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Interview   

Children Of Bodom : « bienvenue dans la putain de vie du rock n’ roll motherfucker ! »


Il a fallu attendre trois ans et demi depuis I Worship Chaos pour voir Children Of Bodom délivrer son dixième album, mais tout vient à point à qui sait attendre et Hexed s’apprête à investir les bacs et autres plateformes numériques. Hexed, ça veut dire « maudit » ou « victime d’un envoûtement » dans la langue de Shakespeare. « Quand j’ai écrit la chanson, j’avais le sentiment d’être maudit, comme si quelqu’un m’avait jeté un sort », nous raconte le frontman Alexis Laiho.

Il poursuit : « Quand j’écris des textes, c’est pour évacuer la négativité qui me trotte en tête, et là j’avais ce sentiment à exprimer. Mais quand Hennka et moi avons commencé à discuter du titre de l’album, j’ai comme d’habitude balancé des idées mais c’est lui qui a suggéré Hexed, vu que c’était déjà une des chansons. J’ai trouvé que c’était simple et plutôt cool. Donc c’est devenu le titre. Et il se trouve que ça colle bien à l’ensemble, car le groupe a connu pas mal de déconvenues l’année dernière, rien de très grave mais des trucs chiants, et même la putain de date de sortie de l’album n’a pas arrêté d’être repoussée. Il sort enfin en mars mais j’ai toujours cette frustration par rapport à la date de sortie. Donc on avait vraiment l’impression que tout le putain d’album était maudit, d’une certaine façon. »

« Mikko Karmila est direct, il dit les choses telles qu’elles sont, sans pincettes, et peut même parfois te balancer une insulte au passage [petits rires], ce qui ne nous pose pas de problème. Nous ne le prenons pas sérieusement, ça ne nous offense pas, jamais. Nous ne sommes pas si sensibles. »

Nouveauté sur Hexed : il s’agit du premier album du combo enregistré avec le guitariste rythmique Daniel Freyberg, qui a intégré les rangs de Children Of Bodom en 2016. « J’ai longuement réfléchi pour savoir si je devais me charger de toutes les guitares encore une fois, car ça avait super bien marché avec I Worship Chaos, c’était super carré », nous explique le frontman, car en effet, le départ de Roope Latvala étant intervenu à peine trois jours avant d’entrer en studio pour l’album précédent, Alexis Lahio n’avait eu d’autre choix que d’enregistrer lui-même toutes les guitares. Il ajoute : « Mais avec Daniel, nous sonnons vraiment bien ensemble, alors je me suis dit que je devais le laisser jouer sur l’album. Donc, non seulement c’était plus relax pour moi de faire cet album mais je trouve que d’avoir son son et son style, ça fait que l’album sonne mieux au final, ça le rend plus varié niveau guitare. C’était donc globalement une bonne chose d’avoir décidé de l’intégrer à l’album. »

Au-delà des guitares, une chose que l’on peut remarquer est l’importance de Janne Wirman dans le son de Hexed, à la fois avec des sonorités leads mieux mises en avant, renvoyant à la grande époque de Children Of Bodom, et d’un autre côté en abandonnant parfois la dualité avec la guitare pour mieux servir les atmosphères, à l’instar de celle d’« Hecate’s Nightmare » : « Il y a autant de clavier que dans n’importe quel album mais ce sont les sons employés qui le font ressortir mieux. Dès que nous avons commencé les enregistrements des nouvelles chansons, et même avant, je savais déjà – enfin, nous savions – quel type de sons nous devrions utiliser, et oui, le son général du clavier sur cet album sonne effectivement dans la veine d’un Follow The Ripper. Ceci dit, pour tout ce qui est des mélodies ou choses que nous faisons à l’unisson avec Janne, c’est moi qui écris tout, y compris ses parties. Donc à ce niveau-là, c’est généralement moi le responsable s’il y a une évolution, dans le bon ou mauvais sens [petits rires]. »

Sans surprise, c’est une nouvelle fois Mikko Karmila qui a pris les rênes de la production d’Hexed, l’un des deux producteurs récurrents dans la discographie de Children Of Bodom. A vrai dire la seule fois où ils ont tenté une incartade avec un autre producteur, c’était avec Matt Hyde pour Relentless Reckless Forever : « C’était juste une expérimentation. De bonnes choses en sont ressorties, je dirais. Je n’ai rien de mal à dire au sujet de Matt Hyde, c’est un chouette type, c’est sympa de travailler et traîner avec lui, ce n’était pas genre : ‘Ce mec est naze, il faut qu’on fasse machine arrière.’ C’est juste que ça avait plus de sens pour nous, à plusieurs niveaux, de revenir auprès de Mikko. » Il faut dire que le producteur, également finlandais, sait leur parler, pas toujours de façon agréable, et les secouer quand nécessaire. Auraient-ils besoin de temps en temps de quelques coups de pied aux fesses ? « Au point où nous en sommes, nous n’avons pas besoin de grand-chose mais c’est bien qu’il fasse ça. Nous le connaissons tellement bien, et lui nous connaît tellement bien, que ça fait gagner du temps. Sa personnalité fait gagner du temps. Il est direct, il dit les choses telles qu’elles sont, sans pincettes, et peut même parfois te balancer une insulte au passage [petits rires], ce qui ne nous pose pas de problème. Nous ne le prenons pas sérieusement, ça ne nous offense pas, jamais. Nous ne sommes pas si sensibles. Et sa façon de travailler a toujours parfaitement fonctionné pour nous, donc tout va bien ! »

« Quand ça fait deux ans qu’on est sur la route, tout devient flou, c’est émotionnellement et physiquement éreintant, et on a de temps en temps l’impression que ça nous tue, mais à la fois, on adore ça, si bien qu’on ne peut arrêter ; tu sais toujours que tu vas y retourner. »

Pour un groupe qui a toujours été très actif et passe le plus clair de son temps sur la route, l’album démarre sur une chanson des plus éloquentes : « The Road ». « Ça parle d’une addiction – ça peut être n’importe laquelle – de quelque chose qu’on adore faire mais dont on sait à la fois que c’est en train de nous tuer », affirme Alexi Laiho avant d’expliquer plus longuement : « Quand ça fait deux ans qu’on est sur la route, tout devient flou, c’est émotionnellement et physiquement éreintant, et on a de temps en temps l’impression que ça nous tue, mais à la fois, on adore ça, si bien qu’on ne peut arrêter ; tu sais toujours que tu vas y retourner. En tout cas en ce qui me concerne, je ne peux pas m’arrêter. Donc j’imagine que c’est une forme d’addiction. Une addiction à ce chaos : ce n’est pas seulement dans le moshpit, même si évidemment tous les soirs quand on joue c’est le chaos, mais c’est aussi le fait de tout le temps bouger, et j’adore bouger au lieu de rester sur place. Être dans le tour bus, c’est une manière de vivre parfaitement normale pour moi. » Et avec un groupe comme Slayer qui tire bientôt sa révérence, notamment parce que Tom Araya n’a jamais caché qu’il était fatigué de tourner, n’a-t-il pas peur d’en arriver là lui aussi ou bien parviendra-t-il à arrêter avant que ça ne l’use trop ? « Je ne sais pas, mec. Je n’aime pas penser à ce genre de connerie ! » nous rétorque-t-il. « Si ça arrive, ça arrive. Sinon, bien. Ça ne sert à rien de penser à si ceci, si cela. Je ne sais pas si le rythme de tournée sera toujours aussi effréné, mais heureusement, nous sommes encore suffisamment jeunes pour tourner comme des fous, donc autant tout donner maintenant afin de pouvoir peut-être lever le pied, se relaxer un peu plus et moins tourner plus tard. Mais, vraiment, j’adorerais tourner pour le restant de mes jours, car c’est comme ça que je me vois. »

Pourtant, le burn-out semble ces dernières années toucher de plus en plus de musiciens, en particulier dans la scène metal. Les temps seraient-ils plus durs pour les artistes ? « Je ne sais pas. On dirait que tout le monde a un burn-out pour un rien, ça me semble exagéré dans le cas de certaines personnes », nous dit-il d’un ton un peu exaspéré. « Je trouve ça étonnant et marrant à la fois. Je veux dire que j’ai vu des artistes annoncer être en burn-out seulement trois ans après leur premier album ! Je suis là : ‘Tu te fous de moi, mec ? Tu n’as même pas commencé ! Mec, essaye de tenir notre rythme et faire ça pendant vingt ans, là on pourra commencer à parler de burn-out. Peut-être que cette vie n’est pas faite pour toi.’ [Petits rires] Mais je n’emploie pas ce terme pour moi. Je peux dire que je suis fatigué, exténué, mais je n’ai pas de burn-out ; tout du moins, je ne crois pas en avoir, or je suis un rythme de travail qui est assez effréné. Mais je suppose que plein de groupes n’ont pas l’habitude de tourner autant qu’ils doivent tourner aujourd’hui, car plus personne n’achète d’album, donc tous les groupes sont obligés de beaucoup tourner. Mais pour nous, ça ne fait aucune différence, car nous avons toujours énormément tourné. Quoi qu’il arrive, ça n’aurait rien changé que les albums se vendent ou pas. C’est un avantage que nous avons, je suppose. Certains peuvent être choqués et se retrouver en burn-out, disant : ‘Oh mon Dieu, c’est comme ça que ça se passe ?! Il faut être tout le temps sur la route, tout le temps jouer…’ Ouais, c’est comme ça, bienvenue dans la putain de vie du rock n’ roll motherfucker ! [Rires] »

Quand il est question du mode de vie rock n’ roll, Alexi Lahio et sa bande savent de quoi ils parlent ! Fut un temps où, en bons rockeurs finlandais qui se respectent, ils n’étaient pas les derniers à faire la fête et pousser sur la bibine. Sauf qu’on voit qu’à quelques exceptions près, avec le temps et l’âge, ce n’est pas toujours tenable et nombre d’artistes finissent par mettre de l’ordre dans tout ça. Et c’est précisément le cas d’Alexi Lahio : « Je ne bois plus sur la route. Il y a environ cinq ou six ans, j’ai décidé qu’il valait mieux que j’arrête de boire quand je suis sur la route, car je ne supporte plus les gueules de bois. J’ai envie de me sentir bien pendant la journée. Mes gueules de bois étaient putain d’horribles, à tel point que je ne m’amusais plus vraiment sur scène, car je me sentais trop mal. Donc je ne veux plus connaître ça. »

« Certains peuvent être choqués et se retrouver en burn-out, disant : ‘Oh mon Dieu, c’est comme ça que ça se passe ?! Il faut être tout le temps sur la route, tout le temps jouer…’ Ouais, c’est comme ça, bienvenue dans la putain de vie du rock n’ roll motherfucker ! [Rires] »

Pour en revenir au nouvel opus, celui-ci a la particularité de déterrer une ancienne chanson : « Knuckleduster », qu’on retrouvait originellement sur l’EP Trashed, Lost And Strungout. Un choix qui peut surprendre mais le groupe l’a fait pour une bonne raison : « Putain, il fallait que les gens l’entendent de nouveau ! Elle a été tellement négligée qu’elle n’a pas reçu toute l’attention qu’elle méritait. Tout le monde dans le groupe s’accorde pour dire que c’est une super chanson et que c’était un gâchis de la laisser tomber dans l’oubli. Donc nous lui avons redonné vie, et maintenant, nous voulons gaver les gens avec, essayer de forcer à faire passer la pilule dans leur gorge, en disant : ‘Aimez ! Ou alors, putain, on va encore la réenregistrer !’ [Rires] » Mais le public n’est apparemment pas le seul à avoir oublié cette chanson, puisque le frontman lui-même a été obligé de réécrire un texte dessus : « Ce qui s’est passé était une exception, j’ai toutes les paroles des autres chansons écrites. Pour cette chanson-là, j’avais écrit le texte sur un morceau de papier mais il a été perdu quelque part dans le studio… »

Pour finir, pourtant grand fan de hard rock et heavy metal traditionnels où figurent certains des meilleurs chanteurs du circuit, Alexi Laiho a récemment insisté sur le fait qu’il ne donnerait jamais dans le chant clair, en tout cas certainement pas avec Children Of Bodom. Vu la mode actuelle qui consiste à marier les deux types de chant, considère-t-il que ça serait nécessairement pour les mauvaises raisons s’il s’y mettait également ou que ça serait une forme de trahison envers les fans ? « Je ne sais pas, je suppose qu’on ne le saura jamais parce que je ne le ferai pas », commence-t-il par répondre de façon évasive. « Car en fait, je ne peux pas ! Je n’en suis tout simplement pas capable. Je peux faire du chant mélodique avec une voix rock n’ roll rappeuse, ce n’est pas un problème. Mais un chant clair, même si je savais comment faire, je ne le ferais pas car ça ne collerait pas à notre style. Ça c’est plus pour les groupes de metalcore moderne et je ne sais quoi, ou grosso modo tous les nouveaux groupes de metal, mais nous, nous ne faisons pas ça. Nous sommes old school. »

Interview réalisée par téléphone le 31 janvier 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Marek Sabogal.

Site officiel de Children Of Bodom : www.cobhc.com

Acheter l’album Hexed.



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