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Chronique   

Green Carnation – Leaves Of Yesteryear


Faire perdurer un projet musical au fil des ans n’est jamais aisé, et le défi est d’autant plus conséquent lorsque le groupe lui-même a été fracturé, au fil du temps, par les creux et les vagues. Presque quinze ans après son dernier album, Accoustic Verses (2006), la formation norvégienne Green Carnation entreprend ainsi d’initier avec Leaves Of Yesteryear un nouveau chapitre de son histoire et tourner en cela le dos aux aléas qui la contraignirent longtemps à demeurer dans la torpeur. Un retour qui, dès le titre, semble appeler une rétrospective nécessaire : l’inévitable obligation d’affirmer et de conforter des fondations et des assises pour les dépasser. Aussi, après un retour à la scène dès 2014 – ce qui permit à Green Carnation de se retrouver en tant que groupe – ce nouvel opus apparaît nettement comme une déclaration d’intention.

Forts d’un regard nouveau, et grâce à l’expérience de leurs divers projets musicaux, les membres de Green Carnation se préparent en effet, avec Leaves Of Yesteryear, à esquisser les jalons d’une renaissance durable. Cette dernière, aussi longuement préparée qu’éminemment anticipée, se présente immédiatement comme le résultat d’un fin processus d’élaboration. Si l’architecture des morceaux est habilement complexe et s’autorise régulièrement des développements sur la longueur, Green Carnation n’en présente pas moins une forme accessible de sa poétique musicale. L’album se constitue par l’usage d’un langage stylistique et de formes mélodiques qui s’énoncent avec clarté, quoiqu’il invoque des teintes fortement référencées : que ce soit par les claviers ou les rythmiques et leurs panels de variations qui se colorent successivement de fards psychédéliques et de scansions gothiques, le groupe propose un éventail assuré de variété sonore. Les échos de leurs premières offrandes se font ainsi ressentir, faisant de Leaves Of Carnation le lieu d’un auto-référencement assez franc.

En effet, à bien des égards, l’opus expose une rétrospective sur l’histoire et l’héritage de Green Carnation ; un héritage tant issu de ses propres œuvres – comme en attestent d’une part le réenregistrement de « My Dark Reflections Of Life And Death » qui, ainsi réincarné, révèle d’autant plus sa parenté avec le monument « Light Of Day, Day Of Darkness », et d’autre part le titre « Sentinels » qui, par sa veine rock directe et accrocheuse, résonne tel un The Quiet Offspring, en plus heavy – que d’une filiation exprimée par ses influences : l’épilogue « Solitude », reprise de Black Sabbath, parfaitement assimilée et dont le style fait écho à Accoustic Verses. Résumer l’album à ce regard rétrospectif serait pourtant réducteur, et quoique le groupe lui-même revendique cette posture quasi nostalgique, Leaves Of Yesteryear se pense aussi comme un pont vers l’avenir de Green Carnation. Les teintes progressives bruissent de réverbérations vintage et familières, mais l’œuvre sonne résolument contemporaine, réussissant à convoquer des motifs consacrés tout en les nuançant suffisamment, à l’instar de ce que peut par exemple proposer Arjen Lucassen sur son projet Ayreon.

Un élan bondissant parcourt ainsi le premier morceau éponyme qui offre, lors des refrains, une explosion d’allégresse qui se dilue, sans s’y opposer, à la nostalgie ambiante, toujours omniprésente mais jamais oppressante. Les compositions diffractent des arpèges délicatement ciselés auxquels répondent des nappes de claviers évanescentes, texturées de sonorités mouvantes. Ici, la volonté du claviériste Kenneth Silden de présenter des sons authentiques et spontanés, notamment par l’emploi de multiples instruments issus des années 70 à 80 – plutôt que d’en émuler la texture sonore sur un matériel actuel – soutient énergiquement la fougue et la pertinence de ses envolées. Un travail de fond qui permet, une fois encore, de produire un son homogène et clair qui laisse chaque instrument saisissable. S’ensuit une force tranquille, dénuée de toute surenchère, qui permet au groupe d’alterner avec célérité et cohérence les atmosphères à l’intérieur même des morceaux. Un travail d’articulation grâce auquel, bien davantage que sur leurs albums précédents, les Norvégiens parviennent à lier les diverses approches qu’ils manipulent. Subtilement reliés les uns aux autres, les titres s’écoutent avec une aisance délicieuse.

L’ardeur latente qui saisit Leaves Of Yesteryear dès les premières mesures habite ainsi chaque élément des compositions et exprime admirablement l’horizon d’affects que Green Carnation entendait attiser pour manifester son retour. Même si l’album se fait le lieu d’une nostalgie assumée, celle-ci ne se manifeste que pour permettre aux Norvégiens de se réapproprier un héritage indispensable à la perpétuation de leur art, et ainsi assurer ses fondements autant que sa cohésion. Héraut d’un nouvel essor, Leaves Of Yesteryear ne fait rien d’autre que dire Green Carnation dans ce qu’il fut et dans ce qu’il entend devenir. Un album qui propose une synthèse raffinée tout en augurant la suite et auquel on saurait surtout reprocher l’amère frustration de n’en proposer davantage.

Vidéo de la chanson « Leaves Of Yesteryear » :

Album Leaves Of Yesteryear, sortie le 8 mai 2020 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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