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Témoignage   

Chroniques de l’underground : Chapitre 1, création d’un évènement


Comment ça marche l’organisation d’un concert quand on est un jeune groupe, qui n’a pas encore de booker et dont le téléphone ne sonne pas en permanence pour leur demander de jouer ici ou là ? Eh bien, c’est surtout de la débrouille et plus encore : du rêve. Et Quentin, un rêve, il en a un, né dans une salle bordelaise, le Bootleg : y jouer, avec son groupe, Eros, dont il est le batteur. Mais comme c’est un jeune groupe, et c’est une salle ayant la capacité d’accueillir trois cent personnes, il ne se voit évidemment pas déjà faire salle comble et il envisage, plus sérieusement, de pouvoir au moins y faire la première partie d’une formation plus installée : Bukowski.

Ainsi commencent ces chroniques de l’underground. Ce n’est pas un guide de ce qu’il faut faire ou non, mais plutôt un récit didactique qui (paradoxalement) ne donne pas de leçon, sauf à ceux qui s’imagineraient que du simple fait de former un groupe découle tout le reste (concerts, signature avec un label, disques, etc.) ou qu’il suffit de se poser dans une salle à attendre le public pour organiser un concert, même de petite envergure. Un récit de la quête et de la découverte dans l’underground français de la façon d’organiser un concert – et un seul ! – pour son groupe quand on veut se donner les moyens, sans lésiner sur ceux-ci, sans rechigner à la dépense (que ce soit en termes d’énergie ou financiers), pour vivre son rêve… ce qui passe parfois par quelques déconvenues ou phases de désespoir.

C’est aussi le récit très personnel (et qui ne se veut donc pas absolu) que nous offre Quentin, en quatre parties, que nous publierons régulièrement jusqu’à son épilogue, après le 31 janvier, date de ce fameux concert, et dont voici le premier chapitre.

« Bonjour à tous. Je m’appelle Quentin, et suis un modeste batteur dans un groupe de metal de la région bordelaise, Eros. Mon groupe est rentré depuis l’été 2013 en phase active de développement, à savoir enregistrement de bonne facture, vidéoclip, etc.

Nous commençons à avoir une petite notoriété dans le paysage metal de Bordeaux. Ces chroniques de l’underground ont pour but de vous faire partager mon expérience de l’organisation d’un évènement de taille conséquente, à savoir la venue du groupe Bukowski.

Nous sommes fin septembre, nos deux morceaux sont enregistrés, il s’agit maintenant de faire un clip. Le 26, je me rends en compagnie de Sophie, chanteuse d’Eros, au concert de Black Bomb A dans une salle que je ne connais pas encore mais qui commence à faire beaucoup parler d’elle : Le Bootleg. La communication n’ayant pas été importante concernant ce concert, et Bordeaux n’étant pas la ville la plus metal de France, la sanction tombe, et le concert du soir ne fera que 80 entrées. Ayant assisté à une prestation ma foi très sympathique, je me rends compte que cette salle d’une capacité de 300 personnes a en effet un sérieux potentiel, et je me mets à rêver d’un concert où Eros ouvrirait pour une tête d’affiche.

Après discussions avec le staff de la salle, je comprends que le Bootleg est régi par une association qui permet de ne pas avancer les frais de réservation de la salle, qui sont de 600 euros, qui seront récupérés par la salle sur les billets APRÈS remboursement du budget établi par l’organisateur pour payer la tête d’affiche, l’hébergement, la communication, etc. Une fois tout le monde remboursé, la salle garde 50% du surplus et accorde les 50 autres pour cents à l’organisateur. D’un point de vue purement économique, je suis forcément intéressé par cette perspective car à partir du moment où j’aurai remboursé mes frais d’organisation, je serai totalement dégagé financièrement.

A ce moment-là, deux noms me viennent en tête : Bukowski, qui correspond bien au style musical dans lequel mon groupe évolue, et Sidilarsen, plus proche géographiquement, et dont je connais les performances lives intenses. Ces derniers viennent d’annuler un concert sur Bordeaux avec Punish Yourself et seront surement intéressé par une offre sur ce type de salle.

Je décide de profiter des deux semaines de vacances qui me sont accordées pour essayer de contacter ces deux groupes. Il s’avèrera rapidement que Bukowski est bien plus intéressé par ce type de projet, le management de Sidilarsen n’étant pas forcément au rendez-vous. Je rentre donc en contact rapidement avec le Bootleg pour voir les disponibilités. Il s’agit ici d’être méticuleux sur ce que l’on souhaite. Pour ma part, je considère que le jour idéal pour un concert est un vendredi, puis un samedi, il me faut une date entre fin janvier et fin mars 2014, et surtout, qu’il n’y ait pas de concert majeur ou rock sur Bordeaux ce soir-là.

Je réserve rapidement la salle pour le vendredi 31 janvier en accord avec le management de Buko. Bukowski + Eros, le rêve devient réalité en deux petites semaines. En même temps, nous tournons notre clip ce qui nous promet une fin d’année assez agitée pour mon groupe et moi.

Seulement, au moment de valider avec la salle, j’apprends qu’il est nécessaire d’avoir une licence d’organisateur de concert pour pouvoir se produire au Bootleg. En gros ça veut dire association ou structure professionnelle d’organisation de concert, ce que je n’ai pas bien entendu. Je pars donc en quête d’une association qui voudrait m’aider à organiser cet évènement sachant que je m’engage à avancer tous les frais, environ 2000 euros à ce moment-là. Zéro retours. Que des réponses négatives. Mon contact au Bootleg me suggère de créer moi-même ma propre association, ce qui prendra au minimum trois semaines. Nous sommes mi-octobre, et j’ai pas forcément ce temps devant moi car je prévois un début de communication pour début décembre et le reste pour janvier.

En intérieur, mon groupe commence à moins être intéressé par ce projet, que je mène tout seul, et qui va surement inclure une participation financière conséquente de leur part. Je garde la tête froide malgré les réticences et me persuade de mener ce projet à bout, même si moralement c’est assez compliqué. On ne vit qu’une fois !

Dans mes négociations avec le management de Bukowski j’arrive à baisser le cachet jusqu’à un niveau qui me permette de tout gérer tout seul, leur redonnant la totalité du pourcentage réservé à l’organisateur, et de désengager financièrement un autre groupe qui possèderait cette fameuse licence d’organisation. Je me tourne donc vers Praetorian, plus grand que nous, plus établi, et qui accepte bien sûr cette première partie amenée sur un plateau.
Nous passons donc à Bukowski + Eros + Praetorian. Ce compromis me va bien, car j’ai déjà rencontré le leader de ce groupe une paire de fois, le contact est bon et je sais qu’il m’aidera. L’affiche garde une cohérence sympathique, le projet repart sur de bonnes bases.

Parlons pognon un peu. A cet instant je dois engager quelques 1200 euros, cachet, hébergement, catering et communication inclus. Je fixe un prix de place à 12 euros + 2 euros d’adhésion à l’association du Bootleg. 12 euros correspond à ce que j’avais payé pour Black Bomb A, ce prix me parait juste. Cent entrées et l’affaire est dans le sac. Sur une salle de capacité 300 personnes, ça parait cool. Je comprends à cet instant là que si la salle n’a pas la certitude de faire les 600 euros qui lui sont nécessaires, l’évènement n’aura pas lieu, ce que je conçois, mais qui me chiffonne beaucoup. Seulement il m’est maintenant impossible de faire baisser quoi que ce soit. Le break passe donc à 150 entrées à 12 euros. Un remplissage de la moitié de la salle pour être remboursé me parait tout de même gérable pour Bukowski, un groupe sur la pente ascendante, qui n’est jamais venu dans le sud.

Nous sommes mi-novembre, l’accord est toujours bon avec Buko, il faut juste booker la salle. Après un énième passage en
« commission », notre concert est accepté, mais l’association ne nous avancera pas les frais de réservation. Ils se protègent donc et me laissent assumer le tout financièrement. L’équation est maintenant simple :1800 euros = 150 entrées. C’est une libération après quasiment deux mois de négociations et d’appels. Il s’agit maintenant d’aller signer les contrats avec la salle, puis d’enchaîner directement avec Bukowski, lancer la communication, réserver l’hôtel.

Fin novembre, Praetorian joue au Bootleg, je décide de faire d’un pierre deux coup et de signer les contrats au passage. Malgré le temps pour les préparer, ils ne seront pas disponibles ce soir. La soirée est sympa mais je suis dégouté car ma comm’ sur décembre est cuite. Nous avancerons les 600 euros de la salle 1dix 0 jours plus tard et signerons les contrats de Bukowski le lendemain. Début janvier, je n’ai toujours pas le contrat du Bootleg qui a pris des vacances bien mérités, même si la date est bookée, et la communication démarrée.

PS : Par le biais de ces articles, je peux paraître critique envers certaines personnes. Qu’il soit bien clair qu’ici je transmets juste mon ressenti, les choses telles que je les perçois, et que mes propos traduisent surtout mon incapacité à ces instants à faire avancer les choses comme je le souhaiterais. Je ne suis pas ici pour émettre le moindre jugement, car je n’appartiens pas au milieu de l’organisation, et n’en connais que très peu de règles, mais seulement pour partager une expérience. »

Lire l’épisode 2.



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