que je ne traîne plus dans les Games Workshop à regarder les mecs peindre ou à faire des parties de Warhammer de huit heures d’affilée [rires].

Même si on peut se dire que c’est un thème très spécifique, il semble y avoir de plus en plus de groupes qui s’inspirent de l’univers Warhammer dans leur musique. Ça t’étonne ou pas vraiment ?

Franchement, aucune idée. Je n’ai jamais regardé. Je pense qu’il y en a plus ou moins toujours eu, des groupes plus ou moins connus… Des groupes méga-connus, à part Bolt Thrower, perso, je n’en vois pas trop. J’ai déjà vu des pochettes qui m’y ont fait vaguement penser mais pas plus que ça. Après, finalement, je suis curieux de voir… J’imagine bien qu’il doit y en avoir quelques-uns, mais si tu me dis qu’il y en a de plus en plus, je ne savais pas ! J’irai voir ça.

Les vingt ans de carrière permettent d’observer qu’Otargos n’est pas fixé sur un champ thématique propre puisque vous étiez plus sur des thématique sataniques ou antireligieuses à vos débuts, là ça tourne plus autour de l’univers de Warhammer. Vu que ce projet est ton bébé, est-ce que tu n’exclus pas de le faire évoluer encore vers autre chose si l’inspiration t’amène à le faire évoluer ? Ou alors tu le ferais dans un autre projet ?

Je ne sais pas. Je sais qu’à l’époque d’Apex Terror, il y a eu une grosse « fracture ». Il y a eu pas mal de changements, il y a eu le départ d’Astaroth, il y avait eu aussi Alex l’ancien bassiste qui était parti du groupe. J’étais le seul gars restant du groupe d’origine et c’est à ce moment-là que je me suis retrouvé avec les clés en main. J’avais décidé le changement de thèmes et tout ça. Je me suis justement posé la question, si je change de registre, pendant un moment, il n’y avait plus de corpse paint… Il y avait la question de savoir si nous montions un autre groupe ou si nous restions Otargos. Il y a eu débat là-dessus. Maintenant, un autre thème, ce n’est pas improbable, je ne sais pas mais pour le moment je suis toujours inspiré par tout ce qui est Warhammer 40,000… Mais rien n’est figé, donc il peut y avoir une autre chose qui soit abordée par la suite. Est-ce que ça serait un autre projet ? Non, parce que ce n’est pas comme si l’univers de Warhammer 40,000 était la marque de fabrique du groupe depuis la création. Si c’était le cas, peut-être, mais là ce n’est pas le cas, donc je ne pense pas que je changerais de nom juste pour changer de thème.

C’est votre bassiste Manu qui a réalisé l’artwork. Quelle était l’idée conceptuelle derrière cette réalisation ?

A la base, nous n’avions pas du tout d’idée conceptuelle [rires]. Nous ne savions pas trop. La seule chose sur laquelle nous étions partis était que nous voulions quelque chose dans les tons un peu verdâtres. Nous voulions passer par un graphiste, mais ça n’a pas porté ses fruits. C’est un peu compliqué avec le registre de trouver quelque chose en image et surtout de ne pas tomber dans le cliché et dans le kitsch. Nous ne voulions pas nous retrouver avec des squelettes avec des lasers, du Star Wars ou je ne sais pas quoi [rires]. Ça peut vite tomber dans le ridicule dès que tu fais un truc un peu moderne ou SF, c’est un peu risqué. Nous avons la chance que Manu touche un peu en graphisme. C’est lui qui avait fait Xeno Kaos aussi. Une fois que les textes ont été écrits, il les a un peu étudiés et il a fait plusieurs jets, évidemment. Nous voulions montrer un peu l’aspect alien mais avec le côté humain, dans le sens de la chair ou de la matière humaine. C’est pour ça qu’on peut voir la pochette comme un chaos de chair et quelque chose qu’on ne peut pas définir à proprement parler. Quand on m’a posé la question, j’ai dit : « C’est le chaos. »

Tu parlais de l’esthétique un peu verdâtre mais c’est vrai que quand on pense à Otargos, maintenant c’est cette couleur qui nous vient directement en tête…

Oui. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais c’est vrai que cette couleur colle bien au registre. Après, c’est pareil, nous n’avons pas dit : « Maintenant c’est notre couleur. » Ça s’est fait juste comme ça, parce qu’en rouge ou blanc ça ne collait pas spécialement. C’était par souci de cohérence. Au début nous projetions les coloris au niveau des vinyles et de tout l’artwork dans son ensemble, afin que nous ne nous retrouvions pas avec un vinyle rouge ou un truc qui dénote. Peut-être que le prochain sera dans les jaunes ou dans les rouges, je n’en sais rien [rires].

« Je pense que nous garderons toujours une place pour des anciens titres, c’est quand même important pour le public qui connaît le groupe et pour nous aussi, parce que ce n’est pas parce que tu sors un nouvel album que tu renies tout ce que tu as fait avant. »

Sur Apex Terror c’était Dehn Sora qui l’avait réalisé, c’était blanc et ça a donné un côté plus lumineux…

Plus épuré, oui. A ce moment-là nous avions envie de faire quelque chose épuré pour changer un peu des pochettes en noir et blanc, tout sombre ou plus classique. Nous voulions faire un truc moderne et un peu SF. Par contre, je ne me souviens pas, mais à l’époque je ne sais pas si nous avons dit à Dehn Sora que nous voulions que ce soit blanc. Peut-être qu’à l’époque c’est lui qui a proposé ça et que nous avons trouvé ça cool. Je sais qu’à l’époque, c’était l’ancien bassiste qui avait géré ça avec lui, car c’était lui l’ancien graphiste, donc je ne sais pas si c’était voulu ce côté blanc, un peu laiteux… En tout cas, je me souviens que la fois où j’ai vu le truc, je me suis dit que c’était cool.

Quelles sont vos perspectives live ? Est-ce que vous avez prévu de défendre l’album prochainement ?

Oui, bien sûr. Evidemment, notre but est de jouer un max. Avec la période merdique qu’on vit tous depuis quelque temps, niveau booking, c’est un peu compliqué, avec tous les fests et toutes les affiches qui se reportent. Pour le coup, on ne peut pas dire que l’album est sorti dans la meilleure période. Nous ne voulions pas non plus attendre encore trois ans pour le sortir. Surtout, que c’était important pour nous qu’il sorte cette année car nous voulions fêter l’anniversaire. Ça aurait été con de le sortir dans deux ans. Nous allons voir ce que nous arrivons à faire au niveau booking. Je sais que là, nous allons travailler avec Dead Pig, ça va être plutôt cool. Je sais qu’il y a quelques dates qui ont été validées et qui n’ont pas encore été annoncées. Il nous tarde parce que la dernière date que nous avons faite était au Muscadeath, le 1er octobre, et nous n’avions pas joué depuis deux ans. C’était vraiment bien, donc il nous tarde de remettre ça.

D’après la setlist que vous aviez faite pour votre album live, vous divisiez un peu en deux : il y avait une large partie consacrée au deuxième cycle avec vos derniers albums. Est-ce que pour la suite vous allez continuer à piocher dans votre répertoire black des premiers albums ou est-ce que ça n’aurait pas de sens pour vous et vous allez vous concentrer sur la période blackened death et Warhammer ?

Au Muscadeath, nous sommes restés sur la setlist que nous avions encore il y a deux ans, car nous ne voulions pas dévoiler les nouveaux morceaux avant la sortie de l’album. Nous en avons quand même joué un en exclu, mais c’était principalement des morceaux Xeno Kaos. Pareil, là-dessus, il y a débat. Je ne suis pas réfractaire à jouer des anciens morceaux. Après, nous préférons évidemment axer le set sur le nouvel album. Nous avons préparé une setlist pour les shows à venir forcément axée sur la brutalité [rires], avec majoritairement des morceaux du dernier, mais il y a toujours des titres que nous aimons bien jouer des anciens albums. Si nous le pouvions, évidemment, nous en jouerions plus. C’est toujours difficile de faire un choix. Surtout, je sais que nous avons chacun des morceaux que nous aimerions jouer et pour lesquels les autres disent : « Ah non, pas celui-là ! » C’est des problèmes que tous les groupes connaissent ! Tu ne peux pas changer la setlist à tous les concerts. Mais je pense que nous garderons toujours une place pour des anciens titres, c’est quand même important pour le public qui connaît le groupe et pour nous aussi, parce que ce n’est pas parce que tu sors un nouvel album que tu renies tout ce que tu as fait avant.

Tu as un projet significativement différent que tu as créé avec ta femme, il s’agit Blóð, plus ancré dans le doom. Tu peux nous en dire quelques mots ? Quelle intention il y a derrière ce projet qui a deux albums à son actif ?

Oui, le deuxième est sorti récemment. Comme tu dis, c’est plus ancré dans le doom/sludge. En soi, c’est un duo puisque je m’occupe de toute la partie musicale et Anna, ma femme, comme tu dis, s’occupe de tout ce qui est chant. L’univers est plutôt axé sur tout ce qui est sorcellerie et compagnie, un petit peu la démonologie mais pas plus que ça. C’est souvent les registres utilisés dans le doom, d’ailleurs, à ce niveau-là nous sommes dedans. Nous travaillons sur un prochain album, évidemment. Nous allons avoir quelques dates qui vont tomber. Je sais que nous avons opté pour les concerts pour un batteur et un bassiste, en session live, parce qu’au tout début nous faisions ça à deux, mais pour les concerts c’est quand même plus sympa pour le public d’avoir un spectre sonore plus gros, c’est mieux d’avoir un bassiste à proprement parler et un batteur, ça sonne un peu plus organique. Mais j’invite les gens à écouter, ce n’est pas du tout le même registre qu’Otargos, on est plus dans le lourd et l’ambiant, et le côté un peu plus planant avec Anne qui chante à soixante-quinze pour cent du chant planant. Anne qui, d’ailleurs, a fait un guest sur le dernier album d’Otargos sur un morceau où elle chante avec moi. [« On ne m’entend pas, on dirait un bonhomme ! » dit Anne derrière Ulrich au téléphone]. C’était sympa de faire ça. Je pense que les prochains concerts quand elle sera là, elle sera sur scène avec moi.

Tu es le premier chanteur de Regarde Les Hommes Tomber. Ils ont gagné en succès ces dernières années. Comment tu perçois l’évolution de Regarde Les Hommes Tomber ? Est-ce que tu es toujours en contact avec eux ?

En contact, pas du tout. Après, évidemment, je vois ce qui se passe avec les réseaux sociaux. Le groupe marche plutôt bien. Sur l’évolution, c’est plutôt ce qu’ils avaient prévu à l’origine… Enfin, plutôt à l’époque, après le premier album, ils voulaient faire quelque chose de plus black. D’ailleurs, je trouve, perso, que ça ne ressemble plus trop au premier album, et c’est un peu ce qui m’avait persuadé de quitter le groupe parce que, justement, je ne voulais pas faire un autre projet black, j’avais déjà un truc de mon côté, ce n’était pas pour en faire un autre. C’était le côté plus sludge et post-hardcore qui m’intéressait dans Regarde Les Hommes Tomber, or ils voulaient le mettre un peu plus en retrait. Ils voulaient surtout que je chante beaucoup plus en black metal et je n’avais pas envie. Ils ont fait ce qu’ils voulaient faire. En partant de là, tant mieux pour eux !

Interview réalisée par téléphone le 14 décembre 2021 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Jean-Florian Garel.

Facebook officiel d’Otargos : www.facebook.com/OTARGOSband

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