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Témoignage   

Chroniques de l’underground : Chapitre 4, le live


Il y a un peu plus d’un mois Quentin, batteur d’Eros, groupe amateur de la région bordelaise, nous contactait. Ayant « pris l’initiative de faire venir Bukowski pour un concert fin janvier », il souhaitait nous proposer « trois à quatre articles parlant du monde amateur du metal, des difficultés d’organiser un concert comme celui-ci, etc. »

Ainsi sont apparus les Chroniques de l’Underground, récit avant tout placé sous le signe du rêve, celui de jouer dans une salle bordelaise où il avait vu se produire Black Bomb A : le Bootleg. Mais comme, il l’expliquait dès le premier chapitre, étant un jeune groupe, et la salle ayant la capacité d’accueillir trois cent personnes, ils ne se voyaient évidemment pas faire salle comble et ont envisagé, plus sérieusement, de pouvoir au moins y faire la première partie d’une formation plus installée dans le paysage metal français : Bukowski.

En résulte un récit de la quête initiatique de la découverte dans l’underground français de la façon d’organiser un concert – et un seul ! – pour son groupe quand on veut se donner les moyens de vivre son rêve. Un récit en quatre parties finalement arrivé à son épilogue. Le 31 janvier avait lieu ce fameux concert. Un final conté sous la forme d’un journal de bord, répertoriant heure par heure les événements de cette soirée au milieu duquel, après tous les moyens investis pour la préparation de ce concert, la réussite financière ou non de cette expérience n’est plus un souci ; le bénéfice est ailleurs.

« Dernier épisode de ces chroniques de l’underground qui racontera ma journée du 31 janvier et de ce fameux concert.

10h : Je pars pour aller payer l’hôtel et récupérer les clés des chambres des Buko. A 2h ou 4h du matin, je doute qu’il y ait quelqu’un pour les accueillir et ça me permettra de remettre tout ça dès l’arrivée du groupe et ne plus m’en occuper.

11h : Je commence à faire des quiches, les courses ayant été faites deux jours plus tôt, j’ai prévu trois quiches ainsi que des croquemonsieurs, salade et plein de bières.

14h : Je commence à faire une vérif’ de mon matos, histoire de ne rien oublier car je fournis la batterie pour Praetorian ainsi que pour mon groupe, car Thibault de Bukowski se trouve être un foutu gaucher, et joue donc à l’envers. S’ensuit chargement puis départ pour la salle où le rendez-vous est fixé à 16h.

15h30 : La salle est déjà ouverte ce qui me permet de décharger toute la batterie et de placer le catering en réfrigération.

16h15 : Bukowski est dans la place. Après de brèves salutations, on attaque le gros morceau : vider le camion – et autant dire qu’on a tapé quelques allers-retours. Tout le monde s’affaire et je suis content de voir que les membres de mon groupe aident bien à la mise en place, ce qui permettra de gagner un temps précieux. Le staff du Bootleg est présent et restera disponible toute la soirée, pour un service vraiment impeccable. Ils sont sept : quatre musiciens, plus un ingé-son, un ingé-light et le tour manager, John, disons homme à tout faire. Dès le départ, un vraiment bon contact, ça sourit malgré les sept heures de route qu’ils viennent de se farcir, on sent des gens aimables et vraiment pas prise de tête. Et bordel, j’ai des idoles en face de moi quoi ! Je suis ce groupe depuis ses débuts, ça fait chaud au cœur.

17h15 : Ils démarrent leurs balances. Le son est vraiment massif, on sent que ça va donner ce soir. Thibault a quelques tiges qui sont parties sur ses toms et je me rends donc au magasin de batterie le plus proche pour récupérer ça pour lui. Je suis aussi là pour répondre à leurs demandes, et celle-ci est plutôt importante car elle lui permettra d’avoir un bon son le soir.

18h15 : Changement de plateau, nous nous mettons en place. C’est l’occasion pour moi de tester une batterie que j’ai acheté il y a peu de temps et de constater que la qualité est au rendez-vous. Le son est massif, propre, ça change des bars, et tout le groupe a la volonté de taper un grand coup ce soir car les conditions sont vraiment idéales.

19h : Praetorian attaque. Je ne suivrai malheureusement pas trop leur évolution au cours de la soirée car j’en profite ici pour lancer les gâteaux apéros et parler avec l’équipe de Bukowski. Mon groupe, un peu sur la réserve au début, joue le jeu et nous nouons de bons contacts. Et ce sont ces moments que je vais affectionner le plus au cours de la soirée, les moments de partages, de rencontres, ici il se passe quelque chose d’assez spécial. On se rend compte que les gens que l’on côtoie sont là pour déconner et faire la fête, ne se prennent vraiment pas la tête. Vraiment d’une simplicité et d’une convivialité que je ne qualifierai pas d’étonnante parce que je m’en doutais, mais vraiment agréable.

19h45 : Fin des balances, il y a déjà quelques personnes devant les portes de la salle. Début du repas pour tout le monde, encore que du bon, les bières descendent et les contacts entre groupes sont supers. Les mecs de Praetorian commencent à sentir la pression monter, tournent un peu en rond, s’échauffent. Les Bukowski nous racontent leur récent périple en Russie, avec de nombreux éléments franchement étranges. On sent que cette tournée n’a pas été de tout repos pour eux. De mon côté je vois avec John tout ce qui est invitations de leur part pour être en place dès l’ouverture des portes. Tout le monde passe un moment sympa et convivial, ce qui m’importe le plus à ce moment-là. Finalement je ne gamberge pas plus que ça sur le nombre d’entrées à réaliser, car au final, j’en suis venu à me dire que ce n’était vraiment pas le plus important sur cette soirée, et je prends un réel plaisir à partager ces tranches de vie avec tout le monde.

20h30 : Ouverture des portes. Mes parents ont fait le déplacement pour gérer la billetterie, ce qui me permet, de mon côté, de bien rester concentré et de ne pas m’éparpiller. Déjà beaucoup de personnes devant la salle, tout ce petit monde rentre gentiment et se presse au stand merchandising de Bukowski, qui aura bien cartonné à cette soirée.

21h : Début des hostilités. Praetorian fait une entrée remarquée en fendant la foule présente devant la scène et attaque rapidement, le son est bon et leur punch-metal permet de lancer la soirée dans la bonne humeur. Je ne vais pas suivre énormément ce concert car je remonte dans les loges pour voir si tout se passe bien et commencer à me concentrer. Il est assez important de passer par une petite phase de préparation avant un concert, cela permet de bien canaliser l’énergie. De nature relativement calme, c’est à ce moment-là que je vais commencer à m’énerver, à monter en régime pour pouvoir balancer la purée une fois sur scène. Échauffement des poignets terminé, le dernier morceau de Praetorian est en cours.

21h40 : Changement de plateau, on dégage tous le matos du précédent groupe et installation du nôtre. La partie batterie est la plus longue car il faut ramener toutes les cymbales, heureusement déjà sur leurs pieds respectifs. Rapide soundcheck, Thibault, mon bassiste, n’a pas de son. Nous sommes déjà un poil à la bourre et après cinq minutes de bidouillage on se rendra compte que c’est juste son jack qui est mort. Cinq minutes comme ça, à attendre que ça s’arrange, c’est long, très long même, le public est à deux ou trois mètres de nous, la tension est palpable. Avec ce retard nous retirons un morceau de notre setlist pour permettre à Bukowski de jouer un temps respectable. Les lumières s’éteignent et c’est moi qui ouvre le bal avec un trinaire sur ma ride, rapidement rejoint par tous mes musiciens, nous entamons notre ouverture martiale tandis que Sophie rentre sur scène bien décidée à en découdre. Mais pas de son au micro pour elle sur cette intro ! Dommage, mais on enchaîne directement avec « Si Vis Pacem Para Bellum », sûrement notre morceaux le plus agressif, et qui met d’entrée les points sur les i. Le son est massif, je frappe comme un sourd, mes partenaires bougent bien, Sophie est omniprésente, le set est parfaitement lancé. La suite se déroulera sans encombre majeure, nous arriverons à garder le public sous pression, en alternant chansons plutôt lentes et agressives. Quelle chaleur sur scène.

22h40 : C’est passé à la vitesse de l’éclair, mais que ce fut bon ! Après une photo avec le public derrière nous, nous opérons au plus vite au changement de plateau car il y a maintenant une batterie à dégager, et une autre à installer. Tout le monde participe et tout mon matériel se retrouve dans une pièce à côté de la scène dans laquelle les trois guitaristes de Bukowski se préparent. Et là, disparition totale de mon groupe, et je me retrouve tout seul, fatigué et dégoulinant, à ranger toute ma batterie. Cela va me prendre vingt bonnes minutes pendant lesquelles je vais partager un grand moment avec les frères Dottel, Fred Duquesne ainsi que John, le tour manager. Ce petit moment de crispation, de tension, où je les vois tourner en rond, vérifier dix fois les accords de leurs guitares, jusqu’à explosion et la montée sur scène. Cet instant, ce sera mon instant, un privilège, ma récompense en quelque sorte pour avoir créé cette soirée, et il n’appartient qu’à moi. Étrange de se dire qu’à ce moment-là, qui reste mon meilleur souvenir de cette soirée, j’étais partagé entre l’admiration pour ces musiciens et le sentiment amer de rester seul pendant que mon groupe se reposait et récoltait les louanges des spectateurs.

22h55 : Buko démarre à fond la caisse, et je vais terminer de ranger le tout pendant ma chanson préférée, « My Name Is Kozanowski ». Je rejoins mes proches, fais le tour des lieux et des loges, voir si tout se passe convenablement, reçois quelques félicitations qui font chaud au cœur. Et la question que tout le monde me pose est : combien d’entrées Quentin ? Est-ce que tu es rentré dans tes frais ? Bordel, qu’est-ce que j’en ai à carrer de savoir si je me suis planté ou pas, j’ai Bukowski en pleine action à moins de cinq mètres, laissez-moi en profiter. Je suis là pour la musique, le reste n’est que du détail. Étrangement, je suis là sans l’être, fatigué de mon concert, fatigué nerveusement, mais je prends le temps d’apprécier le show et de m’imprégner de la foule. Et c’est un gros sentiment de satisfaction car je vois des étoiles dans tous les yeux que je rencontre, j’offre une tranche de bonheur à toutes ces personnes qui se sont déplacées. Dans la salle, je sens cette transpiration, cette suffocation synonyme de belles soirées de concert, où tout le monde vient faire la fête et s’abandonner.

0h00 : Fin de concert. On replace tout le matos de Bukowski dans la salle annexe car à partir de minuit, le Bootleg se transforme en club, et une autre soirée démarre. Les musiciens sont ravis mais fatigués du concert et du voyage. Il est l’heure de faire le point niveau entrées maintenant. Je vois le gérant de la salle qui m’annonce que nous avons fait 110 entrées payantes plus 30 invitations et me remet quelques 1300 euros en cash. Plutôt pas mal, je suis dedans de 500 euros, mais de l’avis de tous c’est très satisfaisant d’en être déjà arrivé là. Nous convenons de répartir ceci équitablement entre chaque membre de mon groupe, ce qui fait que cette soirée nous aura couté 100 euros à chacun. Le staff de Bukowski range tranquillement le matériel, et j’en profite pour parler avec pas mal de monde, remercier les gens de la salle, qui ont vraiment assuré, parler avec Praetorian, et engager une belle conversation avec Niko Dottel, qui me remerciera une fois de plus d’avoir organisé la soirée, mais m’aura aussi fait comprendre que cette date était vraiment importante pour eux, pour marquer un peu leur territoire au sud, et que cela va leur permettre de revenir plus souvent dans nos contrées, et qu’il penseront à nous le cas échéant.

Bref, tout se termine vers 2h lorsque le van de Buko est chargé jusqu’à la gueule. L’heure des au-revoir. Chacun prendra le temps de me remercier personnellement, ce qui fait vraiment chaud au cœur. Ainsi se termine donc cette soirée, ainsi que ces chroniques.

Un merci tout particulier à ceux qui m’ont soutenu dans ce projet, le Bootleg, Praetorian, Eros, Bukowski, ma compagne pour qui ça n’a pas dû être facile tous les jours, Niko Ernult pour les photos et tous les rockers de Bordeaux qui auront fait le déplacement. Merci au Doc’ et à Animal pour leur confiance. Stay metal ! »



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