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Interview   

Charge : droit devant, droit dans ses bottes


Avec Charge, tout est dit dans le nom. Musicalement, le groupe parisien n’est pas là pour y aller par quatre chemins : il y va tout droit et tête baissée, car telle est sa conception du rock, à l’image de cet enfant sur la pochette qui se jette dans la foule, en toute insouciance, la banane sur le visage. L’identité est limpide, directe. Cependant, une spécificité fait qu’il n’est pas tout à fait l’archétype du groupe rock et le démarque d’emblée : là où chez de nombreux groupes, la partie cordes comporte deux guitaristes et une basse, eux ont opté pour deux basses et une guitare. Un choix original qui n’a pourtant rien de prémédité.

Si côté musique Charge suit son instinct, ce n’est en revanche pas forcément le cas de sa gestion de carrière qui, elle, est très calculée, le chanteur-bassiste Ravin n’hésitant pas à lâcher ce qui s’apparenta – et il en a conscience – à « gros mot » pour certains, en parlant de « modèle économique ». Tout ceci dans un but : durer le plus longtemps et jouer devant le plus de monde possible, sans se compromettre. Ravin nous explique tout ceci.

« Il faut que la ligne de chant, les riffs soient accrocheurs, il ne faut pas que ce soit des morceaux longs mais des morceaux courts, nous donnons toutes les informations d’entrée. »

Radio Metal : Vous avez un nom de groupe très direct, et qui dit nom de groupe très direct dit généralement signification très ouverte. Avec ce nom Charge, il y a un côté guerrier avec le fait de charger, il y a aussi un côté énergique. Est-ce que c’est justement pour ce côté ouvert que vous avez choisi ce nom ?

Ravin (chant & basse) : Clairement. Tous les mots que tu as utilisés sont vraiment les mots que j’utiliserais pour définir notre musique. Après, je voulais que ce soit un mot qui sonne aussi bien en français qu’en anglais. Je voulais que ça commence par A, B ou C, et que ce soit en un seul mot. Nous sommes un groupe parisien, pour l’instant nous jouons essentiellement en France, du coup nous ne voulions pas qu’il y ait de problèmes de prononciation, et donc que ça soit facile à prononcer. Pour le sens, ça correspond aussi à la façon dont on pourrait définir notre musique, donc c’est cohérent.

Sur un aspect plus musical, tous vos albums sont produits par Francis Caste. Peux-tu nous parler de l’histoire de cette collaboration ?

Déjà, c’est un pote. Nous avons fait notre premier EP avec lui, et le second également. Le premier album est un regroupement des deux premiers EP, donc pour moi, je dirais que ça n’est pas vraiment le premier album de Charge. Ce sont deux époques totalement différentes, avec des line-up différents, et il n’y avait même pas les deux basses – parce que nous avons deux basses dans Charge. C’est donc plutôt un regroupement de deux EP. Là, le nouvel album est, pour moi, le premier véritable album de Charge, et forcément, vu que c’est une relation de longue date, avec quelqu’un qui nous connaît bien, avec qui je suis pote, qui sait où je veux en venir, et qui a appris à connaître les autres musiciens au fur et à mesure dans le temps… Nous avons même partagé une scène ensemble avec Francis ! Il a un groupe qui s’appelle The Hangby. Du coup, c’était naturel de faire appel à lui. Il connaît vraiment bien mes goûts musicaux et là où je veux en venir, et surtout, je lui laisse totale carte blanche, dans le sens où nous venons avec des démos, il a arrangé, il a enlevé des trucs, il a rajouté des trucs, il s’est accommodé de la contrainte de deux basses, parce que ça ne devait pas être facile pendant l’enregistrement mais il a réussi à trouver un bon compromis entre le son de Lionnel, l’autre bassiste, le « vrai » bassiste du groupe, on va dire, et moi, qui suis chanteur-bassiste, avec un son qui ressemble un peu plus à la guitare. Donc il a vraiment su trouver un bon compromis.

Justement, à propos des deux basses, d’où est venue l’idée de ce line-up assez particulier ?

J’aurais envie de dire que c’était parce que nous recherchions un son très défini, mais en fait pas du tout. C’est juste que nous étions un trio, j’étais le seul bassiste. Lionnel, qui nous a rejoints ensuite, est un pote de très longue date, que j’ai eu dans d’autres formations, avec qui j’avais déjà partagé pas mal de scènes, et c’est aussi quelqu’un avec qui, niveau feeling, ça passait vraiment bien, car dans le groupe, il faut qu’il y ait d’abord une histoire de feeling. Je voulais qu’il rejoigne Charge parce qu’il jouait un peu de guitare, et que j’aurais bien aimé avoir un deuxième guitariste rythmique, mais lui me disait qu’il voulait venir dans Charge, mais en tant que bassiste. Donc j’ai accepté. Il manquait peut-être une espèce de groove dans mon jeu, qui ressemble beaucoup trop à la guitare et pas forcément à la basse. Donc cette idée a fait son petit bonhomme de chemin. Les morceaux de cet album, contrairement au premier album où il n’était pas trop présent, ont été composés avec cette idée d’avoir deux basses dans le groupe. Donc ça n’a pas été prédéfini, ça a été fait sur le coup, comme ça.

Et as-tu abandonné l’idée d’avoir un deuxième guitariste ?

Oui. Je remplis un peu cette fonction, je suis vraiment entre la basse et la guitare. J’ai une pédale de guitare Zakk Wylde, pour ceux qui connaissent un peu. Donc ça ressemble un peu plus à la guitare qu’à la basse. Après, Francis m’a dit que j’avais un jeu de bassiste, en termes de réflexes, à travers ma façon de jouer, mais mon son s’apparente beaucoup à une guitare grave, peut-être pas une sept cordes, mais ça reste proche en termes de son de la guitare, pas forcément dans ma manière de jouer. Ce qui fait que je suis peut-être le guitariste rythmique de Charge. Il y a un guitariste soliste qui est Sacha, qui fait bien sûr aussi la rythmique, mais qui est soliste. Et puis il y a Lionnel qui est peut-être le vrai bassiste de Charge.

Qu’est-ce que ça apporte d’avoir deux basses, et surtout, qu’est-ce que ça change en termes d’écriture ?

Ça change peut-être notre façon d’aborder les choses, parce que sur certaines des dernières compositions de l’album – car il y en a des plus anciennes et des plus récentes – il y a des parties avec uniquement de la basse, avec une façon de jouer qui donne une certaine harmonie entre les deux basses, qui est un peu originale, et qui va certainement être encore plus exploitée dans l’album suivant. En fait, nous n’avons pas forcément raisonné comme étant quelque chose dont nous allions nous servir. Il est bassiste, il a ses lignes de basse, moi je cherche des riffs dans ma tête, je les joue comme je les joue, et il s’avère que parfois, sur des passages où nous ne sommes que tous les deux, ça donne des trucs un peu originaux.

La basse est un instrument connu pour le côté groove. Est-ce que plus de basse, ça veut dire plus de groove ?

Je ne sais pas. Je pense que le groove de Charge, c’est complètement Lionnel qui l’apporte, parce que moi, avant lui, je pense qu’il y avait un truc assez froid, je ne sais pas si j’apporte du groove dans Charge. Je ne sais pas si deux basses apportent plus de groove, mais en tout cas, heureusement qu’il y a Lionnel pour l’apporter.

En termes de son, c’est indéniable que la basse va sur des fréquences graves. Est-ce qu’en termes de production, vous êtes du coup obligés de compenser ça avec le jeu de Sacha, ou alors en mettant plus d’aigus, par exemple ?

Peut-être que moi, je suis plus dans les médiums. Mais je ne pense pas que nous ayons demandé à Sacha de s’adapter à la contrainte des deux basses. Je pense que lui est vraiment resté dans son domaine, comme s’il y avait une deuxième guitare rythmique. Après, le plus gros travail du son a peut-être été fait sur moi, pour justement bien trouver ma place entre la guitare de Sacha et la basse de Lionnel. Je ne pense pas que Sacha ait eu un boulot particulier. Là, je parle d’un point de vue extérieur, parce que c’est vraiment Francis qui a tout fait, et du coup ça ressort bien dans l’album. Mais je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de boulot sur les autres instruments, je pense que c’était surtout par rapport à moi et à ma place.

« J’écoute beaucoup Metallica, alors c’est peut-être le jeu de Hetfield à la guitare qui m’a influencé à la basse. »

Malgré tout ça, est ce que ça change quelque chose pour Sacha niveau guitare, dans son jeu, sa manière d’aborder les morceaux, etc. ?

Je pense que grâce à moi, vu que je m’occupe essentiellement de la rythmique, ça lui laisse une certaine liberté pour ses solos, pour les gimmicks qu’il trouve sur les riffs, etc. Nous sommes tous les deux à apporter des riffs. Loïc le batteur peut parfois prendre une guitare et une basse pour en trouver aussi. Lionnel peut par certaines lignes de basse conduire à la création d’un morceau, en donner les grandes lignes. Mais Sacha et moi amenons pas mal de riffs. Le maître mot dans Charge, c’est d’être accrocheur. Il faut que la ligne de chant, les riffs soient accrocheurs, il ne faut pas que ce soit des morceaux longs mais des morceaux courts, nous donnons toutes les informations d’entrée, comme tu l’as dit par rapport au nom du groupe. Du coup, Sacha, par rapport à son instrument, ça lui laisse une certaine liberté pour tout ce qu’il fait. Donc il n’a pas la contrainte de la rythmique, comme lorsque dans un trio, il y a une guitare, une basse, une batterie, et que la guitare doit quand même assurer la rythmique minimum et faire quelques solos de temps en temps. Tandis que là, je pense qu’il a plus de liberté, comme s’il y avait une deuxième guitare rythmique, pour faire ses solos etc.

Finalement, tu es un bassiste assez atypique, parce que tu as plus un côté guitariste rythmique. Sur cet aspect-là, quelles seraient tes influences au niveau de la basse ? Dirais-tu que tu te sens proche d’un bassiste comme Lemmy de Motörhead qui avait ce son et ce jeu très proches de la guitare rythmique ?

Bien sûr. J’adore Motörhead, j’ai beaucoup d’albums, mais je ne dirais pas que c’est mon influence première, et que j’ai voulu imiter un son comme celui de Lemmy. Mais je suis obligé de reconnaître, a posteriori, qu’effectivement ça ressemble à ça. Donc mon son ressemble à celui de Lemmy, ma façon de jouer aussi, mais je n’ai pas trop été influencé par Lemmy. En termes de goûts musicaux, nous écoutons tous du metal, mais je suis peut-être le plus sectaire, j’écoute beaucoup plus de metal que les autres. J’écoute quasiment que du metal, alors que les autres écoutent plus de styles différents. J’écoute beaucoup Metallica, alors c’est peut-être le jeu de Hetfield à la guitare qui m’a influencé à la basse. Robert Trujillo est un bassiste extraordinaire, mais peut-être que le jeu de Jason Newsted m’a plus influencé. Je laisse les influences de bassistes groovy à Lionnel !

À propos du titre de ce nouvel album, Ain’t The One, quelle en est la signification, et à quoi faites-vous référence quand vous parlez de « the one » ?

C’est parce que c’est peut-être le titre qui résume le mieux la musique de Charge actuellement. Après, au niveau des paroles, des textes, des titres, nous ne sommes pas un groupe qui cherche à faire passer un message ou à développer un thème précis. Nous cherchons plus la musicalité et la sonorité des mots sur les lignes de chant. Du coup, Ain’t The One, c’est le titre qui résume bien l’album.

Y a-t-il une référence à l’EP Ain’t My World ?

Ouais. Mais réellement, on peut ne pas forcément me croire, mais j’ai réalisé que ça commençait aussi par « ain’t » il n’y a de ça que quelques semaines. C’est vraiment un hasard !

La pochette de l’album est très festive, elle est liée à la scène, donc j’imagine, comme tu l’as sous-entendu tout à l’heure, que Charge a surtout vocation à être un groupe de scène avant tout…

Oui, c’est vraiment là que nous prenons du plaisir. J’adore le studio aussi. J’adore composer, les répètes… Après, notre but premier, c’est effectivement de jouer le plus possible sur scène.

Est-ce qu’il y a un travail du son et de l’énergie en studio pour réussir à retranscrire une énergie live dans l’album ?

C’est un aspect qui revient souvent de la part de ceux qui ont écouté l’album, disant qu’il y a un aspect organique ou live au niveau du son. Et ça, je pense que c’est peut-être dû à Francis, par rapport à notre style, qui est, je ne dirais pas garage, mais qui n’a pas la précision de certains groupes de metal que l’on connaît. Francis a voulu donner un aspect live, vivant, au son. Mais encore une fois, nous ne sommes pas arrivés avec une idée précise du son que nous voulions avoir. Je pense que c’est lui qui, en fonction de ce qu’il a entendu, a donné la couleur et voulu faire ressortir le son de cette manière, et nous sommes super contents du résultat.

Sur la pochette, on voit un enfant en train de se jeter dans la foule. Le rock et le metal, contrairement à ce que l’on peut croire, sont des musiques très familiales. On voit de plus en plus de familles aller à des festivals, des concerts, etc. Est-ce que c’est un truc qu’on vous a transmis, au niveau familial, ou que vous essayez de transmettre à vos enfants, si vous en avez ?

Certains d’entre nous ont des enfants, oui. En fait, pas spécialement. Il y a tout un artwork pour l’album avec la pochette, les T-shirts, les clips, etc. qui va tourner autour de ça. Ça, nous le revendiquons. Mais quelque part, ce n’était pas forcément dans le but de faire passer une idée ou un message. C’est juste que nous voulions nous éloigner des clichés habituels, de têtes de mort, etc., que tu vois dans beaucoup de pochettes et ne pas être totalement metal. C’est plus dans cette idée-là. Et après, le gamin, pourquoi pas !

Si on s’amuse à chercher de la signification, on peut penser qu’il y a un peu un côté « l’innocence qui se jette à l’eau ». Dirais-tu que vous êtes un peu de jeunes fougueux ?

Ouais, pourquoi pas ! En fait, il n’y a pas trop de restrictions. Le maître mot dans la composition, c’est : pas de prise de tête, direct, sans fioriture, accrocheur, pas de morceau où l’on réfléchisse ou qui dure neuf minutes… Nous écoutons des groupes qui font ça, nous sommes fans de groupes qui font ce type de morceau, mais dans Charge, nous ne voulons pas forcément ça. Nous voulons que ce soit une accroche d’entrée, facile à écouter, moins de quatre minutes, donc ça rejoint totalement ce que tu es en train de dire.

« Il faut que chaque scène, chaque concert que nous faisons, chaque disque que nous produisons soit rentable, dans le sens où la rentabilité nous permet de faire d’autres concerts, d’autres disques, d’organiser d’autres événements. […] Le maître mot, c’est de garder la musique que l’on a envie de faire, et trouver les modèles économiques qui s’adaptent à la musique que l’on fait. »

Dans la musique et la vie en général, il y a les rêves et la réalité. C’est la rencontre entre les deux qui peut faire parfois un peu mal. Comment cette espèce de fougue, cette volonté de faire de l’accrocheur, du festif, survit-elle chez vous, avec le contact avec l’industrie de la musique qui peut être difficile, etc. ?

Nous essayons d’en faire le plus possible, d’en vivre le plus possible. Je risque de déstabiliser quelques lecteurs qui sont fans de musique en général, mais il faut que l’activité musicale pour le groupe soit rentable. Il faut que chaque scène, chaque concert que nous faisons, chaque disque que nous produisons soit rentable, dans le sens où la rentabilité nous permet de faire d’autres concerts, d’autres disques, d’organiser d’autres événements. Ce n’est pas juste pour le plaisir de gagner le plus possible, parce que nous savons très bien qu’en ce moment, c’est un peu compliqué dans la musique. Il faut que ça soit rentable, nous faisons le nécessaire. Là, c’est ce que nous avons pu mettre de côté jusqu’à présent qui nous permet d’avoir un petit coup d’accélérateur en ce moment, notamment dans la commande d’albums, la promotion autour, etc. Nous avançons à notre rythme, mais le but du jeu, c’est que nous fassions de plus en plus de concerts, devant un public de plus en plus large, pas forcément pour nous-mêmes nous enrichir et compter que là-dessus, mais que ce soit rentable pour que nous puissions encore faire d’autres événements liés à la musique, grâce à l’argent de la musique.

Est-ce que quand tu commences à passer des caps, sortir des albums, avoir de la promotion etc., les difficultés que tu peux rencontrer pour pouvoir jouer et pour avoir un cachet décent persistent, ou est-ce que malgré tout, ton image te permet de dire : « Non, ne vous foutez pas de ma gueule, je suis quand même un groupe qui tourne, me proposez pas trois bières et voilà ! » ?

Malheureusement, nous n’en sommes pas encore à ce niveau-là. Je pense qu’il y a même très peu de groupes qui puissent avoir ce genre de réaction. Pour moi, le maître mot, dans la mesure du possible, parce que ça ralentit peut-être un peu les choses mais jusqu’à présent j’ai réussi à m’arranger avec ça, c’est de rester maître de tous les aspects financiers. Donc de ne pas devoir d’argent, et de faire avec l’argent que l’on a, ce qui fait que je ne dépends pas forcément d’autres personnes, et je vois là où nous sommes encore capables d’aller, et là où nous sommes encore capables de nous faire de l’argent, pour pouvoir encore mettre de l’argent de côté, et organiser d’autres événements. L’argent que nous gagnons avec Charge, il reste dans Charge. Il n’est pas redistribué aux musiciens pour faire la fête après avec cet argent-là. Il nous sert à d’autres événements avec Charge, ce qui fait que nous ne nous lançons que dans des événements où nous savons qu’il y aura un retour sur investissement, et où forcément, le but du jeu sera que nous nous fassions plaisir. Mais nous n’allons pas nous lancer dans un truc où nous allons perdre de l’argent. Tout est mesuré, calculé – on va parler de modèle économique, qui est peut-être un gros mot dans le milieu –, nous essayons de trouver un modèle économique qui évolue en fonction des étapes que nous franchissons petit à petit pour que tous les événements soient rentables. Et jusqu’à présent, ça a plutôt marché.

Est-ce que cette envie-là vous pousse à faire des compromis artistiques, ou c’est une démarche qui reste complètement en dehors de ça ?

Oui. Nous avons ce modèle économique parce que la contrainte première est justement que nous faisons la musique que nous avons envie de faire. C’est parce que nous avons cette musique-là, et que nous voulons faire des concerts avec cette musique-là, que nous avons un modèle économique adapté à la musique que nous faisons. Par exemple, nous ne sommes pas assez méchants en termes d’agressivité pour jouer dans des trucs de metal extrême ou de metal tout court. Nous ne sommes pas non plus assez gentils pour jouer dans des trucs pop-rock. Nous sommes entre les deux. Quelque part, c’est un avantage et un inconvénient, mais on fait avec parce que c’est notre style, point barre. Et après, nous essayons d’adapter cette contrainte avec les possibilités qui nous sont offertes en termes de propositions de concert, etc.

Étrangement, en France, ça reste mal vu en société de parler d’argent…

Oui, j’ai même hésité à utiliser le terme « modèle économique » !

Est-ce que par moments c’est difficile de lutter contre ces réactions qui peuvent être extrêmement haineuses par rapport à ça ?

Je sais, quelque part je peux le comprendre, mais c’est une logique que nous devons forcément adopter si nous voulons jouer le plus longtemps possible et devant le plus de monde possible. Après, le but du jeu n’est pas de se compromettre, parce que je n’ai pas de leçon à donner, mais il faut fondamentalement faire la musique que l’on a envie de faire, sinon ça ne sert à rien. C’est comme un sportif qui a certaines capacités et certains défauts, il ne va pas commencer à vouloir faire du 400 mètres au lieu d’un 100 mètres ; il va essayer de courir de courir le 100. Par contre, il aime courir, il aime faire des courses de vitesse. Nous, c’est pareil. Nous jouons vraiment la musique que nous avons fondamentalement envie de faire, que nous aimons tous les quatre et dans laquelle nous nous retrouvons. Mais après, le but du jeu, c’est qu’avec cette musique-là, sans se compromettre ne serait-ce qu’une seconde, nous puissions jouer devant le plus de personnes possible. Il ne s’agit surtout pas de rentrer dans un jeu de compromis musical. Par contre, il faut essayer de jouer devant le plus de gens possible, et ça, sans changer la façon de voir la musique et la composition. Et là, malheureusement, la logique financière intervient. Pour vouloir jouer devant le plus de gens possible, tant que ça reste rentable, je pense que nous pouvons continuer comme ça longtemps et franchir des étapes, mais si ça commence à coûter trop d’argent, le groupe s’arrête. C’est souvent une des raisons qui font que les formations s’arrêtent, c’est lorsque ça commence à coûter beaucoup trop d’argent. Donc, pour pouvoir durer le plus possible et franchir des étapes, nous essayons de faire des choses que nous avons les moyens de faire. Mais le maître mot, c’est de ne pas changer sa musique, de garder la musique que l’on a envie de faire, et trouver les modèles économiques qui s’adaptent à la musique que l’on fait. Pas l’inverse.

Interview réalisée par téléphone le 4 mars 2019 par Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Charge : www.chargerocks.com

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