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Chronique   

Charlotte Wessels – Tales From Six Feet Under


Ce n’est « pas un album à proprement parler ». C’est ainsi que Charlotte Wessels présente ce qui constitue pourtant sa première œuvre en solitaire depuis son départ de Delain. La chanteuse avait déjà commencé à plancher auparavant sur ce qui devait justement constituer un projet alternatif à Delain et donc fondamentalement différent. La dissolution du groupe et l’arrivée de la pandémie ont accéléré les choses et Charlotte s’est attelée à sortir une chanson par mois, profitant d’une excellente réception sur une plateforme de crowfunding. Quoi qu’on en dise, Tales From Six Feet Under assemble les dix premières étapes de la carrière solo de Charlotte et a la consistance nécessaire pour incarner cet « après-Delain ».

Charlotte Wessels a tout réalisé elle-même, du chant à la programmation des instruments. Elle n’escomptait pas le formaliser en tant que véritable projet, qui aurait au contraire bénéficié de véritables musiciens et de véritables instruments selon elle. Tales From Six Feet Under n’a logiquement que peu de choses en commun avec Delain, si ce n’est le sens mélodique de la chanteuse qu’elle développe ici dans de nouvelles directions. « Superhuman » présente une électro-pop rock délicate au caractère intimiste à la London Grammar. Charlotte n’hésite pas par instants à parler plutôt que chanter. Surtout, elle se montre ambitieuse dans ses arrangements en utilisant des cordes pour élever sa chanson. Il y a une forme d’imprévisibilité dans les chansons de Tales From Six Feet Under qui lui évite de tourner en rond. « Afkicken », chanté en néerlandais, embrasse quant à lui les recettes d’une pop-rock énergique avec cette ligne de basse cyclique au synthé et ces guitares saturées. Une sorte de croisement étrange entre du Britney Spears, du Marilyn Manson et du Queens Of The Stone Age. Tales From Six Feet Under ne recèle que très peu d’instants « rock » à proprement parler, dont le plus important reste « FSU (2020) » plus proche de Delain avec ses vocalises grandiloquentes et son riffing plus appuyé. Tales From Six Feet Under n’en fait de toute manière pas son cheval de bataille.

Le charme de l’opus réside indéniablement dans son caractère intime. Charlotte a tout réalisé elle-même sans nécessairement se reposer sur ce que les auditeurs connaissent le mieux de sa personne à travers Delain. C’est ce qui explique la présence d’un titre tel que « Victor » qui va jusqu’à reprendre quelques lignes du poème de Victor Hugo « Demain, dès l’aube… » prononcées en français. Il y a quelques traits de pop expérimentale présents tout au long de Tales From Six Feet Under quand elle ne prend pas le caractère cinématographique d’un Woodkid. Il y a en outre une parenté avec le goth-rock explicitée par la reprise de « Cry Little Sister » de Gerard McMahon du film The Lost Boys. Charlotte n’hésite pas non plus à conjuguer accords pleins de guitare folk et électro minimaliste et ne se réfrène jamais quant aux développements de ses morceaux. Elle ne résiste pas non plus à quelques élancées plus convenues, à l’instar de son duo hyperbolique avec Alissa White-Gluz d’Arch Enemy sur l’orchestral « Lizzie ». Le paroxysme de cette prise de liberté s’incarne à travers le très pop « Masterpiece », qui ne devait pas figurer sur l’opus à l’origine. C’est sa réception qui a motivé Charlotte à le présenter. Force est de constater que lorsqu’on n’est pas allergique aux développements et effets de production les plus récents de la musique dite « commerciale », « Masterpiece » a un cachet singulier. Il prouve certainement l’efficacité du songwriting de Charlotte Wessels.

Tales From Six Feet Under peut permettre d’envisager un avenir serein pour Charlotte Wessels, alors qu’il présente pourtant une musique parfois presque aux antipodes de Delain. Charlotte semble avoir trouvé comment exprimer toutes les facettes de sa culture musicale centrée sur les accroches mélodiques. Son aisance sur des instrumentations épurées complète sa capacité connue à faire vivre des grosses productions. Tales From Six Feet Under est ainsi l’incarnation parfaite du « mal pour un bien ».

Clip vidéo de la chanson « Superhuman » :

Vidéo studio de la chanson « Soft Revolution » :

Album Tales From Six Feet Under, sortie le 17 septembre 2021 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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