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Interview   

Chuck Billy (Testament) : Nature et natif


Dark Roots Of Earth, le dernier album de Testament, n’a pas pour origine l’intellect mais est le résultat d’une écriture spontanée. Testament est un groupe simple, qui ne conceptualise pas sa musique outre mesure (« Ce sont juste de bonnes chansons ») et dont le fonctionnement est élémentaire, comme en témoigne l’opinion de Chuck Billy, dans une interview qu’il nous a accordée la semaine dernière. Quant au cas Gene Hoglan, Chuck se fiche complètement de l’idée d’intégration « officielle » du batteur au sein du groupe. Qu’il fasse ce qu’il veut, tant qu’il peut être présent aux enregistrements et aux tournées.

A ce titre, même si Dark Roots Of Earth est un album sombre, abordant des thématiques telles que celle des Indiens d’Amérique (Chuck a du sang indien), de l’effet de serre ou de jeunes Américains de 10 ans brûlant impunément des drapeaux américains, Testament n’est pas pour autant engagé dans ses paroles.

« Une bonne chanson est une bonne chanson, voilà tout. Et comme les chansons sur l’album sont de qualité, même si tu n’es pas un metalhead, eh bien, il est possible que tu les apprécies. »

Radio Metal : Tu as récemment déclaré qu’il n’y aurait plus de long laps de temps qui s’écoulerait entre les sorties de vos albums. Par conséquent, les quatre années entre The Formation Of Damnation et Dark Roots Of Earth furent-elles un peu frustrantes ?

Chuck Billy (chant) : Non. Tout le monde me pose cette question mais nous avons tourné pendant trois ans pour The Formation of Damnation : il ne s’est écoulé ainsi qu’un an entre les deux albums.

Tu as dit à propos du nouvel album qu’on n’était pas obligé d’être fan de metal pour l’apprécier. Même si Dark Roots of Earth est très mélodique, il est quand même très puissant et « metal ». Penses-tu vraiment que les gens qui ne sont pas dans le metal pourraient aimer cet album ?

Oui. Ce que je voulais dire par là, c’est que parfois tu écoutes une chanson pop à la radio et même si tu ne vas pas acheter l’album, tu vas dire : « Hey ! Elle est pas mal cette chanson ! ». Une bonne chanson est une bonne chanson, voilà tout. Et comme les chansons sur l’album sont de qualité, même si tu n’es pas un metalhead, eh bien, il est possible que tu les apprécies.

« On n’a pas délibérément cherché à composer un style de chanson : tout ce qui sonnait bien a été gardé. »

Dark Roots of Earth est un album très varié. Il y a sur celui-ci des moments épiques, agressifs et mélodiques. Même s’il est très moderne avec une production très actuelle, il possède une sorte de feeling « old school ». Voulais-tu que ce disque représente un condensé de toute votre carrière ?

Ce n’était pas notre but. On n’a pas vraiment discuté entre nous de l’approche musicale que l’on désirait pour l’album. Quand Eric (NDLR : Eric Peterson, guitariste de Testament) a commencé à composer pour l’album, il a eu une sorte de blocage. Il s’est alors envolé vers l’Angleterre, chez Andy Sneap (NDLR : producteur célèbre de la scène metal). Il en est revenu avec une dizaine de chansons qui sont très proches de ce qui s’est retrouvé sur l’album : il ne s’est pas dit : « Je ne vais composer que des chansons thrash ». Il a juste écrit plusieurs chansons et c’est ce qui rend l’album si varié. Il y a des chansons sur l’album, comme «  Cold Embrace », que nous n’avons jamais composées en 15 ans de carrière. On n’a pas délibérément cherché à composer un style de chanson : tout ce qui sonnait bien a été gardé.

Tu as déclaré que tu détestais la production de vos premiers albums. Est-ce que le son de Dark Roots Of Earth est celui que tu aurais désiré pour ceux-ci ?

Je crois que j’aurais voulu un son plus moderne, surtout. Je me rappelle que lorsque nous enregistrions The Legacy et The New Order, on ne connaissait rien en termes de production et d’enregistrement d’albums. Quand je repense à ce que nous avons fait, aux techniques employées, cela explique le son de ces albums. Ce qui est triste, c’est que les enregistrements originaux de The Legacy et The New Order ont été perdus.

As-tu jamais pensé à réenregistrer un de ces albums avec une production actuelle, afin de leur redonner une seconde vie ?

On est en train d’en parler justement, à cause du fait qu’on a perdu les enregistrements originaux. Si ceux-ci ont été perdus, pourquoi ne pas réenregistrer le tout ? Tout au long de ces années on n’a pas vraiment changé : seule la production a évolué.

Dark Roots of Earth est un album très actuel, avec une production moderne mais on a l’impression qu’il a été écrit durant les années 80. Penses-tu que cet album est une manière de revisiter cette décennie à la sauce actuelle ?

Je ne pense pas, car dans les années 80, on était juste des gamins qui voulaient composer des chansons de thrash. C’était notre objectif à l’époque puisque ce style musical était un truc totalement nouveau. Aujourd’hui, les choses sont juste différentes de ce qu’elles étaient il y a plus de 20 ans.

(NDLR : à propos de Gene Hoglan) « Je ne comprends pas vraiment ce concept de ‘membre à plein temps’. Je n’aime pas empêcher les gens d’aller jouer avec d’autres groupes. »

Parlons du travail de Gene Hoglan (NDLR : batteur de Testament) sur l’album : certaines parties de batterie sont typiques du metal extreme. Est-ce l’apport de Gene et a-t-il modifié certaines parties déjà écrites ?

Non. Eric avait déjà composé toutes les parties de batterie avant. Il a dit à Gene ce qu’il devait faire : celui-ci a appris les chansons en six jours et les a enregistrées en deux semaines. Mais Gene possède son propre style : je ne pense pas qu’un autre batteur pourrait faire sonner l’ensemble comme Gene le fait.

Tu as dit que tu aimerais beaucoup que Gene devienne un membre à part entière de Testament. As-tu discuté de cela avec lui ?

Je ne comprends pas vraiment ce concept de « membre à plein temps ». Je n’aime pas empêcher les gens d’aller jouer avec d’autres groupes. Gene a enregistré l’album et nous adorerions qu’il fasse toutes les tournées avec nous : cela s’arrête là, c’est tout. On ne lui demande pas de tout arrêter pour Testament.

« Je crois que ce sujet devient de plus en plus fort aux USA, car les Indiens peuvent maintenant offrir du travail aux leurs et construire des casinos, par exemple. »

La chanson « Native Blood » parle des Indiens d’Amérique. Tu évoques dans celle-ci leur droit à s’exprimer. Où en est-on à ce sujet aux États-Unis ? Peut-on en parler ? Comment cette partie de l’histoire américaine est-elle perçue par les Américains d’aujourd’hui ?

Quand on a écrit « Native Blood », ce n’était pas pour parler uniquement des Indiens d’Amérique. Même si je parle de mes racines (NDLR : Chuck Billy a du sang indien), la chanson parle d’une manière générale des peuples indigènes, puisqu’ils ont existé et existent dans toutes les cultures et pays. J’en parle du point de vue des Indiens d’Amérique. Je crois que ce sujet devient de plus en plus fort aux USA, car les Indiens peuvent maintenant offrir du travail aux leurs et construire des casinos, par exemple. Par exemple, dans notre réserve, avant que l’on construise le casino, on n’avait aucune aide financière de la part du gouvernement. Beaucoup de gens étaient pauvres. Lorsque les casinos ont été construits, on a pu construire des écoles, améliorer l’éducation : tout cela a permis d’aider notre peuple. Malgré tout, ce qui est triste, c’est qu’avant les casinos, aucune aide ne nous parvenait des autorités fédérales et maintenant que l’argent est là, ils veulent leur part du gâteau et leurs taxes.

« Dans les années 80, on a évoqué l’effet de serre ou d’autres problèmes qui affectaient notre planète, mais je crois que notre message n’était pas entendu, non pas seulement de la part des fans de musique, mais de tout le monde en général. 25 ans plus tard, tout le monde réalise que ‘Eh ! Notre climat a changé en fait !’. »

Presque toutes les paroles traitent de la guerre, de la mort, des génocides ou de la haine en général à travers des chansons comme « True American Hate », qui parle de jeunes gens brûlant le drapeau américain ou encore « A Day In Death », « Man Kills Mankind » et bien sûr « Native Blood ». Pourquoi les différentes manières qu’a le genre humain de vouloir se détruire est-il devenu le thème de l’album ?

Je crois que nous sommes maintenant tous pleinement conscients du fait qu’il y a un problème. Dans les années 80, on a évoqué l’effet de serre ou d’autres problèmes qui affectaient notre planète, mais je crois que notre message n’était pas entendu, non pas seulement de la part des fans de musique, mais de tout le monde en général. 25 ans plus tard, tout le monde réalise que « He ! Notre climat a changé en fait ! ». L’été, l’hiver ne sont plus ceux que l’on a connus étant petits, les saisons ne sont plus les mêmes : notre planète se transforme. Maintenant, tout le monde ne parle que de ça : par exemple, les gens n’arrêtent plus de parler d’être « vert ».

Il y a une version longue de « Throne Of Thorns » comme bonus-track sur l’édition spéciale de l’album. Pourquoi ne pas l’avoir incluse sur l’album ?

Au début, la chanson était la même que sur la version finale de l’album mais lorsque nous avons commencé l’enregistrement du disque, Eric a décidé de la rallonger. Aucun membre du groupe n’a été mis au courant de cela. Inclure cette version sur l’album n’avait aucun sens, car la chanson avait été finie avant. On s’y perdait trop, alors on a décidé de ne pas la mettre sur l’album. Mais Eric la voulait comme bonus track, alors on a dit oui.

Comment avez-vous décidé du choix des reprises figurant sur l’édition spéciale de l’album ?

On a envoyé un mail aux membres du groupe et demandé leurs suggestions sur certaines chansons, dont certaines d’ailleurs sont très populaires. Par exemple, Eric a proposé Scorpions ou « Powerslave » d’Iron Maiden.

Vous faites une reprise d’ « Animal Magnetism » des Scorpions. Ce n’est d’ailleurs pas votre première reprise de ce groupe, puisque vous avez repris « The Sails Of Charon ». On a l’impression que vous avez une relation très spéciale avec ce groupe : peux-tu nous en dire plus ?

J’adore ce groupe et j’ai toujours été fan des Tokyo Tapes et d’Uli Jon Roth. Beaucoup de gens ne connaissent pas cette période d’ailleurs. Quant au choix de la reprise, si celle-ci n’avait pas appartenu à cette période, peut-être n’aurions-nous pas choisi une chanson plus récente de leur répertoire.

Interview réalisée le 26 juillet 2012 par téléphone
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site Internet de Testament : www.testamentlegions.com
Album : Dark Roots Of Earth, disponible dans les bacs



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